cathedra

La Cathédrale de Meaux.

 

Introduction

 

Il a fallu longtemps pour que la beauté de la Cathédrale de Meaux apparaisse dans toute sa vérité à ceux qui font d'un voyage en Ile de France un pèlerinage culturel.

De tout temps, ce monument mérita qu'on le contemplât comme l'une des merveilles gothiques de notre région : ce style "qui dématérialise la pierre au profit d'une expression purement spirituelle" comme disait Woringer, ce bouleversement mélange du stable et de l'aérien domine la ville de Meaux et ses majestueuses envolées, que l'on découvre dès l'arrivée dans la ville, que ce soit des hauteurs de Crégy-les-Meaux, de la Chaussée de Paris (R Nationale 3) ou bien encore des Côteaux de la Justice en arrivant de Paris par l'autoroute (A190). 

Exterieur

 

Comme la majorité des églises du Moyen-age, la cathédrale de Meaux est orientée à l'Est. Son plan est régulier, comprenant une nef, un transept et un choeur, la nef étant longée de part et d'autre, par un double bas-côté, avec une facade à deux tours, seule celle du Nord est terminée. Cette façade est précédée d'un parvis, élevé de plusieurs marches construit en 1610 et restauré en 1816.

Photo de la facade de la cathedrale en cours

car en refection

 

Cette façade principale présente trois portails décorés de sculptures aux tympans :  à droite, le portail de la vierge sous la tour inachevée dite "tour noire" représente la vie de Marie ; le tympan central à trois registres du Jugement Dernier où l'on voit en bas au centre la resurrection des corps se dirigeanr vers des petites cases, les autres tirés ou poussés vers l'enfer figuré par la gueule ouverte du léviathan qui avale les damnés. Le tympans de gauche sous la grande tour du nord achevée, représente la vie de Saint-Jean-Baptiste avec au registe supérieur l'Agneau Mystique, au registre intermédiaire en partance de la gauche la naissance de Saint-Jean avec à la tête de lit de la parturiente un personnage inscrivant sur une tablette le nom de l'enfant, au registre inférieur on remarquera particulièrement en partant de la gauche, Saint-Jean-Baptiste tiré de sa prison, tué, sa tête etant portée sur un plateau à Salomé à Hérode qui attend.

En contournant cette façade par la droite nous arrivons au portail Sud appelé portail des lions à cause des têtes de loin qu'on voit à la jonction des gables, ou bien appelé encore portail des Merciers, parce qu'il longeait l'ancienne rue aux merciers ou parce que cette corporation en avait fait en partie les frais. Le tympan représente dans ses trois registres la vie de Saint-Etienne, patron de la Cathédrale. Nous continuons à longer le monument vers l'abside et en contournant cette dernière, entre la troisième absidiole et le quatrième, à une hauteur de 14 mètres, un archer sculté par un artiste vengeur, semble viser la fenêtre d'un chanoine dont la maison se trouvait de l'autre côté de la rue, chanoine trésorier qui payait mal ses ouvriers, selons la tradition orale de notre ville.

En contournant le monument, nous entrons dans la cour du Palais Episcopal en passant sous un pont couvert reliant la Cathédrale au Vieux Chapitre et nous arrivons au portail Saint-Etienne. Le trumeau a gardé sa statue qui représente Saint-Etienne, c'est une sculpture en remploi accusant le style des premières années du XIIIeme siècle. Le tympan se compose de deux parties dont des scènes de la vie et de la mort de Saint-Etienne de même style archaïque que Saint-Etienne du trumeau. Beaucoup de statues à l'extérieur de la Cathédrale sont brisées, et avant de visiter l'interieur, il faut signaler que ce ne sont pas les exactions de la révolution qui sont responsables de ces dégradations, mais le résultat des guerres de religion, particulièrement violentes à Meaux au XVIeme siècle.

 

Interieur

 

 La cathédrale de Meaux, telle qu'elle se présente aujourd'hui a été construite entre le XIIème et le XVIème siecle, période assez longue qui pourrait nuire à son unité architecturale contrairement à Chartres, par exemple, qui fut construite en quelques décennies. La cathédrale de Meaux porte les empreintes de presque toutes les phases que l'évolution du style gothique a parcourues, "d'un monument où les différents styles se superposent, se mélangent, s'imbriquent, tout en provocant néanmoins chez le visiteur une impression d'apparente unité" écrivait Peter Kurmann à propos de la cathédrale de Meaux.

Il faut se placer sous le buffet d'orgues, pour avoir une vue d'ensemble d'élégance architecturale. On peut, comme certains spécialistes de l'histoire de l'art, regretter une hauteur excessive des bas-côtés par rapport à la hauteur de la nef, mais qu'importe, admirons l'harmonie exceptionnelle du monument par rapport à Notre Dame de Paris. En prenant le bas côté de droite, nous y voyons adossée à un pilier une statue en marbre blanc du plus célèbre des évèques de Meaux : Bossuet. Sous Louis XVIII en 1818, un projet meldois, la première statue de Bossuet assis voit le jour, statue inaugurée en 1822 et due au ciseau de Ruxtheil. La statue devait être placée à l'origine dans le choeur de la cathédrale sur le tombeau de Bossuet et le bras tendu devait en montrer le maître-hotel.

Un peu plus loin sur la droite dans la chapelle de Jean Rose, vous pourrez admirer la pierre tombale de ce dernier en marbre noir avec inscrustations de marbre blanc (XIVème siecle). Jean Rose et son épouse, bienfaiteurs de Meaux au milieu du 14ème siècle, fondateurs d'un hôpital dans cette ville rue St Remy. En face de cette chapelle, dans la nef, est placée la chaire fort simple, refaite en partie avec les panneaux de celle de Bossuet. Au fond de la nef, la tribune des orgues dont le très beau buffet fut construit en 1627 par Valéran de Héman. A gauche et à droite : les deux belles façades latérales des transepts d'un aspect beaucoup plus riche que les extérieurs. A la croisée des transepts, la cathédrale s'élève à 31 mètres 50 au dessus du dallage.

Le choeur de St-Etienne de Meaux a été érigé par deux maîtres successifs à la fin du XIIème siècle et au début du XIIIème siècle pour le second. Le premier maître bâtit le rez-de-chausée jusqu'à la hauteur du départ des voûtes basses, dont il reste peu de traces dans le monument d'aujourd'hui, le second maître construisit le restant que nous pouvons voir encore en place aujourd'hui, le magnifique triforium, fenêtres hautes, le vitrail qui occupe la fenêtre haute centrale de l'abside, représente la crucifixion et St Denis. Le vitrail est datable du XIVème siècle.

Les stalles du choeur furent faites en 1610 pour remplacer celles que les Huguenots avaient rompues en 1562 et le maître-autel du sanctuaire a été placé en 1724 par Monseigneur de BISSY, un beau médaillon en cuivre doré représentant le martyre de St-Etienne. Il a été executé en 1725 par Caignard, sculpteur du roi Louis XV.

En prenant à droite du choeur on pourra voir à travers la grille, la dalle funéraire au niveau du sol indiquant l'emplacement de la sépulture de Bossuet. Sur le mur qui lui fait face, la plaque commémorative des soldats anglais venus aider à la délivrance de la ville en 1914-1918 et vous rencontrez de là, cinq chapelles rayonnantes datant des XIIème et XIVème siècles, elles sont dédiées a St Fiacre, Ste Geneviève, la Vierge, St Jean l'Evangéliste et St Jacques le Majeur. Après avoir fait le tour du choeur, nous arrivons à la porte Maugarni, du nom d'un malfaiteur qui fut arrêté sur le seuil même de cette porte et pendu a cet endroit. A côté de cette porte, un "Ecce Homo", intéressante statue en pierre du XVIème siècle, ayant à ses pieds le donateur de l'oeuvre.

En face de la statue de marbre blanc de Philippe de Castille, seigneur de Chenoise, agenouillé (1627).

Au dessus de l'autel latéral proche de la porte Maugarni, un très beau tableau représente la mort de St Eloi, oeuvre de Jean Senelle, peintre Meldois dont on peut admirer d'autres oeuvres splendides au Musée de Meaux.

En continuant après le portail Saint Etienne nous arrivons au bas-côté où est érigée le statue de Bossuet exécuté par Ernest Dubois et dont la maquette fut exposée à l'exposition universelle de 1900 au Grand Palais à Paris et terminée et inaugurée à Meaux en 1911.

La statue représente Bossuet debout sur un piédestal assez élevé au bas duquel l'artiste a groupé quatre figures historiques : Turennes, converti par Bossuet, Mlle de Lavallière, le dauphin du roi dont Bossuet fut le précepteur et Henriette d'Angleterre pour qui Bossuet fit l'oraison funèbre. Ce grand homme invitait toujours à réflechir sur les vanités de la vie et de la relativité de cette dernière par rapport à la fuite du temps. Il disait à son endroit : "Ô Dieu encore une fois qu'est ce que de nous ? Si je jette la vue devant moi, quel espace effroyable où je ne suis plus, et que j'occupe peu de place dans cet abîme immense du temps. Je ne suis rien ; un si petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant. On ne m'a envoyé que pour faire nombre, encore n'avait-on que faire que moi, et la pièce n'en aurait pas été moins jouée quand je serais demeuré derrière le théatre..."

Le grand prélat a disparu depuis longtemps, mais sa cathédrale est toujours là, immuable, livrée aux regards de nos visiteurs pour leur plus grand plaisir.