Nous venons de
terminer l'expertise d'un échantillon du rejet pétrolier provenant
de l'épave de l'ERIKA (prélevé le 4/1/2000 sur les côtes
de l'île de Groix). Cette analyse a été conduite à
notre initiative, afin de déterminer la toxicité et la nature
exacte de ces rejets.
1.Toxicité des rejets:
Le rejet analysé contient une multitude de substances hautement cancérogènes
(classe des HAP Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques) - connues et inconnues
- a une teneur comprise certainement supérieure a 1000 ppm (parties par
million) = 0.1%.
En d'autres termes, si 15.000 tonnes du chargement de l'ERIKA ont été
rejetées à ce jour, 15 tonnes de produits hautement cancérogènes
y sont présents !!!
Pour les professionnels de la manipulation de produits chimiques toxiques que
nous sommes, il est invraisemblable que les dispositions adéquates n'aient
pas été prises d'urgence par TOTAL-FINA et/ou les "autorités"
impliquées dans les opérations de dépollution, dont ils
se sont ainsi déchargés sur un public bénévole et
laissé dans l'ignorance la plus complète de la toxicité
inhérente aux fractions pétrolières lourdes (pourtant reconnues
cancérogènes par le reste du monde).
2.Nature des rejets:
La composition détaillée du rejet provenant de l'épave
de l'ERIKA a été étudiée, pour déterminer
s'il s'agit effectivement (version officielle) d'un chargement de carburant
de basse qualité (type Fuel lourd N°2 selon TOTAL-FINA) destiné
à une centrale thermique italienne peu regardante, et non pas d'un chargement
de DIS (Déchets Industriels Spéciaux) dont TOTAL-FINA aurait cherché
le moyen de se débarrasser à bon compte, vers l'Italie - ou ailleurs
- "économisant" ainsi le coût de l'incinération
obligatoire légalement pour les DIS (1.500 F par tonne environ).
Cette étude a donc été réalisée par comparaison
avec un échantillon de fuel lourd N° 2 (provenant de la Raffinerie
de Provence TOTAL-FINA).
Nos résultats démontrent que la composition du rejet analysé
est très différente de celle du fuel N°2 de référence,
et très proche de celle du résidu laissé par une opération
de raffinage poussé d'un fuel N°2, afin d'en récupérer
les dernières fractions valorisables
(voir Table ci-dessous).
| Signal m/z Observé: | Rejet de l'Erika: | Fuel
N°2 (Raffinerie de Provence): |
Teneur N°1 par rapport à N°2 |
| 57 (alcanes) | 8538 | 52388 | 6X plus faible |
| 67 (cyclopentènes) | 117 | 2230 | 19X plus faible |
| 78 (benzène) | 142 | 1598 | 11X plus faible |
| 84 (1-hexène) | 2186 | 7623 | 3.5X plus faible |
| 91 (toluène) | 32 | 684 | 21X plus faible |
| 98 (1-heptène) | 1080 | 4476 | 4X plus faible |
| 120 (benzèniques di-substitués) | 305 | 1199 | 4X plus faible |
| 126 (1-nonène) | 48 | 232 | 4.8X plus faible |
| 140 (1-undécène) | 11 | 73 | 6.6X plus faible |
| 154 (undécène) | 679 | 1535 | 2.3X plus faible |
| 156 (undécane) | 17 | 103 | 6X plus faible |
| 170 (dodécane) | 28 | 114 | 4X plus faible |
| 184 (tridécane) | 29 | 121 | 4.2X plus faible |
| 198 (tétradécane) | 24 | 81 | 3.4X plus faible |
| 212 (pentadécane) | 22 | 81 | 3.7X plus faible |
| 226 (hexadécane) | 17 | 79 | 4.64X plus faible |
| 240 (heptadecane) | 9 | 60 | 6.7X plus faible |


En d'autres termes,
si la composition du rejet analysé est identique à celle du chargement
de l'ERIKA, celui-ci transportait indubitablement une cargaison de DIS (Déchet
Industriel Spéciaux) et non un chargement de carburant.
Les résultats de nos analyses sont suffisamment
troublants pour que nous tentions d'alerter les journalistes et l'opinion publique.
Il nous reste
donc à espérer que vous voudrez bien nous aider à en assurer
la diffusion.
Demeurant à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire éventuel.
Sincères salutations
| Bernard
TAILLIEZ Docteur ès Sciences Directeur Scientifique Gérant btailliez@labo-analytika.com |
Manuel
MORAGUES Ingénieur ENSSPICAM Directeur Technique Associé mmoragues@labo-analytika.com |