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juin 2000, culte de confirmation, thème: Le jugement, Matthieu 7/1-5
Chers
frères et sœurs, chers catéchumènes,
Vous avez choisi vous-même le thème de votre culte de confirmation, le
jugement, et vous avez déjà partagé des réflexions fort intéressantes sur
ce thème. Nous avons naturellement plus tendance à juger les autres que nous-mêmes,
à voir la paille dans l'œil de l'autre plutôt que la poutre dans le nôtre.
Et nous n'aimons pas être jugés par les autres, je suppose, ou quelqu'un
d'entre vous apprécie le fait qu'on le juge ? Je ne pense pas. Dans notre société,
pour un tribunal aussi, je pense que rares sont les personnes qui vont
s'annoncer au juge, j'ai fait du mal, j'aimerais être jugé. Les plaintes se
font plutôt pour les autres, le jugement est appelé par le procureur, un
plaignant, une personne lésée, mais rarement par la personne. Je dis rarement,
parce que cela arrive. Comme André Normandin, cet ancien braqueur de banque qui
est maintenant pasteur à Genève, qui est allé à la police après avoir
rencontré Jésus-Christ, pour dire ce qu'il avait de mal, mais également aux
personnes lésées. Il paraît que les gens étaient plutôt surpris. Ne jugez
point, afin que vous ne soyez point jugés Alors que faut-il faire, et comment
vivre? Parce que Dieu a donné à l'être humain la faculté de penser, de réfléchir,
c'est bien une dimension clé de notre humanité. Nous
ne pouvons pas nous empêcher de penser, de définir, de classer, de répertorier
et de nous situer nous‑mêmes par rapport aux autres, à ce qu'ils font,
à ce qu'ils disent. Nous avons été dotés clin esprit critique : nous nous
construisons et nous structurons nous‑mêmes en émettant des jugements,
en pesant le pour et le contre de ce que nous entendons dire ou de ce que nous
voyons faire. Nous nous définissons nous-mêmes à l'aide des autres, et par
rapport à eux. Nous serions amputés de quelque chose de fondamental si nous
n'osions plus juger, estimer, apprécier, critiquer dans le bon sens du terme ce
qui se passe autour de nous et dans le monde. En nous appelant à devenir ses
disciples, Jésus veut‑il nous priver d'une des dimensions essentielles de
notre humanité ? Devons‑nous devenir en nous attachant à lui des mutilés
du cerveau, des sacrifiés de l'intelligence, des inaptes de l'esprit critique ?
Je ne crois pas que ce soit cela que Jésus
veuille dire par ces paroles. Parce que Jésus ne cherche justement pas des
automates, mais des personnes, jeunes comme vous, plus jeunes ou moins jeunes,
qui décident de le suivre par conviction, enthousiasme et surtout par amour.
Qui ont fait un choix en connaissance de cause. C'est d'ailleurs le but du catéchisme:
Vous permettre de faire un choix, vous-mêmes, par votre propre raisonnement,
sans vous laisser influencer par qui que ce soit. Un choix dans la liberté. Jésus
est tellement respectueux des gens qu'il dit même une fois aux disciples, et
vous, ne voulez pas vous aussi me quitter? Et lorsque Jean-Baptiste en prison
doute de Jésus, n'est pas sûr s'il est le Messie, alors qu'il l'avait baptisé
peu de temps avant, Jésus ne s'emporte pas, mais bien sûr, comment peux-tu
douter, mais il fait simplement dire à Jean-Baptiste ce qui se passe: allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez: les
aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds
entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux
pauvres. (Matthieu 11/4-5). Jésus emploie des personnes pour témoigner à
Jean-Baptiste de ce qui se passe, ce qu'il fait, mais ensuite c'est à lui de
choisir, de répondre à cette question, est-il le Messie, le Fils de Dieu, le
seul chemin qui mène au Père et au paradis par la même occasion? Et cette même
question se pose aux catéchumènes, mais pas seulement à eux. Qui est Jésus,
un homme intéressant, qui a dit des choses intéressantes, un homme religieux,
plein de sagesse ou de bon sens, ou le Fils de Dieu, qui a dit lui-même qu'il
était le seul chemin qui mène à Dieu. C'est une question essentielle,
centrale, parce que si effectivement il est le seul chemin, et que l'on emprunte
un autre chemin, alors on arrivera bien quelque part, mais ni à Genève ni à
Rome ni à Jérusalem, mais ce que Jésus a nommé la géhenne, ou l'enfer. Mon
propos n'est pas de vous faire peur, mais de vous avertir et vous mettre devant
vos responsabilités, puisque l'église considère que vous êtes maintenant
adultes dans la foi. Comme en Italie, lors du camp, si je vous ai mis en garde
pour les sorties le soir après minuit, ce n'est pas pour faire peur ou vous embêter,
mais parce que ne voulais pas qu'il arrive quelque chose que vous regretteriez.
Je ne peux pas vous forcer à croire ou ne pas croire certaines choses, je le
sais, mais je peux vous dire ce que je crois. Et vous faites de cela ce que vous
jugez bon. Voilà que l'on retrouve ce terme de jugement. Jésus ne veut pas
nous enlever ou nous défendre tout esprit de raisonnement et de de jugement.
"Ne
jugez pas, afin de n'être pas jugés". Nous pourrions alors penser ‑
puisque nous gardons le droit de penser !‑ que l'Evangile veut simplement
nous mettre en garde contre le déclenchement maladroit de réactions en chaîne
qui risqueraient de blesser, diviser, déchirer nos relations humaines. Je me
permets de critiquer X ou Y pour des raisons qui me paraissent pertinentes, mais
je m'expose à sa réaction et à sa contre‑offensive. Mon jugement sur
lui appelle et attire son jugement sur moi, comme un retour de manivelle. Jésus
veut-il nous dire :"Abstenez‑vous de toute critique et vous ne serez
pas critiqués"? Sa parole a été souvent comprise ainsi. Il ne faut pas
‑pense‑t‑on provoquer des vagues et des remous, surtout pas
dans la communauté. Nous sommes alors en danger, d'être des gens fraternels
qui renoncent volontairement à se dire ce qu'ils pensent les uns des autres,
qui étouffent tant que possible les problèmes qui surgissent entre eux, quitte
à s'étrangler discrètement de fureur, chacun pour soi, qui se ménagent par
peur du scandale ou de la vérité. Nous sommes en danger de devenir un cercle
d'hypocrites qui décrispent à peine leur poing pour se donner la main et qui
se parlent sans plus rien se dire, de se faire des sourires tout en se regardant
de travers ? L'Eglise est en danger d'agir de la sorte. Une telle Eglise ne répond
pas non plus à sa vocation, elle ne répond carrément plus à rien. Si pour ménager
ses membres, elle étouffe l'Evangile et la rudesse d'interpellation qu'il peut
avoir. Une Eglise qui ne dérange plus personne, parce qu'elle est elle-même en
dérangement. Mais l'Evangile de vérité ne se laisse pas étouffer. On peut
ravaler ses propres paroles, on ne peut pas faire taire la Parole de Dieu. Quand
la Parole de Dieu est clairement annoncée, elle provoque et dérange, elle
bouscule nos habitudes, elle contrarie notre mentalité. Elle vise en nous un
changement de vie qui ne va pas sans remue‑ménage intérieur. La vérité
de ce que nous sommes, la vérité de ce que Dieu nous appelle à devenir avec
lui, elle se fraie et se fraiera toujours un passage en dépit des barrages et
des obstacles que nous dressons pour l'empêcher de nous atteindre. C'est une
force de libération qui nous contrarie en nous libérant. Pour nous arracher à
des façons d'être et de vivre qui nous alourdissent, l'Evangile nous secoue
plus qu'il ne nous ménage.
"Ne jugez pas, afin de n'être pas
jugés". Il n'est pas plus question de nous ménager les uns les autres en
étouffant la vérité que de mutiler notre esprit de jugement. Nous devons donc
chercher une troisième interprétation à cette parole de Jésus. Je crois que
cette parole de Jésus a quelque chose à voir avec la peur et le péché. Le péché
qui est toujours un manque d'amour envers le prochain ou Dieu. Et une des catéchumènes
à choisi ce texte qui dit que l'amour parfait bannit la crainte. Il faut peut-être
nous poser la question, pourquoi je juge les autres? Je crois qu'une réponse,
c'est qu'un esprit de jugement dénote la peur et le manque d'assurance. Je me
sens menacé par les paroles ou l'attitude de l'autre, et je cherche une sécurité,
dans une position que je juge favorable en me démarquant par rapport à l'autre
par mon jugement que je porte sur lui. Je me sens peut-être même menacé par
la liberté de l'autre. Alors je l'enferme dans des lois, des commandements, ce
qu'il doit faire ou pas faire. Jésus est venu apporter la liberté, mais la
liberté peut faire peur. Demandez à vos parents si vous pouvez faire
absolument tout ce que vous voulez, Je ne sais pas s'ils seraient tellement
enchantés. Et c'est normal. Ils vous aiment, désirent votre bien, et ont peur
que vous vous cassiez le nez ou pire. Et pourtant c'est leur mission, vous éduquer
à la liberté. Ce n'est pas facile, ni pour vous, ni pour vos parents, ni pour
tout être humain. C'est parfois sécurisant d'avoir des lois, des commandements
clairs, précis, mais qui sont comme des barrières, des clôtures. Ce que la
bible appelle vivre sous la loi. Mais Jésus est justement venu nous appeler à
la liberté, sa liberté, pas n'importe quelle liberté, une liberté basée sur
l'amour. Parce qu'une liberté qui n'est pas basée sur l'amour devient
oppressante, autoritaire, abusive aux dépens d'autres. Elle mène à la
violence et à la guerre. La loi du plus fort. Jésus n'est pas venu apporter
cette liberté là. Une liberté individuelle et égoïste, ou l'autre ne compte
pas, ou n'est qu'un bifteck pour mon plaisir égoïste et personnel, ou pour
m'affirmer auprès de mes copains ou mes copines. Où il n'y plus de relation équilibrée
et vraie, de respect et d'écoute. Jésus est venu appeler à la liberté et la
vie. Jésus parle de la paille et de la poutre. Pourquoi vois-tu la
paille qui est dans l'oeil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui
est dans ton œil ? C'est presque un peu d'humour de la part de Jésus. Parce
que je ne sais pas, mais voir la paille de quelqu'un alors qu'on une poutre dans
son œil, je ne sais pas. Déjà avec un petit moustique dans l'œil, on est gêné
pour voir, alors avec une poutre. Je crois que Jésus veut nous dire que nous
sommes aveuglés par notre poutre, nos fautes, nos péchés. Nous ne sommes pas
à mêmes de porter un jugement objectif et définitif. Un seul juge avec
justice, c'est Jésus, il le dit lui-même dans Jean 5/30: Mon jugement est
juste, et il donne la raison, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la
volonté de celui qui m'a envoyé. Nous ne sommes naturellement pas à mêmes de
juger avec justice, parce que nous sommes pécheurs et recherchons notre volonté.
Jésus ne dit pas que l'on ne doit pas chercher à enlever la paille dans l'œil
de l'autre, se préoccuper des problèmes, des péchés de l'autre, mais il dit
d'enlever d'abord sa poutre, et ensuite nous verrons comment enlever la paille.
Parce qu'avec la poutre, justement, nous ne voyons pas. L'esprit de jugement est
un esprit qui voit mal ou pas du tout, à cause de la poutre, du péché et de
la peur, qui sont les deux mauvais conseillers. Et qui en plus enferme l'autre
dans un jugement définitif, alors qu'il est appelé à changer par l'amour de
Dieu. En jugeant l'autre, c'est un peu comme si je l'enferme dans sa situation
du moment, et met en doute la capacité de Dieu à agir dans sa vie, à le
changer. Le jugement enferme et rigidifie, naît de la peur et suscite la peur,
tandis que l'amour libère. Jésus n'est pas venu pour juger le monde, mais pour
le sauver, et nous sommes invités à ne pas juger les autres, mais recevoir le
salut. Faire enlever notre poutre par le pardon de Dieu. Mais vous me direz, et
le jugement dernier? Est-ce que Dieu ne jugera pas une fois toutes les actions
des humains? Oui, c'est vrai, la bible en parle, mais Jésus dit quelque chose
de très prometteur dans Jean 5/24: En vérité, en vérité, je vous le dis,
celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle
et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. Jésus
ne dit pas qu'il n'y a pas de jugement, il dit seulement qu'il n'y a pas de
jugement pour ceux qui écoutent sa parole et croient en lui. Parce que cette
poutre dans l'œil me fait penser aux deux poutres de la croix, où Jésus a été
jugé à notre place. Le jugement de Dieu que nous méritions est tombé sur son
propre Fils. C'est le message de la croix, dont Paul dit: car la prédication de
la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés
elle est une puissance de Dieu (1 Corinthiens 1/18). Si quelqu'un d'entre nous
était condamné à mort, mais qu'il ait la possibilité d'être gracié, je
suppose qu'il s'empressait de saisir cette grâce. Or par les péchés que nous
avons tous commis, nous étions condamnés par la loi de Dieu, mais il nous
offre sa grâce, Dieu vous l'offre
chers catéchumènes, à vous de la saisir. Vous avez la liberté, nul ne peut
vous l'imposer, ni vos parents, ni vos amis, ni les catéchètes, ni Dieu lui-même.
Mais il vous aime et désire votre bonheur. Amen