Manuel

Les symboles des sacrements

 

 

 

L’eucharistie

 

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I           Le sens de la liturgie

Pour bien comprendre le sens de l’eucharistie, il est nécessaire de connaître certains éléments sur le sens de la liturgie.

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ieu n’a besoin de rien, il est, en lui-même la Béatitude infinie, Trinité d’Amour  (1Jn 4,8), il est Don, Echange, Accueil, Trinité de Personnes. Un Dieu d’Amour qui n’aurait en lui qu’une Personne serait un Dieu éternellement blessé dans son amour n’ayant pas une réponse à la hauteur de son Etre.[1] La Trinité, par contre, dans son bonheur Absolu, pouvait se satisfaire éternellement elle-même. Cependant, la création mais plus encore l’incarnation du Christ révèle le désir de Dieu : aimer les hommes et recevoir leur amour. Dieu ne peut pas être égoïste, c’est dans ce sens-là que nous dirons qu’il a besoin des créatures.[2] Dieu se décentre de lui-même pour se donner totalement à sa création et, de manière plénière, à l’être humain, par le Christ et dans l’Esprit-Saint.

La liturgie est donc l’expression visible d’une réalité invisible : l’Amour de Dieu qui sort de son être pour se donner à sa création et à l’humanité en particulier et la réponse de l’homme qui ouvre son être à cet Amour divin. La liturgie est l’expression de la joie d’un échange d’amour entre Dieu et l’humanité. Elle n'ajoute rien à la Joie de Dieu mais elle permet que Dieu donne son Amour comme une source qui avance au large et se répand partout. Elle est l’œuvre de Dieu qui invite l’Eglise à donner une réponse à son Amour et au don de sa Vie pour ne faire avec lui, par Jésus et dans l’Esprit-Saint, plus qu’un seul Corps.

La liturgie est le miroir qui reflète le ciel, ce qui se passe dans le cœur de Dieu dans la Trinité de ses Personnes au cœur de l’assemblée des saints. Comprenons bien le sens du mot « miroir » car la liturgie terrestre participe à la liturgie céleste, elle capte la Lumière du ciel et en révèle ainsi une image. C’est toute l’Eglise universelle qui est présente dans chaque eucharistie par la Présence du Christ et de son Corps qui est l’Eglise. Le Christ ayant épousé l’Eglise pour faire avec elle une seule chaire n’est pas séparée d’elle, là où il est Présent c’est tout son Corps, toute l’Eglise qui est présente de façon mystérieuse mais réelle. Avec le Christ nous dépassons les limites du temps et de l’espace pour entrer dans l’éternel Présent. La prière de la litanie des saints est une des expressions les plus fortes de cette dimension de notre foi. La liturgie sur terre, pour rendre visible l’invisible utilise les symboles et les rites.

 

On utilise les symboles parce qu’ils renvoient toujours à un au-delà, ils sont une « fenêtre ouverte » sur l’invisible. On sait très bien, p. ex., que le ciel pascal n’est pas le Christ mais on sait, en même temps qu’il signifie la présence du Christ. Les symboles créent une rupture avec le quotidien : on ne mange pas le pain à la maison comme à la messe. Cette rupture invite sans cesse l’assemblée à dépasser le temporel, mais, en même temps, les symboles font le lien avec le quotidien parce qu’ils expriment la présence incarnée de l’Amour de Dieu dans la réalité concrète de notre vie. Partager le pain, l’amitié en famille, p. ex.,  est l’œuvre de l’Esprit. La communauté célèbre toujours Dieu par  le Christ dans l'Esprit-Saint dans sa Gloire éternelle mais aussi dans sa Présence au cœur de la vie des chrétiens.  En même temps, la liturgie nous donne la joie d’entrer dans l’Acte éternel de l’Amour trinitaire. 

La liturgie, contrairement à ce que certains pensent, n’est pas que le souvenir d’un événement passé. Comme nous l’avons vu ci-dessus, elle rejoint l’Eternel Dessein d’Amour qui est hier, aujourd’hui et demain le même. Dieu est le même dans toute sa plénitude pour toutes les générations. Nous célébrons donc dans chaque liturgie ce même et unique Seigneur qui s’est incarné dans le passé par sa Parole de manière toujours plus intense jusqu’à prendre chair en Jésus-Christ. Nous le célébrons Présent dans son Corps qui est l’Eglise pour nous aujourd’hui et nous le célébrons pour les siècles des siècles car il sera toujours le même. Nous célébrons le même et unique amour de Dieu qui se déploie dans le temps. Le mémorial est une dimension essentielle de la liturgie car il nous rappelle que nous rejoignons la mémoire de Dieu.[3] Le meilleur moyen d’approcher ce mystère est de penser à notre mémoire qui est notre capacité de maintenir vivant et présent en nous les événements passés. Quand on se souvient d'un événement on le « revit ».  Quant aux événements futurs ils sont « déjà » vivant dans notre mémoire. On a l’impression, par exemple, d’être déjà parti en voyage quand on pense à celui que l’on va faire demain ! La mémoire de Dieu étant absolue (comme tout ce qui est en Dieu), le passé et le futur sont éternellement présents.

Depuis le concile Vatican II[4], on a remis en valeur la participation de l’assemblée qui célèbre l’eucharistie en exerçant son sacerdoce baptismal. Le Christ est la Tête, c’est par lui, avec lui et en lui que nous nous offrons au Père mais le Corps du Christ participe, il s’offre lui-même dans le Souffle de l’Esprit du Christ. Nous en sommes rendus capables par la marque  sacramentelle du baptême (appelé le sacerdoce baptismal des fidèles). Autrement dit, la dynamique de l’Incarnation de Dieu dans l’humanité du Christ se prolonge dans son Corps qui est l’Eglise. Concrètement, la visibilité de cette participation des laïcs est souvent réduite à faire la lecture, à chanter, à faire quelque geste symbolique, à s’occuper des enfants et à donner la communion ! En fait, il faut aller beaucoup plus loin car il est important que ce soit la vie concrète du Christ dans chaque membre de la communauté qui puisse être célébrée et pour cela il faut que ses membres préparent activement les célébrations !

II       La liturgie d’ouverture

·                   La procession d’entrée

·                   La vénération de l’autel

·                   Signe de la croix

·                   Salutation liturgique

·                   Rite pénitentiel

·                   Gloria

·                   Prière d’ouverture

La procession d’entrée

 

L

a procession d’entrée représente la marche de tout le Peuple à la rencontre de Dieu. Elle n’est pas là pour mettre en évidence les ministres mais pour signifier que l’eucharistie est une rencontre, un rendez-vous de l’Eglise « convoquée » (c’est le sens du mot Eglise),  avec Dieu autour de l’autel qui symbolise le Christ. En soi, toute l’assemblée pourrait faire cette démarche, c’est le cas à la veillée pascale ou à la liturgie des Rameaux. Les différentes processions dans la liturgie comme à la fête Dieu ont toujours le même sens.

Dans une procession il y a la croix et les cierges symboles de la mort et de la résurrection du Christ que nous allons célébrer dans l’eucharistie. Le peuple de Dieu accepte de suivre le Christ crucifié et ressuscité pour faire le même chemin que lui (Jn 14,6). L’encens dans la procession symbolise le désir de l’Eglise de s’élever vers Dieu à travers la rencontre eucharistique pour rejoindre la liturgie céleste ! La Parole de Dieu portée dans la procession d’entrée est le symbole du Verbe incarné qui s’est révélé dans l’histoire sainte, à travers l’expérience spirituelle des membres du Peuple de Dieu.[5] Cette Parole est la même pour tous mais elle s’enracine de manière personnelle pour chacun d’entre nous. Le symbolisme du vitrail nous aide à découvrir ce mystère : la même lumière traverse le vitrail mais chaque partie du vitrail donne une autre couleur et une autre forme à cette lumière !

Le prêtre (l’évêque ou le pape) est à la fin de la procession, non pas pour des raisons pratiques, mais pour signifier qu’il est au service du peuple de Dieu, son ministère est avant tout de conduire ses « brebis » au Christ et non à lui-même ! Il « s’efface », pour laisser passer le peuple de Dieu avant lui comme le berger qui a devant lui son troupeau ou comme le propriétaire de la maison laisse entrer ses invités avant lui dans sa maison. Le prêtre à la fin de la procession représente le Christ Serviteur, il n’est pas venu pour être servi mais pour servir (Mt 20,28), c’est toute la symbolique du lavement des pieds (Jn 13,1-20). A remarquer que le jour de Pâques, c’est le cierge pascal, le Christ ressuscité qui ouvre la procession, nous marchons à sa suite, c’est le prêtre qui le porte, ici il représente le Christ ressuscité qui nous ouvre le Chemin de Vie éternelle.

La place qu’occupent les chrétiens dans les bancs (souvent au fond de l’Eglise) est-elle le signe de la foi en cette rencontre vivante avec le Christ autour de l’autel ? Dans la plupart des eucharisties, l’entrée dans l’église des fidèles tient lieu de procession, il s’avance vers le Seigneur. Pourquoi les chrétiens ne font-ils pas la procession jusqu’au bout en s’installant dans les premiers bancs ?  Il y a déjà ici un contre sens symbolique.

 

La vénération de l’autel

Le prêtre embrasse l’autel qui symbolise le Christ. On peut aussi baiser l’Evangéliaire et le crucifix mais ces deux derniers gestes n’ont pas été retenus dans le rituel. L’encensement de l’autel souligne la dignité de la Personne du Christ. En effet, du temps des premiers chrétiens on utilisait de l’encens pour marquer la présence d’une très grande personnalité. On peut aussi utiliser l’encens pour les icônes, les ministres et la communauté, tout ce qui est sacré et qui représente la Présence du Christ. L’encens dégage la bonne odeur du Christ et chasse les mauvaises odeurs apportées par l’assemblée.[6] 

Le baiser est l’échange du souffle de vie entre deux êtres qui s’aiment. Le baiser du prêtre exprime l’accueil du souffle de l’Esprit-Saint dans le baiser de l’Epoux et de l’Epouse, le Christ et l’Eglise. Le prêtre baise aussi l’autel à la fin de la messe pour signifier une fois encore l’accueil de l’Esprit pour « vivre l’eucharistie au quotidien » dans le monde. Lorsque le Christ envoie ses disciples il souffle sur eux pour leur donner son Esprit (Jn 20,22). Le prêtre baise aussi l’Evangile après sa proclamation. Ce geste symbolique marque l’amour du prêtre pour la Parole et son désir d’avoir sur ses lèvres la Parole de Dieu pour la commenter dans l’échange du Souffle avec l’Esprit-Saint qui a inspiré la Parole de Dieu. Lorsque c’est le diacre qui proclame l’Evangile, il présente le livre à l’Evêque pour que ce dernier embrasse l’Evangile et signifie son désir « d’aspirer la Parole de Dieu dans un bouche à bouche avec le Seigneur » pour pouvoir ensuite donner cette Parole à l’assemblée. Ce « bouche à bouche », ce baiser nous rappelle qu’il ne faut pas qu’il y ait d’espace entre la Parole émise et l’Eglise qui l’accueille pour que rien de la Parole de Dieu ne se perde.

Au geste de paix, la poignée de mains qui se donne actuellement dans nos églises ne donne pas toute la force du baiser de paix. En effet, le baiser de paix signifie que l’amour entre deux personnes est un échange du souffle de vie, un échange de l’amour de Dieu, du Souffle de Dieu. Sommes-nous Temple de l’Esprit pour l’enfermer en nous-mêmes ? Non évidemment, de même que le Souffle de Dieu jaillit de la Trinité pour être donné par Amour au Peuple de Dieu, de même, le don de l’Amour entre personnes humaines est « don de l’Esprit » puisque tout amour vient de Dieu.

 

L’ouverture : le signe de la croix, la salutation liturgique et l’introduction

 « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » sont les paroles accompagnées du signe de la croix. Le signe de la croix au commencement de l’eucharistie signifie clairement que la communauté commence l’action sacrée dans la force qui procède de Dieu en trois Personnes par la croix du Christ. Ce signe nous invite à mourir à nous-mêmes dans le Christ pour le laisser venir envahir nos vies par sa Présence et laisser ainsi toute la Trinité nous habiter. Le signe de la croix nous rappelle ainsi notre baptême (tout particulièrement lorsqu’on le fait, à l’entrée de l’Eglise avec l’eau bénite),  qui nous a immergé dans l’Eau Vive du Christ. Lorsque l’enfant au baptême est totalement plongé dans l’eau nous comprenons que l’homme est en Dieu mais qu’il doit pour cela « s’effacer » pour laisser toute la place à Dieu. Autrement dit, lorsque l’on voit un baptisé on perçoit le visage du Christ, une source de grâce. Malheureusement comme il est très difficile de rester longtemps sous l’eau, il est très difficile d’être uniquement source de grâce car nous sommes pécheurs. En fait, il faut mourir en Christ pour être définitivement et toalement purifié.

Par le signe de la croix, nous mettons notre main sur la tête pour nous rappeler l’imposition des mains de notre baptême et le don de l’Esprit-Saint qui descend en nous pour éclairer notre esprit, changer notre regard, donner notre bouche à Dieu pour être les témoins de sa Parole et inonder notre cœur pour aimer les frères et sœurs qui sont à nos côtés.

« Le Seigneur soit avec vous » [7] est une citation de Ruth 2,4 qui est une formule de salut quotidienne dans le monde biblique. L’extension des bras qui accompagne ces paroles suggère une accolade du prêtre à ses fidèles. En tant que le prêtre représente le Christ, c’est le Christ qui prend l’assemblée dans son étreinte d’amour « pour que le Seigneur soit avec eux ». Le geste du prêtre peut aussi signifier sa médiation en tant que ministre, il « rassemble dans ses bras la communauté qui s’offre au Christ» comme il prend dans ses bras les offrandes de la communauté pour les présenter au Christ. L’assemblée répond « Et avec votre esprit »  pour qu’il soit pris dans la même étreinte du Christ.  L’introduction a pour but d’introduire au mystère de l’eucharistie et non à saluer des personnes dans l’assemblée !

 

Le rite pénitentiel

Le sacrement de réconciliation fait difficulté de nos jours dans l’Eglise. Beaucoup ne voient plus pourquoi ils vivraient ce sacrement surtout dans une démarche personnelle auprès d’un prêtre. On vante actuellement les moyens de communication mais il semble bien que l’on confonde les moyens d’informations avec la communication. On est beaucoup plus informé que par le passé mais on ne communique pas mieux. La peur de se dire, de se confier fait toujours peur. Pourtant, s’il y a un lieu où l’on ne devrait pas avoir peur c’est bien dans le cadre de la réconciliation individuelle puisque le prêtre va révéler la puissance de la miséricorde divine, le pardon de Dieu, sa tendresse et son amour. C’est le sens premier de ce sacrement. Certes, beaucoup d’entre nous ont peut-être ressentis dans ce sacrement un tribunal, un jugement, une condamnation mais depuis Vatican II on ne parle plus de la confession de ses péchés mais du sacrement de réconciliation. Autrement dit, c’est le pardon de Dieu qui est premier et non le péché.

Le rite pénitentiel à l’eucharistie doit donc révéler en premier lieu la miséricorde divine donnée sans condition : « Moi non plus je ne te condamne pas » (Jn 8,11). Toutefois, pour avoir pleinement conscience du pardon de Dieu il faut avoir conscience de son péché et c’est pour cette raison qu’il faut les confesser individuellement car les péchés sont toujours uniques, personnels. D’autre part, la conscience du pardon de Dieu suscité par son Amour précède les paroles de Jésus « désormais, va et ne pèche plus » (Jn 8,11). Si la confession individuelle de ses péchés n’est pas possible dans le cadre de l’eucharistie, il faut au moins que ce rite fasse mémoire de la miséricorde de Dieu car nous avons conscience de nos péchés et qu’il creuse en nous le désir de nous sanctifier et d’éviter toujours plus le péché.

Le signe de la croix est le symbole qui résume parfaitement le sacrement de la réconciliation car il révèle l’amour infini car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15,13) lorsque notre péché crucifie le Christ. Dans le cadre de l’eucharistie, il est évident que l’acte pénitentiel renforce la foi en la présence réelle du Christ car on ne saurait le rencontrer et le recevoir sans lui demander pardon pour nos péchés.

 

Gloria et le symbolisme de la musique

Le son est une vibration de l’air, la parole est donc « portée » par le souffle. Tout cela est symbolique du Souffle de l’Esprit « porte » la Parole du Christ jusque dans nos coeurs. Comme il faut du souffle pour émettre un son, une parole, c’est le Souffle de l’Esprit dans le Christ qui émet la Parole et c’est le même Souffle qui émet les paroles de foi et d’amour pour qu’elles jaillissent de notre coeur. Le souffle a une importance déterminante pour les chantres comme pour la plupart des musiciens, il symbolise l’Esprit-Saint qui permet d’émettre la voix qui chante les louanges du Seigneur. En ce qui concerne l’orgue, il est évident que l’air et donc le souffle joue un rôle déterminant pour l’émission des sons de l’instrument.

Un élément important de la symbolique de la musique est l’harmonie. Il faut des chantres ou des musiciens qui jouent correctement et selon le rythme donné par le directeur dans la diversité des voies et des instruments. Cette dimension musicale est symbolique de notre vie rythmée sur la loi divine dans la diversité des vocations et des talents, des histoires de chacun. Le rythme ternaire est nommé perfection tandis que le rythme binaire est considéré comme imparfait. Il y a ici une symbolique trinitaire. C’est par le 3 que l’on échappe à la division, à la dualité[8], au manichéisme. Le trois manifeste l’équilibre entre les deux extrêmes.

Dans la musique il est important de faire des nuances, on passe d’un piano à un forte ou à fortissimo, il en va de même dans la vie où il y a des moments pour le silence, d’autres pour le dialogue intime avec son bien-aimé ou encore d’autres où l’on proclame à pleine voix l’annonce de l’Evangile.

La musique a sa place dans n’importe quelle liturgie. Effectivement, en temps normal, on ne chante pas au moment du décès d’une personne que l’on aime. Dans le cadre de la liturgie le chant manifeste la victoire de la vie sur la mort. La musique liturgique est donc le symbole de la joie céleste, du chœur des anges. Le sanctus en est un exemple tout particulier. Toutefois cette musique respecte ce que vivent les humains. Autrement dit, on ne prend pas les mêmes chants pour célébrer un enterrement ou pour célébrer la fête de Noël. La musique devient ainsi dialogue chanté entre Dieu et les hommes et les deux partenaires du dialogue peuvent exprimer ainsi leurs sentiments.

On omet de chanter le Gloria pendant le temps de l’Avent pour souligner l’annonce de la naissance de Jésus et le chant de louanges des anges dans la campagne de Bethléem (Lc 2,14) pour la nuit de Noël. Le chant de la Gloire de Dieu est descendu sur terre ! On omet aussi le gloria pendant le temps de carême mais cette fois-ci pour souligner le chant de la Gloire de Dieu dans le ciel au moment de la Résurrection du Christ car il revient de la terre après avoir triomphé du péché, de la souffrance et de la mort.  On souligne ainsi deux naissances la première est terrestre la deuxième est céleste !  En Afrique, par exemple, on pratique la danse notamment à l’offertoire pour présenter les offrandes. On danse à la Gloire de Dieu autour de l’autel comme on danse pour honorer un chef. La danse exprime la joie et la fête. Les arrangements floraux symbolisent la Gloire de Dieu dans sa création. Ils mettent en évidence ce que nous célébrons dans la liturgie. Les couleurs, les éléments de la création comme le feu, l’eau, la terre, et les différentes sortes de fleurs sont autant d’éléments qui permettent de souligner les différents événements que la communauté célèbre. 

 

La prière d’ouverture

La prière d’ouverture clôt la première partie de la célébration eucharistique qui est la liturgie d’ouverture d’où son nom. Elle est propre à chaque célébration et est toujours trinitaire. La prière s’adresse en général au Père par le Fils et dans l’Esprit-Saint. Cette prière s’ouvre à une dimension éternelle « …maintenant et pour les siècles des siècles. » L’assemblée répond : « Amen » pour s’unir à la prière du célébrant car « Amen » veut dire : « je suis d’accord, je crois, c’est vrai ». Amen est un mot hébreu.[9] Par son « Amen » la communauté « signe » la prière du prêtre. La prière d’ouverture doit s’imprégner de l’esprit des Ecritures.

Avec la prière sur les offrandes et la prière après la communion, ces prières sont aussi appelée « collecte » parce qu’elles rassemblent toutes les prières individuelles de l’assemblée faites pendant le temps de silence[10] entre l’introduction « prions le Seigneur » et la prière faite par le prêtre qui rassemble les prières de l’assemblée. Ces prières sont portées au cœur de la Trinité.

III      La liturgie de la Parole

 

·                   Les deux premières lectures

·                   Le psaume

·                   L’Evangile

·                   La prédication

·                   La profession de foi

·                   La prière universelle

L

es textes bibliques lus au cours de la messe dominicale sont répartis sur trois années appelées : A – B – C et les évangiles synoptiques qui y correspondent sont dans l’ordre : Matthieu, Marc et Luc. L’Evangile de Jean est réparti sur les 3 ans. En semaine, pour la première lecture, on reprend les mêmes textes  tous les deux ans. Ce système permet de lire tous les textes les plus importants de la Bible sur 3 ans. Les 3 textes proclamés le dimanche ont un lien entre eux. Par exemple l’accomplissement dans l’Evangile d’une Parole de l’Ancien Testament ou, au contraire, le changement radical apporté par la nouveauté du « Nouveau Testament ».

 

Les  deux premières  lectures

Il y a une différence entre le judaïsme et le christianisme mais il y a aussi une continuité. Effectivement Dieu s’est révélé dans l’histoire du Peuple hébreu qui devient Israël, l’Ancien Testament est donc « Parole de Dieu ». Par contre, les chrétiens ne comprennent pas de la même manière l’ancien Testament que les juifs car nous, chrétiens, nous lisons ces textes à travers l’interprétation que le Christ en a donné. Le Christ n’a pas « contesté » l’Ancien Testament mais il en a donné tout son sens. Ce n’est pas la Parole qui était faussée c’est l’interprétation des textes que l’on faisait à son époque qu’il a du corriger et accomplir (Mt 5,17). Par contre, on ne comprend pas non plus le Christ, qui fait sans cesse référence à l’Ancien Testament et qui s’inscrit dans cette histoire du salut de Dieu, sans l’Ancien Testament. Toute la Bible constitue donc la Parole de Dieu et le Christ en est la clé de lecture car il n’a pas seulement dit toute la Vérité mais il est la Vérité, il l’a vécu dans toute sa pureté et plénitude. La deuxième lecture est tirée du Nouveau Testament (mis à part les évangiles évidemment). La liturgie de la Parole montre la progression de la Révélation, la manière dont le dessein de Dieu se réalise.

 

Le psaume

Dieu ne nous invite pas à un monologue mais à un dialogue. Après avoir écouté sa Parole, nous lui répondons par notre prière et pour se faire nous reprenons les prières inspirées qui se trouvent dans la Bible, les psaumes. Cela peut paraître banal et simple mais à y regarder de plus près cette démarche est hautement symbolique. En effet, la prière du psaume par le Peuple de Dieu est « Parole de Dieu ». C’est l’Esprit-Saint qui prie en nous pour dire « Abba, Père » (Rm 8,15) et qui, par la même occasion, assume notre prière en « Parole de Dieu ».[11] Il est important de faire des prières personnelles mais il est tout aussi important de s’unir à la prière du Peuple de Dieu, non seulement dans l’aujourd’hui de notre histoire mais avec le Peuple de toute l’histoire du salut passé et avenir. Notre prière se renforce en s’unissant à d’autres croyants comme une chorale se renforce en accueillant de nouveaux membres.

 

Evangile

« Parole de Dieu » signifie que Dieu parle à l’assemblée et, tout spécialement lorsque les paroles du Christ sont proclamées dans l’Evangile. C’est pour cette raison que l’Evangile est solennisé tout particulièrement. Dans le cadre de la liturgie, il est lu exclusivement par un ministre ordonné qui représente le Christ. Le diacre demande la bénédiction au prêtre où à l’évêque avant de lire l’Evangile et ceux-ci s’inclinent devant l’autel pour demander au Seigneur de les bénir. Seul un ministre ordonné lit l’Evangile, non pas parce qu’il est plus digne qu’un laïc mais parce qu’il représente le Christ par son ordination. C’est donc à lui qu’il revient de lire les « paroles de Jésus ». La solennité de la proclamation de l’Evangile où le Seigneur parle symbolise la dimension sacramentelle de la liturgie de la Parole, autrement dit le prêtre est le symbole sacramentel de la présence vivante du Christ au milieu de la communauté. Présence donnée dans la Parole, Présence donnée ensuite dans le Pain de Vie. C’est pour cette raison que l’on parle de la liturgie des deux tables : Table de la Parole et Table du Pain de Vie eucharistique.  Le célébrant peut aussi tracer un signe de la croix avec l’Evangéliaire pour « sceller » la parole de Dieu entendue et protéger l’assemblée contre les attaques du mal. On ne peut donc pas célébrer l’eucharistie (ni aucun autre sacrement) sans proclamer la Parole de Dieu.

L’Alléluia salue le Christ ressuscité qui parle dans la liturgie à travers son Evangile. En effet, les paroles de Jésus datent de 2000 ans mais elles nous sont aussi adressées. L’alléluia est remplacé par une autre acclamation pendant le temps de carême car ce chant exprime le cri d’allégresse de la Jérusalem céleste (Ap 19,1-7). L’assemblée se lève pendant le chant de l’alléluia (pour signifier qu’elle est prête à suivre le Christ et que sa Parole met l’homme debout), les servants apportent des luminaires et de l’encens (pour signifier que la Parole éclaire notre route, c’est celle du Christ ressuscité qui répand la bonne odeur de Dieu). La séquence est un texte poétique qui développe l’acclamation de l’Alléluia. Deux séquences pour Pâques et la Pentecôte sont retenues dans le missel.

Le célébrant introduit la proclamation par « le Seigneur soit avec vous ».[12] Au début de l’Evangile le prêtre trace le signe de la croix sur le livre de l’Evangile puis, avec toute l’assemblée, on trace le même signe sur son front, sur ses lèvres et sur son cœur pour demander au Seigneur respectivement : de comprendre, de proclamer l’Evangile aux frères et d’aimer la Parole en la vivant. La croix est la clé de la compréhension de toute la Parole mais elle vérifie aussi si on vit vraiment de la Parole car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie dit Jésus (Jn 15,13). A la fin de l’Evangile, le prêtre lève le livre en disant : « acclamons la Parole de Dieu » pour qu’on acclame encore l’Evangile et il baise ensuite l’Evangéliaire.[13]

L’Evangile peut aussi être parfois proclamé par l’expression corporelle à travers le mime qui a l’avantage d’aider à la visualisation et à l’imagination du texte. Le geste, comme le symbole, nous le verrons, permet de « dire » ce que les mots ne peuvent pas dire. Il faut faire attention toutefois de ne pas trahir le texte. Un autre danger est de comparer cette démarche à du théâtre ce qui n’est pas du tout le cas de la liturgie. Pour éviter de confondre avec le théâtre il faut que les gestes soient discrets et que les personnes qui réalisent le mime soient « effacées » il faut que ce soit le texte proclamé qui prime.

 

Prédication et Credo

 

La prédication a pour but d’aider l’assemblée à comprendre la Parole de Dieu. Une dérive se produit souvent notamment dans les enterrements lorsque l’on raconte la vie du mort au lieu de commenter la Parole de Dieu. Le prédicateur ne doit pas faire passer ses idées mais celles de la Parole, il ne doit pas non plus s’en tenir à ce qu’il vit ! La prédication n’est pas un cours de théologie, elle ne doit pas faire des hypothèses, elle doit commenter fidèlement la Parole dans la Tradition de ce que l’Eglise a compris. La prédication doit être adaptée à la liturgie, au sacrement célébré et à l’assemblée qui l’accueille. C’est dans ce sens qu’elle introduit au Credo qui répond à la Parole de Dieu par son acte de foi en s’unissant à la foi de toute l’Eglise. La proclamation de la formule du credo est importante car elle manifeste que la foi est un don de Dieu. Elle n’est pas le fruit de notre réflexion. D’une part, elle évite tout sectarisme et d’autre part, elle laisse toute la liberté à chacun pour affirmer sa foi: « je crois en Dieu… » mais en affirmant que c’est la foi de toute l’Eglise, chaque chrétien « consolide sa foi » il sait très bien qu’il ne peut pas croire seul, il a besoin de la communauté de l’Eglise. Dans ce sens même si un chrétien a certains doutes sur tel ou tel article du credo, il peut le proclamer quand même avec toute l’Eglise car il fait preuve d’humilité, il fait le choix de la foi de l’Eglise et garde ce qu’il pense pour lui. Si un chrétien refuse de croire un article de la foi, il faut alors qu’il s’abstienne de le proclamer à l’église. D’autres lieux sont prévus pour partager en Eglise ce que l’on pense et pour faire des hypothèses théologiques.

L’homélie ou la prédication se distingue du sermon car le sermon cherche à « gagner » des fidèles, alors que la prédication est au service de la liturgie et de la Parole de Dieu proclamée. La « chaire » dans la nef manifestait cette rupture avec la célébration du prêtre à l’autel d’autant plus que l’on éteignait les cierges de l’autel et que le célébrant enlevait sa chasuble et le manipule ![14]  C’est parce que l’homélie, contrairement au sermon, fait partie intégrante de l’eucharistie qu’elle revient à celui qui préside la célébration et se fait à l’ambon par le prêtre.

 

Prière universelle

Comme pour le psaume, nous pouvons dire que la prière universelle est une réponse à la Parole de Dieu mais cette fois-ci elle est personnalisée dans ce que vit la communauté, l’Eglise et le monde. Dans ce sens-là il est regrettable que ce soit toujours le prêtre qui la prépare. Comme son nom l’indique la prière universelle s’ouvre à toute l’humanité. Elle doit contenir une prière pour le monde et les affaires publiques, une pour l’Eglise, une pour la communauté et une pour les différentes personnes qui souffrent. La prière ne doit pas être pour nous puisque c’est une intercession.[15] On prie pour les absents et c’est pour cette raison que l’on prie aussi pour la communauté ! Cette prière manifeste l’incarnation concrète de la Parole de Dieu reçu dans le quotidien de la vie et le réalisme de la responsabilité des chrétiens dans la vie du monde. Il faudrait parler ici de la théologie de la prière de demande mais nous pouvons au moins dire qu’il y a souvent des prières universelles qui prennent Dieu pour un magicien. Par exemple : « Seigneur, fais que plus personne n’ait faim dans le monde ». Une prière ajustée serait : « Seigneur, toi qui nous donne ta Présence, aide-nous par le Souffle de ton Esprit à dépasser notre égoïsme pour ouvrir notre cœur au partage pour que tu réalises le miracle de l’Amour et du partage. » La première prière nous invite à laisser faire Dieu et ainsi à nos décharger sur lui. La seconde demande la force de Dieu pour que nous puissions agir ! Elle prend en compte le réalisme de l’incarnation de la Parole dans notre chair par les sacrements et en particulier par la communion au Corps du Christ.  L’assemblée exerce son sacerdoce baptismal en intercédant pour le monde (1 Tim 2,1-4) et il est nécessaire qu’elle prenne conscience de cette dignité mais aussi de cette responsabilité. Dans les premiers siècles on renvoyait les catéchumènes (puisqu’ils ne sont pas baptisés) avant la prière universelle.

 

 

 

 

 

IV     Fondements de la liturgie eucharistique

 

·                   La pâque juive

·                   Le mémorial pascal

·                   Les offrandes juives

·                   Les symboles

Le Christ fait essentiellement référence à la Pâque juive dans l’eucharistie pour donner à la Parole transmise à Moïse  la plénitude de son sens et de son accomplissement. Commençons donc par jeter un regard sur la préfiguration de l’eucharistie dans l’ancien Testament.

La Pâque juive

Le symbolisme central de la Pâque est la libération, le peuple esclave est libéré, il est sorti, il est passé en Terre promise, terre de liberté et de fécondité. Le printemps la nature « revit » il symbolise la « renaissance » du Peuple de Dieu sauvé de l’escalvage et de la mort par la Pâque. On fête le retour du printemps au début de la moisson de l’orge. Durant la liturgie de Pâque, on lit entre autres : Ex 12,21-51; Ex 33,12-34,26 ; Ex 13,17-15,26 et un passage du Cantique des Cantiques qui mentionne un retour du printemps et la libération de la création qui est épargnée de la « mort  apportée par l’hiver ».

La Pâque est la fête de ce « passage » [16] xop. La « mort » se retourne contre elle-même, l’Ange de la mort détruit la source de l’esclavage et de la mort en tuant les premiers-nés égyptiens et épargne les premiers-nés d’Israël qui étaient menacés par la morts (Ex 12,27). Ce texte est symbolique, il signifie que Dieu détruit la source de l’esclavage et de la mort et libère Israël par l’agneau sacrifié à Pâque qui meurt pour eux.[17]  Selon le récit biblique, chaque famille reçut l’ordre  de se tenir prête et de disposer d’un agneau quelques jours avant l’Exode pour le sacrifier avant de partir d’Egypte et de répandre son sang sur les montants et le linteau des portes des maisons pour que l’Ange de la mort épargne ces maisons (Ex 12,13.23). On mange ainsi dans la hâte l’agneau rôti, le pain azyme et les herbes amères. Pour signifier la rapidité avec laquelle Dieu a sauvé son Peuple, le pain n’a pas eu le temps de lever. Pendant les fêtes de Pâques, on mange ainsi du pain azyme, qui ne contient précisément pas de levain pour qu’il ne lève pas et symbolise ainsi la rapidité du salut de Dieu. C’est pour cette raison que ce repas a toujours lieu la veille de la Pâque. Pâque célèbre ainsi la libération des fils d’Israël car Dieu en a fait un Peuple libre. L’agneau pascal se substitue donc aux premiers-nés d’Israël. En fait, l’agneau est le « bouc émissaire » de la violence qui règne au coeur des deux peuples en conflit l’Egypte et Israël. Le mémorial pascal qui se réitère sans cesse rappelle cette violence.

L’agneau sacrifié à la pâque juive préfigure le véritable Agneau de Dieu (le Christ) qui nous sauve de la mort et qui sauvera définitivement les deux peuples en les réconciliant quand ils boiront ensemble le sang de l’Agneau. Car le Christ est le Sacrifice parfait présenté par Dieu lui-même en Jésus-Christ vrai Dieu, vrai homme. Il est donc mort une fois pour toutes (He 7,27) pour nous donner la Vie.

Comment vivait-on la Pâque à l’époque du Christ ? Les lévites chantaient les psaumes du Hallel (Ps 113-118). Le père de famille apportait l’agneau au temple et le sacrifiait pendant que les prêtres en recueillaient le sang avant d’asperger la base de l’autel. Ensuite l’agneau était rôti à la maison  et mangé après le coucher du soleil avec du pain sans levain et des herbes amères. On avait alors les reins ceints, des sandales au pied et le bâton à la main. Le repas sert à instruire les jeunes en souvenir de la libération d’hier mais aussi de sa propre libération car chaque juif « passe la mer Rouge » par le mémorial pascal. Le père de famille commence le repas par la bénédiction du pain avant de le rompre et de le donner à chacun. A la fin du repas il bénit le vin alors que chaque convive a sa coupe devant lui. Le rite sanglant se fait au Temple, le rite agraire de bénédiction du pain et du vin dans le cadre d’une « liturgie » familiale.

Le Christ réalise en Plénitude ce symbolisme, il nous libère de l’esclavage du péché, non pas que le péché n’existe plus dans le monde mais parce que ce dernier est, avant d’exister, déjà pardonné, vaincu par l’Amour en Plénitude dans le Christ et en devenir, par le Souffle de l’Esprit qui achève toute sanctification[18] en nous donnant, à notre tour d’entrer dans cette plénitude de l’amour. Dans l’humanité du Christ façonné dans la terre glaise (Gn 2,7), nous avons acquis la Terre promise. En lui, « l’Ange de la mort » a passé, sans nous toucher, pour détruire la victoire du péché et nous épargner de la mort de l’Amour en nous. Il a inauguré le 8e jour, celui de la création nouvelle, (l’ancienne création a durée 7 jours) du Nouvel Homme (Col 3,10), le Printemps de la création. Il est le Temple de Dieu dans lequel nous entrons (Jn 2,19-21). Il est l’Agneau pascal qui nous a libéré de la mort par son Sang versé et qui nous donne sa chair au cours du sacrifice de l’eucharistie dans le Pain de Vie qui n’a pas eu le temps de lever.

 

Le mémorial pascal

Comment se fait-il qu’un juif du temps du Christ pense qu’il « passe la Mer Rouge » en célébrant la Pâque ? 

La descendance représente la possibilité de survivre dans ses enfants car au moment de la mort on descend dans le shéol lieu de ténèbres où l’on ne loue plus Dieu (Ps 88,11-13 ; Ps 6,6). La faute ou la bénédiction du père se prolonge ainsi sur sa descendance. Ainsi les juifs diront : « nous étions dans les Pères qui ont passé la Mer Rouge et nous la traversons aujourd’hui encore car nos « pères survivent en nous ». D’autre part, Dieu nous voyait déjà dans nos Pères,[19] il a accordé ses promesses au Peuple de Dieu et à sa descendance. En célébrant la liturgie, Dieu communie à son peuple et peut ainsi réaliser les promesses faites aux Pères dans un même et unique acte de libération ![20] C’est la mémoire qui se transmet de générations en générations. C.-G. Jung utilise d’autres termes mais il rejoint cette conception en parlant de « mémoire collective, d’inconscient collectif ».[21]

Le mémorial de la Pâque était l'axe autour duquel tournait la vie du peuple de Dieu. Il ne s'agissait pas d'un simple souvenir ou anniversaire, mais d'une célébration qui rend présent l’événement de la sortie d'Égypte. Le mémorial avait pour but l'actualisation du fait libérateur, engageant le peuple dans le même dynamisme de libération. Le rite de la cène pascale juive faisait revivre par le peuple la libération passée, l'actualisait dans le présent et suscitait l'espoir de sa pleine réalisation future. La commémoration de la libération du passé donnait aussi sens et efficacité à la libération du présent, et elle était un gage de la libération future et définitive que réalisera le Messie.

Aujourd’hui nous insistons sur la dimension personnelle de chaque être humain et de sa liberté mais n’oublions pas que nous recevons cette liberté d’un Autre ! Dieu seul est absolument libre car il est la Source absolue de la Liberté. Il fallait donc que Dieu enracine cette liberté dans notre humanité et seul l’incarnation pouvait accomplir dans le Christ ce qui était espéré et annoncé dans l’Ancien Testament. Le Christ réalise dans toute sa plénitude cette liberté car il est Dieu et parce que toute l’humanité est présente en lui. En effet la Personne divine du Fils assume dans toute sa splendeur la nature humaine comme aucune autre personne humaine peut le faire. Non seulement parce qu’il n’a pas connu le péché mais parce que la Personne du Fils est Absolue (ce qui est encore plus qu’infinie et parfaite !). Toute l’humanité est aussi présente en lui par le fait qu’il épouse cette humanité. En effet, à travers lui, Dieu déverse toute sa divinité dans l’humanité. L’eucharistie est le point central de ce mystère : « Prenez et mangez en tous ceci est mon Corps, prenez et buvez en tous ceci est mon Sang ». D’autre part, toute la divinité, la Trinité est présente dans l’Etre du Christ car il est vraiment Dieu et de ce point de vue son humanité contient pleinement la Puissance invisible de Dieu. 

Avec ses paroles: "Faites ceci en mémoire de Moi" (Luc 22,19), "jusqu'à ce que je vienne" (1 Co 11,23-26), Jésus invite l'Église à accomplir le mémorial de son Corps livré et de son Sang versé, introduisant sa Pâque dans l'espace et dans le temps, par delà les contingences historiques. Elle deviendra un événement qui accompagnera le nouveau peuple de Dieu sur son chemin jusqu'à la fin des temps. L’eucharistie est le mémorial liturgique et rituel de la vraie Pâque du Christ, en continuité avec le rite pascal de la dernière Cène. C'est le sacrifice pascal qui porta la rédemption au monde. Dans l'Eucharistie nous célébrons la Pâque du Christ, le mémorial qui représente et actualise l'événement authentique de sa Passion-Mort-Résurrection, et nous renouvellons l'Alliance nouvelle et éternelle. En tant que "mémorial", l'Eucharistie s'enracine dans la libération du passé, est un acte salvifique dans le présent et, pour l'avenir, la promesse du salut plénier, anticipé aujourd'hui dans le temps. De cette façon, lorsque la communauté chrétienne célèbre l'Eucharistie, elle ne fait que prolonger l'oeuvre rédemptrice du Christ par le moyen du même rite pascal qui eut lieu dans la dernière Cène et que le Christ commanda de répéter en sa mémoire (Luc 22,19). L'Eucharistie est, en vérité, la "Pâque permanente".

La vraie participation à l'Eucharistie consiste à s'incorporer dans son dynamisme salvifique en passant personnellement du péché à la grâce, de l'égoisme au don de soi, de la mort à la vie, de "l'être-pour-soi" à "l'être-pour-les-autres". Dans ce sens, l'Eucharistie est un vrai défi à nous transformer, à "passer" dans, par, et avec le Christ de l'esclavage à la libération. Ce n'est pas seulement le souvenir d'une libération passée, ni le gage d'une libération future, mais la réalisation d'un salut présent, qui suppose un processus personnel d'incorporation au Christ. Célébrer l'Eucharistie est faire mémoire du grand salut pascal, en faire l'expérience personnelle et, en tant qu'Église, nous sentir engagés à créer un monde où le Christ règne pleinement.

 

Les offrandes juives

La présentation des offrandes ne peut pas être comprise sans étudier d’abord le sens du sacrifice et des offrandes dans l’Ancien Testament en particulier dans le cadre de la fête de Pâque qui reprend les deux aspects sacrificiels de l’Ancien Testament : l’offrande des produits de la terre et le rite du sang.

Les offrandes d’animaux :  Impossible de comprendre le sacrifice sans apprécier le degré d’intimité qui unit l’homme biblique et ses animaux. Ainsi, sacrifier l’animal, c’est se faire violence à soi-même mais l’animal se substitue à l’être humain : le bélier remplace le sacrifice d’Isaac (Gn 22) et l’agneau pascal remplace les premiers-nés d’Israël.[22]

Les produits de la terre : base de la vie pour les hommes et les animaux, les produits de la terre font l’objet de la première demande et du premier don. Le pain (céréales, farine) est presque toujours en tête des dons de Dieu à travers les fruits de la terre. Avec le pain et le vin on ajoute souvent l’huile (Dt 7,13), symboles de la terre promise et du Royaume à venir. Le pain et du vin sont les symboles utilisés régulièrement pour rendre grâce au Seigneur des produits de la terre.

Le symbolisme

La création est le fruit de la Parole « Dieu dit et cela fut » (Gn 1). Le mouvement de la création porte déjà en lui celui de l’incarnation. En effet, le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu s’incarne dans notre humanité en Jésus-Christ. Les créatures sont le « miroir » de la Parole créatrice, elles sont marquées par son empreinte et sont ainsi des symboles. Le Symbole absolu et parfait est donc le Christ, le Verbe fait chair, la Parole vivante, il n’est pas marqué par l’empreinte du Créateur, il est le Créateur, il est la main créatrice qui a déposé son empreinte dans la création.

Il y a différents niveaux de symboles parce que Dieu s’enracine de différentes manières dans sa création. Il est évident que l’homme reflète une image plus intense de Dieu qu’une pierre. Toutefois, le péché apporte une dificulté majeure, il blesse le miroir, il blesse le symbole,[23] il blesse celui qui a la fonction d’unir le visible à l’invisible.

Le symbole est orienté vers le sacrement (il y a des symboles dans tous les sacrements) qui a pour fonction de révéler la présence du sacré, de l’Invisible, de Dieu. Toute la création est appelée à devenir « sacrement » comme le pain eucharistique, à devenir hostensoir pour nous conduire à l’adoration. Tout est appelé à devenir symbole, parlant, Parole de Dieu, Révélation. La créature n’est pas et ne sera jamais « Dieu » mais elle est appelée à devenir comme le verre, totale transparence à la lumière. Comme le verre, la créature doit se laisser pénétrer par la lumière et la redonner, la faire rayonner comme le miroir. Le symbole est donc une fenêtre ouverte sur l’invisible, le miroir de l’invisible. Le symbole est ainsi orienté vers l’eucharistie lieu où nous nous laissons pénétrer par la Lumière divine. Le pain n’est pas devenu Dieu, pas plus que le Christ qui communie, mais il donne au croyant la joie du rayonnement de la Présence réelle du Christ et il porte cette lumière dans le cœur des croyants.

Les sacrements de l’église ne sont donc pas des vagues souvenirs imagés par des symboles de ce qu’a fait Jésus, ils sont le signe d’une Présence. Saint Augustin, dans un texte célèbre[24] montre que saint Paul ne dit pas qu’au baptême on se contente de symboliser (au sens d’imager) l’ensevelissement. Il dit qu’en ce rite symbolique on est vraiment enseveli. Ainsi, le pain et le vin ne font pas que symboliser (imager) le corps et le sang, ils sont réellement présents. Le symbole ne fait pas qu’imager une réalité (comme le dessin ou l’image d’une personne p.ex.) il signifie, en particulier dans les sacrements, qu’il « contient » et réalise ce qu’il signifie. Dans l’ordre de la création, on ressent déjà ce mouvement mais le Christ va porter cette création à son achèvement dans les sacrements où les symboles réalisent et contiennent ce qu’ils signifient. Tous les sacrements, par les symboles signifient la Présence réelle du Christ, (1 Co 1,10-13) et ces derniers sont nécessaires à la validité du sacrement mais c’est dans l’eucharistie que la Présence divine se réalise dans toute sa plénitude, non seulement dans le sacrement en tant que tel mais dans deux symboles en particulier : le pain et le vin.[25]

Le symbolisme du pain

Nous avons déjà vu ce que représentait le pain utilisé dans la liturgie juive et son prolongement dans l’eucharistie. Essayons à présent de découvrir sa richesse symbolique à partir de ce qu’il représente dans la vie courante. A l’époque israélite, la place du pain dans l’alimentation était si importante que le mot qui le désignait servait aussi à évoquer la nourriture en général. Le moulin ou la meule ne peuvent pas être pris en gage car ils représentent la vie elle-même (Dt 24,6). Pour obtenir de la farine, il fallait moudre le grain avec une meule ou un mortier. Ce travail long et fastidieux est confié aux esclaves (Ex 11,5) et aux femmes (Jb 31,10). La farine est tamisée et pétrie avec de l’eau et du sel pour obtenir la pâte. Il faut ensuite le feu pour cuir la pâte avec l’aide de toute la famille : les enfants ramassent le bois, le père allume le feu et la femme pétrit la pâte. En général, le pâte est sous forme de galette ronde (1 S 2,36).

De nos jours, le pain, au moins dans la plupart de nos sociétés occidentales, demeure très présent dans la vie des gens même s’il n’a plus la place prépondérante qu’il avait au temps de Jésus.

Le pain représente les dons de la création nécessaire à la vie de l’homme et qu’il a lui-même travaillé, transformé, pour qu’il soit une nourriture acceptable pour l’homme. Le pain symbolise donc la création, il la « re-présente », il la « rend présent » comme il rend présent tout le travail de l’humanité. L’homme reconnaît dans le symbole infiniment plus que le matériel, nous avons vu que c’était une vibration de la Parole, il va donc faire de la même manière que Dieu en faisant vibrer sa parole  dans un symbole. Par exemple, une jeune fiancée va reconnaître tout l’amour de son futur époux dans le symbole d’une rose qu’elle reçoit avec ses paroles « je t’aime ». La fiancée ne va pas jeter cette rose, elle va la conserver précieusement, adorer son parfum et la mettre en valeur dans sa chambre. Lorsque le fiancé repart, cette rose « rend présent » son amour pour signifier qu’il ne la quitte pas. De même, Dieu fait vibrer sa Parole dans les éléments de la création qui permettent de faire le pain, l’homme fait vibrer sa parole d’offrande dans le pain qui contient son travail. « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, nous te le présentons, il deviendra le Pain de la Vie ». Il s’agit ici, en quelque sorte d’une parole créatrice de l’homme, il « consacre le pain à Dieu », il consacre la création et son travail à Dieu. Dieu, en Jésus-Christ, la Parole du Père, à son tour, consacre cette création et ce travail humain que l’homme lui offre, pour faire vibrer non plus une Parole de Dieu comme au moment de la création, mais la Parole de Dieu en faisant de ce pain le Pain de Vie, la Présence réelle du Christ, le Verbe incarné.

Le symbolisme du grain de blé

Le grain de blé tire sa vie d’un épi, on ne tient pas sa vie de soi-même mais d’un autre. Une main mystérieuse, celle de l’homme, en le semant en terre lui donne une mère qui va le porter en son sein pour qu’il puisse s’épanouir et naître sur terre tout en restant enraciné en elle. Pour porter un tel fruit et donner naissance à d’autres grains de blé, il doit « mourir » à lui-même pour se laisser transformer. Il faut noter ici que ce n’est pas une mort destructrice mais l’épanouissement de ce que le grain de blé contient en lui pour être transfiguré et pour ce faire il doit laisser disparaître son apparence (l’extériorité de son être) et laisser toute la place à l’épanouissement de son être intérieur. C’est une véritable conversion. La mort physique de l’épi qu’il est devenu viendra au moment de la moisson. (Lc 13,30 ; Mt 13,36-43)

Avant de mourir, le grain de blé va « travailler », il va assimiler dans la terre ce qui lui faut pour grandir et porter du fruit. La qualité de la terre aura d’ailleurs une grande influence sur le résultat. (Lc 8,4-8) Le grain de blé aura aussi besoin de l’eau, de la lumière et de la chaleur du soleil qui viennent tous du ciel. Dans l’ordre symbolique, l’eau nous ramène au baptême et la lumière du soleil à la Résurrection de Pâques. Mis à part cela, il y a aussi le symbolisme du mystère du Royaume qui « pousse » on ne sait trop comment (Mc 4,26-29) mais cela ne passe pas sans le travail de l’homme. 

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il ne porte pas de fruit » (…) En affirmant cela Jésus détermine une destinée inevitable : « mourir pour porter du fruit ». Il faudra comprendre cette mort dans toutes les dimensions de l’être humain, autant corporelle que spirituelle, l’un n’allant pas sans l’autre. En effet, accepter de mourir, d’abandonner sa vie sur cette terre ne peut pas ne pas avoir de sens spirituellement et mourir spirituellement à soi-même trouve la plénitude de sa vérité, dans la mort physique. A quoi servirait l’épi si on ne pouvait pas le moissonner ? La terre est indispensable à l’éanouissement et à l’enracinement du grain de blé mais en même temps ce n’est pas sa « cité terrestre », il  n’est pas fait pour demeurer dans cette terre.

Que représente alors le grain ? C’est chacun d’entre nous (Mt 13,38) mais en tant qu’habité par la Parole (Mt 13,19) et le fruit est celui de la Parole en lui. (Mt 13,23) Ce fruit va poursuivre son chemin sur la terre pour devenir d’autres semences ou rejoindre le ciel pour devenir le pain eucharistique - Présence réelle du Christ - Parole de Dieu-. Le grain qui poursuit son œuvre sur terre symbolise la Parole de Dieu transmise dans les générations à venir mais celui qui est broyé et qui passe par l’épreuve du feu, meurt pour renaître dans le Christ, pour devenir son Corps et rejoindre en plénitude la demeure céleste.

Dans le broyage des grains de blé, il y a déjà la blancheur de la résurrection, autrement dit dans la mort il y a déjà la Vie. La mort n’est pas un anéantisssement de la vie mais un passage à la Vie, pour saint Jean, l’élévation du Christ sur la croix correspond à sa glorification. Pour la confection du pain, au moins selon notre manière moderne, il faut l’eau et le sel. L’eau symbolise ici la plénitude du baptême défini par Paul comme l’immersion dans la mort du Christ (Col 2,20) alors que le sel donne du goût à la vie, le passage de la mort est la découverte de la Vie. Autrement dit, la mort est ce qui devrait donner du goût à la vie, non pas au sens de celui qui se suicide parce qu’il n’a plus goût à la vie mais au sens où la vie prend tout son sens dans la mort ! « Le Christ ressuscite en lui-même et en son Corps qui est l’Eglise » comme renaît le grain de blé qui donne l’épi en portant du fruit en abondance (Jn 12,24).

Le symbolisme du vin et de la vigne

La vigne est la propriété par excellence et quasiment un prolongement de son propriétaire, glorifié par le travail qu’elle lui coûte et par sa valeur économique (Ct 8,11-13). Elle est le symbole de la bien-aimée elle-même.  Le partage de la coupe est ainsi symbole de l’union des époux et le partage du vin au banquet de noces implique toute la communauté dans ce lien d’amour « Buvez, ennivrez-vous d’amour ! » (Ct 5,1b)  Pour le Siracide (Si 24,21), la Sagesse est une vigne qui occupe la place de l’arbre de vie au coeur de la terre promise, la Sagesse est une nourriture mais ceux qui la mangent et la boivent auront encore faim et soif ! Jésus sera la nourriture et la source qui rassasie (Jn 4,13) car il est le vrai cep sur lequel nous nous greffons comme les sarments (Jn 15,5). Le pain et le vin réunissent dans l’eucharistie toute la symbolique de l’offrande de l’Ancien Testament.

Le premier geste de Noé après le déluge et l’alliance que Dieu scelle avec l’humanité est de planter une vigne (Gn 9,16-20) mais le vin l’a enivré et Noé se mit à nu. Depuis le péché originelle, on ne doit pas voir la nudité, Cham, un des fils de Noé en fait la douloureuse expérience (Gn 9,21-28).

La première tâche du vigneron réside dans le choix du terrain car le site doit être bien drainé et exposé au soleil à l’abri des vents froids et humides. Le vigneron est attaché à la terre et à sa vigne, elle devient sa patrie. Dieu utilise cette image pour signifier combien il est attaché à sa Peuple enraciné dans la terre promise (Is 5,1-7). Comme la vigne est signe de bénédiction et représente un bien très précieux pour les hommes dans la Bible, de même le Peuple d’Israël – la Vigne du Seigneur – est son bien le plus précieux et sa Bénédiction (Gn 27,26-29).

Le vigneron sérieux doit protéger sa vigne contre les animaux (spécialement le sanglier), les accidents climatiques (comme la grêle) et, à l’époque des vendanges, contre les voleurs. Les hébreux construisent à cet effet, une tour de garde. Ben siraque le Sage compare le cheminement vers la sagesse à la lente maturation du raisin. 

L’eau, la terre, l’air et le feu (symbole des 4 éléments de la création), conjuguent leurs effets pour concentrer leurs énergies dans le suc qui sera vinifié. La vigne a besoin de toute la création, de toute l’œuvre de Dieu pour produire ses fruits. La relation du vigneron à sa vigne est calquée sur le modèle du couple humain (Ct 7,8 ; Ps 128) et sur celui de la relation amoureuse de Dieu à son Peuple. C’est pour cette raison que toute infidélité à Dieu provoquera une malédication sur la vigne, l’impossibilité d’en récolter les fruits (Os 10,1-8). Aujourd’hui encore le langage lié au vin ressemble à celui qui est utilisé pour parler de la femme. « Pour boire ce vin qui a de la cuisse ou du corsage, il faut caresser la bouteille et la dépuceler et savourer sa robe. Le prophète Joël compare l’infidélité du peuple de Dieu à l’ivrognerie et à la prostitution.

Les vendanges sont une source de rencontres et de fiançailles, elles sont une véritable fête. Cependant le raisin ne se transforme en vin que dans l’intimité de la cave après la terrible épreuve des pressoirs qui font éclater les raisins. Moïse compare déjà le jus de raisin au sang qui est versé, les chrétiens reprendront bien sûr cette analogie pour signifier le vin eucharistique qui devient le sang du Christ dans le sacrifice de la croix, oppressé par le péché des hommes. La fin des temps est comparée à cette terrible épreuve des vendanges dans l’Apocalypse (Ap 14,14-20). Lors de la fermentation, le vin chauffe et se met à bouillonner car les réactions chimiques libèrent de l’énergie sous forme calorique. Le liquide « divin » prend vie ! Un « feu intérieur et mystérieux » réchauffe le sang de la vigne en plein cœur de l’automne !  L’alcool est le symbole de ce « feu intérieur ». Certes le vin perd à nouveau sa chaleur mais l’homme qui le boit est « réchauffé » par cette boisson. Le vin conserve ce « feu » mais on le découvre qu’en le consommant.

Le vin par sa capacité d’ennivrement et par la séduction de sa robe a toujours facinné les humains et est devenu un symbole d’accueil et de fête. Le vin comme l’amour « fait perdre la raison » lorsqu’il est consommé pour le simple plaisir et amènent concupiscence et ivresse.  

Le symbolisme du repas

« Manger » est un acte qui nous est devenu tellement naturel que nous y prêtons plus attention. En fait que se passe-t-il lorsque nous absorbons de la nourriture ?

Nous soumettons la nourriture à notre loi humaine, celle-ci est condamnée à être dissoute, ce qui n’est pas nécessaire au corps humain sera rejeté et ce qui sera nourrissant pour le corps sera gardé. « Manger » est donc, dans ce sens-là un acte de puissance, de pouvoir.  A l’inverse, on peut voir une promotion de la nourriture qui passe du stade « végétatif » au stade humain mais pour cela elle doit « mourir » (en particulier au moment où on cueille les récoltes), perdre son identité. Il est vrai, toutefois, que la nourriture reste au niveau du corps car le « matériel » ne peut pas devenir « immatériel » ! L’être le plus intime et le plus profond de l’être humain ne lui est pas réservé.[26]

« Manger » ce n’est pas simplement pour subsister car cet acte s’apparente à la fête, à la gratuité, à l’amitié et au plaisir. Manger constitue une des premiers symboles du bonheur, bien avant le sexe qui emprunte d’ailleurs à la nourriture une part importante de son discours.[27] Sans nourriture l’individu ne survit pas. Dans le monde animal, il faut manger pour avoir de l’énergie et pour ne pas se faire manger. L’homme apprête son repas et en fait une occasion de rencontre. Le vrai plaisir du repas est de manger ensemble. La cuisine bien faite est déjà un acte d’amour ou d’amitié, d’offrande. Le repas comporte aussi un ensemble de rites bien précis qui changent selon les cultures mais qui sont présents dans chaque culture. L’enfant doit, par exemple comprendre que l’on ne vient pas à table que pour passer sa faim. Il y a également tout un art d’apprécier ce que l’on mange. Le dialogue occupe une grande place ainsi que l’amitié. Dans les repas solennels, il y a des rites supplémentaires notamment les discours officiels.  C’est le moment que l’on choisit aussi pour se révéler quelque chose de secret ou d’intime ou de révéler un sentiment un projet que personne ne connaissait.  On règle aussi des affaires ou on met des choses au point, on révèle ce qui ne va pas ou on laisse aller ses sentiments joyeux ou tristes. Le repas célèbre des événements et il est ouverture au partage. 

Le premier repas de l’enfant est l’allaitement maternel, il pose les bases de la communion dans la tendresse, la chaleur humaine et l’amour. L’enfant trouve à la fois le sein et l’œil, la nourriture et la communication. Le sourire mutuel scelle le tout. L’anorexie et la boulimie semblent être des difficultés relationnelles avec la mère. L’anorexie est un refus d’entrer dans l’adolescence, d’acquérir les rondeurs féminines et de ressembler à la mère. Dans le cas de la boulimie, la nourriture semble être un substitut de la mère, dans une poursuite désespérée de rencontre dont l’échec amène presque aussitôt le geste secret qui fait vomir.

Quoiqu’il en soit, dès l’origine, le bébé lie le repas avec l’amour et la communion humaine et sociale. Par contre lorsque le repas est pris que dans sa matérialité (il dénote une compensation affective), il devient gloutonnerie et ivrognerie mais notre société de stress connaît un autre danger celui du repas rapide qui détruit la culture, favorise l’obésité ce qui situe la personne humaine en contradiction avec les exigences sociales du corps svelte et qui place ainsi les personnes humaines dans un mal-être.

La spiritualité du repas nous fera découvrir qu’il y a deux dimensions dans la joie de « manger ». Celle du corps qui consiste, comme nous l’avons vu, à apprécier les dons de la créations et du travail de l’humanité (récolte, transformation de la nourriture et l’art de cuisiner pour apprêter le repas) et celle du cœur qui a la joie de partager et de donner son amitié mais aussi de la « manger » lorsqu’elle l’accueille de la part des convives.

Lorsque le Christ institue l’eucharistie il accepte de se laisser « manger » par l’humanité, il accepte d’être broyé par les dents humaines et de subir la loi de toute nourriture condamnée à être dissoute dans le corps humain. Bien entendu, cette manducation ne blesse pas le Christ ressuscité et ce sont les « accidents » du pain et du vin qui sont dissous et non pas la « substance » du Christ ![28] Comme pour toute nourriture, une partie est rejetée après digestion et l’autre est gardée pour devenir notre chair. C’est ce qui se passe avec l’eucharistie, le Christ « devient notre chair », s’incarne en nous car il fait de nous ses membres. (1 Co 6,12-20) Par contre, cette manducation est hautement symbolique de notre responsabilité vis à vis de la souffrance du Christ car c’est par notre péché qu’il est broyé sur la croix ! N’est-ce pas nous qui l’avons tué sur la croix par notre puissance et notre pouvoir ? Mais précisément parce que le Christ se « laisse manger », il manifeste son pardon.

Par contre, dans l’eucharistie, nous offrons le pain, symbole de notre travail, de notre vie, et nous laissons le Christ faire de nous son Corps, nous nous laissons aussi assimilés par Dieu, dans ce sens-là nous sommes aussi « nourriture » (pour constituer les membres du Corps du Christ), véritable promotion pour notre vie étant divinisée mais pour cela nous devons accepter de mourir, de renoncer à nous-mêmes, de perdre notre vie (Lc 9,23). Le Seigneur récolte (Mt 13,30) sa moisson, nous sommes « fauchés par la mort » pour être engrangés dans sa demeure. 

Contrairement aux repas ordinaires, nous sommes dans l’eucharistie dans un repas mystique, la nourriture n’est pas d’ordre temporel et matériel mais d’ordre spirituel et éternel : « Qui mange ma chair et boit mon sang aura la Vie éternelle. » (Jn 6,54). Les repas ordinaires sont le miroir de l’eucharistie dans laquelle ils trouvent la plénitude vers laquelle ils tendent et c’est pour cette raison qu’ils sont des symboles du bonheur. Cette amitié et cette spiritualité eucharistique sont notre véritable énergie pour vivre. Nous avons vu que nous nous laissons manger par le Christ pour éviter d’être « mangé par le monde ».

Un repas non préparé « sorti du congélateur » n’a pas la même saveur qu’un repas maison, il en va de même pour l’eucharistie, il faut s’y préparer et c’est par la foi que nous pourrons « savourer » la Présence du Corps et du Sang du Christ. Comme pour un repas ordinaire, il faut être ensemble, en famille, en communauté pour apprécier ce que l’on mange. Le « cuisinier divin » nous précède toujours dans son Amour et le rite essentiel du banquet céleste est de comprendre que l’on ne vient pas pour « utiliser Dieu » pour qu’il satisfasse nos prières de demande mais pour nous donner en nourriture d’Amour ce qui nous nourrit de sa Présence. De même un enfant doit apprendre qu’il ne doit pas venir d’abord à un repas parce qu’il a faim mais pour l’offrande de son amitié dans le cadre de la famille, pour la joie d’être ensemble. Dans les repas important bien des rites nous font comprendre cela. On ne se précipite pas sur les plats, on les présente aux autres !  L’art d’apprécier ce que l’on mange est une manière de remercier celui qui a apprêté le repas mais aussi de consommer avec modération car l’essentiel n’est pas dans la quantité mais dans la qualité, on ne vient pas pour se gaver mais pour découvrir dans le bon repas le symbole de l’accueil de l’amitié de ceux qui nous reçoivent à leur table.

Il y a aussi une grande place pour le dialogue au cours de l’eucharistie car Dieu nous révèle son Amour et ses secrets au plus intime de nous-mêmes. L’eucharistie se célèbre à l’occasion de toutes les événements de la vie pour exprimer nos sentiments et « mettre au point » nos projets avec Dieu. L’eucharistie est un lieu privilégié de l’appel du Seigneur. Elle nous ouvre au partage de l’Amour avec tous les convives présents et absents.

L’allaitement est un beau symbole du repas eucharistique, il faudrait que nous puissions avoir la même tendresse, la même confiance et la même simplicité qu’un enfant dans les bras de notre mère l’Eglise dont l’Esprit-Saint est la matrice pour recevoir de notre Epoux la fécondité qu’il dépose en elle. On comprend aussi cette image en méditant l’image du couple qui ne forment plus qu’une seule chair dans le don de leur corps car le Christ nous donne son Corps pour que nous fassions plus qu’une seule chair avec lui. L’anorexie eucharistique est bien connue car beaucoup ont des difficultés avec leur mère l’Eglise ! La boulimie n’est plus de notre époque mais elle a existé dans l’histoire de l’Eglise, elle était aussi pathologique car la Présence est tout entière dans une seule hostie pas nécessaire d’en recevoir deux ou plus par jour ! Beaucoup exigent que l’eucharistie soit plus courte, ils ne se sentent pas à l’aise à ce repas, c’est à l’image de notre société « restauration rapide ».

 Le symbolisme de la coupe

Et ayant reçu une coupe, il rendit grâces et dit, Prenez ceci et le distribuez entre vous, car je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu. Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est versé pour vous; Lc 22:17-18.20

Dans le repas du serder pour fêter la Pâque juive, il y avait es 5 coupes dont 4 coupes de vin (dilué) qui représentent les 7 promesses faites à Moïse : Exode 6:6-8 la délivrance d’Egypte car Israël est « racheté par le Seigneur » pour être « son Peuple » et il lui donne une terre. La cinquième coupe de vin représente le retour dans le pays d'Israël. Les 4 coupes de vin sont diluées mais la 5e contient du vin pur, il n’est pas dilué avec de l’eau, elle est réservée pour le Messie. Personne n'osait y toucher. Seul Jésus l'a prise.

Comme récipient pourvoyeur de nourriture, la coupe est également attestée comme la métaphore du sein nourricier de la mère; réceptacle protecteur, c'est aussi un symbole du ventre maternel. Les coupes, dans les utilisations rituelles ou dans l'art figuré, contiennent souvent l'élixir d'immortalité. Boire à la même coupe ou au même calice, dans le cadre d'une communauté, dans diverses cultures est le signe de l'adhésion commune à, par exemple, une idée ou une religion reconnue par le groupe. L'échange mutuel des coupes de boisson est un acte qui engage à la fidélité. ( par ex. au Japon, dans le cadre d'un mariage). Une coupe remplie de lait représente l'Islam (le lait, comme symbole de la bonne voie). Une coupe remplie d'eau représente le Judaïsme (l'eau a à la fois un rôle destructeur, dans le Déluge, et salvateur dans la traversée de la mer rouge). Une coupe remplie de vin représente le Christianisme (le vin a une signification sacrée).

Souvent symbolique de l'abondance, l'image de la coupe dans la bible apparaît dans différents contextes: elle symbolise p.ex. la coupe du salut, la coupe de la destinée ou la coupe de la colère de Dieu. L'accent est mis sur son contenu que l'homme reçoit de la main de Dieu. Le Christ dans le jardin des oliviers, évoque le calice plein de la souffrance qui l'attend. Dans l'Ancien Testament, la coupe pouvait être en céramique, en verre ou en métal: bronze, argent ou or (Jr 51,7), suivant que l'on était riche ou pauvre. Elle était surtout utilisée dans les banquets (Jr 35,5 - 16,5-7). Lors des sacrifices d'action de grâces, c'était la "coupe du salut" (ps 116,13) et, après les funérailles c'était la " coupe de consolation" (Jr 16,7). Comme le président du repas donnait à chacun sa coupe, celle-ci devint le symbole du sort réservé à chacun (ps 16,5), souvent en mauvaise part (ps 11,6) d'où les expressions "boire la coupe de la colère" (Jr 25,15. 17.28) ou du "vertige" (Is 51,17.22) pour exprimer le châtiment.

Dans le Nouveau Testament, il s'agit d'abord de la coupe que l'on nettoie (Mt 23,25 s) et avec laquelle on donne à boire un peu d'eau ( Mt 10,42); c'est aussi la coupe du repas pascal (Mt 26,27; Me 14,23; Le 22, 17.20) et du repas eucharistique (1 Co 10,16; 11, 25-28). La coupe exprime aussi le destin tragique réservé à Jésus et qu'il se doit d'affronter (Mt 20,22 s; 26,39 par.).

Utilisé comme métaphore, la coupe connote plutôt rarement l'idée d'un destin favorable. (Ps 16,5). Beaucoup plus communément, la coupe évoque l'idée d'un destin funeste, immérité ou mérité. Les fils de Zébédée demandent, par l'intermédiaire de leur mère, une place de choix dans le royaume, Jésus leur dit :« Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » - Pleins de courage (ou de présomption) ils répondent :« Nous le pouvons.» Alors Jésus annonce :« Sort, vous boirez ma coupe » (Mt 20,22-23.) A Getshsémani, Jésus prie seul et dans l'abandon : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux.» (Mt 26,39). Puis une seconde fois : « Mon Père, si cette coupe ne peux passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt 26,42) Sous une autre forme et dans un autre contexte, s'adressant à Pierre qui veut le défendre par la violence lors de son arrestation Jésus dit : « Remets ton épée dans le fourreau. Repousserai-je la coupe que m'a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » (JN 18,11.)

Dans certains cas, le symbolisme foncièrement négatif se double d'un symbolisme second qui, lui, tourne au positif. On se rappelle la supplique trop ambitieuse des fils de Zébédée. Jésus rétorque simplement :

« Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? - Nous (le) pouvons.- Ma coupe vous la boirez...» (Mt 20, 22-23). Exclusivement symbolique, la coupe connote ici le sort tragique de Jésus et des apôtres à sa suite (martyre), sans exclure le rétablissement qui s'ensuivra par delà la mort (glorification). Ce double symbolisme imprègne en profondeur le rite sacramentel de l'eucharistie : « boire la coupe du Seigneur » qui, une fois « bénie », contient « le sang de l'alliance », c'est communier mystérieusement, dès maintenant, à son destin de mort-résurrection.

C'est une image désignant la torpeur ou les excès dans lesquels sont plongés ceux que Dieu veut punir. Les prophètes l'emploient volontiers ; on la retrouve dans les Psaumes. (Is 51,17 ; Jr 25,15-16.) Au psaume 11, l'image est un peu différente : non plus une coupe de vin qui saoule et qui fait perdre la raison, mais un vent brûlant qui dévore (Ps 11,6). Cette image de la coupe terrible qui égare et punit les méchants est reprise dans l'Apocalypse (Ap 14,9-10).  Sept anges (reçoivent )sept coupes en or remplies de la colère (de) Dieu qu'ils ont mission de répandre sur la terre (Ap 15,7 et 16.1).

« Comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? J'élèverai la coupe du salut J'invoquerai le nom du Seigneur.» (Ps 116, 12-13.) Il s'agit d'une coupe de vin que l'on offre a Dieu en reconnaissance pour la délivrance qu'il nous a accordée. Les quatre coupes du rituel de la Pâque juive se rattachent à ce symbolisme : action de grâce pour la délivrance d'Egypte.

Le grand prêtre est décrit pontifiant au temple : « II étendait la main sur la coupe et versait la libation du sang de la grappe, il la répandait à la base de l'autel.» (Si 50,15 ; 1 Ch 28,17 cite les coupes d'aspersion pour la liturgie du Temple.

Partager une même coupe crée une solidarité et une intimité entre les convives. Participer à la coupe eucharistique crée une solidarité et une intimité avec le Christ lui-même. C'est ce qu'indique saint Paul dans sa 1ère Épître aux Corinthiens (1Co 10, 16 et 21). Cette coupe de communion avec les participants et avec la divinité est coupe de bénédiction et coupe d'action de grâce. C'est une coupe de bénédiction : celle des faveurs divines (ps 23,5), elle reprend aussi le symbolisme de la « coupe d'action de grâce » de la liturgie du Temple (ps 116, 12-13) et de la liturgie familiale et synagogale du Seder pascal juif.

Le symbolisme de la coupe dans la liturgie eucharistique aujourd'hui

La coupe qui symbolise la souffrance, l'agonie, et la mort. Fait référence au paroles du Christ à Gethsémani « Père, écarte de moi cette coupe! » (Me 14,36) Pas facile à boire, ni à vivre. Cependant, Jésus fera la volonté de son Père, non la sienne. Jésus demande aussi, aux disciples, à nous « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire ?» (Me 10,38). Lorsque les fidèles apportent pendant la messe, la coupe à l'autel, et y boivent à la communion, ils manifestent leur volonté de prendre part à la passion du Christ. Ils acceptent de dire avec le Christ, à Dieu notre Père : « Non pas ma volonté, mais la tienne.»

La coupe peut aussi symboliser la victoire, la joie, de fraternité. Nous levons la coupe par exemple pour un mariage, un baptême. Pendant la prière eucharistique, le prêtre redit les paroles du Christ rendant grâce à son Père sur la coupe. « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l'alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez celé en mémoire de moi. » Lorsque, pendant la Cène, Jésus rend grâce à son Père sur la coupe, il évoque le festin éternel : « Je vous le dis, jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'à ce que vienne le Royaume de Dieu» (Le 22,18) Grâce à Jésus-Christ qui accepte de boire la coupe que lui présentait son Père, qui a souffert pour nous, a été ressusciter le troisième jour, permet que la coupe de souffrance, devient la coupe de victoire sur la souffrance et la mort. A la messe, ils nous est donc proposé de boire à la coupe du Christ, de participer à son sort : à sa mort qui a mené à sa résurrection.

Résumé

Lorsque l'on parle de coupe dans la Bible, on désigne en réalité son contenu symbolique. Elle est le signe de la destinée humaine, de la colère divine, de l'action de grâce à Dieu, ou bien de la communion avec Dieu et entre les hommes.

Une coupe remplie d'eau représente le judaïsme (l'eau a à la fois un rôle destructeur, dans le Déluge, et salvateur dans la traversée de la Mer Rouge). Une coupe remplie de vin représente le Christianisme (le vin a une signification sacrée). Une coupe remplie de lait représente l'Islam (le lait, comme symbole de la bonne voie).

Dans l'Ancien Testament, la coupe pouvait être en céramique, en verre ou en métal: bronze, argent ou or, suivant que l'on était riche ou pauvre. Elle était surtout utilisée dans les banquets. Lors des sacrifices d'action de grâce, c'était la" coupe du salut" et, après les funérailles c'était la" coupe de consolation". Comme le président du repas donnait à chacun sa coupe, celle-ci devint le symbole du sort réservé à chacun, souvent en mauvaise part d'où les expressions " boire la coupe de la colère ° ou du " vertige " pour exprimer le châtiment.

Dans le Nouveau Testament, il s'agit d'abord de la coupe que l'on nettoie et avec laquelle on donne un peu d'eau; c'est aussi la coupe du repas pascal et du repas eucharistique. La coupe exprime aussi le destin tragique que Jésus doit affronter.

V       La liturgie eucharistique

·                   La présentation des dons

·                   La quête

·                   La prière eucharistique

·                   La préface et le sanctus

·                   Les épiclèses

·                   La consécration

·                   L’anamnèse

·                   Prière d’intercession

·                   La doxologie

 

 

La liturgie d’ouverture et la liturgie de la parole ne sont pas spécifiques à l’eucharistie on peut très bien les retrouver dans d’autres célébrations. La liturgie eucharistique, par contre, comme son nom l’indique, est la partie spécifique de l’eucharistie mais on ne peut pas imaginer l’eucharistie sans la liturgie d’ouverture et la liturgie de la Parole car elle en est le prolongement, autrement dit, la Parole, le Verbe de Dieu fait chair en Jésus-Christ se donne pleinement dans la Présence réelle de l’eucharistie.

 

La présentation des dons

 La prière qui accompagne la présentation des dons « Tu es bénis Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce pain (ce vin), fruit de la terre et du travail des hommes, nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie (le vin du Royaume éternel)» fait le lien avec le sanctus « Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire » car tout est appelé à devenir eucharistie. La préface est au cœur de ces deux prières pour donner le sens de la grande action de grâce : la création est divinisé par l’incarnation du Christ, sa présence rempli l’univers. Eucharistie vient du grec eucharistia qui signifie « rendre grâce » autrement dit, louer, remercier.

La goutte d’eau versée dans le vin par le prêtre signifie l’union indissoluble du Christ à son Eglise. On ne saurait retirer une goutte d’eau dans le vin ! Saint Cyprien notait déjà ce symbole au IIIe s. « Quand on mêle l’eau au vin dans le calice, c’est le peuple qui ne fait plus qu’un avec le Christ… Cette jonction, cette association de l’eau et du vin s’accomplit dans le calice du Seigneur d’une façon indissoluble ; par conséquent, rien ne pourra séparer du Christ l’Eglise…. Elle lui sera toujours attachée et l’amour fera des deux un tout indivisible. »

Le prêtre, aux fêtes, encense les offrandes pour signifier que les offrandes sont élevés dans la gloire de Dieu avec toute la création sanctifiée par le Seigneur. L’encens est sensé répandre la bonne odeur de la présence invisible du Christ.

Après avoir présenté les offrandes, le prêtre se lave les mains en disant : « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, purifie-moi de mes péchés ». La main est le symbole de l’action mais aussi de l’offrande, de l’accueil.[29] Ce geste symbolique manifeste le désir de purification intérieure du prêtre. La prière des offrandes conclut la présentation des offrandes.

 

La quête

La quête n’est pas l’offrande eucharistique mais elle a pour fonction[30] symbolique de rappeler le réalisme nécessaire du partage ou le fruit de la communion spirituelle (Ac 2,42 ; 2 Co 9,1-14). Paul s’insurge contre les Corinthiens (1 Co 11,17-22) qui ne veulent pas partager et une quête est organisée pour l’église pauvre de Jérusalem (Rm 15,30) ! Mais qu’en est-il aujourd’hui du sens symbolique de la quête dans nos eucharisties ? Le manque de partage des richesses n’est-il pas aussi scandaleux que l’ont été en leur temps, les croisades et l’inquisition ?

 

La prière eucharistique

La préface et le sanctus

Comme l’ensemble de la prière eucharistique, la préface s’adresse au Père, par le Fils et dans l’Esprit-Saint et le Sanctus acclame ce Dieu trois fois Saint. Il y a différentes prières eucharistiques mais toutes sont structurées de la même manière. Elles commencent par une préface qui est une grande prière d’action de grâce qui nous invite explicitement à nous unir à la joie du ciel et aux chants des anges à travers le Sanctus qui est en même temps une citation du prophète Isaïe qui, dans sa vision « voit le Seigneur et ses anges » (Is 6,1-4).[31] Le chant prend ici une dimension symbolique, il signifie que l’eucharistie nous unit réellement à l’Eglise du ciel. « Bénis soit celui qui vient au nom du Seigneur » introduit déjà à la présence réelle du Christ donnée dans l’eucharistie.

Les épiclèses

Ce terme vient du grec epiclesis pour parler d’un nom substitué à un autre (surnom), d’une invocation ou d’un appel au tribunal. Il y a une première épiclèse sur les offrandes  l’Eglise implore la force de Dieu afin que les dons préparés par les hommes soient sanctifiés en devenant le corps et le sang du Christ. L’Esprit-Saint est celui qui transmet la grâce[32] et c’est la raison pour laquelle c’est lui qui est invoqué dans la prière de l’épiclèse : « Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit.. » Il y a une deuxième épiclèse sur l’assemblée pour qu’elle soit digne de communier, autrement dit qu’elle soit un dans l’Esprit-Saint pour que la communion eucharistique fasse d’elle un seul Corps (1 Co 10,17). 

La consécration

La consécration est le noyau central de l’eucharistie et dont les paroles sont celles du Christ lui-même au moment où il a institué l’eucharistie. Certaines paroles et certains gestes du Christ sont repris mais il ne s’agit pas de mimer[33] ce qu’a fait le Christ car cela voudrait dire que le Christ est toujours au milieu de nous de la même manière qu’il l’était pour les Apôtres et ce serait faussé la réalité. L’eucharistie n’est pas seulement le souvenir d’un événement passé comme nous l’avons vu et pas seulement celui du Jeudi saint. « Faites ceci en mémoire de moi » est le mémorial du don de sa vie au cours d’un repas qui symbolise sa mort et sa résurrection. « Faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection… » L’eucharistie est le mémorial de la mort et de la résurrection du Christ, il nous donne sa présence ressuscitée !

L’anamnèse

L’anamnèse rappelle que l’eucharistie ne se réfère pas qu’au passé mais qu’elle est l’actualisation du passé et du futur dans le présent. L’eucharistie n’est pas seulement « une eucharistie » mais la grâce de la sanctification qui se déploie continuellement dans notre vie, nous comprenons que ce passé et ce futur doivent sans cesse se déployer dans le présent et que l’eucharistie dans notre vie personnelle comme dans celle de la création est encore dans les douleurs de l’enfantement pour que tout devienne eucharistie. (Rm 8,22)

Prière d’intercession

La prière eucharistique se poursuit par une grande prière d’intercession : pour l’Eglise, le pape, les évêques, les prêtres et l’ensemble des baptisés, pour les fidèles défunts et pour la communauté afin qu’elle rejoigne dans la vie éternelle la communion des saints. Ainsi la liturgie eucharistique est partie de la création avec les offrandes et elle finit avec la vie éternelle et la communion des saints, autrement dit elle exprime toute la vocation de la création.

La doxologie

La doxologie est une parole de gloire adressée à Dieu le Père par le Christ et dans l’Esprit. Cette prière est réservée au prêtre et une habitude s’est prise dans certaines communautés d’inviter la communauté à dire cette prière avec le prêtre ! A ce moment-là le « Amen » de l’assemblée qui « signe » la prière du prêtre n’a plus de sens. En fait c’est la prière par excellence réservée au prêtre qui agit in personna Christi et présente au Père, au nom de la communauté, les offrandes unifiées dans le Corps du Christ dans l’Esprit.

VI     La liturgie de communion et l’envoi

·                   Le Notre Père et le geste de paix

·                   La fraction du pain et la communion

·                   La bénédiction et l’envoi

La liturgie de communion donne la joie à l’assemblée de devenir le Corps du Christ . « Devenez ce que vous avez reçu : le Corps du Christ ». La liturgie d’envoi va signifier que l’eucharistie se prolonge là où les chrétiens sont envoyés pour être nourriture spirituelle et présence du Christ au milieu du monde.

 

Le Notre Père et le geste de paix

Le  « Notre Père » qui suit la consécration manifeste que le Christ, comme l’indique la doxologie, dans l’Esprit Saint nous conduit en face du Père. La communion est indissolublement liée à la communion avec les frères et sœurs, le geste de paix en est le symbole. Ce geste prépare aussi l’assemblée à « faire un seul Corps » par la communion qui suivra. (Mt 5,23-24)

 

La fraction du pain

Le chant de l’Agnus accompagne la fraction du pain et demande encore au Seigneur de lui donner la paix par sa miséricorde et son pardon. Nous avons vu que Jésus est l’Agneau de Dieu et c’est ainsi que Jean-Baptiste le désignera (Jn 1,29.36). Le prêtre reprend ces paroles en disant « voici l’Agneau de Dieu ». Le prêtre met aussi un morceau de pain eucharistique dans le calice. C’est un geste très ancien, l’évêque consacrait le pain et les diacres en apportaient une parcelle dans chaque église de la vielle. Ce geste symbolique marquait la communion entre les différentes communautés rattachés à l’évêque. Dans une autre coutume au 8e siècle, le pape faisait tomber dans le calice une parcelle du Corps du Christ d’une eucharistie précédente pour signifier cette fois-ci la continuité de l’eucharistie. Comme la collecte ou la prière d’ouverture, la prière après la communion a pour fonction de rassembler toutes les actions de grâce de l’assemblée dans l’étreinte du prêtre (les bras ouverts) qui les présente au Christ.

 

La bénédiction et l’envoi

« Bénédiction » vient du latin « dire du bien ». L’eucharistie nous a donné le Verbe fait chair, la Parole du Père, nous demandons à Dieu de nous bénir pour que nous « parlions » toujours selon le cœur de Dieu, de sa Parole pour dire du bien et pour bénir à notre tour. En effet, si nous disons toujours du bien, nous invitons naturellement les humains à dire du bien. C’est aussi dans ce sens-là que dans la liturgie juive déjà, le père de famille bénissait ses enfants pour demander à Dieu de l’aider à ce qu’ils disent toujours du bien. La bénédiction n’est donc pas un complément de ce que l’on aurait pas reçu dans l’eucharistie mais une demande d’être fidèle à l’eucharistie dans le quotidien pour que tout devienne eucharistie. C’est dans cette joie et cette mission que nous sommes envoyés dans la paix du Christ.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


Le levain

Le symbole du pain rappelle la manne donnée par Dieu dans le désert (Ex 16,15). Jésus fait allusion à cette comparaison (Jn 6,58). On s’interroge toutefois sur cette manne car ce mot en hébreu signifie « Qu’est-ce que c’est ? ». L’expression hébraïque « Voici la manne !»  signifie aussi « le temps ». Nous avons vu également qu’il y a un rapprochement avec le « temps » dans le pain sans levain ou pain azyme car Dieu n’a pas laissé le temps à la pâte de lever. Si nous approfondissons le symbolisme du levain, nous nous rendons compte que la « rapidité de Dieu » n’est pas le fait du hasard.[34]

On peut définir le levain comme une culture de micro-organismes vivants (appelés levures) dont on se sert pour produire une fermentation.[35] Il s’agit de champignons unicellulaires[36] qui, placés dans un milieu sucré ou glucidique avec ou sans oxygène, se multiplient soit par bourgeonnement soit par segmentation. Cette activité biochimique provoque un dégagement de gaz carbonique qui, par exemple fait fermenter les fruits et lever la pâte du pain. Le levain soulève, gonfle, il agit, il transforme. Une personne efficace qui fait le bien est « le levain dans la pâte », elle agit sur les personnes et la société autour d’elle mais, à l’inverse pour une personne négative on parlera de « levain de discorde ».

A long terme, on remarque d’autres effets du levain sur la pâte car le pain à tendance à moisir et à se corrompre très vite[37] et à devenir ainsi nocif pour la santé. La levure qui entre dans la composition des boissons alcooliques agit comme un principe « spirituel » bon ou mauvais[38] sur la personne qui les consomme. Ce n’est pas par hasard que l’on parle de « spiritueux ».

Le vin (en tant qu’élixir d’immortalité), habité par le champignon de la levure, rejoint le le champignon comme symbole de vie se régénère à partir de la fermentation et de la décomposition organique. Nous pouvons aussi faire le lien avec le levain dans la pâte qui la transforme et la fait évoluer de l’intérieur. A l’inverse la corruption du pain à cause de sa fermentation est le symbole du mal moral et de la mort.

Dans la Bible Jésus compare le Royaume des cieux à du levain qu’une femme cache dans trois mesures de farine jusqu’à ce que tout ait levé. (Mt 13,33 ; Lc 13,20-21). Ce Royaume c’est l’Homme nouveau qui a accès à la connaissance et à l’immortalité et qui transforme de l’intérieur l’humanité. Autrement dit le Fils de Dieu enfouit (caché) dans l’humanité de Jésus et qui fait lever toute la pâte de l’humanité. Le « Christ est le levain » il ne faut pas en mettre de l’ancien : « Méfiez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens » (Mt 16,6). Paul parle du « vieux levain » (1 Co 5,7-8) et évoque ainsi deux réalités : le péché et le mal mais aussi ce qui est vétuste et périmé. Autrement dit, le chériten est purifié du péché mais aussi de l’imperfection rituelle du judaïsme comme par exemple la circoncision. On sait que Paul a du se battre pour que les païens ne soient pas soumis à ce rite (Ga 5,6).

Nous avons vu que la liturgie pascale utilisait le pain azyme pour exprimer la rapidité de Dieu dans son œuvre de salut, le pain n’a pas pu monter. D’autre part, nous avons vu l’origine de la Pâques dans la création pour fêter l’arrivée du printemps, on faisait le pain avec le grain nouveau uniquement et donc sans levain d’une récolte passée ! Le Christ est ce pain sans levain car c’est lui qui fait monter la pâte avec l’unique graine de l’Homme nouveau ![39] Le levain symbolise donc dans ce contexte l’Ancien Testament, ce qui est dépassé avec le Christ. Israël reprendra sans difficulté ce rite pour signifier qu’il va rompre avec l’esclavage d’Egypte mais aussi avec les cultures païennes qu’ils rencontrent en Palestine lorsqu’il s’y installe pour la première fois. Tous ceux qui voudront maintenir le levain ancien comptent sur eux-mêmes et font œuvre de péché, il faut mourir à l’homme ancien pour renaître à l’homme nouveau ! On utilisera donc du pain Azyme pour la Pâque juive comme pour l’eucharistie.[40]

En ce qui concerne l’eucharistie, si le repas de Jésus est un repas pascal c’était du pain azyme mais si non c’était peut-être du pain avec levain. Toutefois nous avons vu que les évangélistes plaçaient clairement ce repas pour donner sens à la fête de Pâque. Faut-il alors prendre du pain avec ou sans levain ? Prendre du levain rompt avec la tradition juive selon les orientaux mais on a vu que c’était le fait de ne pas prendre de levain qui rompait avec les traditions antérieures. Le levain par contre agit comme l’eucharistie, il transforme de l’intérieur. Les bulles de gaz carboniques provoquées par le levain seraient à mettre en lien avec le souffle de l’Esprit. Toutefois le gaz carbonique est ce que rejette l’être humain après avoir aspiré de l’oxygène.

Si on suit l’église occidentale, nous prenons du pain sans levain car, nous l’avons vu dans la bible, le levain symbolise la corruption et la vétusté et il produit le gaz carbonique qui est précisément ce que rejette l’homme. En fait, l’eucharistie nous invite à rejeter le vieil homme pour accueillir l’Homme nouveau présent dans le Pain de Vie. Le pain sans levain, déjà dans la bible évoquait la nouveauté, la rupture avec les anciennes traditions. Puisque le levain est symbole de corruption, le pain sans levain devient symbole de la résurrection, le Pain de Vie est incorruptible, il est semence de résurrection en nous « qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle » (Jn 6,54)  (1 Co 15,35-53). Le pain azyme symbolise le fait que le corps de Jésus, crucifié et mort, n’a pas subi la corruption dans le tombeau. Ce dernier retrouvé vide atteste que le Christ est glorifié dans son corps sans qu’il ait connu la corruption.

En résumé le pain fermenté souligne le mystère de la croissance apportée par le pain de vie dans le chrétien, l’Eglise et le Royaume. Le pain azyme souligne la Nouveauté, la purification de toute corruption et la nourriture de l’immortalité.

 

 

 

L’ivresse mystique

 

Le rituel juif prévoyait l’offrande quotidienne du vin, de l’huile et de la farine. Le vin provoque extase et hallucinations comme l’Esprit divin mais aussi celui des démons. Il y a donc une ambivalence dans sa symbolique et les juifs comme les chrétiens demandent de le consommer avec modération. Par contre, l’Islam proscrit le vin et les boissons fermentées mais les poètes et mystiques musulmans y voient beaucoup de qualités. Le vin a une signification hautement mystique, il est le lien entre la vie terrestre et la vie dans l’au-delà et donc avec le sang qui est aussi un grand symbole de la vie.

Les chrétiens voient dans le vin le fruit de l’unité de l’Eglise car il est issu d’une quantité de raisins et sa couleur et sa chaleur désigne la charité. L’eau changée en vin à Cana par Jésus symbolise le changement , l’évolution de la foi en Dieu, des temps nouveaux sont inaugurés, une alliance nouvelle. Le judaïsme manque de vin pour fêter cela, il faut l’intervention du Messie, du Christ. Ce n’est pas la première fois que les dieux donnent un vin surnaturel ou divin mais l’originalité de la symbolique chrétienne réside dans la symbolique  qui fait du Christ le cep dont le « sang » la sève de vie rachète l’humanité pour lui donner la vie éternelle, les chrétiens sont greffés sur lui comme les sarments (Jn 15,1-17).  Cette mystique est scellée par le Christ au moment de la célébration de la sainte cène. Le Christ est entré « sous le pressoir » de la croix et delà jaillit le vin nouveau son propre sang. Le vin devient le sang du Christ, la symbolique du vin se réalise dans toute sa plénitude. La tradition rabbinique veut que le vin gardé pour les élus dans le monde à venir soit conservé dans les grappes depuis le sixième jour de la création. Le vin est le symbole du banquet final dans la Gloire de Dieu (Mt 26,29).

Les païens voyaient dans le vin un symbole d’immortalité et les chrétiens n’avaient pas peur d’utiliser le même symbole pour décorer leurs sarcophages. Les vendanges provoquent la mort du raisin mais son esprit renaît dans le vin, liquide de résurrection. On accordait également des vertus curatives au vin, même la médecine moderne lui reconnaît un rôle protecteur contre les maladies cardio-vasculaires. 

 

Dans les pays méditerranéens, de même que la nourriture est le pain, la boisson essentielle est le vin, aussi, comme celui du pain, le symbolisme du vin est particulièrement riche.

Le vin : symbole de joie et de prospérité

Plusieurs textes rappellent que le vin est cause de joie :

« Tu fais croître (...)les plantes à l'usage des humains, pour qu'ils tirent le pain de la terre et le vin qui réjouit le coeur de l'homme. » ( ps 104, 14-15 )

Le vin n'est pas une boisson « ordinaire » il est signe d'abondance et accompagne les repas de fête :

Le livre des proverbes prédit à l'homme sage :

« Tes greniers regorgeront de blé et tes cuves déborderont de vin nouveau. » (Pr3,10)

« Le pain et le vin. Deux aliments essentiels, du moins pour les peuples de la Bible, ceux qui ont Abraham pour père et la Méditerranée pour mère.

Le pain quotidien était (...) et reste, en quelque sorte le fond de l'alimentation, l'aliment symbole qui résume tous les autres.

Le vin signifie la gratuité. Il n'est pas nécessaire. On pourrait s'en passer. Il signifie la joie, la fête, un répit pour l'angoisse humaine, au-delà des stricts nécessités de l'alimentation. Le Seigneur a aimé ce luxe et cette gratuité. Ainsi a-t- il scandaleusement commencé sa carrière par le miracle de l'eau changée en vin .

La foi des disciples a été fondée sur ce signe festif (Jn 2,11). Cana préfigure et annonce L'Eucharistie. L'Eucharistie est un signe de fête à laquelle le Seigneur nous convie.»7

 

Le vin : symbole de la coopération de Dieu et de l'homme

Le raisin n'est pas un fruit que la terre produit spontanément : l'homme a dû améliorer les plants à partir d'un cep sauvage ; par ailleurs, l'efficacité du travail de l'homme dépend aussi du soleil et de la pluie, comme pour les autres cultures, ainsi les céréales dont on fait le pain.

Selon saint Jérôme : « la lente maturation du raisin, avant sa métamorphose en vin, symbolise les progrès du fidèle »8

7 René Laurentin, Jésus-Christ présent, D.D.B., 1980, p. 23-24.

8 Saint Jérôme, InGallV, 15-16, P.L 26, 381 C 18

Le vin : symbole de la solidarité entre les hommes

Pour produire du vin, une série d'opérations multiples et complexes sont nécessaires : taille et sarclage de la vigne, vendange, travail du pressoir, fermentation... exigent une collaboration entre tous ceux qui s'y livrent, de même que pour le pain.

 

Le vin : symbole d'unité et de communion

« Accorde à tous ceux qui vont partager ce pain et boire à cette coupe d'être rassemblés par l'Esprit Saint en un seul corps. » (prière eucharistique n4.)

La communion eucharistique unit sacramentellement au Christ, elle unit aussi entre eux les participants, en Église. (Cf. 1 Co 10, 16 )

« Puisque les hommes attendent de la nourriture et de la boisson de n'avoir plus faim et de n'avoir plus soif, ce résultat n'est produit véritablement que par cette nourriture et cette boisson qui rendront immortels (,..)ceux qui les prennent, c'est-à- dire par cette société même des saints où régneront la paix et l'unité totale et parfaite. C'est pourquoi (...) notre Seigneur Jésus-Christ a présenté son corps et son sang sous des réalités dont l'unité provient d'éléments multiples, car il faut de multiples grains pour qu'il soit fait un seul pain, il faut de multiples grappes pour que coule un seul vin.»9

 

Le vin : symbole d'amitié et d'amour

Le vin scelle une entente ou une réconciliation : Melchisedech, prêtre et roi, offre à Abraham du pain et du vin (Gn 14,18).

Le Siracide compare l'amitié au vin : « N'abandonne pas un vieil ami, le nouveau venu ne le vaudra pas. Vin nouveau, ami nouveau : laisse-le vieillir, tu le boiras avec délices. » (Si 9,10)

La Sagesse convie ceux qui l'aiment au festin qu'elle a préparé : « Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j'ai préparé ! » (Pr 9,5)

Le Cantique des Cantiques compare l'amour au vin : l'un et l'autre procure l'ivresse :

« Tes amours sont délicieuses plus que le vin » (Ct 1,2)

C'est dans l'Evangile que le vin, en relation avec l'amour comme dans le Cantique, verra magnifier son symbolisme. Le tout premier des signes de Jésus, en l'Evangile de St Jean, sera accompli très significativement au cours d'un repas de noces, à Cana de Galilée, où un vin, jamais goûté encore (...) est servi surabondamment aux invités (Jn 2,7-10). (...)

Il n'est (...) pas sans intérêt de noter, en relation avec notre texte du Cantique qu'en hébreu, où les lettres sont aussi des chiffres, vin et mystère ont même chiffre. Ainsi se trouvent déjà liés préfigurativement entre eux ces trois mots : amour, vin et

"St Augustin, Homélies sur l'Evangile de saint Jean XXVI, 17, Bibliothèque augustinienne 72, D.D.B, 1977, p.525

 

mystère, comme ils le seront un jour dans l'Eucharistie. (...)

Quand les Apôtres, au matin de la Pentecôte, seront possédés de l'Esprit Saint, de l'Esprit d'amour, ne dira-t-on pas aussi qu'ils sont ivres de vin ?10

 

Le vin : symbole du sang

4.6.1) Sous le pressoir, le jus de raisin jaillit de la grappe comme le sang d'un corps blessé

Jacob prédit au sujet de Juda : « // lave son vêtement dans le vin, son habit dans le sang du raisin » (Gn 49,11.) et Moïse prophétise qu'Israël aura « pour boisson te sang de la grappe qui fermente ».

4.6.2) Le vin, symbole du sang, donc de la vie

II devient par là-même breuvage de vie. Le Christ avait souligné la valeur typique du pain et du vin en multipliant les pains et en changeant l'eau en vin. À la dernière Cène il en fait son Corps et son Sang pour la vie éternelle. Dans le discours qui suit la multiplication des pains, il affirme solennellement :

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie étemelle et je le ressusciterai au dernier Jour. »

Saint Ignace d'Antioche, en route pour le martyre, écrivait : « Je ne me plaît plus à une nourriture de corruption (...) c'est le pain de Dieu que je veux (...) et pour boisson, je veux son sang, qui est amour incorruptible. »11

 

Le vin : symbole eschatoloqique

Dans l'Ancien Testament le vin fait déjà partie des biens messianiques promis pour la fin des temps :

« YHWH Sabaot préparera pour tous les peuples sur cette montagne un festin de viandes grasses, un festin de bons vins, de viandes grasses juteuses, de bons vins clarifiés». (Is 25,6.)

A l'offertoire au cours de la célébration eucharistique, la prière sur le vin se termine par ces mots : « Nous te le présentons, il deviendra le vin du Royaume étemel. »

10 Biaise Arminjon, La Cantate de l'amour, lecture suivie du Cantique des Cantiques, D.D.B.. et Bellarmin, 1983, p. 56-57.

11 Ignace d'Antioche, « Aux Romains », VII,3, Lettres, S.C. 10, Cerf, 1951, p. 137 ; cf « aux iraniens» VI 11,1,/ctem, p. 119

 

Résumé

Dans les pays méditerranéens, de même que la nourriture est le pain, la boisson essentielle est le vin, aussi comme celui du pain, le symbolisme du vin est particulièrement riche.

Le vin signifie lagratuité. Il n'est pas nécessaire, on pourrait s'en passer. Ilsignifie aussi lajoie, la fête, un répit pour l'angoisse humaine, au-delà des stricts nécessités de l'alimentation.

Le premier miracle, le premier signe que Jésus a fait, c'est changer l'eau en vin. La foi des disciples aété fondé sur ce signe festif. Cana préfigure et annonce l'eucharistie, qui est un signe de fête à laquelle le Seigneur nous invite.

Le vin est symbole de lacoopération de Dieu et de l'homme. L'homme travaillela vigne et Dieu donne soleil et pluie pour qu'elle puisse arriver à maturation. Selon St Jérôme, « La lente maturation du raisin, avant sa métamorphose en vin, symbolise les progrès du fidèle.»

Le vin est aussi symbole de la solidarité entre les hommes. Le travailde la vigne exige une solidarité entre eux (comme pour le pain).

Le vin est symbole d'unité et de communion dans l'eucharistie. Jésus-Christ a présenté son corps et son sang sous des réalités dont l'unité est faite d'éléments multiples (grains de blé, grappes de raisins).

Le vin est aussi symbole d'amitié et d'amour lorsqu'il scelle une réconciliation, une entente. Dans l'eucharistie, amour, vin, mystère se trouvent liés. Au matin de Pentecôte, lorsque les apôtres reçoivent l'Esprit d'amour, les gens disent qu'ils sont ivres de vin.

Le vin est aussi symbole du sang, donc de la vie. Le Christ avait souligné la valeur du vin en changeant l'eau en vin. À la Cène, il en fait son sang pour la vie éternelle.

Symbole eschatologique, le vin dans l'Ancien Testament, fait déjà partie des biens messianiques promis pour la fin des temps.

 

 

Le symbolisme du lavement des pieds

 

 

Thème de la Présence

Le Christ, ressuscité et glorieux, assis à la droite du Père, est réellement présent dans le sacrement. Sa présence permanente dans les Espèces sacramentelles est un prolongement de sa présence dans l'Eucharistie, qui est ordonnée à la communion sacramentelle.  La phénoménologie de la présence nous offre des indications qui peuvent s'appliquer à la présence du Christ dans le sacrement et à la relation mutuelle entre Lui et celui qui se trouve devant sa Présence sacrée.

Par présence on entend généralement la relation réelle existant entre deux ou plusieurs êtres qui sont proches l'un de l'autre à quelque titre ou sur quelque base que ce soit. Pour les êtres humains il y a de nombreuses façons de se rendre présents et d'être présents. Entre toutes, les plus excellentes d'un point de vue humain, sont la présence physique par son propre corps et la présence spirituelle par l'amour. La simple présence corporelle ne comporte pas, cependant, par elle-même, le degré maximum de présence, même si elle en donne la possibilité maximum; il peut s'agir, en effet, d'une simple présence d'un "objet" qui occupe un espace, ou d'un simple "être là" indifférent. La présence corporelle est la meilleure forme de présence seulement lorsqu'il y a une intercommunication, un appel et une réponse. Alors la présence corporelle de l'autre cesse d'être une simple présence "d'objet" ou "d'indifférence" pour devenir une présence personnelle et humaine, communicative et réciproque.

Toute présence personnelle n'est pas, cependant, déjà, le degré maximum de présence humaine. Il y a des présences marquées par intérêt, égoisme, haine; il y a des présences déterminées par le travail et le divertissement. Le degré maximum de présence personnelle est celui qui se base sur l'amour et qui comporte la communication réciproque et la capacité d'une relation d'accueil de l'autre dans sa singularité propre, et d'une acceptation totale qui vient de la profondeur de l'être.

C'est précisément ce type de présence personnelle fondée sur le dévouement et l'amour qu'est la présence du Christ dans l'Eucharistie. Assumant le degré maximum de présence interpersonnelle, rendue possible à partir de son existence glorieuse par l'action de l'Esprit Saint, le Christ permet la réalisation maximum de communication et de présence que la personne humaine puisse imaginer: c'est la présence d'un Dieu qui poursuit avec l'humanité son histoire d'amour et de don de soi, comme Emmanuel et c'est la présence de Celui qui est capable de se communiquer et de se rendre présent en donnant son propre Corps à manger et son propre Sang à boire.

La théologie de la présence du Christ dans le Sacrement suppose un discours plus ample, exactement le même discours, au sujet des autres formes de présence du Christ dans la célébration même de l'Eucharistie.

Ces formes de présence, loin d'exclure ou de faire concurrence à la présence substantielle du Christ dans l'Eucharistie, constituent son contexte plus propre de compréhension et mettent en relief son originalité spécifique. La présence du Christ dans l'Eucharistie est une présence réelle, non par exclusion des autres présences, comme si celles-ci n'étaient pas réelles, mais par excellence, puisqu'il s'agit d'une présence substantielle.

L'Eucharistie n'est pas une présence inerte; c'est le sacrement qui actualise l'apparition du Crucifié et du Ressuscité. Le Christ accomplit ainsi sa parole: "Je reviendrai vers vous" (Jn 14,18-28); et, dans une autre occasion, Il affirmait: "Je suis avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde" (Nt 28,18-20). Dans l'Eucharistie le Christ apparaît d'une manière pascale; sa présence est une présence-qui-vient, une présence-qui-se-donne, une présence-qui-demeure. C'est, en outre, une présence créatrice de communion et fondatrice d'Église, parce que le Christ rencontre les hommes et les femmes et en fait son corps par la communion sacramentelle. Disons que la présence réelle du Christ n'est pas contemplée comme un fait statique, mais comme un fait dynamique, don de soi, orienté vers la communion.

L'Église, cependant, garde la Présence sacrée avec le maximum de respect. Jésus dit: "Prenez. . . " Son corps s'est donné, il appartient à l'Église. Le Christ est le Seigneur à qui l'Église appartient, mais Il est aussi le Seigneur qui nous appartient. L'Église est l'épouse qui garde avec elle le Corps sacré du Seigneur pour le donner aux fidèles qui prennent le chemin de la rencontre définitive, et pour ceux qui n'ont pas pu participer avec la communauté à la "Fraction du pain", parce qu'elle sait que le sacrement fut institué en vue de la communion (Con. Trente, Session XIII, 5, Denz. l643), selon le commandement formel du Seigneur qui dit: "prenez et mangez".

Conservant avec la plus grande vénération le Corps du Seigneur, l'Église invite les fidèles à entrer en "communion" avec Lui sous une forme, non sacramentelle, mais spirituelle ou mystique. Le chrétien entre en communion avec le Christ, non seulement lorsqu'il consomme les Saintes Espèces, mais aussi lorsqu'il rencontre sa Présence sacramentelle et permanente, 1'Emmanuel, en dehors de la célébration de la Messe et se soumet à son action rayonnante et communicative.

Pendant que l'Église, faisant appel à ses droits d'épouse, conserve le corps du Seigneur, le fidèle ne fait que répondre à la donation permanente que le Christ fait de Lui-même.

La Présence sacramentelle attend une réponse d'accueil. Nous pouvons dire qu'elle ne se réalise que lorsqu'il y a rencontre, et qu'il n'y a rencontre que lorsqu'il y a accueil. Une station de radio émettrait inutilement s'il n'y a pas un récepteur adapté à sa longueur d'onde. La présence permanente du Christ dans le tabernacle est un appel constamment émis, et ce qui manque c'est un coeur récepteur pour s'y syntoniser. Se syntoniser c'est entrer en communion avec Celui qui est devenu tout amour, comme son Père. C'est pourquoi toute pratique eucharistique doit toujours partir d'une volonté de se syntoniser sur le Christ et ses sentiments.

Dans le document du prochain Congrès, intitulé: Eucharistie et Liberté, nous lisons: "La présence du Christ dans le Sacrement sollicite de la part de chaque croyant l'acte de la foi et de l'adoration, l'ouverture à la transcendance, la rencontre dans le silence adorant de la prière avec Celui qui est le "Toi" divin qui s'adresse au "toi" humain, le révèle et le réalise"(n. 26).

La communion n'est pas seulement un "vis-à-vis" intime entre le croyant et le Christ, mais une participation réelle à l'Anamnesis de sa passion, mort et résurrection. L'amour accueille l'autre et permet à l'autre de l'accueillir; une réciprocité s'établit entre deux êtres qui s'aiment. Dans l'Eucharistie s'accomplit la parole: "Vous en moi et moi en vous" (cf. Jn 14,20). L'Église prie devant la présence sacramentelle "offerte" et en reçoit le rayonnement.

Prier devant la Présence "offerte", c'est demeurer devant le Christ, le Seigneur, et jouir de son commerce intime, lui ouvrant son coeur et priant pour la paix et le salut du monde (cf. le Rituel sur la Communion et le culte du Mystère de l'Eucharistie en dehors de la Messe, n. 80).

Il se peut que cette perspective du culte eucharistique rencontre une certaine réserve ou prévention à cause d'une image subjective des pratiques d'un temps. Je crois qu'il faut dépasser décidément ce préjugé, tout en admettant qu'il peut y avoir un danger, puisque le danger ne se trouve pas tellement dans ces dimensions de l'adoration, mais plutôt dans ce que nous entendons par communion ou dialogue spirituel avec le Christ.

Sans aucun doute, l'expérience de la prière devant le Saint Sacrement a été, est toujours, pour beaucoup de chrétiens, une expérience privilégiée de la communion profonde avec le Christ. Personne ne peut nier la force spirituelle et les fruits de vie chrétienne produits chez les fidèles par la prière devant le Saint Sacrement, avec ou sans l'Exposition. La dévotion eucharistique est devenue et elle est la meilleure initiation à la prière contemplative. Grâce à elle, de nombreux chrétiens ont été conduits jusqu'au sommet de l'oraison où l'on s'expose devant Dieu et L'accueille pleinement.

Le Christ, présent dans les espèces du pain et du vin, s'offre d'une manière permanente. Sa présence est une présence "offerte" de donation, qui demande accueil et acceptation de la part du sujet participant. C'est pourquoi il s'agit d'une présence qui exige foi en le Christ, accueil de son plan de salut et disponibilité à Le suivre.

III. Thème de l’eschatologie

Au cours des derniers siècles, on a mis davantage en relief le caractère d'Emmanuel plutôt que celui de l'Anamnèse et de l'Eschatologie. Entre la résurrection du Christ et sa venue glorieuse à la fin des temps, l'Église célèbre et garde son Corps comme mémorial et présence sacrée, mais en même temps comme annonce de la rencontre définitive avec le Seigneur, sans voile aucun, pour l'adorer sans fin.

Dès l'époque apostolique, la liturgie contient une force eschatologique dans l'attente de la seconde venue du Seigneur. La première communauté apostolique comprenait l'Eucharistie, à la lumière des paroles et des gestes de Jésus, comme un mémorial, synthèse de tout le mystère du Christ, récapitulation de l'histoire du salut et gage des biens futurs espérés dans sa seconde venue. L'Eucharistie renvoie au banquet eschatologique, l'anticipe dans la foi et le fait désirer dans l'espérance.

L'orientation eschatologique de l'Eucharistie a été fortement soulignée par la narration paulinienne de l'institution, qui dit: "Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11,26). Ces paroles se réfèrent explicitement au retour du Seigneur Jésus, espéré par ceux qui célèbrent l'Eucharistie, et rappellent la promesse de Jésus: "Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour" (Jn 6,54).

Les Pères de l'Église insistent beaucoup plus que nous sur le rapport entre l'Eucharistie et la résurrection des morts (cf. par exemple: S. Irénée, Adversus haereses IV, 18,5, dans SC 100, p. 613).

Sous les apparences du pain et du vin c'est Celui qui est assis à la droite du Père, adoré et proclamé sans cesse. Plus encore: ce Pain et cette Coupe témoignent sur l'autel du ciel nouveau et de la terre nouvelle. Le P. Durrwell l'a exprimé d'une façon heureuse avec les paroles: "L'Eucharistie est la vitrine de l'eschatologie". C'est le "futurae gloriae nobie pignus datur", c'est-à-dire le gage de notre gloire dans la félicité définitive.

L'Église primitive ressentait un vif désir du retour glorieux du Seigneur et l'invoquait: Maranatha, Viens, Seigneur Jésus! Et 1'Église de Vatican II a exprimé fortement la même urgence, surtout au numéro 8 de la Constitution Sacrosanctum Concilium, disant: "Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem, à laquelle nous tendons comme des voyageurs"

La dimension eschatologique de l'Eucharistie vaut pour tout le mystère eucharistique, et donc aussi pour le culte en dehors de la Messe. L'adoration eucharistique anticipe l'adoration eschatologique décrite dans l'Apocalypse. Là nous n'aurons besoin ni de signes ni de symboles; la présence du Christ n'aura pas besoin de la médiation du pain et du vin: notre adoration ira directement à "Celui qui siège sur le trône, ainsi qu'à l'Agneau" (Au 5,13). Le document du Congrès Eucharistique International de Séville exprimait le sens eschatologique dans ces termes: "Le culte eucharistique en dehors de la Messe est comme l'anticipation du temps définitif où il n'y aura ni temple, ni symboles, ni paroles, mais la contemplation de Dieu et de l'Agneau" (Christus, lumen gentium, 25,i).

Dans cette dimension eschatologique on trouve la raison fondamentale de la réserve eucharistique: le Viatique. L'Eucharistie est une "nourriture offerte" pour la transition, le passage de ce monde au Père. Ainsi se réalise la promesse de Jésus: "Qui mangera ce pain vivra à jamais" (Jn 6,58). Le viatique est semence de vie éternelle et pouvoir de résurrection. La communion reçue comme viatique est à considérer comme un signe spécial de participation et d'incorporation au mystère pascal du Christ, mort et ressucité.

Le Concile de Nicée (325) en appelait déjà à la tradition lorsqu'il disait que ceux qui sont sur le point de quitter ce monde ne doivent pas être privés du viatique ultime et plus nécessaire. Le chrétien a commencé sa vie en s'incorporant au Christ par le baptême et il termine son étape terrestre en s'incorporant par le viatique au Christ, mort et ressuscité, qui l'aide à réaliser le passage définitif de ce monde au Père, pour une résurrection éternelle.

Effacer l'horizon eschatologique de la célébration eucharistique c'est trahir le geste ultime de Jésus. Nous pouvons dire que c'est durcir le pain, diluer le vin. Dans un monde qui ne s'engage pas il est impossible de faire "mémoire" authentiquement de ce que le Christ a fait sans regarder vers sa gloire. L'Eucharistie et l'adoration dans le culte anticipent ici sur la terre l'adoration sans fin par laquelle les anges et les saints rendent hommage au Seigneur.

CONCLUSION

L'Eucharistie ne doit pas se mettre sous des prismes d'opportunité, accentuant certains aspects et laissant d'autres dans la pénombre. Il n'est ni pédagogique ni correct d'accentuer aujourd'hui seulement les aspects qui sont restés à l'écart dans le passé, ou inversement. Une telle attitude entre dans un domaine qui a des conséquences dans la formation du peuple chrétien. Conduite par l'Esprit Saint, l'Église est en train d'approfondir la richesse de ce don ineffable que le Seigneur lui a concédé. Chaque pas qu'elle fait ne doit pas laisser d'autres, antérieurs, à l'écart ou en seconde place.

L'adoration eucharistique n'a pas à être limitée à cause de la participation à la célébration de la Messe; cette même participation inclut l'adoration et le culte lui-même donne à la participation une profondeur Spirituelle. Le fait que les fidèles se réunissent autour de l'autel du Seigneur pour accueillir sa présence, écouter et répondre à sa Parole, s'unir joyeusement à l'action de grâce, offrir le sacrifice vivant et saint, et se nourrir au banquet du Seigneur, ce fait n'a pas à empêcher que ces mêmes fidèles s'approchent de ce même autel, en silence et dans une prière personnelle ou communautaire, pour prolonger l'attitude d'adoration commencée dans la célébration eucharistique. Maintenant, devant le sacrement permanent de la Présence "offerte" de l'Emmanuel et du Seigneur de la gloire.

L'esprit eucharistique renouvelé et encouragé par le Concile Vatican II ne doit pas diminuer, mais plutôt enrichir l'Église chaque fois davantage, faisant en sorte que, à l'intérieur comme en dehors de la célébration eucharistique, on participe pleinement dans le sens indiqué par Anamnesis, Emmanuel, Maranatha. Nous souhaitons que le prochain Congrès Eucharistique International contribue à faire faire un pas de plus pour que la celébration eucharistique soit une mystagogie pour le culte et le culte soit une mystagogie pour la célébration de l'Eucharistie.

 

 

 



[1] C’était déjà la difficulté d’Aristote pour concevoir une relation d’Amour avec les hommes étant donné que ces derniers sont totalement disproportionnés à l’Amour divin. Il en va de même dans une relation homme-animal qui ne pourra jamais atteindre la même intensité (sans être pathologique) que la relation entre êtres humains car la capacité affective de l’animal est totalement disproportionnée à celle de l’homme.

[2]  Prenons garde cependant de ne pas oublier l’absolu gratuité de l’amour de Dieu car nous n’ajoutons rien à sa Joie puisqu’elle est absolue. Cette gratuité de l’amour de Dieu ne diminue pas son mérite, au contraire, elle le manifeste ainsi que la pureté de son amour. Cette remarque peut surprendre car nous les hommes, nous avons terriblement besoin d’aimer et d’être aimés mais justement est-ce purement gratuitement ? ou est-ce pour nous-mêmes parce que nous ne sommes pas comblés mais à combler car nous sommes des béances en quête d’amour. Nous ne pourrons donc jamais aimer aussi parfaitement que Dieu, aussi gratuitement que lui de façon totalement désintéressée. Il ne faut pas en conclure que Dieu ne s’intéresse pas à nous, il s’intéresse à nous mais uniquement pour nous, pour notre joie et c’est là son mérite infini.

[3] Cf plus loin ce que nous disons du mémorial dans l’ancien Testament.

[4] Lumen Gentium ch. 10.

[5] C’est la différence essentielle avec le Coran qui est une « dictée de Dieu » au prophète Mahomet. 

[6] Ce qui était très important dans le Temple de Jérusalem où il y avait aussi des animaux et à l’époque où l’hygiène des gens n’était pas aussi soigné qu’actuellement.

 

[8] Le Christ a une nature divine et une nature humaine, il y a dualité mais en fait ce sont deux « trinités » qui l’habite, une est humaine : corps – âme – esprit et l’autre est divine : Père – Fils et Esprit-Saint. La grâce vient se greffer sur la nature comme Dieu se greffe dans notre humanité par le mystère de l’Incarnation.

[9] Cf. dictionnaire Hébreu-français, p. 33.

[10] Malheureusement, la plupart du temps, les prêtres ne laissent pas assez de temps de silence.

[11] Ce qui ne signifie pas que la prière que j’invente est une Parole de Dieu au même titre que les psaumes pas plus que les textes des théologiens ou même les lettres du pape ne sont des Paroles de Dieu. Par contre, si c’est l’Esprit saint qui nous fait dire « Abba, Père » ma prière rejoint la Parole de Dieu, elle est assumée par elle. Le chrétien n’invente rien, il n’ajoute rien à la Parole de Dieu (pas plus que les révélations mariales des apparitions), il s’enrichit de la Parole de Dieu. Tout est dit et révélé avec le Christ, il n’y a rien à ajouter après la mort du dernier Apôtre. Le canon des Ecritures est définitivement fixé. La compréension des Ecritures peut progresser mais pas la Révélation.

[12] Cf notre chapitre II : L’ouverture : le signe de la croix, la salutation liturgique et l’introduction, paragraphe 2.

[13] Cf notre chapitre II : La vénération de l’autel.

[14] La Liturgie de l’Eglise, collect. Amateca, vol X, pp. 311-312.

[15] En réalité, on entend souvent des prières universelles pour ceux qui sont rassemblés.

[16] Dictionnaire Hébreu-français, p. 585.

[17] Ce qui est englouti dans la mer Rouge ce n’est pas le peuple d’Egypte en tant que tel mais ce qu’il symbolise, une source d’esclavage et ce qui est sauvé par le miracle de la mer Rouge, ce n’est pas le peuple d’israël en tant que tel mais ce qu’il représente, la fidélité et la foi au vrai Dieu qui est source de libération. Le peuple d’Israël ne sera sauvé que dans la nouvelle alliance en Jésus-Christ.

[18] Comme le dit la prière eucharistique no 4.

[19] Dieu est en dehors du temps et de l’histoire, il est Présent à chaque instant, il ne change pas, il est le même. Dieu nous connaît de toute éternité, nous sommes en lui dans son dessein créateur de toute éternité comme l’œuvre, avant d’exister est déjà dans l’artiste. Cf Jacques Maritain, Approches de Dieu, ch III, une 6e voie, Œuvres complètes, vol X, pp. 61-69.

[20] Il n’y a pas de passé, et de futur en Dieu, tous les instants du temps sont présents en Dieu.

[21] La psychologie des profondeurs de C.-G. Jung.

[22] Cf ci-dessus ce que nous avons dit sur le symbolisme de l’agneau pascal.

[23] Sumbalein signifie en grec « mettre ensemble » d’où le mot « symbole » ; diabolè » signifie « division » d’où le mot « diable..

[24] Lettre 98, 9-10 ; PL (Patrologie latine) 38,543-544.

[25] C’est le Christ qui baptise, il est réellement présent et l’eau est nécessaire pour ce sacrement. Cependant l’eau n’est pas « consacrée », elle ne contient pas la présence réelle du Christ comme le pain ou le vin à l’eucharistie. Personne ne sera scandalisée si on utilise cette eau, après le baptême pour mettre sur une tombe. Toutefois, comme elle a participé à un sacrement, on n’en fait pas n’importe quoi, on l’utilisera pour un rite spirituel, c’est de l’eau bénite.

[26] Comme enfant, devant un plat de carottes je me disais déjà « ce n’est pas possible que ces carottes deviennent « moi » ! Je ressentais déjà que la dimension corporelle de l’être humain n’est pas la fine pointe de la personne humaine dans ce qu’elle a de plus profond.

[27] Dans le miroir du monde, André Beauchamp, p. 177.

[28] Dans la théologie scolastique pour mieux comprendre le mystère de l’eucharistie, on a utilisé les concepts philosophiques d’Aristote qui distingue dans toute réalité la « substance » et les « accidents ». Les « accidents » c’est l’apparence alors que la « substance » (du latin sub-stare : ce qui se tient dessous) est la réalité ultime, la plus profonde de l’être. Ce qui change au cours de l’eucharistie, ce ne sont pas les « accidents », ce qui apparaît à nos sens, mais la substance autrement dit la réalité profonde n’est plus du pain mais le Corps du Christ.

[29] Dans la salutation liturgique le prêtre étend les bras en signe d’accueil, lorsque l’on se donne la main, on s’accueil mutuellement. L’expression « demander la main de sa future femme » signifie aussi l’accueil de sa bien-aimée. Au moment de l’ordination d’un prêtre l’évêque consacre les mains du candidat au sacerdoce.

[30] Ce qui, dans les faits, est souvent loin d’être le cas.

[31] Le récit de la vocation d’Isaïe faisait partie de la prière du matin dans les synagogues au Iie s.

[32] Comme il est dit dans la 4e prière eucharistique « il achève toute sanctification ».

[33] La symbolique ne fonctionne pas comme un mime. Le mime renvoie simplement à un événement passé pour le rendre visible alors que le symbole renvoie à une réalité invisible présente.

[34]  Nous nous inspirons ici du livre de Marc Girard, Les symboles dans la Bible, Bellarmin-Cerf, 1991, pp. 775-791.

[35] On ne parle pas ici des levures chimiques mais celles produites en boulangerie.

[36]  Encyclopédie universalis article « division cellulaire ».

[37] On ne parle pas ici des moyens artificiels pour conserver le pain comme le congélateur ou l’additif de produits chimiques dans le pain.

[38] Il y a un lien étymologique entre les mots « souffle » « respirer » « esprit »  « spirituel » « spiritueux ». Cf aussi le dictionnaire des symboles de J. Chevalier et A Gheerbrant, R. Laffont, p. 434, art. « fermentation » qui signale la pratique de consommation de boissons alcoolisées pour permettre à l’esprit humain de se transcender.

[39] On trouve déjà la même pratique dans les fêtes païennes qui ont précédé le monde biblique.

[40]  En Orient plusieurs églises chrétiennes utilisent du pain fermenté.