20 février 2000, Matthieu 6/12
Chers frères et surs,
Si quelqu'un vous demandait quel est le point central du christianisme en ce qui concerne les relations entre personnes, que répondriez-vous ? Je répondrais le pardon. Pardonner et recevoir le pardon. Jésus est venu sur la terre pour nous offrir le pardon, pardon de nos fautes, de nos péchés. Et Jésus nous invite à demander pardon pour nos fautes, à Dieu et aux hommes, mais aussi à pardonner. Demander pardon et pardonner. Une des dernières paroles de Jésus sur la croix, était de demander à son Père céleste de pardonner, la même chose pour Etienne, le premier martyre chrétien, juste avant de mourir, il a prié: Seigneur, ne leur impute pas ce péché. C'est la marque du chrétien, le signe de reconnaissance. Pas le poisson sur la voiture ou le vélo, mais le pardon, le pardon reçu et donné. Nous le prions chaque dimanche dans le Notre Père, pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Cette demande du Notre Père montre que nous sommes pécheurs, que nous ne sommes pas parfaits. Rousseau disait que l'homme est bon, mais que la société le corrompait. La bible dit autre chose. Nous offensons Dieu et les hommes, nous péchons. Tout le monde, sans exception. C'est vrai qu'aujourd'hui on tend parfois à nier cela, et pas seulement dans l'humanisme, où on essaie de raviver ce qui est bon dans l'homme, mais même jusque dans la théologie, on ne parle plus de péché, on dit que tout est permis, qu'il faut simplement être bien dans sa peau. L'adultère n'est plus un péché, l'homosexualité n'est plus un péché, le mensonge n'est plus un péché. Et bien d'autres choses. C'est vrai qu'on a trouvé de nouveaux péchés, le néolibéralisme, l'inégalité des pays riches et pauvres. Ce n'est pas faux, mais le péché n'est pas seulement dans les systèmes, mais en nous. Nier cela, c'est passer à côté d'une vérité centrale de la bible. L'homme, et la femme aussi, est pécheur, il fait le mal, ce qui est mauvais aux yeux de Dieu, mais aussi pour sa conscience, pour les autres. Même ceux qui disent que ce n'est pas grave de faire ceci ou cela, lorsqu'ils le font eux-mêmes, si les autres leur font la même chose, ils ne sont pas contents. Nous péchons, et cela nous sépare de Dieu et nous mène à la mort. Mais aussi entre nous. Si je fais du mal à mon épouse, il y a une séparation dans l'amour, la confiance, on est plus froids l'un envers l'autre, plus distancé. Une séparation, qui peut aller en s'aggravant si on ne se pardonne pas. Lorsqu'on pèche contre Dieu, on a quand même quelque part mauvaise conscience, on ne peut plus prier de la même façon, on est moins libre, moins disponible. Et puis on lit moins la bible, on a moins envie, on prie moins, on ne recherche plus tellement sa communion et celle des frères et surs. On se distancie de Dieu, et si on ne demande pas pardon, petit à petit on s'éloigne de lui, on commence d'éviter les moments ou les lieux où on ressent particulièrement sa présence.
L'homme et la femme sont pécheurs, mais heureusement, grâce à Dieu, Dieu est un Dieu de pardon. On ne le dirait jamais assez. Dieu est un Dieu de pardon. On peut aller à lui à tout moment, toujours de nouveau. Il n'en a jamais marre de nous. Assez. Non, Dieu est fidèle et juste pour nous pardonner les péchés, si nous les lui confessons. Dieu a tout fait, préparé. Mais le pardon n'est pas automatique. C'est à nous de répondre à l'offre de pardon de Dieu, de lui confesser et lui demander pardon. Et alors il le fera, toujours de nouveau. Dieu est un Dieu de pardon. Il pardonne tout, sauf le péché contre le St-Esprit, mais si vous êtes ici ce matin, c'est que vous ne l'avez pas commis, si vous vous posez la question, avez même peur de l'avoir fait, c'est que vous ne l'avez pas fait. Dieu est un Dieu de pardon. Il n'y a pas de péché trop grand et trop grave pour lui. Il pardonne, et cela sans conditions. Pas comme nous, lorsque quelqu'un nous demande de pardonner, nous sommes tentés de dire, oui, mais tu ne recommences plus. Le pardon de Dieu est gratuit et grâce, sans conditions. Dieu ne se fatigue pas de me pardonner. Vous me direz, mais est-ce qu'il n'y a pas de limites? Les disciples se posaient la question, surtout ce brave Pierre, qui pensait qu'il était plus valeureux que les autres disciples, que si les autres le renieraient, lui jamais, Pierre demande, Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu'à sept fois ? Sept fois, un bon chiffre, un chiffre biblique, l'idée de Pierre. Sept fois par jour, c'est déjà pas mal, vous êtes d'accord, mais que répond Jésus? Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. C'est-à-dire toutes les minutes, c'est vous comptez 8 heures et 10 minutes par jour de présence commune. 490 fois par jour, autrement dit, sans arrêt, sans limite. Après 200 fois, nous dirions, non, cette fois c'est trop. Quand même, il ne faut pas exagérer. Jésus l'a dit, pas moi, alors si vous avez des réclamations concernant le chiffre, adressez-vous à lui. N'est-ce pas un peu facile? Facile pour l'autre, celui qui pèche? Si je dois pardonner autant de fois par jour? Mais la question pour moi n'est pas si c'est facile pour lui, mais ce que Jésus me demande. L'autre, il est responsable devant Dieu, mais moi je suis responsable de pardonner. Ce que l'autre fait, cela regarde Dieu. Je dois pardonner indépendamment de la réaction de celui qui m'a blessé. Même s'il ne me demande pas pardon, ou même s'il n'est pas conscient qu'il a fait du mal. Jésus sur la croix a pardonné à ceux qui l'ont cloué sur la croix, même s'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient, ou pensaient même faire quelque chose de juste. Nous devons pas attendre que l'autre vienne à genoux devant nous pour lui pardonner. Nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Pourquoi le pardon est parfois difficile? Parce que nous n'avons pas l'habitude de pardonner par grâce, sans conditions, nous attendons quelque chose de l'autre, ou moins une reconnaissance de ses torts. Ou un changement de son attitude dans un domaine. Nous lions le pardon à quelque chose. Et ainsi nous nous lions nous-mêmes. C'est étonnant, le passage dans la bible où il est parlé de lien, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Ce passage est entouré de textes qui parlent de péchés. Avant il est parlé de péché : Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S 'il t 'écoute, tu as gagné ton frère. Mais, s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Église; et s'il 'il refuse aussi d'écouter l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. (Matthieu 18/15-17). Et juste après, il y a cette question de Pierre concernant le péché: Alors Pierre s'approcha de lui, et dit: Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu'à sept fois ? (Matthieu 15/21). Et au milieu ce versets des liens. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. On parle aujourd'hui de délivrance, briser ou casser des liens, et on se base même sur ce texte. C'est bien, mais je crois que les liens dont il est question ici, sont des liens liés au péché. Une personne qui refuse de reconnaître son péché devant l'Eglise, pas seulement une personne. Et qui par son refus se met hors de l'église, n'est plus liée à l'église, mais au mal par son refus. Et qui a des conséquences jusqu'au ciel. Dieu a donné une autorité à ses disciples, à son église, si celle-ci obéit à Dieu, est fidèle. Le but étant la repentance de celui qui a péché, pour son bien. Mais s'il s'obstine, il est lié par son péché et son obstination. Avec des répercussions jusque dans la ciel, s'il ne se repent pas par la suite.
Et je crois que justement les blessures, les liens, ces choses, sont liées au pardon. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Jésus le dit clairement juste après le Notre Père, dans Matthieu: Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. Le pardon de Dieu est grâce, ce n'est pas le récompense pour notre pardon, le mérite, mais si je refuse de pardonner aux autres, je m'écarte, m'éloigne de Dieu, je ne suis plus frère et sur de Jésus, puisqu'il a dit: Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma soeur, et ma mère. (Matthieu 12/50). Je ne suis plus enfant de Dieu, je renie mon Père céleste, moi-même, et ainsi je sors du domaine de son pardon et de son amour et d son royaume. Dieu aimerait tant me pardonner, pardonner à son enfant, mais si quelqu'un le renie comme Père, Dieu, même s'il est triste, respecte cette décision, et laisse cette personne qui s'est coupée de lui. Pas pour la punir, mais parce qu'elle s'est mise elle-même en dehors de la famille de Dieu.
C'est pas toujours facile de pardonner, c'est vrai, mais Dieu nous invite, avec son aide. On peut lui dire, Seigneur, tu vois, pour ceci, ou cette personne, j'ai de la peine, mais aide-moi. Et il le fera. On peut avoir des blessures, même qui retournent à l'enfance, de rejet, de manque d'amour, d'attention, de peur, d'indifférence, l'impression de n'être aimé qu'en fonction d'efforts immenses, ou moins que son frère ou sa sur, ou plein d'autres choses, de faits, parfois cruels, ou de circonstances, où on en veut à une ou plusieurs personnes, voire à Dieu. A juste titre, parce qu'on a été blessé. Mais en refusant ensuite de pardonner, on se lie d'une certaine façon au mal qu'on nous a fait. Par le non pardon, il y a un lien de mal qui reste et qui s'établit. On n'arrive pas à s'en défaire, on est prisonnier, lié. Pas libre. Mais le seul moyen de briser, de casser ce lien, c'est le pardon. Il n'y a pas besoin d'une savante et longue prière de délivrance, avec des cris, ou d'autres choses, Dieu n'est pas sourd, ni le diable d'ailleurs, il suffit d'entrer dans le chemin de l'obéissance, en l'occurrence le pardon. Tout simplement. Jésus dit dans Luc 6/37: acquittez et vous serez acquittés. Acquitter la personne qui a une dette, une dette de mal, d'ailleurs le verset du Notre Père: pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés est aussi traduit par: Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. Acquittez, ou libérez, et vous serez libérés. La bible ne parle pas de don ou de ministère de délivrance, je ne l'ai pas trouvé, il y a le ministère de prophétie, le don de guérison, et 7 autres dons (En effet, à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit; à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit; à un autre, le don d'opérer des miracles; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits; à un autre, la diversité des langues; à un autre, l'interprétation des langues, 1 Cor. 12/8-10). Mais je ne l'ai pas trouvé. Parfois il ne faut pas chercher midi à quatorze heures, mais simplement obéir à la parole, pardonner, et ainsi libérer le lien sous lequel on s'est mis en ne pardonnant pas. En laissant donc le mal produire ses fruits. Le lien, l'amertume parfois, voire le cynisme, un masque pour cacher ce lien. Jésus invite à pardonner, toujours de nouveau. 490 fois par jour. Même si c'est difficile. Parce qu'il sait que c'est le mieux pour moi et son royaume. En pardonnant, je n'excuse pas le mal, ou ne le banalise pas, ou ne dit pas que ce n'est pas grave, mais en pardonnant, j'empêche que le mal fait continue de faire du mal et de me détruire peu à peu. Dieu est un Dieu de pardon, il est venu pour pardonner, et il veut nous pardonner, et nous aider à nous aussi pardonner. Pour être libre de le servir et servir notre prochain. Dieu pardonne, il n'a pas marre de nous pardonner, il pardonne sans conditions. Et comprendre cela, cela me transforme. S'il me pardonne toujours, encore et toujours, gratuitement, sans conditions, sans marché, alors je pourrai plus l'offenser comme avant. Cet amour me fera craquer pour lui, vous comprenez. Comme dans un couple, si j'offense mon épouse 490 fois par jour, et qu'elle me pardonne 490 fois, certains penseront, mais elle est folle, mais moi, je crois que cela me changera. Devant tant d'amour, je ne pourrai plus recommencer à l'offenser comme avant, son amour et son pardon m'auront vaincu, je lui dirai, pardonne-moi, je ne veux plus recommencer. J'aurai été vaincu non par le devoir ou la peur de la perdre, mais par son amour qui se manifeste par son pardon. Vous comprenez. Et avec Dieu c'est la même chose, si je fais toujours de nouveau à lui, lui demander pardon, et chaque fois il m'assure de son pardon, je ne serai plus le même, en venant devant le trône du pardon de Dieu, je ne serai plus le même. Dieu est un Dieu de pardon, et cela nous libère pour son service. Amen