Témoins de Jéhovah - Exil spirituel
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La nostalgie de l'exil
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Info I.E.

Ces dernières années, la Watch Tower a opéré certains changements dans son fonctionnement et dans sa doctrine. Le rapport parlementaire de 1999 sur les sectes ne fut pas dupe ; derrière ces quelques modifications se cachait certainement le désir de lever les obstacles pour la reconnaissance d'association cultuelle au titre de la loi 1905. Sur le fond, en effet, aucune mutation d'envergure ne prit forme. Au contraire, puisque au sein des congrégations, on a vu un certain recul de la tolérance vis-à-vis du monde extérieur et la confirmation du refus du sang.
Pour comprendre pourquoi les Témoins de Jéhovah s'arc-boutent sur leurs principes les plus extrêmes, il faut se replonger dans l'histoire hébraïque, au temps de l'exil du peuple juif après la destruction de Jérusalem en 587 av. J.-C. Pourquoi établir ce parallèle puisque les Témoins se classent parmi les chrétiens, prétendant même être les seuls vrais chrétiens ? Parce que tout dans leur doctrine nous ramène vers cette période pré-chrétienne si particulière.
Leur bible, tout d'abord, reformatée en 1995 pour sa version française, outre qu'elle s'éloigne de plus en plus de la Bible traditionnelle, se présente en un tout faisant disparaître les expressions “Ancien Testament” et “Nouveau Testament”. La Watch Tower l'explique en disant que Testament signifie exclusivement Alliance, l'alliance de la loi mosaïque et que les écritures hébraïques ne se limitent pas à cette loi. Le rôle du Christ s'en trouve nettement amoindri alors qu'il justifiait sa présence sur terre par la nécessité d' “accomplir” la Loi, au sens de la parachever. L'alliance qu'il a conclue en acceptant de mourir sur la croix, qu'est-elle devenue ? Certes, rejeter la loi mosaïque et les leçons de l'histoire des hébreux serait imbécile ; tout à chacun peut y trouver enseignement utile. Mais refuser de présenter la Bible en deux testaments n'a de sens que dans une farouche volonté de se différencier.

Jérusalem avait déjà subi des attaques, elle s'en était relevée notamment en 597 av. n. è., administrée depuis par la puissante Babylone. Mais cette année 587 est celle de la destruction brutale dans le feu et le sang par les armées de Nabuchodonosor suite à la rébellion du roi fantoche Sédécias. Ceux qui restent dans les ruines sont les vieillards et les handicapés, tous ceux qui ne peuvent partir. Ils ne sont pas bien nombreux. Pour les autres, c'est l'exil, la déportation. Ils seront rejoints cinq ans plus tard par les derniers habitants de Jérusalem quand Babylone interviendra encore après le meurtre du roi Guédélias.

Eux, ces juifs si religieux, si jaloux de leurs croyances, si fiers du Temple, sont dispersés sur une terre étrangère où règne l'idolâtrie, où les

emblème du
Dieu Mardouk
coutumes païennes sont nombreuses et dangereuses pour la pérennité du culte pur, le monothéisme. Elle est là Babylone, tout près ; on est sur la terre des chaldéens, un peuple sémite qui fonda jadis l'empire babylonien, adeptes des arts divinatoires et de l'adoration de plusieurs dieux, dont le célèbre Mardouk. C'est évidemment ce que détestent les exilés. Il faut cependant perpétuer le culte tout en se protégeant et cela n'est pas facile ! Le Temple était le lieu saint, rassembleur, là où les grands évènements religieux étaient célébrés. Maintenant, sur cette terre païenne, on se cache pour pratiquer sa foi et on se lamente de la gloire de Dieu qui n'est plus représentée. Déjà, beaucoup de ceux qui sont restés à Jérusalem ont “pactisé” avec les mœurs babyloniennes. On s'inquiète pour les générations futures qui risquent bien de perdre leur identité sociale et religieuse. On garde espoir d'un retour, peut-être de la reconstruction du temple. Il faudra attendre cinquante ans pour que Cyrus le Perse, après avoir annexé Babylone, autorise par décret le retour à Jérusalem, en 538 av. J.-C.


Les Témoins de Jéhovah, le “nouvel Israël”, sont comme les exilés juifs, perdus sur une terre étrangère où tous les dangers menacent. Eux se dirigent vers la montagne de Sion où se trouve la nouvelle Jérusalem, la Jérusalem Céleste. Ils fuient “Babylone la Grande”, l'empire mondial de la fausse religion, la partie religieuse de l'organisation du diable. La Watch Tower dans son livre La Révélation est proche… pages 206 et 207, explique : “Le rétablissement de l'Israël spirituel en 1919 prouve que Babylone la Grande est tombée cette année-là.” puis “Un exemple connu montre comment Babylone la Grande a usé de séduction : il s'agit de son rôle dans la guerre civile qui a déchiré l'Espagne de 1936 à 1939.” Le rétablissement de l'Israël en question, c'est celui des fondateurs de la Watch Tower, ici sur terre. Si Babylone la Grande est tombée en 1919 comment pouvait-elle encore agir 17 ans plus tard ? Dès lors, quel sens peut-on donner au verbe ‘tomber’ ? La W.T. poursuit : “Babylone était tombée pour ce qui est de garder captifs les serviteurs de Dieu..” (selon la W.T., Babylone la G., après sa chute de 1919, ne pouvait plus faire obstacle aux T. de J.) En fait, Rutherford et huit de ses amis, du fait de leur antimilitarisme, connurent des ennuis avec la justice, furent emprisonnés en 1918 puis libérés l'année suivante. Le mythe fondateur de la persécution avait pris corps ! La comparaison avec l'antique Babylone a ses limites puisque Cyrus qui l'avait conquise la laissa subsister et autorisa même l'adoration des dieux, allant jusqu'à construire de nouveaux sanctuaires. Donc, Babylone la Grande est promise à la destruction. Mais quand ? Peu avant qu'elles soient rassemblées dans le lieu symbolique ‘Harmaguédon’ pour leur destruction, les nations politiques se seront retournées contre Babylone la Grande et l'auront complètement détruite. Ce sera la vengeance contre l'oppresseur comme celle qui s'est abattue sur Babylone par les armées de Cyrus.

Qui est le Cyrus moderne ? Les Témoins l'ont identifié à Jésus-Christ couronné, ‘le Grand Cyrus’, mais cela paraît étrange puisque dans le dessein de Dieu, ce seront les nations politiques qui auront la charge de détruire la Babylone moderne. Peu importe ! Les Témoins sont l'Israël spirituel, ils doivent faire face au monde païen qui les entoure et préparer l'avènement de la ‘Nouvelle Jérusalem’. Alors tout est bon pour se replier sur soi, comme sur les terres de Chaldée quand les dignitaires religieux vilipendaient les juifs qui “s'acoquinaient” avec les Babyloniens. On notera que les Témoins en sont arrivés à faire l'amalgame de ce qui est païen avec les divers rites religieux autres que jéhovistes. Tout est paganisme et tout est issu de Babylone !
Voyons la définition que donne du mot Païen le dictionnaire Hachette : Païen, Païenne [paj&, j&n] adj. et n. (lat. paganus ‘paysan? ; les cultes païens subsistèrent plus longtemps dans les campagnes).
  • Anc. Se disait des personnes ou des peuples qui n'étaient pas chrétiens. / Par ext. Art païen.
  • Vieilli. Se dit des personnes ou des peuples qui ne professent pas l'une des grandes religions reconnues, en particulier des animistes. Évangéliser les païens.
  • Péj. Qui n'a pas de religion, de croyance. Vivre comme un païen.”
La croix , remplacée par un simple poteau, est un exemple frappant du tout païen. La bible jéhoviste justifie ce changement par les origines

Païen !
païennes de la croix. Nous lisons en effet, dans son appendice, page 1703 (bible grand modèle) : “La forme de cette croix trouve son origine dans l'antique Chaldée ; on l'utilisait comme symbole du dieu Tammouz. Elle avait l'aspect du ‘Tau’ mystique, la première lettre de son nom.” On retrouve ici les souvenirs de l'exil. Pourtant cette lettre est une lettre de l'alphabet hébreu qui correspond au T de notre langue et qui était prononcée Tav ou Taw. C'est donc bien une volonté délibérée de n'y voir qu'un symbole païen. Tout comme pour le rejet des fêtes si répandues sur notre calendrier. Ainsi, les Témoins de Jéhovah ne célèbrent-ils pas les anniversaires, de naissance notamment ! Rien pourtant dans la Bible n'interdit explicitement de les célébrer. Eux se souviennent que dans l'antique Babylone on célébrait la fête des moissons, l'agriculture ayant une place primordiale dans la vie des habitants. Et Mardouk n'était-il pas une divinité agraire devenue par la suite le dieu suprême de Babylone ? On retrouve ici le sens du mot ‘païen’ : paysan.
De plus, nombre de coutumes liées aux anniversaires, les vœux par exemple, trouvent leurs origines dans la magie et les arts divinatoires, rappelant aux Témoins les pratiques en vogue en Babylonie. Les bougies, également, qui utilisées dans les églises de la ‘chrétienté’ pour exaucer les vœux des croyants adressés à des saints, sont des symboles de la composante principale de la Babylone moderne. Mais les fêtes étaient-elles toutes rejetées par le peuple juif, l'Israël de Dieu ? Évidemment, non ! On peut même dire que les hébreux étaient prolifiques dans ce domaine. Citons la fête des Récoltes (ou fête des Huttes, octobre sur notre calendrier), la fête des Prémices (avril), la fête des Gâteaux (fête de la Pâque, avril), la fête des Semences (Pentecôte, mai-juin), la fête de Pourim (ou fêtes des Sorts, février) dite aussi fête d'Esther en souvenir de son action pour empêcher l'application d'un édit ordonnant l'extermination des juifs. - Tour de Garde 01/03/98, page 8.
Tout est païen, même ce qui n'est pas directement lié à l'exil des juifs en 587 av. J.-C.. Noël, bien sûr, et sa crèche, les rois mages qui étaient en réalité des devins et des prêtres de la religion païenne, les jeux d'argent, le spiritisme, les icônes, l'astrologie, la magie, certaines danses, etc.

Païen !
Dès lors, on ne s'étonnera plus en constatant le monde hermétiquement clos des Témoins de Jéhovah. La T. de G. citée plus haut, en page 10, déclare : “Actuellement, les serviteurs de Dieu (eux !) sont dans l'attente de la conclusion de la fête des Huttes antitypique, à la fin du règne de Jésus Christ.” La fête des Huttes rappelait aux

Païen !
juifs le long voyage de 40 années après la fin de l'esclavage égyptien vers la terre promise. Toujours l'exil ! D'ailleurs, le livre jéhoviste Prêtons attention à la prophétie de Daniel établit le parallèle entre la sortie d'Égypte et la déportation suite à la destruction de Jérusalem. Se situant lors de l'exil sur les terres de Babylone, il dit : “ Des siècles plus tôt, Moïse avait averti les israélites des conséquences tragiques qu'ils subiraient s'ils (les hébreux) se rebellaient contre le Législateur suprême (Jéhovah).”

Ainsi les Témoins de Jéhovah vivent-ils dans la crainte permanente d'être contaminés par le paganisme qui les détournerait du seul culte qu'ils estiment véridique ! Sont-ils vraiment des chrétiens, à l'image de ceux qui se sont placés entièrement sous la nouvelle alliance de Christ, la foi et non plus les œuvres pour salut ? Ou bien sont-ils des passéistes, ces israélites ‘spirituels’, nostalgiques d'une époque où il fallait se préserver à tout prix des influences extérieures ? Le même livre Prophétie de Daniel, page 80, continue ainsi : “Les Témoins de Jéhovah ne sont pas nécessairement en exil à proprement parler. Cependant, Jésus a dit que ses disciples ne feraient ‘pas partie du monde’. Ils sont des étrangers en ce sens qu'ils n'adoptent pas les coutumes, les états d'esprit et les pratiques (…) des gens de leur entourage.” Fin de ciatation.
L'Israël spirituel, Babylone la Grande, le Grand Cyrus, la Jérusalem céleste, tant d'expressions qui placent bien les Témoins de Jéhovah en exil sur les terres païennes de ce monde sans foi ni loi. La fin de leur exil ? Harmaguédon, la grande guerre de Jéhovah ! Là, ils seront enfin délivrés de nos pratiques mauvaises, de notre idolâtrie, bref, de notre paganisme !


NOTE : Le fascisule interne des TJ, le Ministère du Royaume de août 2002, rappelle aux TJ qu'ils doivent cesser toute relation avec quiconque s'est retiré de l'Organisation ou a été exclu. Cette disposition doit s'appliquer même sur les parents. Ainsi, un père ou une mère qui aurait quitté les TJ se verrait privé des relations normales avec ses enfants. Dans quel but ? La WatchTower précise qu'en faisant ainsi, les TJ inciteront les exclus à revenir, espérant que le manque affectif les fera réfléchir. D'autre part, la WT espère retenir des TJ qui, devant la crainte de perdre leur famille, resteront dans l'Organisation même si l'hypocrisie doit remplacer la foi.
Lire l'article du Ministère du Royaume

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