

Vierge à l'Enfant, dite Vierge de Berselius
Liège, Daniel Mauch, vers 1530-1535.
Tilleul sculpté et polychromé. Hauteur : 39 cm (y compris le socle).
"Les statues célèbres des temps anciens ont certes leurs valeurs mais aucune ne peut se comparer à celle de Daniel". C'est en ces termes élogieux que Pascal de Bierset, sans doute, traduisit en un distique latin inscrit sur le socle de la statue son admiration envers l'auteur de l'œuvre le sculpteur Daniel Mauch. Originaire de Souabe, ce dernier avait trouvé refuge à Liège dès 1530-1531 à l'occasion des troubles religieux et de l'iconoclasme qui sévissaient alors dans sa patrie d'origine. C'est dans un véritable climat d'humanisme, dont témoignent entre autres choses les relations qu'entretint Berselius, bénédictin de l'Abbaye Saint-Laurent avec Guillaume Bude, Erard de la Marck et avec Erasme que doit se situer la création de cette sculpture considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de la Renaissance en nos régions. Si la sculpture se rattache à ce qui est connu de la production de l'artiste avant son départ de Souabe, et apparaît comme le prolongement d'une iconographie traditionnelle qu'inspire encore le "Beau Style" du siècle précédent, elle se présente aussi sous un aspect artistiquement nouveau, souligné récemment par R. Didier, et que traduit bien le contenu des distiques latins du socle. Propre à la tradition souabe, et témoignage d'une certaine "laïcisation" de l'œuvre sont les angelots surgissant de dessous la robe de la Vierge. Quant à son appartenance à la lignée des "Belles Madones", elle se traduit à travers la silhouette de la jeune mère, la douceur souriante et épanouie de son visage, la position de l'Enfant. De récents travaux ont invoqué le milieu artistique très progressiste d' Augsbourg pour expliquer l'influence de la Renaissance décelable à travers la plastique, par cette présence du corps apparaissant au travers du drapé; ce dernier n'est plus uniquement traité pour sa beauté propre, mais bien pour la mise en valeur de l'expressivité d'un mouvement corporel. Le thème des mains voilées de la Vierge portant l'Enfant a été mis sur le compte du milieu liégeois dans lequel l'œuvre fut créée; celle-ci connut d'ailleurs certains échos à Liège, et son apport à la sculpture régionale est décelable notamment à travers le statue de Notre-Dame de Bon-Secours et de Tous les Saints.