La solitude des personnes âgées

La solitude des personnes âgées

Bienvenue dans cette section. À l'automne 1996, alors que je débutais mes études en psychoéducation, moi et ma coéquipière Karine avons eu a travailler sur ce sujet. Nous étions partie du postulat de base que la personne âgée au Québec est plus seule que jamais, que la société l'isole et la délaisse. Cependant, nous n'étions jamis réelement alées sur le terrain pour vérifier cette hypothèse. Voici donc nos conclusions:

Description

La solitude est sans doutes l'un des phénomènes les plus marquants de notre société actuelle. Hier liée à des inorités, aujourd'hui lot commun à des millions d'individus de tous âges, de tous sexes et de toutes conditions, la solitude traverse désormais de part en part notre société. Nous avons décidé d'axer notre travail sur la solitude chez les personnes âgées.

Il est impossible de parler de solitude sans l'avoir définie au préalable. Plusieurs définitions peuvent rendre compte de l'état de solitude. C'est une situation qui caractérise la personne séparée mentalement ou physiquement de ses semblables. (Gotz, 1974, tiré de La République du silence de Marc-André Delisle) La personne est séparée mentalement lorsqu'elle ne communique pas avec son entourage. Quant à la personne séparée physiquement, ce sont des éléments de son environnement qui l'empêchent d'être en contact avec les autres.

Les principales manifestations de la solitude sont l'isolement social et le sentiment d'être seul. L'isolement social est lié à la quantité et à la qualité des contacts sociaux et au nombre de rôles que la personne joue. Le sentiment d'être seul rend compte de l'état psychique des individus qui manquent de relations sociales.

Divers indicateurs témoignent de l'ampleur de la solitude des gens âgés. La situation de ménage et le temps passé seul, par exemple, renseignent sur la solitude physique. Les gens du troisième âge vivent de plus en plus seuls ou uniquement avec leur conjoints et de moins en moins en famille ou avec des membres de la parenté.

Quant à l'isolement social, les informations indiquent que la majorité des gens âgés ont une vie sociale assez intense. Les trois-quarts d'entre eux ont des enfants vivants et les voient au moins une fois par semaine. Les personnes âgées rencontrent fréquemment leurs frères et soeurs ainsi que leurs amis, le cas échéant. Il semble toutefois que les rencontres sociales des gens âgés aient lieu à des moments déterminés, entrecoupés de longues périodes de solitude. La plupart des personnes âgées ne seraient donc pas isolées socialement; elles n'auraient cependant pas tous les contacts qu'elles désirent. Les hommes âgés seraient davantage affectés par le sentimemt de solitude car ceux-ci ont moins de confidents dans leurs réseaux de outien. Les célibataires suivis des veufs seraient considérés conne les personnes vivant le plus de solitude. En dernier lieu, plus l'individu est âgé, plus il pourrait vivre un sentiment d'isolement.


Causes et conséquences associées à la solitude

La solitude des personnes âgées est due à plusieurs causes. On pourrait les diviser en trois catégories de facteurs: social, culturel et économique. D'abord, l'avènement de la révolution industrielle a écarté les gens âgés du marché du travail et les a privé du même coup d'une importaante source de contacts sociaux. Les gens seraient alors devenus des êtres susceptibles de devenir individuellement solitaires à tout moment.

Le milieu d'appartenance est un autre facteur déterminant. Certains groupes sociaux prennent en charge leurs aînés. C'est le cas de certaines communautés ethniques ou rurales. D'autres collectivités exigent que leurs membres adultes soient le plus autonome possible.

Les ressources (santé, revenu et situation familiale) sont déterminantes pour expliquer la solitude chez les personnes âgées. Les vieillards les plus malades et les plus pauvres, ceux qui n'ont pas été mariés ou qui n'ont pas eu d'enfants sont plus susceptibles d'être isolés socialement et de manquer de support.

Les recherches font ressortir certaines conséquences du sentiment de solitude chez les personnes âgées. Principalement, les conséquences ont trait à la demande de services socio-sanitaires de leur part. Les gens les plus isolés socialement demandent peu d'aide aux organismes publics malgré leur situation. Ces individus se sentiraient étrangers aux milieux dispensant de l'aide et préfèreraient se passer de leur appui. Ceux-ci se dispenseraient de services car il y aurait méconnaissance des ressources disponibles, une insatisfaction face aux services reçus antérieurement ou bien de mauvais rapports ou l'Absence de rapports avec ceux qui offrent de l'aide.

Les plus grands consommateurs de services seraient des gens âgés ayant des problèmes réels qui sont entourés d'individus ne pouvant fournir eux-même l'aide requise. Ces individus seraient cependant capables d'obtenir le soutien nécessaire en sollicitant les organismes compétents. Par contre, le supprt dont ils profient n'est pas très efficace. Leur vie sociale est également entravée par leur état de santé déficient, ce qui affecte leur moral et les incite à recourir aux services de danté.

Une autre conséquence serait le suicide. La dépression ou d'autres problème de santé mentale, une santé physique extrêmement chancelante, une perte significative dans sa vie (emploi, deuil) sont les facteurs précipitants menant une personne au suicide. Sur les quelques 1000 suicides rapportés chaque année au Québec, 13% ont été commis par des personnes âgées de 60 ans et plus. Cette grande détermination des aînés incite à considérer sérieusement tous les facteurs susceptibles de laisser soupçonner un risque potentiel de suicide. Les personnes âgées incluent désormais le suicide dans la panoplie des moyens dont ils disposent pour régler leurs problèmes, notamment ceux reliés au viellissement et à la maladie. Et la solitude dans ce processus? Les personnes ne nomment ni le veuvage, ni l'isolement dans les facteurs qui risquent de mener au suicide. Pourtant, la perte du ou de la conjoint(e) est la perte la plus fréquemment associée au suicide. L'adaptation au veuvage est difficile car il entraîne généralement la perte d'un confident Les personnes âgées qui habitent seules, celles qui n'Appartiennent à aucun groupe social, culturel ou religieux et celles qui ont peu de visite sont les personnes les plus à risque au suicide.


Compréhension du problème

Les deux entrevues qui suivent cette section viennet confirmer les théories émises antérieurement dans notre travail de recherche.

Les personnes âgées que nous avons rencontrées spuffrent toutes les deux de solitude. Étant veufs, ils ont plus de chances de vivre de la solitude. L'état matrimonial influence le degré du sentiment de la solitude chez les personnes âgées. Ils vivent plus de solitude à cause de la perte de confidents autour d'eux. De plus, ils vivent un isolement affectif lorsque disparaît une présence attachante rassurante.

Un autre facteur particulièrement imortant est qu'ils aiment bien avoir le contrôle sur leurs vies. Ceux qui sont en perte d'autonomie trouvent que leur vie est dominée par les autres. Ces changements au niveau physique limitent leur mobilité, leur contrôle sur leur vie, en les forçant à devenir dépendants des autres.

De plus. le contact avec leurs enfants ne réduit pas toujours leur solitude et n'augmente pas leur bien-être psychologique. L'amitié leur offre des bénéfices que la parenté n'est pas en mesure de leur donner. Les amis peuvent leur fournir une assistance ou un échange de problèmes et d'information. Être capable de parler avec quelqu'un subissant les mêmes problèmes peut être utile n'importe quand dans la vie.


Émile

Émile, un québécois pure laine, âgé de 72 ans, vit suel dans sa maison depuis environ 12 ans. Dans les premières années de son deuil, la solitude l'a beaucoup marqué. Il aurait aimé se remarier pour échapper à la solitude. Les souvenirs mémorables de sa défunte épouse, Marguerite, venaient hanter ses pensées. Marguerite était sa grande confidente. Sans s'en appercevoir, il lui partageait son quotidien, ses pensées et ses inquiétudes. Le dialogue devait être un point fort dans ce couple. Lors du décès de sa femme, il était totalement désorienté. L'adaptation à cette nouvelle vie fut très difficile. Il pensait qu'en continuant à travailler, sa peine serait moins lourde. Son désarrois psychologique affecta sa santé physique. Donc, deux pertes significatives sont survenues en même temps: la perte de sa conjointe et de son emploi. Lorsqu'il se sentait triste, il demeurait seul chez lui. Il ne voulait pas ennuyer ses enfants avec ses problèmes qui ne concernaient que lui. Il appelait son ancien compagnon de travail lorsqu'il se sentait vraiment seul. Ses cinq enfants habitaient tous à l'extérieur de la région. Maintenant, son fils aîné habite le même quartier que lui avec sa petite famille. C'est d'ailleurs ce changement qui a redonné le goût de vivre à Émile.


Jeannette

Jeanette a 85 ans. Elle est veuve depuis 20 ans. Son mari et elle avaient un excellent revenu et une grande maison. Elle a tout vendu et est déménagée dans un appartement douillet en ville lorsque son mari est décédé. Elle n'a pas d'enfants. C'est son plus grand malheur car elle aurait aimé être grand-mère. Jusqu'à il y a deux ans, elle menait une vie active entourée de ses frères et soeurs ainsi que de plusieurs amies. Sauf que le temps faisant son oeuvre, deux de ses frères, une de ses soeurs et trois amies sont décédés. De plus, sa santé se détériore, elle ne peut plus sortir autant qu'elle le veut pour aller prendre un café au centre d'achat de son quartier. La solitude commence donc à lui peser. Il y a quelques années, elle a fait appel à un jeune du quartier car elle avait de la difficulté à déneiger ses escaliers. Aujourd'hui, ce jeune homme s'occupe aussi de son épicerie, de son ménage et lui sert aussi de confident. Elle l'a presque adopté et cette présence lui procure un grand bien-être, lui faisant presque oublier sa hâte de mourir elle aussi.


Intervention

Les retraités en difficultés ont aussi mis en évidence ce qui les empêchent ou les empêcheraient de se suicider. EN premier lieu, l'attachement familial les abstiendrait de se suicider. La famille a donc un rôle important à jouer, non seulement à cause de la motivation à vivre qu'elle représente, mais aussi pour son aptitude à déceler les intentions suicidaires d'un parent ou d'un grand-parent. La capacité de l'entourage à reconnaître les symptômes dépressifs de la personne âgée et les signes avant-coureurs d'un suicide constituent une forme de prévention essentielle. Le but de la prévention ne se limite pas à sauver la vie de l'aîné suicidaire, il faut rendre cette vie plus tolérable et si possible satisfaisante.

Plusieurs organismes communautaires viennent en aide aux personnes âgées qui se sentent sueles. Entre autres, il y a les clubs de l'Âge d'Or. Nous avons parlé avec la présidente d'un de ces clubs. En général, les gens qui fréquente l'Âge d'Or ont plus de 50 ans. Le but premier de l'Âge d'Or est de sortir les gens de leur train train quotidien et de les occuper.

Nous avons aussi contacté une psychologue au Centre d'aide et de service pour aînés du Cap-de-la-Madeleine. Le centre où elle travaille vise à référer les personnes en difficulté à d'autres services comme "Bonjour Ami" du Centre de bénévolat du Trois-Rivières Métropolitain. "Bonjour Ami" est un service de visites d'amitié. Il s'agit d'une visite de deux heures par semaine et d'un téléphone sécuritaire par un bénévole, visant à aider les personnes âgées souffrant de solitude à se sentir moins seules. Pendant l'année, il y a des rencontres pour les bénévoles et les bénéficiaires lors de fêtes importantes (Noël, St-Valentin, etc.)

Les organismes communautaires constituent une ressource très importante. Pour ceretaines personnes qui sont plutôt isolées, les associations orientées vers une clientèle âgée fournissent presque le seul contact social de caractère quotidien; pour d'autres, les associations représentent une source de sociabilité qui ne dépend pas de leur famille, aussi bien qu'une source d'information et d'aide pratique. En plus des rencontres purement sociales, ces centres, associations et organismes offrent des activités éducatives qui sont fort valorisées et valorisantes. Il serait urgent de reconstruire des systèmes d'échange permettant aux aînés de la collectivité d'obtenir le support nécessaire à la conservation de leur autonomie. Cela impliquerait la création de nouveaux types de rapports sociaux et de nouvelles formes d'intervention sociale.


Bibliographie

LIVRES

BERGER, L. (1996). Personnes âgées, une approche globale. Montréal. Études Vivantes. 586 pages

DELISLE, M.-A. (1987).La république du silence: solitude et vieillissement Montréal. Université Laval. Laboratoire de recherche sociologique. 192 pages

VÉZINA, J. et al. (1994).Psychologie gérontologique. Montréal. Éditions Gaétan Morin. 443 pages.

REVUES

CAILLOUX, A. "Vieillir, une fenêtre sur la vie". RND: Revue Notre-Dame. No.6, juin 1990, pp.21-22.

DELISLE, M.-A. "La solitude des personnes âgées". Service social. Vol. 10, été 1988, pp.41-44.

DUBÉ, M. et al. "Présence d'un confident, milieu de vie et solitude chez les personnes âgées". Science et comportement Vol.21, no. 3, pp.204-213.

HÉMOND, É. "Solitude inquiétante" Santé Société. Vol. 14, no. 4, automne 1992, pp.48-49.

MEINTEL, D. "Seules et âgées en milieu urbain: une enquête auprès de Montréalaises de trois groupes ethniques" Revue internationale d'action communautaire. no. 29, printemps 1993, pp. 44-47.
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