

Saint Luc et saint Marc
Région mosane, début 14e siècle.
Chêne sculpté, polychromé et doré. Hauteur : 89 cm.
L'attribution de ces œuvres fut longtemps discutée; on les donnait encore en 1968 à Hendrik von Constance, en raison de certaines ressemblances avec le célèbre groupe de Jésus et saint Jean que conserve le musée Mayer van den Bergh d'Anvers. Il apparaît toutefois que leur origine doit plutôt être recherchée dans le domaine mosan où la sculpture est marquée, au cours de la première moitié du 14e siècle par une phase maniériste à laquelle se rattache aussi la Vierge de la Gleize considérée comme la plus représentative de cette tendance. Toutefois certains détails du drapé tendraient à révéler une légère antériorité des évangélistes par rapport à celle-ci. Si le saint Luc présente un port particulièrement altier que rehausse encore la distinction du visage et qu'accentue le rythme vertical de l'ensemble de l'effigie (y compris le phylactère et le drapé), le saint Marc par contre offre une silhouette infléchie, à laquelle participent la sinuosité du drapé et du phylactère, et l'inclinaison de la tête. A l'examen de ces éléments, ainsi que la position inclinée de la main droite, on peut considérer que cette silhouette est simplement la transposition du schéma d'une effigie mariale. On notera un intéressant prolongement de ces œuvres à travers le saint Jacques le Mineur de l'église de Venray, lequel quelques années plus tard et sans doute dans un autre milieu, amplifiera les mouvements et les drapés que le saint Luc et le saint Marc ne faisaient qu'esquisser, avec une certaine retenue et beaucoup de distinction. Des éléments de la polychromie originale subsistent encore ça et là : de l'or sur les vêtements, des couleurs au naturel pour les chairs et un noir profond pour la chevelure et la barbe.