Symbolique des sacrements

Symbolique des sacrements

 

 

I                       Le Sacrement du baptême

 

L’usage rituel de l’eau sous la forme de l’ablution, de l’immersion, de l’effusion est commun à la plupart des religions. Il se rattache au symbolisme naturel de l’eau, qui exprime à la fois désintégration et régénération. «L’ablution d’eau précédait les principaux actes religieux, préparant ainsi l’insertion de l’homme dans l’économie du sacré» (M. Eliade). Aussi la trouve-t-on pratiquée par les prêtres avant qu’ils n’entrent dans les temples. Elle jouait un rôle dans l’initiation aux mystères d’Isis et de Mithra, comme le remarque Tertullien (Sur le baptême, V, 1). Le bain dans le fleuve sacré, le Gange ou le Nil, exprime le renouvellement dans les forces sacrales. L’ablution purifie du crime, délivre des influences démoniaques. Tertullien relève aussi l’usage de baptiser les idoles, en vue de les consacrer. On asperge d’eaux lustrales les maisons, les villes, les sanctuaires. Tous ces rites sont l’expression d’un sens du sacré inhérent à la nature humaine et non de structures culturelles liées à une mentalité périmée. Ils présentent des caractères communs dans toutes les religions païennes, tout en se diversifiant d’après les caractères propres de chacune de ces religions. Le christianisme est né dans un milieu juif et ne s’est étendu que plus tard dans le monde païen, grec et latin.

 

1.         Rite avec utilisation de l’eau chez les juifs

 

La religion juive comportait des rites d’ablutions, qui sont consignés dans le Lévitique. Ainsi, pour l’ordination des prêtres (Lv 8,1), pour la consécration de l’autel: «Moïse fit sept aspersions sur l’autel et oignit, pour les consacrer, l’huile et les ustensiles» (Lv 8,11). Très importantes étaient les ablutions destinées à purifier ce qui était rituellement devenu impur. Ainsi en était-il pour celui qui avait touché un cadavre, pour tout ce qui concernait la vie sexuelle: «Quand une femme aura couché maritalement avec un homme, ils devront tous les deux se laver à l’eau et ils seront impurs jusqu’au soir» (Lv 15,18). Le lépreux était tenu à de sévères purifications rituelles. Ces ablutions rituelles étaient particulièrement soulignées au temps du Christ et poussées à un degré de minutie extrême. C’était en particulier le cas chez les Esséniens. Un bain de purification précédait pour eux chaque repas. On a retrouvé à Qumram les piscines qui servaient à ces ablutions quotidiennes. Le Christ est accusé par les Pharisiens de ne pas tenir compte de ces obligations (Mt 15,2). Les judéo-chrétiens conserveront l’usage de ces purifications, comme on le voit en particulier dans les écrits pseudo-clémentins.

Toutefois, le baptême chrétien apparaît comme radicalement différent de ces rites d’ablutions. Il n’était donné qu’une fois, comme rite d’initiation à la communauté. L’initiation à la communauté essénienne impliquait un bain rituel mais celui-ci est quotidien dans la communauté. Tout païen converti à la religion juive (prosélyte) devait prendre un bain, avant de recevoir la circoncision, pour faire disparaître son état d’impureté rituelle. Mais il n’est pas certain que cet usage existait au temps du Christ. Il y avait aussi un bain dans le Jourdain dans les communautés baptistes au temps des origines chrétiennes. Ce baptême a persisté chez les mandéens. Il est vraisemblable que Jean-Baptiste s’est inspiré de cet usage quand il baptisait dans le Jourdain. Le bain dans ce fleuve ne tient, en effet, aucune place dans l’Ancien Testament, à l’exception du bain de Naaman (2 R 5,1-28). Mais si Jean-Baptiste s’est inspiré de cet usage, il lui donne une signification nouvelle. Son baptême est un geste prophétique, qui accomplit la promesse eschatologique de l’effusion d’eau purificatrice de la fin des temps. Il est le signe de la conversion et de l’entrée dans la communauté des pénitents qui se préparent à l’imminence de la Visite de Dieu.

 

2.         Baptême chrétien

 

Le baptême chrétien est certainement, dans son origine, en relation avec le baptême de Jean-Baptiste. C’est le rite du baptême de Jean que Jésus a repris mais en lui donnant toute la plénitude de sa signification. Cela apparaît déjà dans le baptême de Jésus par Jean. Par ce baptême, Jésus a voulu ratifier la mission du Baptiste et en même temps y mettre fin. L’effusion de l’Esprit sur Jésus après ce baptême signifie, en effet, que le temps de la préparation est terminé et que les temps messianiques sont inaugurés. Jean lui-même a comparé son baptême à celui de Jésus: «Moi, je vous baptise dans l’eau pour le repentir» (Mt 3,11), «lui vous baptisera dans l’Esprit saint» (Mc, I, 8). La descente de l’Esprit sur Jésus est le signe de ce changement. «Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’avait dit: Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui doit baptiser dans l’Esprit saint» (Jn 1,33). Le baptême dans l’Esprit saint n’a pas été conféré par Jésus lui-même. Le baptême que ses disciples donnaient durant sa vie terrestre (Jn 4,1) est encore un baptême de préparation. Et, en effet, si le baptême chrétien confère la participation à la vie du Christ ressuscité, il ne pouvait être donné avant la résurrection. C’est pour cette raison que Jésus dit lui-même : « Je dois être baptisé d’un baptême (en parlant de sa Pâque) » (Lc 12,50). A ce moment-là Jésus est baptisé au Jourdain depuis longtemps, il ne s’agit donc plus du rite d’eau mais de la nouvelle signification du rite d’eau ! Après cette Pâque, sa mort et sa résurrection, Jésus institue le baptême chrétien en disant à ses Apôtres: «Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28, 19). Mais c’est seulement après la Pentecôte que ce baptême commencera à être conféré, comme nous le voyons dans les Actes des Apôtres (2, 38).

 

3.         Rites chrétiens

 

Le rite baptismal chrétien comporte 7 éléments essentiels :

-         l’eau,

-         l’enfant et le prénom que Dieu lui donne,

-         la formule trinitaire qui exprime la présence de Dieu,

-         la volonté de vouloir faire ce que veut l’Eglise exprimée par celui qui baptise.

 

Ce sont les éléments indispensables dans un baptême d’urgence. Les autres éléments du baptême sont les rites complémentaires pour signifier toute la richesse de ce sacrement.

 

 

I           L'entrée dans l'église

 

La célébration commence dehors, puis on entre dans l'église. Ce passage symbolise  l'entrée dans la communauté de l'Eglise par le sacrement du baptême. Cette communauté est représentée, au minimum, par le ministre mais il est évident que plus la communauté est visible mieux ce sera au moins du point de vue pastoral. On remarquera que ce n’est pas le baptisé qui se baptise lui-même, comme dans les rites de purification ordinaire, mais qu’il est baptisé ordinairement par un membre de la communauté. Le baptême est essentiellement reçu.[1]

 

Au cours de l'histoire de l'église, la tendance des ministres des sacrements a été de simplifier le plus possible la liturgie pour se sacrifier "aux satanées raisons pratiques". Ainsi, souvent le prêtre préfère commencer la liturgie du baptême à l'intérieur de l'église pour bien des raisons pratiques. "Parce qu'il fait froid dehors… ou trop chaud…" parce qu'il y a trop de bruit…" parce qu'il y a les dangers de la circulation…" bref, ils ne se rendent pas comptent que ce serait génial, précisément d'exploiter ce symbolisme… N'est-ce pas merveilleux que l'on entende pas la voix du prêtre en dehors de l'église ? nest-ce pas symbolique ? N'est-ce pas merveilleux que ce soit dangereux ? Il ne s'agit pas de prendre des risques mais de s'organiser pour protéger l'assemblée qui célèbre, n'est-ce pas le rôle du berger ? N'est-ce pas la réalité symbolique de notre monde ? Et si vous avez fait la bonne expérience de retrouver le chaud de la maison ou vous êtes bien au coin du feu, n'est-ce pas un rapprochement que vous pouvez faire en entrant, par temps froid, à l'intérieur de l'église ? (pour autant qu'elle soit chauffée !) N'écoutez pas trop non plus les parents qui utilisent n'importe quel argument pour faire raccourcir la célébration: "il veut prendre froid.. il risque de prendre un coup de soleil…" Bref, parce que l'on a que trop perdu l'âme symbolique on passe à côté de toute une richesse à exploiter, un véritable trésor !

 

Il faut donc commencer la célébration dehors et mettre en valeur ce passage par la porte de l'église…  Que de prêtres se plaignent que les chrétiens n'ont plus le sens de la communauté… C'est le moment d'en faire prendre conscience ! Il ne faut pas que le temps dehors soit trop court car l'assemblée n'a pas le temps de réaliser le passage, l'entrée dans l'église. Il ne faut pas non plus que ce passage soit "trop facile" car il symbolise déjà le passage de la Pâque dans le Christ, Porte de l'Eglise. Il faut aussi que l'Eglise soit accueillante… c'est la maison de Dieu, symbole de sa Présence ! Dieu demeure dans l'eucharistie, il a choisi des réalités simples, humbles, pauvres… mais il ne faut pas confondre l'indifférence avec la pauvreté. Il y a vraiment des églises qui manifestent l'indifférence de la communauté chrétienne… Je ne parle pas ici des moyens financiers… je parle d'une église accueillante, rangée, propre...

 

II          Le Christ Porte de l'Eglise

 

"En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis." (Jn 10,7)

 

Dieu ouvre la Porte de son cœur trinitaire aux hommes à partir du moment ou le cœur de Dieu est greffé dans le cœur de l'Homme Jésus. Le Christ est donc la Porte de la Vie trinitaire. "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi." (Jn 14,5) Il est évident qu'à un baptême nous ne percevons pas la puissance symbolique du passage de la porte de l'église... c'est beaucoup trop facile à entrer... Il faudrait pouvoir rejoindre des générations d'hommes et de femmes qui ont perçu l'impossibilité de rejoindre Dieu au-delà de tout, inatteignable, Transcendant, avant l'avènement du Christ dans le peuple hébreu et dans les religions païennes...  mais aussi à l’intérieur même du peuple chrétien dans ses difficultés à être fidèle au Christ. Il faudrait pouvoir épouser le cœur d'hommes et de femmes qui ne parviennent pas, aujourd'hui encore à croire ou qui sont angoissés par le doute ou le désespoir pour pouvoir se rendre compte de la grâce, de la joie de pouvoir "franchir la Porte de l'Eglise" en plongeant l'enfant dans l'eau du baptême pour qu'il entre par le Christ et dans l'Esprit-Saint au coeur de la Vie intime de Dieu. Cette donnée symbolique de la Porte de l'Eglise confirme ce qu’il est essentiel de commencer le baptême en dehors de l'Eglise, quelque soient les difficultés pratiques ! J'aimerais bien entendre les différentes expériences spirituelles de juifs ou de musulmans croyants car je me suis souvent posé la question suivante: "Quand ils prient ou perçoivent-ils la présence de Dieu ? sont-ils en face de Dieu ou rejoignent-ils Dieu dans leur cœur ? pensent-ils être au cœur de Dieu dans la prière ? pensent-ils que c'est l'Esprit de Dieu qui prie en eux ?" Personnellement, jusqu'à présent d'après mes connaissances, je pense pas qu'ils perçoivent Dieu dans leur cœur car il demeure Transcendant ! On peut le prier, certes, vivre sa Loi... mais juifs et musulmans restent toujours "en face de Dieu" dans la prière. Nous nous rendons pas compte, nous chrétiens, de la grâce de notre foi, apportée par le Christ car Il nous a ouvert la Porte du Cœur de Dieu, nous sommes entrés en lui et Lui en nous (le sacrement de l'eucharistie le signifie très clairement) c'est L'Esprit-Saint qui prie en nous (lorsque c'est une vraie prière). Nous sommes au cœur de l'Amour Intime des 3 Personnes divines... PAR le Christ DANS l'Esprit-Saint... Le baptême est aussi l’ouverture de la porte de notre cœur à Dieu. Enfin, le baptême, en lui-même, est la porte d’entrée dans le Royaume. Tout cela doit être signifié symboliquement au baptême au moment où l'on entre dans l'Eglise, symbole du Cœur de Dieu et de l'Eglise qui est son Corps ! Autrefois, le prêtre posait son étole sur le corps du bébé pour faire avec lui les premiers pas dans l'église.

 

 

III         Le nom de l’enfant

 

Chez les premiers chrétiens les candidats au baptême recevaient un «nom chrétien » au moment du baptême pour signifier que le baptisé devient enfant de Dieu et que ce dernier est le Père de l’enfant, il lui donne donc un nom. Cet acte implique bien sûr toute la richesse du symbolisme de la paternité. Par exemple celui qui donne le nom a autorité sur celui qui le reçoit. Dieu a autorité sur ses enfants. Adam a reçu l’autorité sur les animaux en leur donnant un nom. La notion de paternité implique aussi le don de la vie, le Père est source de vie et on retrouve cette idée dans le symbolisme de l’eau. On récite aussi le « Notre Père » au cours du baptême. Actuellement le prénom de l’enfant baptisé ne change plus, il est choisi dès la naissance et on perd ainsi toute la saveur de ce symbole. L’Eglise demandait aussi, par le passé, que le prénom corresponde à celui d’un saint pour signifier la source de vie spirituelle et l’autorité du ciel symbolisé par un saint patron. Dans la bible Dieu change parfois aussi le nom d’un personnage biblique pour lui signifier une vocation, une mission ou pour signifier que ce personnage est un symbole au milieu de son peuple. De ce point de vue également le prénom n’a plus beaucoup de signification spirituelle dans notre culture occidentale, de plus en plus il s’identifie plutôt à des vedettes sportives ou de la télévision.

 

 

IV        Le parrain et la marraine – les parents : symbole de l’Epoux et de l’Epouse

 

Les parents ont la grâce de donner la vie humaine à l’enfant mais ils doivent aussi s’occuper de lui donner une fécondité spirituelle. Cependant, cette dernière trouve sa source en Dieu dans la fécondité du Christ-Epoux et de son Epouse l’Eglise. Le père et la mère participent, bien sûr à cette fécondité spirituelle mais le parrain et la marraine rappelle que la communauté qu’ils représentent y participe aussi. Dans une société qui ne conçoit souvent que la fécondité physique et charnelle donnée par les parents a d’autant plus besoin du symbolisme du parrain et de la marraine.

Le dialogue initial rappelle également le libre consentement matrimonial de l’Epouse qui accueille la fécondité divine de l’Epoux qui donne un enfant, un fils. Le baptisé est fils de Dieu et fils de l’Eglise, sa mère. Pour signifier l'engagement, la solidarité dans la communauté, il est bon d'avoir un dialogue avec les parents et les parrain-marraine (éventuellement le nouveau baptisé) pour que l'ensemble de l'assemblée qui célèbre prenne aussi conscience de l'engagement difficile dans la communauté. On peut parler par exemple de l'engagement des parents à aider l'église à transmettre la foi à leur enfant et aux enfants de la communauté (catéchèse) ! Il est bon de développer la question du ministre faite aux parents puis aux parrain-marraine.[2]  On peut développer en un dialogue et exiger une réponse claire des parents et des parrain-marraine. Cet engagement est signifié par la profession de foi et la renonciation au mal et à Satan.

Par le sacrement du baptême, nous devenons fils ou fille de Dieu, nous entrons dans une famille où nous devenons en communauté frères et sœurs. La prière de la litanie des saints est l’expression de la prière de cette grande famille, non seulement de la terre, mais aussi du ciel. On prie aussi Marie au cours du baptême.

 

 

V         Le signe de la croix

 

Il est impossible, dans le cadre de cette étude, d’approfondir toute la richesse du symbolisme de la croix. Dans le cadre du baptême, elle fait principalement référence au Christ crucifié et au salut qu’il a donné à l’humanité. La dimension verticale de la croix rappelle la communion entre le haut et le bas, le ciel et la terre dans laquelle la croix est plantée. La dimension horizontale rappelle que les bras du Christ crée une communion d’amour entre les hommes et l’ensemble de la création. Cependant, justement, cette communion est sur la croix, autrement dit, elle demeure au cœur de la souffrance et de la mort. Le Christ n’est pas venu supprimer les supprimer, comme par magie, mais il est venu planter la croix de l’amour jusqu’au cœur de la souffrance, du dépouillement, de l’humiliation et de la mort. Pour ce rite important, le rituel du baptême des adultes propose ce qui suit :  "Reçois le signe de la croix du Christ. C'est lui qui te marque lui-même du signe de son amour. Apprends à mieux le connaître, applique-toi à le suivre, porte en ton corps le signe du salut : tes oreilles pour que tu écoutes la voix du Seigneur, tes yeux pour que tu puisses entrevoir la gloire de Dieu, tes lèvres pour que tu saches répondre à Dieu qui te parle, ton cœur pour que le Christ habite en toi par la foi. Sois marqué tout entier du signe de la croix pour que tu possèdes la vie au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit."

 

Il y a trois signes de croix prévus par la liturgie au cours d’un baptême :

-         la signation avec le pouce au moment de l’accueil de l’enfant

-         l’onction d’huile pour la prière d’exorcisme et de délivrance

-         l’onction d’huile avec le saint chrême pour le don de l’Esprit-Saint

 

Le premier signe de la croix est fait par le ministre du baptême qui accueille l’enfant au nom du Christ mais il invite aussi des membres de la communauté à faire le même geste symbolique pour signifier l’accueil de l’enfant dans la communauté. Par le baptême, on n'entre pas dans n'importe quel groupe, dans n'importe quelle Église. On entre dans l'Église de Jésus Christ. C'est ce que veut dire le signe de la croix que le prêtre et tous les participants tracent sur le nouveau baptisé. Signe de la croix : signe de reconnaissance des chrétiens entre eux. Nous avons tous étés "signés" au jour de notre baptême. C'est comme une signature. Elle authentifie le geste que le prêtre, les parents, le parrain et la marraine, et tous les baptisés présents qui le désirent ont fait sur le front de l'enfant. Comme nous tous, il est désormais marqué de la croix du Christ. C'est à dire qu'il entre dans ce monde où l'Amour est privilégié, puisque cet amour va jusqu'à donner sa vie. Un jour, le papa et la maman de ce bébé lui apprendront à faire lui aussi personnellement le signe de la croix, à tracer sur son corps le signe de l'Amour ; évoquant le Père en touchant son front, le Fils en mettant sa main sur son cœur, l'Esprit de force en touchant ses deux épaules.

Le premier « contact physique » avec le catéchumène est le signe de la croix. La croix étant le symbole de l’amour dans toute sa plénitude[3] il faut qu’elle soit le premier contact avec le catéchumène. C’est l’amour qui fonde la loi et non la loi qui fonde l’amour, c’est l’amour qui nous invite à la conversion et à une vie saine et morale et non l’inverse. Il faut que l’enfant découvre le trésor de l’amour il saura ensuite faire ou ne pas faire ce qu’il faut pour garder ce trésor. Par contre si on commence par la morale on ne découvre pas l’amour ! C’est cet amour qui accueil l’enfant et l’intègre dans la communauté chrétienne.

 

L’onction d’huile au moment de la prière d’exorcisme est, de nos jours, beaucoup plus difficile à faire comprendre. On n’accepte pas que l’enfant soit marqué par quelque tache que ce soit car il est « sorti de la cuisse de Jupiter », il est pur et sain, il n’a jamais rien fait de mal ! Effectivement, il n’a jamais rien fait de mal ! Evidemment ! Par contre il est marqué par le péché originel. Il y a deux conceptions qui s’affrontent ici. D’une part, l’orgueil (c’est précisément le péché originel) de nombreux parents qui ont la prétention d’avoir enfanté la pureté, la perfection, et d’autre part, l’influence du judaïsme qui voyaient une impureté de la femme qui enfante et du jansénisme[4]  qui voyait dans tout acte sexuel une source de mal. En fait ce n’est, ni l’acte sexuel ou l’enfantement qui nécessite un exorcisme sur l’enfant mais le péché originel car l’enfant n’est pas pur comme certains parents le croient.

 

L’enfant n’a rien fait de mal, il n’est pas responsable de ce péché originel mais il est marqué par ce péché. Autrement dit, le péché originel est à la racine du péché de l’humanité et du péché de chaque être humain, cette marque du péché c’est l’orgueil. Bien des parents pensent que ce péché vient uniquement par l’influence de la société… Même s’il n’avait aucune influence mauvaise de la société, l’enfant fera quand même des péchés. Il y a une tendance chez bien des parents de vouloir se déculpabiliser en rejetant toute la responsabilité sur la société. Mais qui a influencé cette société si tout le monde naît pur ? On ne répond pas à la question du mal ou alors on remonte la chaîne jusqu’au début de l’humanité avec ce raisonnement et c’est précisément cela le sens de la notion de péché originel. Le péché originel ne se transmet pas par l’acte sexuel comme on l’a dit de façon aberrante à une époque janséniste mais parce que l’humanité n’est plus capable d’engendrer la vie dans toute sa plénitude s’étant en partie « séparée » de Dieu par son péché. « La femme engendrera alors encore des enfants mais dans la douleur » (Gn 3,16). Ce péché n’est pas celui « d’un homme » qui s’appellerait Adam mais celui de l’humanité ![5]  Nous sommes tous en Adam parce que nous partageons tous « le même humus » la même humanité.[6] Aujourd’hui, nous redécouvrons cette solidarité humaine car notre monde devient « un village ». En résumé, la notion de péché originel tient en équilibre la responsabilité collective mais aussi individuelle de chaque être humain.

La prière d’exorcisme et de délivrance va signifier la libération donnée par le Christ, elle est nécessaire même pour un enfant qui meurt sans péché personnel parce qu’il ne suffit pas d’être libéré de ses péchés personnels. Le péché en Adam est une « séparation » de Dieu, l’humanité a laissé un espace au « mal », un vide d’amour en lui. Il faut donc que l’humanité soit à nouveau habité par le souffle de l’Esprit pour que nous soyons sauvés. Cette onction ne supprime pas le mal mais il comble ce vide, cet espace où Dieu revient et donne la possibilité à l’homme de lutter contre le mal. L’onction se fait sur la poitrine (à la hauteur des poumons, le siège du souffle et de la respiration) du catéchumène. Le signe de la croix au moment de l’onction avec le saint chrême évoque le don de l’Esprit-Saint qui jaillit de la croix., à travers le symbole de l’Eau.

 

VI        La lecture de la Parole de Dieu

 

On trouve parfois des parents qui ne veulent pas lire les textes bibliques qu’ils ne comprennent pas et qu’ils trouvent pas intéressants et préfèrent lire des textes profanes. Il y a effectivement de très beaux textes de théologiens, philosophes ou poètes mais ils ne remplacent pas les textes de la Parole de Dieu ! Effectivement la parole de Dieu est le sceau qui donne à la liturgie son caractère sacré, elle manifeste Dieu est présent et qu’Il parle ! Il est évident que les textes, en particulier ceux de l’Ancien Testament, ne sont pas faciles à comprendre mais il est tout à fait fondamental de choisir au moins un passage de l’Evangile. Si ce dernier contient les paroles mêmes de Jésus, cela aidera l’assemblée à comprendre ce qui précède : Dieu nous parle encore aujourd’hui, il est présent au milieu de son peuple ! « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. » (Mt 18,20)

 

VII       Commentaire de la Parole de Dieu

 

La place de l’homélie prend souvent une place trop importante par rapport à la proclamation de la Parole de Dieu. Il est vrai que la liturgie est l’occasion de faire une catéchèse fondamentale du mystère chrétien mais l’homélie n’est pas le seul lieu catéchétique, les symboles et les actes liturgiques sont autant de lieu d’enseignements. Il faut surtout veiller à ce que le commentaire ne devienne pas de la parlotte et il faut que ce soit un commentaire ! En effet, il arrive souvent que l’homélie n’ait aucun lieu avec la parole proclamée ! L’homélie doit souligner la force de la Parole divine et non la force de la parole humaine du prêtre !

 

Il ne faut pas non plus avoir peur de parler des sujets difficiles et de la mort à un baptême… en effet l'enfant est plongé dans la mort et la résurrection du Christ ! Une maman m'a reproché un jour d'avoir parlé de la mort à la célébration de la première communion de sa fille ! Un si beau jour de fête gâché… On ne parle pas de ces choses-là voyons ! C'est vrai qu'il faut être prudent et je n'en aurait pas parlé n'importe comment si il y a avait eu un décès d'un proche dans une famille des enfants… ce n'était pas le cas… plus tard j'ai compris que c'est elle qui n'assumait pas son âge… peur de vieillir etc…

Donc parler de la mort, non pas n'importe comment mais précisément comme passage à la Vie éternelle… "mourir au vieil homme pour revêtir l'homme nouveau" (Ep 4,22-24) dit saint Paul. 

 

VIII      L’imposition des mains

 

L'imposition des mains est un geste biblique chargé de symbolisme et de solennité et par lequel ces hommes peuvent être consacrés à leur tâche devant Dieu et l'assemblée (Ac 14.23 ; 1 Tm 4.14 ; 5.22 ; cf. Ac 13.1-3). Ce geste est très ancien, il signifie un don venu d’en haut. Lorsqu’une personne offre un cadeau, elle le tient la plupart du temps, dans ses mains et non pas sur ses mains. Ainsi, pour exprimer le don de l’Esprit-Saint, la force d’en Haut, le prêtre va déposer ses mains sur la tête de l’enfant, lieu de son esprit, en prenant soin de mettre les paumes de ses mains en contact avec sa tête. Par contre, l’offrande humaine à Dieu, celle qui vient d’en bas, s’exprime par les mains ouvertes vers le ciel, tel est le geste du prêtre qui offre, au nom de toute la communauté, les prières de l’humanité.

L’imposition des mains évoque aussi le geste du papa ou de la maman qui met sa main sur la tête de son fils ou de sa fille, pour lui signifier sa tendresse et sa protection contre tout le mal qui pourrait lui arriver. Ce geste au baptême symbolise ainsi que Dieu protège l’enfant de tout mal, au sens où il lui donne la force d’y résister. Dans le rite de l’exorcisme, on peut choisir entre le signe de la croix avec l’onction d’huile ou l’imposition des mains.

Dans le désert, le démon propose à Jésus d’inverser la puissance en se détournant de son Père pour adorer Satan ! Il tente de pervertir la Parole (le Christ est le Verbe fait chair)  en citant la prière du psaume (Ps 91,11-12) : « Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront.. » (Mt 4,6). Autrement dit, il propose que la puissance exercée dans le Christ vienne de son humanité (et non de sa divinité, du Père), vienne d’en bas et non d’en haut, le geste symbolique étant signifié par le geste inversé de l’imposition des mains. C’est aussi l’inverse du sens du Psaume 91. Le Christ est invité, par le démon, à présenter la force qui vient d’en haut comme une force venant d’en bas : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ! » (Mt 4,6), il n’est pas en train de lui proposer d’offrir sa prière au Père puisqu’il y propose de se jeter en bas le Temple, lieu de la prière et de la présence de Dieu pour un juif !

Le rituel du baptême propose au ministre du baptême de « prolonger l’imposition des mains » en faisant les mêmes gestes que Jésus lorsqu’il guérissait le sourd-bègue après lui avoir imposé les mains (Mc 7,32-35). Le ministre touche les oreilles, les yeux et la bouche de l’enfant en lui disant « Ephata ; ouvre-toi ! Que le Seigneur te donne d’entendre sa Parole, de voir ses œuvres d’amour et d’annoncer la Bonne nouvelle du salut ! ». La force de l’Esprit-Saint « s’incarne » dans la chair du baptisé.

 

IX        L’onction d’huile

 

Le symbolisme de l'huile se superpose exactement à celui de l'olivier, puisque l'huile provenait des olives broyées. On accordait un soin spécial à l'huile destinée au Temple, à la confection des parfums (Nb 4, 16). On éliminait les débris de noyaux, de manière à obtenir de l'huile vierge (Ex 27, 20). Puisque l'huile servait à alimenter le chandelier à sept branches, on en fit un symbole de lumière. En revanche, les deux oliviers, dont l'huile entretient les lampadaires, symbolisent le Roi et le Prêtre en Za 4, 11-14.  L'onction royale, faite avec l'huile de joie (Ps 45, 8), était le signe de l'élection divine et aussi de l'irruption de l'Esprit (1 S 10,1-4). On répandait l'huile sur la tête du roi en forme de couronne.  Pour l'onction du grand prêtre, l'huile était versée en forme de croix, en forme de la lettre grecque Chi, selon les dires du Talmud. Elle descendait sur la barbe d'Aaron. L'huile qui faisait resplendir les visages devenait ainsi un symbole de lumière (Ps 104, 15).  Le roi et le prêtre étaient les oints de Dieu. Le mot hébreu signifiant «oint» se traduit en grec par christos. Il fut appliqué à Jésus, l'oint   du Seigneur.

 

Dans l'antiquité, les onguents à base d'huile d'olive étaient censés posséder un pouvoir merveilleux. Les sportifs dans le stade s'en enduisaient pour se fortifier. Elle est un onguent qui calme les douleurs et fortifie les lutteurs. L’huile répartie sur tout le corps du lutteur rend difficile la prise de son adversaire. L’huile symbolise donc la force de l’Esprit-Saint qui va rendre difficile la prise de l’Adversaire, le démon, sur le baptisé.

De plus, la statue de Jupiter l'Olympien, qui dominait le stade où se disputaient les jeux olympiques, était ornée d'une couronne d'olivier. Les vainqueurs des jeux l'étaient également  c’était d'ailleurs leur seule récompense. Au seuil de l'âge adulte, l'Église rappelle, à la suite de saint Paul, à celui qui va être confirmé, que la vie chrétienne est une lutte. Le chrétien sera couronné s'il est vainqueur contre le mal.  L'huile sert également à la préparation et à l'assaisonnement des aliments farineux et du pain (Dt 12, 17). Elle est un aliment de première nécessité (Dt 28, 38-40). On en fit un symbole de richesse et de prospérité. Elle est une bénédiction (Dt 7, 13), comme l'olivier est le symbole du juste béni de Dieu (Ps 52, 10). Elle est  aussi le signe du bonheur eschatologique (Os 2, 24). Dieu la donne à celui qui observe ses commandements. C'est généralement l'huile de première pression qui était réservée à l'alimentation, tandis que l'huile de deuxième pression servait à fabriquer des onguents. Au Temple, on apportait des offrandes de farine, d'huile et de vin. On préparait des galettes spéciales.  L'huile est enfin un symbole d'amour (Ct 1, 3) et d'amitié (Pr 27, 9). La déesse Athéna, selon la tradition hellénistique, aurait fait surgir le premier olivier sur l'acropole et l'aurait offert à la ville. L'olivier devint symbole de paix et de prospérité. La promotion de l'olivier par Athéna rejoint une ancienne tradition biblique : au lendemain du déluge, l'humanité rentra de nouveau en grâce avec Dieu lorsque la colombe, envoyée de l'arche de Noé, y revint avec un rameau d'olivier dans son bec. C'était le signe de la ré émergence et du reverdissement des terres englouties avant la conclusion de l'alliance universelle entre Dieu et Noé. D'après la version synagogale de l'Écriture, ce rameau d'olivier provenait du mont des Oliviers.

À partir de la venue du Christ, la promesse du salut déborde le peuple juif et s'étend à tous les peuples. Le baptisé est introduit dans le peuple de rois, et dans le peuple de prêtres. Il reçoit à son baptême l'onction du saint Chrême.  Le patriarche Jacob, à qui Dieu était apparu durant son sommeil, répandit de l'huile sur la pierre où il reposait la tête : il manifestait ainsi la présence divine qui l'avait visité en ce lieu. De même le roi et le prêtre sont introduits dans la sphère divine et protégés par la force de Dieu.

C'est cette alliance universelle qui est scellée maintenant dans le sang du Christ, l'Oint par excellence.  Le jeudi saint, l'Église consacre les saintes huiles. La première huile qui est bénie est celle des catéchumènes : elle sera utilisée dans le rituel du baptême et il en sera fait une onction sur la poitrine du baptisé. La deuxième huile est celle des malades: elle sert à l'administration du sacrement des malades d'après une ancienne tradition qui remonte à la Lettre de Jacques. L'huile était un médicament qui servait à guérir les plaies (Is 1, 6 ; Mc 6, 13 ; Lc 10, 34). La troisième huile est le saint Chrême qui est un mélange d'huile d'olives et de baume. Jadis, le saint Chrême servait au sacre des rois. Aujourd'hui, le prêtre en fait une onction sur le front du baptisé et l'évêque renouvelle ce rite sur le front de l'adolescent lors de sa confirmation. Il sert aussi au sacre des évêques et à la consécration des Églises, des autels et des vases sacres.  L'Église reprend ainsi à son compte le symbolisme biblique très riche de l'huile. 

 « Elle peut être symbole de beauté et de joie. Dieu t’a consacré d’une onction de joie comme aucun de tes semblables » (PS 44). Mais l’huile, dans la Bible, est avant tout un signe de consécration : son action pénétrante symbolise la puissance de Dieu remplissant celui qui est oint, qui reçoit l’onction (les rois, les prêtres). Le prophète Samuel donne ainsi l’onction royale à Saül (1Samuel 10, 1), puis à David (1 Samuel 16, 12-13). L’huile est aussi utilisée pour la consécration d’un autel (Exode 29, 36). Souvent l’imposition des mains accompagne l’onction. Etendre les mains sur quelqu’un, c’est appeler sur lui la force de l’Esprit du Seigneur, et l’huile, pénétrant physiquement dans la peau, indique rituellement que cette force pénètre en l’homme. L’Oint par excellence, c’est Jésus. Il est le Messie attendu, Messie ou Christ, c’est le même mot : le premier vient de l’hébreu, le second du grec ; il signifie l’oint, celui qui a été consacré. Jésus est celui en qui repose toute la Puissance divine. Dans l’Evangile, nous voyons l’Esprit reposer sur Jésus au moment de son baptême.  L’huile, à l’époque du Christ, est le symbole de ce qui permet à la lumière de briller parce que l’on ne peut pas s’éclairer autrement qu’avec des lampes à huile pour affronter la nuit lorsque le soleil baisse.

 

L’Eglise a privilégié trois huiles, les huiles saintes, qui sont bénites le Jeudi Saint, à la Messe Chrismale[7]. Dans chacune d’elles, on retrouve les différents symbolismes bibliques et la présence de l’Esprit Saint.

L’huiles des malades procure le soulagement de l’Esprit Saint dans l’épreuve de la maladie. « Si quelqu’un est malade, recommande la Lettre de Saint Jacques (5,14), qu’il appelle les anciens et qui prient sur lui, après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur ». Le sacrement des malades donne vie et force.

L’huile des catéchumènes fortifie les lutteurs, elle donne aux futurs baptisés la force de l’Esprit Saint dans le combat contre le péché. C’est au cours de la préparation au baptême que les catéchumènes reçoivent l’onction de cette huile.

Le Saint-Chrême est l’huile d’olive parfumée est réservée pour les onctions de consécration : dans trois sacrements, baptême, confirmation, ordination, et pour la Dédicace d’une église : consécration de l’autel et onction de pierres gravées d’une croix. Le parfum de l’huile symbolise la présence de Celui qu’on ne voit ni n’entend. « Nous sommes bien pour Dieu la bonne odeur du Christ » (2 Cor 2,15) et signifie la plénitude des dons de l’Esprit Saint. Comme l’huile qui imprègne tout ce qu’elle touche, par le Saint-Chrême, l’Esprit Saint descend et pénètre les êtres consacrés à Dieu et les fait participer à l’onction du Christ. C’est le sceau de l’Esprit, un caractère définitif.

Plus difficilement accessible à nos mentalités contemporaines, le signe que fait le prêtre en marquant le front du nouveau baptisé avec le Saint Chrême, peut devenir parlant, si nous prenons le temps d'y réfléchir. D'abord, il s'agit d'huile, et vous le savez bien, il est difficile d'effacer une tache d'huile. Sur le linge, il faut un détergent, et sur une feuille de papier, c'est ineffaçable. Le nouveau baptisé est marqué sur le front d'une marque ineffaçable : il est pour toujours marqué comme d'un sceau, le cachet qui authentifie sa dignité de chrétien.
L'huile, dans la vie courante, sert à de multiples usages. Elle sert à graisser les machines, à entretenir les rouages, à empêcher que les moteurs ne se grippent. Elle sert également aux sportifs pour tous les massages. Elle donne force, souplesse, possibilité de bon fonctionnement. C'est tout cela dont le nouveau baptisé va pouvoir bénéficier par l'onction d'huile : particulièrement force et souplesse.

 

X         L’eau[8]

 

Le véritable baptême de Jésus, c'est sa mort, en tant qu'offrande de toute sa vie. Jésus doit à tout prix plonger dans les eaux de la mort « Je dois être baptisé d'un baptême, et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'à ce qu'il soit consommé! (Lc 12,50) Il est évident que Jésus ne fait pas allusion de son baptême dans le Jourdain qui a été vécu depuis longtemps au moment où il prononce ces paroles mais qu’il fait allusion à sa passion et à sa mort. L’analogie la plus importante est celle du Déluge. De même que l’eau du Déluge a détruit le monde pécheur, de même l’eau du baptême détruit l’homme pécheur. Une autre analogie est celle de la traversée de la mer Rouge: les eaux de la mer détruisirent le pharaon et ses troupes; de même, l’eau du baptême détruit les démons qui dominaient l’homme. Une autre conception est voisine de celle-ci: pour la cosmologie hébraïque, la Terre est placée sur les eaux inférieures, qui sont les enfers, le royaume de la mort; le Christ est descendu dans les enfers; de même, la descente du baptisé dans la piscine baptismale symbolise la descente dans le monde de la mort. On peut aussi se noyer dans l’eau ! Il devait être donné normalement dans l’eau vive, c’est-à-dire dans une eau courante où peuvent vivre des poissons.[9] Si on vit en chrétien comme des poissons on échappera à l’étouffement (voulu par le démon qui nous coupe du souffle de l’Esprit). On peut rapprocher de ce thème celui de l’eau purificatrice, bien qu’il soit d’une autre origine. L’eau du baptême signifiera alors la destruction de la souillure originelle.

 

 Le Nouveau Testament parle rarement du rituel du baptême avec de l'eau (Ac 8,36). Par contre, la pratique apostolique la plus primitive effectuait toujours le baptême par l'immersion du baptisé dans de l'eau réelle. La Didache exigera que ce soit de l'eau courante, vive. La bible ne précise rien, par contre (Ac 16,15). Le bain, le lavage, le baptême célébré à la maison (Ac 9,18) attestent qu'on pouvait déjà utiliser l'eau emprisonnée des vasques et des bassins.

                       

Les six fonctions de l'eau baptismale

 

1. Une plongée dans la mort: (Rm 6,3-4.8; Col 2,12) comme le tombeau matrice, l'eau emprisonnée symbolise la puissance de la mort.

2. Une libération: exode, sortie du tombeau, des eaux de la mort (Rm 6,13). Le baptisé est ressuscité avec le Christ (Col 2,12), il vit avec lui d'une vie nouvelle, source de notre salut (1 P 3,21). C'est l'antitype de l'arche de Noé. Avec le nouveau Testament la vie nouvelle n'est plus biologique, naturelle mais surnaturelle, divine. Le baptême est le véritable exode de l'esclavage à la liberté (1 Co 10,1-2). Le baptême libère l'homme de l'eau emprisonnante de la mort mais il libère aussi l'eau elle-même (sur le plan réel et symbolique) au sens où Dieu libère l'eau emprisonnante et emprisonnée.

3. Une purification morale: Cet élément se trouve explicitement déjà dans le baptême de Jean-Baptiste (Mc 1,4). Le baptême du Christ est la libération définitive: "Il est mort au péché, une fois pour toutes (Rm 6,10) et nous sommes aussi morts au péché" (Rm 6,2.11). Certes, Jésus n'a pas connu la mort morale causée par un péché personnel mais en plongeant dans les eaux exclusivement symboliques (son vrai baptême), autrement dit en mourant, il s'est librement laissé engouffrer par l'utérus dévorant de la mort (physique et morale tout à la fois) car le Christ s'est fait "péché" pour nous (2 Co 5,21). Le Christ a donc expérimenté le plus creux de la condition de l'homme, emprisonné et avalé par le péché au point d'en perdre la vie. A la résurrection, Jésus est "mort au péché" une fois pour toutes (Rm 6,10), en détruisant la mort (2 Tm 1,10), il a enlevé le péché du monde (Jn 1,29).

Le chrétien, avant le baptême, est dans une situation de mort à cause de ses fautes personnelles (Col 2,13). Comme pour le Christ, son véritable baptême est sa propre mort, en tant qu'elle devient offrande de toute sa vie. Au moment où il s'immerge dans l'eau réelle, symbole de la mort morale (utérus dévorant du péché) et physique, il expérimente le plus creux de cette mort. En ressortant de l'eau, il sort du péché pour entrer dans le régime de la grâce (Rm 6,14; He 10,22).

4. Une incorporation: le sens étymologique du mot "baptisthenai" vient du verbe baptw qui signifie "plonger". Ainsi, les baptisés sont plongés dans le Christ, incorporés dans le Christ (Gal 3,27), dans le Nom du Père, et du Fils et du Souffle Saint (Mt 28,19). C'est une intégration à Dieu lui-même. Nous sommes les membres du Corps du Christ (Rm 12,4-5).

5. Une alliance: Les rites de lustration juifs enlèvent les souillures du corps, le baptême va infiniment plus loin, c'est "l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu" (1 P 3,21). Ce n'est pas un simple accueil passif d'une purification, c'est un engagement actif, une réponse au don de Dieu en se donnant soi-même à lui.

6. Une justification et une sanctification: (1 Co 6,11) Après la purification des souillures morales, la mise à part des baptisés pour constituer un peuple sauvé des eaux, le baptisé a un statut ontologique complètement nouveau qui exige un comportement nouveau.

 

Conclusion

 

Les deux éléments essentiels du baptême sont l'immersion et l'émersion. Le prototype du baptême chrétien est celui de Jésus:

- plongée dans les eaux exclusivement symbolique du mal, du péché, de la mort (Passion du Christ)

- l'exode, la sortie de ces eaux exclusivement symbolique, au 3e jour, pour déboucher sur une vie d'en haut désormais exempte de toute limite, c'est l'événement de la Résurrection.

C'est l'expérience absolument finale des eaux exclusivement symboliques qui constitue la substance du baptême chrétien. Autrement dit, le baptême sacramentelle insère la vie toute entière (la mort faisant partie de la vie en tant qu'elle est offrande de toute sa vie): dès ma conception dans le sein de ma mère, j'entre dans le processus de vie mais aussi de mort ! D'un point de vue théologique, le baptême des petits enfants va donc de soi. Le symbole sacramentelle ne doit donc pas oublier de montrer que le baptême n'est pas que l'instant de la célébration mais toute la vie, de la conception à la mort. Le rite sacramentel réalise le baptême dans toute sa plénitude mais ce dernier déploie sa grâce sur la vie toute entière, durant mon histoire. La plénitude, la Pâques, le passage, le plongeon véritable et définitif, c'est la mort, là où je ne peux plus "tricher" face à Dieu et son jaillissement des eaux dans la résurrection dans une vie nouvelle incorporé à la Trinité tout entière de façon définitive et parfaite. C’est pour cette raison que les baptêmes, à l’origine, ne se faisaient qu’à la veillée pascale. Très tôt, le baptême a été donné sous la forme d’une triple immersion. Cela paraît lié à la mention des trois Personnes divines dans la formule baptismale. Cette formule était exprimée ordinairement sous forme déclarative, comme c’est le cas aujourd’hui. Mais, dans certaines églises, elle se présentait sous la forme d’une triple interrogation, à laquelle répondait le baptisé, et chaque réponse était accompagnée d’une immersion.

 

Le rite sacramentel du baptême dans l'eau réelle consiste essentiellement à anticiper l'expérience finale dans un rite initiatique. Le plongeons dans l'eau réelle donne au catéchumène d'expérimenter symboliquement sa propre mort (extinction du souffle de vie par son état de péché). En émergeant de l'eau, il expérimente symboliquement le salut éternel, le don du Souffle de Vie d'en haut. Il reçoit cette vie par la grâce et l'expérimente dans la foi et la charité. Le symbolisant (tout le rite) est l'expression visible d'une réalité invisible, l'au-delà de lui-même, autrement dit le symbolisé (mystère de la vie et de la mort et la suppression du mal moral et du don de la Vie). Le rite "met ensemble" (sumballein) la partie accessible et la partie inaccessible d'une même réalité de notre expérience humaine. Il reconstitue en une seule réalité totale le présent et l'avenir absolu de l'homme dans l'éternité de la vie divine reçue.

Le baptême est un long processus qui va de l'immersion, émersion initiatique dans l'eau réelle du baptême (englobe toute la vie dès la conception) jusqu'à l'immersion, émersion dans l'eau exclusivement symbolique de la mort.

Le baptême peut être commencé sans l'eau réelle, c'est le primat absolu du don de la foi qui plonge dans le baptême (rituellement ou non). En saint Jean, l'eau libre (ou semi-libre avec valence positive) est souvent le symbole du don de la foi.

Dans le dialogue de Jésus avec Nicodème (Jn 3,3.5), l'éveil à la foi est une naissance par en haut (renaître). Ce n'est pas le rite du baptême qui est le symbolisant ici mais les eaux matricielles de la femme (naissance au monde d'en bas) pour évoquer une autre naissance inobservable, le symbolisé, la naissance à la Vie même de Dieu. par un don purement gratuit qu'est le don de la foi. "Naître d'eau et de souffle de vent" ne met pas ensemble le rite sacramentel et le don de la foi par l'Esprit Saint. En fait, l'eau et le souffle de vent est une même réalité sous deux aspects: l'Esprit est cause du don de la foi qui permet de renaître d'en haut et la libération de l'eau vive est l'effet immédiat de ce don de la foi. Le vent contribue, en effet, à libérer les eaux, de même, c'est l'Esprit (souffle d'en haut) qui est à la source de l'eau libre, il permet aux eaux emprisonnées et emprisonnantes du mal du péché et de la mort, (utérus dévorant) de libérer l'homme pour qu'il puisse renaître à la vie divine. C'est un long processus de croissance qui s'étale, comme la vie naturelle, sur notre histoire. A chaque instant, le chrétien doit renaître d'en haut ("respirer et boire") d'eau et de souffle. L’eau du baptême est comparée aussi aux fleuves du paradis (Gn., II, 10), au bord desquels poussent des arbres de vie. Ézéchiel montre dans les temps messianiques un fleuve d’eau vive jaillissant du rocher du Temple et se répandant dans le désert de Juda, où il fait pousser des arbres de vie, et dans la mer Morte, où il fait pulluler les poissons (Ez., XLVII, 2-11). Le Christ applique cette prophétie au baptême (Jean, VII, 38). Dans cette perspective, l’eau est souvent associée à l’Esprit: «Nul, s’il n’est créé à nouveau de l’eau et de l’Esprit, n’entrera dans le Royaume» (Jn, 3,5).

 

Le mythe de la traversée de la mer (Exode), du Jourdain (entrée en Terre promise) et de la marche sur les eaux (dépassement de la condition humaine) seront réalisées qu'à notre mort et, dans toute sa plénitude, à la fin des temps.

 

L’utilisation de l’eau dans le sacrement du baptême

 

Il y a trois manières d'utiliser l'eau au baptême mais aucune forme ne rend totalement, sur le plan pédagogique, toute la richesse symbolique:

- l'immersion (plongeon total de la personne baptisée dans l'eau)

- l'aspersion (comme l'eau bénite)

- l'infusion (ou déversement).

. Dans le baptême d'immersion, c'est l'eau emprisonnée (au moins à demi) qui prédomine avec sa valence principalement négative (plongeon dans la mort) mais il en ressort et accède à la vie nouvelle. Le symbolisme matriciel de la réabsorption des souillures et de la nouvelle naissance joue à plein. L'homme renaît et est libéré des eaux. Par contre, le symbolisme de la libération de l'eau elle-même reste dans l'ombre où à peu près. L'eau n'est pas libérée. L'immersion met mieux en valeur le fondement pascal du rite, l'incorporation au Christ mort et ressuscité.

Dans le baptême par aspersion ou par infusion, c'est l'eau libérée qui prédomine avec sa valence positive et masculine: le candidat reçoit l'eau qui est pour lui semence d'une vie nouvelle et lui communique sa propre limpidité (transparence, pureté). Par contre, le symbolisme de la plongée matricielle reste dans l'ombre ou à peu près, seules les mains du ministre s'immergent pour recueillir l'eau à libérer sur la tête du baptisé. L'aspersion et l'infusion mettent mieux en valeur l'action génératrice de l'Esprit et l'accès du baptisé à une transparence morale toute nouvelle.

On peut combiner les deux ou du moins expliquer la richesse symbolique qui apparaît le moins dans le rite choisi. L'explication du symbolisme de l'eau emprisonnée puis libérée en parallèle avec les eaux intra-utérines qui se libèrent à la naissance (délivrance).

 

                                   Le mémorial du baptême durant la vie chrétienne

 

La veillée pascale en est le sommet. L'immersion, émersion du cierge pascal (baptême dans le feu) dans l'eau contenue (symbole de la mort) est essentiel. Le rite de l'eau libérée sur l'assemblée est aussi important, c'est un renouvellement de son baptême. Le contact avec l'eau réelle du baptême est important à ce moment-là.

Dans le cadre pénitentiel, on a remis en valeur l'aspect communautaire, la valeur de la Parole de Dieu, l'accueil des pénitents et la variété des formules et l'imposition des mains. Mais tout cela touche le cœur, la raison, l'esprit de foi plus que les profondeurs de l'inconscient.

L'aspersion a aussi sa place au début d'une célébration pénitentielle car, le sacrement du pardon est un "second baptême". Il commémore le baptême et vise à réintégrer le pénitent dans la plénitude de la vie d'en haut et la pureté morale symbolisées par l'eau libérée au cours du baptême. Lavage des souillures, réabsorption du mal moral dans l'eau de la mer, passage de la mer -Exode-libération, désert (ascèse), passage du Jourdain à la terre promise, héritage (renaissance) pourrait être contenu dans le sacrement de pénitence. Dans un monde qui, comme Pierre, s'enfonce dans les eaux et qui, lui, n'a plus le courage ni la lucidité voulus pour tendre la main au Seigneur qui nous relève, le symbolisme de l'eau, archétype rejoignant le fond de l'inconscient peut favoriser le retour à la conversion. Ceci bien plus que des "flots de paroles".

L'aspersion du début de la messe a disparu (même l'eau des bénitiers parfois). Il s'agit de réintroduire ce rite à des moments bien choisis de l'année liturgique. Les bénédictions des objets, des personnes, des repas sont le prolongement de l’aspersion ! La bénédiction finale au baptême n’est pas un surplus ! « Bénédiction » vient du latin « bene dicere » « dire du bien », nous demandons au Seigneur de toujours dire du bien du baptême et des œuvres de Dieu, de le louer sans cesse !

 

XI        Le symbolisme du baptistère dans l'église

 

Au début du christianisme, il est un édifice chrétien qui est toujours circulaire ou octogonal, c’est le baptistère qui, après la basilique, est le second bâtiment de la cité chrétienne. Le baptistère est séparé de la basilique. Il est entouré d’une série de salles qui servent, les unes de salles d’ins­truction pour les catéchumènes, les autres de vestiaires, soit pour les hommes, soit pour les femmes, car le bap­tême est administré par immersion. Le baptistère lui-même est quelquefois, mais rarement, de forme ronde, et alors, il rappelle la rotonde construite à Jérusalem sur le tombeau du Christ, car le baptême est une plon­gée dans la mort et la résurrection du Christ. Mais, le plus souvent, il est octogonal et la cuve elle-même du baptême est octogonale.

Il y a là tout un symbolisme. L’octogone, avec ses huit côtés, évoque le huitième jour, le jour qui est au-delà du septième jour qui, lui, revient chaque semaine, et qui est donc le symbole de la vie terrestre. Le huitième jour, c’est le jour qui ne finit pas, celui de l’éternité. C’est que, par le baptême qui rend membre du Christ et qui fait entrer dans le peuple de Dieu, on entre dans la vie éternelle. Les baptistères de cette première époque du Christianisme, sont encore nombreux, sur­tout en Orient.[10] 

 

Le baptistère est une piscine dans laquelle on descend ou une cuve de pierre ou de métal dans laquelle on plonge le néophyte. Il est symboliquement un sépulcre et un utérus: c'est là que le baptisé meurt au péché et renaît par la grâce, imitant rituellement la mort et la résurrection du Christ.[11]

A la cathédrale d’Abidjan (Côte-d’Ivoire), le baptistère est composé de trois énormes sarcophages de pierre dans les­quels on couche le néophyte et d’où il « ressuscite » et naît à la vie nouvelle.[12]

 

XII       Le vêtement blanc

 

Le vêtement blanc revêt le nouveau baptisé. Le blanc signifie l'amitié, l'intimité avec Dieu dans la pureté de l’Amour du ressuscité. Ceux qui portent ces vêtements blancs, ou qui sont invités à les porter sont ceux qui jouissent d'une grande proximité avec Dieu. Eh oui, le nouveau baptisé devient, par son baptême, un intime du Dieu de Jésus Christ : rappelez-vous également la scène de la Transfiguration où Jésus, dans son identité de Fils, porte un vêtement d'une blancheur éclatante. Le baptisé se dépouille de l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau.

L’homme se met à nu pour être immergé dans l’eau baptismale, il s’identifie au Christ nu sur la croix, pour recevoir l’Eau vive qui jaillit du sein du Christ crucifié. L’homme a été créé dans la nudité mais il n’en avait pas honte (Gn 2,25) car il était revêtu de la gloire de Dieu. Par le péché, l’homme s’est dépouillé du vêtement de gloire de Dieu et il avait alors honte de sa nudité (Gn 3,10). Il fallait retrouver un vêtement de lumière dans le Christ qui pardonne et ce vêtement de lumière est donné par le baptême dont l’eau et le feu, en particulier signifie la purification du baptisé. 

 

XIII      La lumière

 

Un cierge est allumé au cierge pascal, puis remis au nouveau baptisé. Jésus a dit : "Je suis la lumière du monde". Le cierge pascal qui brûle dans nos églises nous rappelle cette parole : le Ressuscité du matin de Pâques illumine le monde de la clarté son témoignage. Et puis, Jésus, s'adressant aux disciples, dès le début de son ministère en Galilée, leur a dit : "Vous êtes la lumière du monde". C'est pourquoi on remet ce cierge, allumé au cierge pascal, au nouveau baptisé. Le baptisé reçoit la flamme de feu de l’Esprit-Saint donné à l’Eglise au moment de la Pentecôte. Le feu, la flamme, c'est non seulement la lumière, mais aussi la chaleur. Symbole de la connaissance et de l'amour qui se communiquent. Eclairés, illuminés, les chrétiens ont à éclairer la route de leurs contemporains. Dans l'antiquité, le baptême s'appelait le sacrement de l'illumination. N’oublions pas cependant que la lumière brûle aussi et consume… cela nous rappelle qu’il faut renoncer à soi pour suivre le Christ !

 

 

XIV     L’autel

 

L’enfant, à la fin de la célébration est déposé sur l’autel pour signifier que sa vie de baptisé devra reposer sur le Christ (symbolisé par l’autel) et l’eucharistie. Il ne suffit pas de recevoir la vie, il faut se nourrir pour la faire grandir. De même, il ne suffit pas d’être baptisé, il faut se nourrir du Pain de Vie pour faire « grandir dans le Christ » dans sa vie. Le Christ se donne tout entier mais nous nous avons besoin de vivre à chaque instant de notre grâce du baptême pour nous donner totalement à Dieu. Dieu est totalement dans le baptisé mais le baptisé n’est pas encore totalement en Dieu car il faudra pour cela qu’il s’identifie totalement au Christ par sa mort. Le rite du baptême nous plonge déjà dans cette grâce de mort à nous-mêmes pour être tout donné au Christ mais il faut le vivre ensuite chaque jour jusqu’au don total de sa vie dans sa mort réelle pour « passer » totalement dans la demeure de Dieu, la vie éternelle et ressusciter ainsi avec le Christ.

 

 

 

 

 

 



[1] La foi du ministre n’est pas nécessairement requise, du moins dans les cas d’urgence, ni même le fait qu’il soit baptisé. Il faut simplement qu’il veuille faire ce que fait l’Eglise. Ceci souligne le fait que c’est le Christ qui baptise.

[2] Cette question a déjà été abordée au moment de la préparation au baptême mais il est nécessaire de signifier cet engagement dans le cadre de la liturgie.

[3] « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime » (Jn 15,13)

[4] Doctrine de Jansenius (1585-1638). 

[5] Adam doit être traduit par « homme » en français pour parler de l’humanité et non pas de l’homme par rapport à la femme. Le mot est pris dans son sens générique.

[6] « L’unité du Corps mystique du Christ, unité surnaturelle, suppose une première unité naturelle, celle du genre humain… Aussi les Pères de l’Eglise…lorsqu’ils traitaient de la création, ne pensaient pas seulement à la création d’un homme et d’une femme mais ils aimaient contempler Dieu créant l’humanité comme un seul tout… Dans le premier péché, c’était cet être tout entier qui tombait..» Catholicisme, Henri de Lubac, Cerf, 1983, pp. 3-4.

[7] On reconnaît le mot Christ : c’est la Messe au cours de laquelle l’évêque consacre les huiles d’onction.

[8] Voir notre étude sur le symbolisme de l’eau dans la Bible disponible sur le site http://www.multimania.com/mauricequeloz

[9] « Poisson » se dit « ictus » en grec et correspond aux abréviations de « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur »

[10] 2000 ans d'art chrétien, éd. CLD, 1997 p. 19

[11] « L’immersion est participation à la mort, la sortie de l'eau la participation à la résurrection. » (Constitutions apostoliques, Livre III, 17, S.C. 329, 1986, p. 159.) « Vous avez été immergés trois fois dans l’eau, et puis vous avez émergé, signifiant là aussi symboliquement la sépulture de trois jours du Christ (...) Dans un même moment vous mouriez et vous naissiez: cette eau salutaire fut et votre tombe et votre mère. » (Cyrille de Jérusalem, Catéchèse mystagogiques, II, 4, S.C. 126, Cerf, 1966, p. 111-113.) « O utérus! qui engendres chaque jour sans douleur les fils du Royaume des cieux (...) Le baptême est pour eux un second utérus qui en les engendrant fait des jeunes avec des vieux. (Saint Ephrem, Hymne de Virginitate, VII, 7.) "La fontaine (baptismale) est comme une sépulture." (Saint Ambroise, Des Sacrements, II, VI, 19, S.C. 25 bis, Cerf, 1961, P. 85.) Le Pseudo-Denys appelle le baptistère « la matrice de toute filiation. » (Pseudo-Denys, « Hiérarchie ecclésiastique », II, 7, P.G. 3, 396 C, OEuvres complètes, Aubier éd. Montaigne, 1943, p.255.)

[12] Dictionnaire des symboles liturgiques, éd. Le léopard d'or, Dom. Pierre Miquel, pp. 56-57