vie soldat canadien

La vie des soldats en Angleterre

 

L'armée canadienne en Grande-Bretagne comprend un quartier général d'armée, deux quartiers généraux de corps d'armée, deux divisions blindées, trois divisions d'infanterie, et deux brigades indépendantes de chars d'assaut et, vers la fin de 1942, plusieurs renforts arrivent en Grande-Bretagne.

Le transport des troupes canadiennes vers l'Angleterre, en butte aux attaques de sous-marins et de bombardiers allemands, ne s'opérait pas sans danger. Plusieurs navires furent torpillés et plusieurs Canadiens n’arrivèrent jamais à bon port.

La plupart du million d'hommes qui composent les corps d'armée et qui attendent de participer à l'invasion sont stationnés dans le sud de l'Angleterre. Les soldats canadiens, cantonnés en Angleterre depuis la fin de 1939, toujours sans contact avec l'ennemi, trouvaient que les journées passaient lentement. On envoyait, parfois un régiment avec l'ordre de défendre des secteurs côtiers de plusieurs kilomètres de longueur. En réalité, il ne s’agit que de patrouilles nocturnes sur le littoral. Les postes sont des abris de bois et de béton entourés de tranchées et protégés par des barbelés. De là, les soldats, sans jamais voir l’ennemi, surveillent les champs de mines et les autres obstacles dressés sur le rivage pour arrêter l'envahisseur.

Les longs mois d' hiver paraissaient encore plus longs aux soldats qui veillaient dans l’attente d’un ennemi qui ne se présentait jamais. Les vrais moments d’activité guerrière étaient les manoeuvres pendant lesquelles les soldats pouvaient s'aguerrir. En plus de l'entraînement purement militaire, il y avait aussi une bonne heure par semaine pour des discussions en groupe sur différentes questions d'actualité.

Après l'attaque japonaise contre Pearl Harbor, particulièrement, et l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés, les soldats qui piétinaient en Angleterre se demandèrent pourquoi on ne les envoyait pas aider au Front. Ils se sentaient vraiment inutiles et avaient l' impression de s'être engagés pour rien.

Les soldats du régiment de la Chaudière sous les ordres du colonel Paul Mathieu, furent les seuls Canadiens français engagés dans les opérations du jour J, le 6 juin 1944, et ceux du régiment de Maisonneuve, qui les suivirent quelques jours plus tard, endurèrent quatre années de garnison en Angleterre avant d'affronter l'ennemi. L'écusson du Régiment de la Chaudière est le seul de toute l'armée canadienne à être surmonté d'une fleur de lys et d’une devise qui signifie: plus solide que l'airain. Ce régiment, après un entraînement intensif et particulièrement dur en vue du Débarquement, sera affecté à la garde des côtes, tout en continuant de s'entraîner.

Les raids aériens nocturnes lancés par les Allemands sont continuels. Chaque nuit, les bombardiers ennemis pilonnent l’Angleterre. Au début, les soldats sautent à l’abri dans leur tranchée et chantent jusqu’à ce que le calme soit revenu. Souvent, la sirène lance l’alarme plusieurs fois dans la nuit. Au bout de quelques mois, les soldats continuent à dormir sous la tente sans prendre la peine de se cacher. Pourtant, les victimes de bombardements se comptent par milliers sans parler des villes complètement détruites.

Les Canadiens français fraternisent. Au début, ils ne sont pas très familiers avec la langue anglaise. Ils se rendent presque tous les soirs dans une cantine pour voir un film anglais de façon à maîtriser l'anglais en peu de temps car, au moment des attaques, il faudra pouvoir comprendre les ordres des officiers. Peu sont francophones. Et après, pour passer le temps, ils vont au cinéma ou écoutent la radio. Le soir, ils circulent librement en ville, mais dans l'obscurité la plus complète car c’est le black out. Au début, ils se perdent souvent à cause de la sinuosité des rues, mais s’habituent vite à l’obscurité.

Ces soldats canadiens français furent les témoins du changement de la société anglaise : rationnement de la nourriture, du vêtement et de l'essence, bière diluée...

La bicyclette, louée ou achetée, est le seul moyen de transport à la disposition des soldats. Pendant leurs nombreux temps libres, les excursions à bicyclette leur permettent d'apprécier les environs.

Le courrier aide à supporter l'ennui et les nombreuses frustrations. Bien des soldats ont admiré l'organisation parfaite du système postal militaire car malgré leurs nombreux changements d'adresse, le courrier les suivait à la trace. Le système postal dessert tous les soldats (soit plus d'un million de militaires).

En plus des millions de lettres à manipuler, de nombreux colis se rendent à leurs destinataires, aux quatre coins du pays. L'unique inconvénient, c'est que toutes les lettres envoyées au Canada sont censurées et parviennent à destination, la plupart du temps, trouées par le censeur. Ainsi, des milliers de lettres seront lues et découpées aux ciseaux! Parfois, les soldats reçoivent une dizaine de lettres à la fois. Ils attendent avec impatience les colis de la Croix Rouge, de leurs parents et de leurs amis du Canada, surtout quand Noël arrive. Bien sûr, les sucreries et les gâteries sont très appréciées.

Durant plus d'un mois, l'armée des États-Unis fournira les cigarettes aux Canadiens et comme les Américains devront s’approvisionner en viande auprès des Anglais, les Canadiens mangeront un peu plus de mouton.... A l’approche de Pâques 1944, un peu avant le Débarquement, les repas seront plus appétissants.