La réalité marocaine d'hier et d'aujourd'hui n'est pas simple à comprendre lorsqu'on tente de l'approcher sous l'angle du sacré et du profane.
Cette réalité, ainsi que les usages sociaux qui la concrétisent, ne se réfère pas exclusivement à la tradition islamique, pas non plus à des traditions purement ancestrales. Et lorsqu'on s'intéresse aux aspects de la vie quotidienne, cette réalité est d'autant plus compliquée et opaque qu'elle est fortement imbriquée dans la religion.
Il est vrai que la religion musulmane, plus que toute autre nous semble-t-il, s'y prête particulièrement. Le coran (livre saint) est venu justifier et donner leurs fondements à de nombreuses pratiques qui existaient avant son avènement. En rattachant à la religion naissante des rites et des usages païens, "Mohammad a cherché avant tout à unifier, à synthétiser les croyances éparses en les marquant du sceau de l'unicité divine": Chelhod, J. Les structures du sacré chez les arabes, Paris, Maisonneuve et Larose, 1986, P.13 . Et le fait que la religion ait pris son essor en s'inscrivant dans le cadre des conduites sociales préexistantes, ce fait, comme dit chelhod, qui se traduit par une transcendance absolue, mais en même temps par une immanence qui diffuse le sacré dans les êtres et les choses a toujours constitué un problème majeur de dissociation entre ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas.
Par ailleurs, il faut rappeler ici que l'Islam régit tous les aspects de la vie du musulman et investit de ses lois et recommandations jusqu'au geste le plus individuel et le plus intime: Coran (le livre saint), Hadith (la tradition prophétique) et fiqh (le droit musulman) constituent la loi réglementant de façon idéale la vie publique et la vie privée dans un état musulman. Leur contenu est perçu comme message éternel et extra-temporel. Selon A. Bouhdiba, ce message dit le modèle que Dieu a choisi pour sa communauté et ce choix divin ne pourrait subir de changement.
Il nous parait donc difficile, dans le domaine du quotidien que nous voulons observer et analyser et selon la définition de la tradition islamique que nous venons d'esquisser, de distinguer de façon radicale la religion du traditionnel ancestral. D'ailleurs, tel n'est pas notre but, ce qui nous importe en premier lieu c'est de voir comment dans le quotidien marocain se relient le sacré et le profane. Et partant de là, notre souci serait de voir comment ce lien déterminerait les traits de caractère du sujet marocain, ses comportement face à lui- même et à sa communauté, comment il conditionnerait sa pensée face aux questions existentielles, le temps, l'espace, la vie, la mort.