En ce qui concerne l'écriture hiéroglyphique elle-même, il en existe plusieurs types: outre les versions gravées et les versions peintes, il existe une version dite de hiéroglyphes purs et une version de hiéroglyphes linéarisés, qui furent un premier pas vers la simplification menant à l'écriture hiératique.
L'écriture hiéroglyphique comporte environ un millier de signes.
Ces signes sont dans un premier temps des signes figuratifs: un hiéroglyphe signifie l'objet qu'il représente: ainsi, il existe de nombreux hiéroglyphes représentant les animaux (oiseaux: le vautour, la caille, la chouette; quadrupèdes: la lionne; autres: le ver, le serpent...), les individus (l'homme, la femme sont les deux principaux hiéroglyphes employés en ce sens), les parties du corps humain (la jambe, la main, le bras...), ustensiles et objets divers (anse, autel, linge plié, verrou)... De plus, les scribes inventèrent d'autres hiéroglyphes figuratifs lorsque le besoin s'en fit sentir: par exemple des hiéroglyphes furent créés pour désigner le cheval, le char lors de l'arrivée des grecs.
Cependant ce mode d'écriture figurative ne peut pas être utilisé pour représenter des idées ou des choses abstraites. Une première méthode de les traduire en hiéroglyphes consiste à employer ceux-ci en tant que signes symboliques. L'interprétation procède alors par association d'idées: on représentera par exemple le mot mois par un quartier de lune; le mot combat par un bras armé; le mot vision par un épervier...
Il existe enfin une autre méthode pour traduire en hiéroglyphes un mot n'ayant pas de représentation physique: il s'agit d'utiliser les hiéroglyphes en tant que signes phonétiques. Un hiéroglyphe est alors employé pour désigner l'initiale de l'objet qu'il représente. Ainsi la main représente également la lettre T, la lionne la lettre L... (Dans cette écriture, comme dans d'autres, les voyelles ont peu d'importance.)
Cette dernière catégorie est la catégorie la plus employée par les scribes.
L'utilisation des hiéroglyphes phonétiques laisse donc une grande liberté au scribe, puisqu'un même son peut être représenté par plusieurs objets. Le scribe a la liberté de choisir le hiéroglyphe qu'il veut pour écrire ce qu'il a à écrire, et il peut également disposer ses hiéroglyphes comme il l'entend. Cela concerne d'une part le sens général d'écriture (horizontalement de gauche à droite ou de droite à gauche ou verticalement de haut en bas ou de bas en haut: le sens est donné par l'orientation des hiéroglyphes), de telle sorte que le scribe puisse adapter ce qu'il écrit à la forme du monument sur lequel il écrit, et cela concerne d'autre part l'ordonnancement des hiéroglyphes à l'intérieur d'une même ligne: le scribe ne placera pas les hiéroglyphes les uns à côté des autres linéairement, mais il les disposera de façon à combler tout espace disgracieux dans son inscription.
Le scribe a également le choix du type de représentation de hiéroglyphes (figurative, symbolique ou phonétique). Il peut employer n'importe laquelle des trois représentations indifféremment, et ce dans une même suite de hiéroglyphes.
Cependant, l'écriture hiéroglyphique est plus simple qu'il n'y paraît: le scribe utilise en effet de nombreuses techniques afin que son lecteur comprenne parfaitement ce qu'il veut dire.
Tout d'abord, le scribe emploie des techniques pour que son lecteur sache quelle représentation donner à chaque hiéroglyphe: il différencie les trois représentations par la couleur, lorsque les hiéroglyphes sont peints, ou bien grave des signes distinctifs (par exemple des petits traits pour la représentation phonétique) lorsque les hiéroglyphes sont gravés.
Ensuite, afin que toute incertitude soit définitivement levée, le scribe utilise délibérément des redondances: par exemple, il représentera un objet par un hiéroglyphe figuratif, et représentera en-dessous les consonnes composant ce mot par des hiéroglyphes phonétiques; ou bien il écrira un nom propre de ville et représentera à côté les hiéroglyphes symboliques désignant la grande ville...
Enfin, le scribe utilise un système de déterminants: il dessine un hiéroglyphe figuratif ou symbolique après un mot afin de désigner à quelle catégorie d'objet ou d'animal il appartient (il dessinera par exemple un hiéroglyphe représentant un boeuf chaque fois qu'il parlera d'un quadrupède). Le scribe utilise également des déterminants pour les hommes et les femmes.
L'écriture hiéroglyphique comporte également des règles de syntaxe ou de grammaire, qui facilitent encore le déchiffrage.
A l'issue de cette modeste étude, on peut donc remarquer que l'écriture hiéroglyphique est une des écritures les plus fonctionnelles et les plus esthétiques, et est à la fois très simple et très complexe. Il n'était
pas donné à tous les égyptiens de savoir écrire: seuls une petite partie des égyptiens, les scribes, étaient capables d'écrire. Et cette capacité faisaient d'eux des personnes assez importantes dans la civilisation de l'Egypte antique: ce sont eux qui dirigeaient virtuellement tout, en prenant note sur leurs papyrus de tous les mouvements, d'hommes comme de marchandises, à l'intérieur des deux Egyptes.