"Beat" TAKESHI KITANO
 

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Le nom "Joe Hisaishi" est aussi sujet à de nombreuses controverses : il ne s'agit pas de "Jô", mais bel et bien de "Joe" ; pseudo formé à partir de la transcription japonaise du nom "Quincy Jones" (grand musicien/producteur noir américain dont Joe apprécie le talent) : "Kuishi" et l'abréviation de Jones, pour donner au final Joe Hisaishi. Malgré la retranscription phonétique japonaise se traduisant par Jô ou Joo (selon les écoles de japonais), Joe Hisaishi décida d'orthographier son nom d'artiste avec un "e".
Pour convaincre le plus grand nombre d'entre vous, sachez que dès le premier album d'Hisaishi, l'orthographe était "Joe". Ne suivez donc pas celle donnée par certains sites ; il s'agit d'une retranscription phonétique sans prendre en compte les désirs de l'artiste.

DES CORDES DANS LA VALLEE DES VENTS
C'est en 1984 que la consécration arriva... l'année de sa première collaboration avec Hayao Miyazaki, le papa de Totoro...
A l'époque, Miyazaki tomba amoureux de Joe, professionnellement parlant, et lui confia la musique de Kaze No Tani No Naushika (Nausicäa de la vallée du vent). Ce fut une révélation, et Joe devint, suite au succès de Nausicaä, le compositeur attitré de Miyazaki. Il signa les musiques inoubliables de Tenkû No Shiro Rapyuta (Laputa, le Château dans le ciel) en 1986, Tonari No Totoro (Mon Voisin Totoro) en 1988, Majo No Takkyubin (Kiki's Delivery Service) en 1989, Kurenai No Buta (Porco Rosso) en 1992, Mononoke Hime (Princesse Mononoke) en 1997 et Sen to Chihiro no kamigakushi (Le Voyage de Chihiro) en 2001.
Une telle complicité entre les deux hommes n'est guerre surprenante. Joe Hisaishi fut un musiciens qui cherchait sans cesse de nouvelles sonorités, ou de nouveaux états d'esprit afin de composer ses musiques. Hayao Miyazaki eut la même démarche en proposant des films d'animations aux antipodes de ce qui se faisait alors au Japon. Leur rencontre n'est donc vaine, puisque leur univers se croisent et se ressemble, l'un en musique, l'autre en image.
Joe connus également la gloire la même année avec W No higeki (La Tragédie De W).

LE TOUCHE A TOUT
En plus d'une carrière cinématographique avec son associé Miyazaki, Joe entama une carrière solo, bien moins connue... Attiré par les compositions se démarquant et essayant toujours de nouvelles sonorités, Joe sortit des albums que l'on pourrait qualifier d'expérimentaux. L'exemple le plus flagrant est sans doute Alpha-Bet City (1985), réalisé à New-York et où le contenu se rapproche plus de la musique électronique que des mélodies à caractère symphoniques de Nausicäa.
Ces premières années furent très instructives. Joe ne fit pas seulement des musiques pour films ou dessins-animés, mais composa aussi beaucoup pour des publicités, dont un "best of" sortit en 1986, Curved Music ; album où l'on entendra Joe pousser la chansonnette (un Curved Music 2 sortit en 2003). Mais si ses albums solo étaient surprenants à ses débuts, force et de constater qu'aux fil des années, le style de Joe Hisaishi s'épure pour donner aujourd'hui une approche pratiquement entièrement orchestrale à son oeuvre.
En 1989, une société de production et grande chaîne de télévision japonaise NHK, demanda à Joe de composer la musique de leur documentaire sur le corps humain ; documentaire fait entièrement en images de synthèses, Jintai I (The Universe Within, volume 1: le corps humain). Cette démarche est celle qui ressembla le plus à Joe. Toujours à la recherche de sonorités nouvelles, ce dernier explora non pas le corps humain, mais de nouveaux horizons musicaux. Le succès de ce documentaire fut tel qu'une suite fut produite en 1993, Jintai II, et une troisième en 1997, intitulée très logiquement, Jintai III, dont Joe, fidèle au poste, signa également les musiques.
En 1988, Joe créa son propre label et un an plus tard, il produit son premier album à New-York, Pretender. Plus qu'un simple musicien, Joe veut avoir une maîtrise totale de ses créations.

LA RENCONTRE AU SOMMET
En 1991 sortit au pays du Soleil Levant Ano Natsu, Ichiban Shizuka Na Umi, qui peut se traduire par "Cet été, la mer est plus calme", plus connus sous le nom de A Scene at the Sea, formidable film de Takeshi Kitano.
Kitano, véritable star dans son pays d'origine, ne devait pas vraiment apprécier les compositeurs de musiques. En 1990, son film 3-4 x 10 Gatsu - san tai yon ekkusu jugatsu (Boiling point / Jugatsu) ne comporte pas une seule note de musique. Sa rencontre avec Joe Hisaishi va le transformer.
Leur première collaboration, A Scene at the Sea, est une totale réussite. Joe composa une musique simple, se répétant un peu, comme le désirait Kitano. En résulte un très beau film, avec les compositions les plus belles et plus lyriques que fit Joe. A l'instar de sa collaboration avec Hayao Miyazaki, Joe Hisaishi su parfaitement retranscrire l'univers particulier de Takeshi Kitano. Il est d'ailleurs étonnant de voir les différences entre les musiques pour Kitano et celles de Miyazaki ; cela résulte de la capacité, assez rare chez un compositeur, de s'intégrer et d'assimiler les images dont il est confronté. Ainsi, le travail avec Takeshi Kitano diffère grandement de celui avec Hayao Miyazaki. Avec Kitano, Joe Hisaishi assiste au tournage pour ensuite composer la musique dans une osmose parfaite (sauf A Scene at the Sea où le film fut terminé avant la musique).
De part ce premier travail, Kitano fit appel à Joe à chacun de ses nouveaux films : Sonatine, 1993 ; Kids Return, 1996 ; Hana Bi, 1997 ; Kikujiro No Natsu (L'Eté de Kikujiro) en 1999, Brother (Aniki mon frère) en 2001 et Dolls en 2002.
D'autre part, Joe reçu pour la quatrième et la cinquième fois dans sa carrière le grand prix de l'académie du Japon de la meilleur musique avec Hana Bi et Summer.
La même année (1991), Joe composa également la musique d'un film de Nobuhiko Obayashi, inconnu en France, Futari. Sa rencontre avec ce réalisateur se solda par une nouvelle "alliance", et Joe signa la musique d'autres films d'Obayashi.
1991 fut donc une année clé dans la carrière de Joe. Non content d'être le compositeur de Miyazaki, Joe Hisaishi est désormais un artiste à part entière connu pour se mouvoir tout particulièrement dans la musique de films.

LA MONDIALISATION
Sans le vouloir, une grande partie de la population mondiale a déjà écouté une composition de Joe. En mars 1998, les Jeux Paralympiques d'hiver se déroule à Nagano au Japon.
Vous devez sans doute vous souvenir que Joe Hisaishi est né à Nagano... C'est peut être pour cette raison symbolique que Joe fut nominé à la direction de l'ouverture des Jeux, des cérémonies finales et tous les événements culturels entourant l'événement principal.
Mais en plus d'être nationalement reconnu dans son pays d'origine, Joe devient de plus en plus populaire à l'étranger. En effet, sa notoriété, grâce aux films de Kitano et Miyazaki, l'amena à composer également des musiques de films étrangers.
Et il y a de grandes chances que vous ayez vu le premier de ces films (et le seul à ce jour)... Le Petit Poucet, d'Olivier Dahan, sorti en 2001. Si la qualité du film est sujette à de nombreuses controverses, la composition met tout le monde d'accord. Joe affirme lui-même que le thème du film figure parmi ses préférés.
En effet, Joe Hisaishi ne se décourage jamais à la tâche. Malgré ses origines, c'est avec tout son talent et son coeur qu'il composa pour Dahan, prêt alors à se lancer dans une carrière occidentale.
De plus, à l'instar de certains autres compositeurs, Joe se produit régulièrement en concert aux quatres coins de la planète. Que ce soit à Tokyo, Londres, New-York ou en Corée, les connaisseurs savent qui est Joe Hisaishi.
Joe le virtuose

A chaque concert, chaque bande originale de film et chaque mélodie de ses albums solo, Joe est au piano.
Il s'agit évidement de son instrument de prédilection, et il en joue à merveille. Il suffit d'écouter les Piano Stories pour s'en convaincre. Plus qu'un simple interprète, Joe est un virtuose, dont les mélodies ne sont rien d'autres qu'humaines. Sachant raconter à sa façon une histoire, Joe utilise le piano en guise de narrateur, mêlé à la beauté orchestrale d'une prairie de roses philharmoniques.
Et c'est là où tout prend forme chez ce japonais à la culture hors norme : ses mélodies, destinées ou non pour le cinéma, peuvent s'écouter seules ; l'émotion tant recherché par Kitano y reste intacte et pure.

Il est un peu une tradition au Japon de sortir plusieurs CD lors de la sortie d'un film ou d'un dessins-animés, ce que l'on appelle les déclinaisons commerciales. Joe, lui, aime reprendre ses meilleures compositions, de les arranger, et de les faire jouer par un orchestre philharmonique. En outre, on le trouve généralement assis derrière le piano.
C'est fascinant de ré-entendre les musiques de film ainsi arrangé. Que ce soit les Piano Stories ou les Works, on ne peut rester insensible à une telle beauté. Non seulement Joe compose de la musique pour films, mais il les réorchestres pour les rendre plus audibles qu'elles ne le sont déjà. Et c'est sûrement la chose la plus appréciable chez lui. La fameuse série des Piano Stories en témoigne avec éloquence ; Joe Hisaishi manie habillement ses diverses compositions pour en tirer la quintessence. Ses albums solo ainsi créés sont formidable et se trouve être les plus demandé par les passionnés, qui sont en fêtes à chaque nouvel album.

Mais en plus d'être un musicien confirmé, Joe réalisa son premier film en 2001, Quartet. Son film a reçu d'excellentes critiques lors du festival du cinéma de Montréal. Il fit, avec ce film, ses premiers pas en tant que réalisateur, en plus de l'écriture de la musique et du scénario. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce film est vraiment bon ; on sent que les années passées à assister aux tournages des films de Kitano n'ont pas été vaines. Les musiques n'en sont pas moins fantastiques, Hisaishi trouvant le réalisateur qu'il pouvait le mieux comprendre : lui-même. Cette première réussite n'en sera pas la dernière, et Joe Hisaishi se lance sans cesse dans de nouvelles choses qui pourrait diversifier son savoir faire. 4 Movement, un DVD musical réalisé par Joe, peut nous en convaincre, ainsi que le récent mini concert que Joe fit lors de l'ouverture du 15ème Tokyo International Film Festival en présence du gouverneur de Tokyo, en novembre 2002...
Joe Hisaishi n'en est donc pas au début de sa carrière, mais à plus de 50 ans, il reste très actif dans le monde de la musique.

[ Yaku, WebMaster de Joe Hisaishi .net ]