BIBLHISTOIRE

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Le juste vivra par sa foi

Etude du livre d'Habacuc

Le monde va mal! De plus en plus mal. Qu'il s'agisse de diverses formes de corruption, de guerres ou de cupidité, les injustices semblent s'accumuler sans limite. Il suffit de lire chaque jour les journaux, regarder la télévision ou écouter la radio pour s'en convaincre. Le rôle du chrétien est de prier pour que le Seigneur en personne vienne mettre un terme à ces atrocités. C'est ce qu'on appelle la Parousie (< grec parousia = l'arrivée), le retour en gloire de Jésus-Christ, l'espérence du croyant. Ainsi, nous sommes exhortés à la plus grande vigilance, tout en priant et en attendant (Lu. 21: 25-28). Le Sauveur du monde nous a enseigné sur ce sujet par bien des paraboles. Toutefois, de nombreux enfants de Dieu peinent à croire en cette espérance. Ils sont scandalisés - à juste titre - par la place croissante que le péché occupe sur terre et l'impunité de ceux qui le commettent. A tel point, qu'ils en viennent à s'interroger quant aux desseins de Dieu. Ces croyants ne remettent pas en cause l'existence du Tout-Puissant. Tout en doutant de son efficacité, ils se plaignent à Lui, en Lui reprochant Sa passivité. Ces problèmes ne sont pas nouveaux, il existe une réponse dans la Bible.

Peu avant l'exil à Babylone en 586 av. J-C, un prophète nommé Habacuc se plaignait de l'état moral et spirituel du peuple: partout régnaient le vice, le péché et l'immoralité. La situation était alarmante. Les riches aristocrates opprimaient les pauvres et les chefs religieux étaient corrompus. Quelle tragédie pour notre prophète, homme de nature sensible et spirituelle. Il voyait ses concitoyens sombrer dans l'apostasie. Dieu semblait ne pas intervenir, tolérer cet état de fait et faire la sourde oreille aux implorations d'Habacuc. Un jour, après s'être plaint de ne pas être écouté, il reçut un éclaircissement, mais de loin pas celui qu'il attendait: Dieu voit l'iniquité de son peuple et va le punir. Pour ce faire, Il va se servir des Chaldéens (ou Babyloniens), peuple orgueilleux et impie. Déjà affecté de ce que son Dieu semble tolérer de tels abus en Israël, le prophète est abasourdi (pour ne pas dire anéanti) par la réponse divine... Puis, petit à petit, il va comprendre la volonté de l'Eternel à l'égard du peuple. Sa foi va s'en trouver renouvelée et affermie. Son comportement va faire l'objet de notre étude. Notons encore que la prophétie d'Habacuc est unique. Il ne s'adresse pas directement au peuple. Il raconte à ses auditeurs (ou lecteurs) comment il a reçu la réponse divine à ses questions. A l'exception peut-être du prophète Daniel, personne dans la Bible n'a utilisé ce procédé stylistique. L'enseignement d'Habacuc a exercé une influence considérable sur le judaïsme*, puis le christiannisme, notamment chez l'apôtre Paul (cf. Ro. 1: 17 / Ga. 3: 11). Nous allons diviser cette étude en deux parties.

Plan du livre d'Habacuc

1ère partie

1.- a) Présentation du prophète (Ha. 1: 1).

b) Il se plaint auprès de Dieu, car il ne voit autour de lui que le péché et la violence. Les coupables ne sont pas punis (Ha. 1: 2-4).

2.- Le prophète reçoit une réponse du plan de Dieu. Ce dernier voit l'iniquité du peuple et va se servir des Chaldéens pour le châtier (Ha. 1: 5-11).

3.- Habacuc comprend l'utilité des Chaldéens. Mais pour lui, le problème demeure toujours sans solution; car comment un Dieu saint peut-il se servir d'une nation si orgueilleuse pour punir un peuple plus juste qu'elle? L'injustice durera-t-elle à jamais? (Ha. 1: 12-17).

4.- Le prophète se tient comme une sentinelle: il veille en attendant la réponse divine (Ha. 2: 1).

2ème partie

5.- a) Habacuc reçoit la réponse du Seigneur: les plans divins vont bientôt s'accomplir. Il est encouragé à patienter jusqu'à leur accomplissement (Ha. 2: 2-3).

b) Vient ensuite la réponse à toutes les questions d'Habacuc, la phrase qui est devenue un mot d'ordre pour les juifs, puis les chrétiens (Ha. 2: 4).

6.- Fort des révélations accordées, le prophète lance une malédiction sur les Chaldéens en raison de leurs cinq péchés: la malhonnêteté (Ha. 2: 6), la convoitise (Ha. 2: 9), les constructions réalisées dans le sang (Ha. 2: 12), la débauche (Ha. 2: 15), ainsi que l'idolâtrie (Ha. 2: 18-20).

7.- L'auteur termine par un psaume d'adoration magnifique, où il proclame sa foi éternelle en son Dieu (Ha. 3).

a)Habacuc prie pour le réveil et la rédemption du peuple (Ha. 3: 1-2).

b) Il comprend la force, la puissance et la sainteté de Dieu, et que Ses jugements passés sont une garantie pour le futur (Ha. 3: 3-16).

c) Le prophète termine en criant sa félicité en Dieu seul; il a l'assurance de la victoire de la sainteté du Tout-Puissant (Ha. 3: 17-19).

1ère partie:

Inconnu au bataillon (Ha. 1: 1)

Voici l'oracle qui fut révélé à Habacuc, le prophète.

Tout dans les Ecritures est utile aux croyants; qu'elles donnent des détails, ou qu'elles se taisent. C'est le cas pour Habacuc. Nous n'apprenons rien sur lui. C'est un parfait inconnu. Nous ignorons où il est né, qui sont ses parents ou quelle est sa profession. Cependant, il apparaît assez clairement à la suite du texte que l'auteur a vécu lors du commencement de la période de domination babylonienne sur le Proche et le Moyen-Orient. De nombreux spécialistes s'accordent à dire qu'Habacuc prophétisa pendant le régne de Jojakim. Il fut donc contemporain de Jérémie. Ce qui est certain, c'est que la portée morale de ce livre est d'autant plus grande qu'il n'y est fait aucune référence temporelle ou historique précise. Ceci permet d'établir des analogies entre l'époque d'Habacuc et la nôtre. Nous pouvons aisément nous identifier à cet homme sensible, s'interrogeant sur sa foi.

De plus, bien que Dieu lui demandera par la suite de consigner par écrit la prophétie de façon à en faciliter l'accès, la vision du prophète est personnelle. Le livre semble plus s'attarder sur le cheminement spirituel d'Habacuc, qui lui permettra d'aboutir à Hab. 2: 4 - c'est à dire, sa compréhension de la providence divine - que sur la prophétie à proprement parler. Le livre d'Habacuc est intimiste; c'est un dialogue entre Dieu et l'homme. C'est pourquoi, il a toujours été une mine d'or pour le croyant dans les moments difficiles. Notons au passage que la venue messianique semble avoir échappé au prophète.

Les jugements iniques (Ha. 1: 2-4)

Jusques à quand, ô Eternel, t'implorerai-je sans que tu entendes mon appel?... J'ai crié vers toi: "Violence!..." et tu ne m'as pas délivré! Pourquoi me laisses-tu voir l'iniquité, et demeures-tu témoin de l'injustice? L'oppression et la violence triomphent devant moi; les querelles éclatent et la discorde s'élève partout. Aussi la loi est-elle impuissante et la justice ne s'affirme-t-elle plus. Le méchant circonvient le juste; c'est pourquoi l'on ne rend que des jugements iniques.

Représentons-nous un homme, Habacuc, brisé de fatigue. Ses yeux sont rouges à cause du manque de sommeil et de la tristesse qu'il éprouve. Son peuple va mal, puisqu'il s'est détourné de l'Eternel. Le prophète a dû subir une sorte de marginalisation. Il a passé des semaines, voire même des mois, à implorer sans succès son Dieu de le secourir. Un beau jour, ne pouvant plus supporter les injustices dont il est quotidiennement témoin, peut-être aussi partie prenante, il se met à genoux et prie de tout son coeur. Habacuc est si angoissé qu'îl ressent le besoin d'épencher son coeur à Dieu une fois pour toute. On voit que c'est un homme d'une nature spirituelle, mais dont la foi doit être affermie, car elle est mêlée d'infirmités. Le Seigneur blâme l'incrédulité, mais il est plein de commisération pour nos infirmités. Elles sont en effet liées à notre nature humaine (Hé. 4: 15).

La description de la société judéenne que nous livre Habacuc n'est pas brillante. Le peuple s'est détourné de son Dieu. Tout n'est qu'un cortège de violences, d'oppressions et de disputes (nous reconnaissons bien là la liste des fruits de la chair dressée par l'apôtre Paul en Ga. 5: 19-21). Au verset 4, l'auteur décrit les insidences qu'un tel comportement a engendré. La loi**, prescrite à Moïse et aux Hébreux, est inefficace; on ne cherche plus à l'appliquer. Le peuple veut une marge de manoeuvre plus grande et se perd, car il n'y a plus de repères moraux. Israël se vante de sa culture propre, de sa Torah, et garde les institutions établies depuis le roi David, mais ne les applique pas comme il faut. Personne ne veut se remettre en cause (cf. Jé. 8: 4-9). L'hypocrisie est devenue une des bases de la société. Sans ce merveilleux don que Dieu leur a fait, qui a créé leur spécificité culturelle dans l'histoire du monde, les Hébreux ne peuvent courir qu'à leur perte. Les gens sensés appliquer la loi étant corrompus, les jugements rendus ne peuvent être qu'injustes. Néanmoins, ce qui rend par-dessus tout l'auteur perplexe, c'est la passivité apparente de Dieu. Le Seigneur semble se contenter d'observer le mal, et même s'Il le juge, ne pas le condamner. Habacuc se trouve au même stade que Job ou Asaph avant lui (Job 21: 7 / Ps. 73): pourquoi Dieu permet-il que les gens intègres soient plongés dans l'affliction et le chagrin, et que les impies puissent prospérer?

Comme nous l'avons dit précédemment, les ressemblance entre l'époque d'Habacuc et la nôtre sont évidentes! Les gens ne se respectent plus mutuellement, ce qui rend les conflits de toutes sortes fréquents. L'exclusion - nous pouvons quasiment dire la persécution - connue par le prophète peut de nos jours frapper le chrétien, même dans nos pays occidentaux. Elle a juste changé de formes avec le temps. En effet, aux bûchers de la "Sainte Inquisition" ont succédé d'autres types d'oppression, peut-être plus malsains, car touchant à l'intégrité morale du croyant. Ainsi, jamais la séduction exercée par le monde n'a été aussi forte: tant par la publicité que le cinéma, les loisirs ou la mode. Le chrétien est obligé de faire des choix, exercer un tri, selon son code personnel de déontologie, et en se référant toujours à la Parole de Dieu. La déchristianisation accélérée constatée depuis Mai 68 a atteint de tels sommets, que le christianisme est aujourd'hui considéré par bien des personnes comme une religion dépassée. La moquerie est devenue le moyen courant pour exprimer cette incompréhension et ce mépris.

Le chrétien voit et vit ces choses. Des moments, il trouve que la pilule est dure à avaler. Comme Habacuc, il s'exclame: "Pourquoi me laisses-tu voir l'iniquité, et demeures-tu témoin de l'injustice?" Comment notre Seigneur et Maître, trois fois saint, peut-il permettre de tels débordements!? Pourquoi n'intervient-il pas!? Le mal semble l'emporter. C'est inimaginable... Comme pour le prophète, c'est Dieu Lui-même qui se charge de nous révéler la Vérité, Sa vérité, en douceur, et avec des moyens souvent inattendus.

Jugement par les Chaldéens (Ha. 1: 5-11)

Regardez parmi les nations, et voyez! Soyez étonnés, soyez stupéfaits! Car je vais accomplir en votre temps une oeuvre que vous ne croiriez pas, si on vous la racontait. Oui, je vais susciter les Chaldéens, ce peuple féroce et impétueux, qui parcourt les vastes espaces de la terre pour prendre des habitations qui ne sont pas à lui. Il est redoutable et terrible; c'est de lui-même qu'il tire sa loi et sa grandeur. Ses chevaux sont plus légers que les léopards, plus agiles que les loups du soir. Ses cavaliers chevauchent fièrement; ses cavaliers, venus de loin, volent comme l'aigle qui fond sur sa proie. Tout ce peuple vient pour exercer le pillage. Leurs regards avides se dirigent en avant; ils amassent les captifs comme du sable. Ce peuple se moque des rois, et les princes sont l'objet de ses railleries. Il se rit de toutes les forteresses: il élève des terrassements contre elles, et il s'en empare. Ainsi il s'avance, pareil à l'ouragan. Il passe et commet des crimes; car sa force, voilà son dieu.

Dieu répond au prophète. Il lui montre que, malgré son apparente absence, Il demeure au contrôle des événements. C'est Lui qui tire les ficelles. Il voit l'état du peuple et il va le châtier. Pour ce faire, il va employer les Chaldéens, terribles et vaniteux, qui s'appuient sur leur propre force, qu'ils déifient. Ce peuple va être l'instrument de punition des nations perverses et d'un Israël trop sûr de lui (Ha. 1: 5).

Ce qui nous interpelle le plus dans ce passage, c'est la façon dont Dieu répond. Malgré l'inaction dont l'accuse Habacuc, Il intervient; mais de façon inattendue (dans ce cas l'intervention chaldéenne). En effet, le Seigneur accorde bien souvent des réponses à nos prières qui peuvent paraître étonnantes. Cela a surpris notre prophète. Ce dernier devait sans nul doute songer en son fort intérieur que Dieu punirait Israël pour ses péchés, dans le but de l'amener à la repentance. Nous savons bien que Dieu reprend et punit celui qu'Il aime (Prov. 3: 12 / Hé. 12: 6-7).Comme tous les prophètes avant lui, Habacuc devait ardemment désirer un réveil de la part du peuple. Aussi, lorsqu'il apprend que son Dieu va susciter les Chaldéens, il est abasourdi. C'est bien la dernière chose qu'il pouvait imaginer!

C'est malheureusement une constante de notre nature humaine, de vouloir prévoir les réponses divines à nos prières. Souvent, nous nous disons: "Le Seigneur ne pourra se manifester que de cette façon-ci, ou de cette façon-là." Mais l'Ecriture nous exhorte à la patience. Dieu nous exauce souvent en laissant la situation empirer, avant de permettre qu'elle soit finalement améliorée. Ceci en vue de notre sancification (Hé. 12: 6-7). Vigilant, le chrétien doit pouvoir toujours être prêt à l'inattendu. C'est quelque chose de fondamental. De plus, Dieu emploie également des instruments tout à fait inhabituels pour corriger Son prophète, Son peuple ou Son Eglise. Dans le cas d'Habacuc, notre Seigneur emploie une nation impie pour corriger la maison d'Israël. Ce que nous devons tirer de cet enseignement, c'est que Dieu peut employer les forces les plus opposées à nos croyances pour accomplir Sa volonté. Il permet l'épreuve, pour consolider notre foi (Ro. 5: 3-4 / Jacq. 1: 2-3).

Perplexité d'Habacuc (Ha. 1:12-17)

N'es-tu pas de toute éternité, ô Eternel, mon Dieu, mon Saint? Aussi nous ne mourrons point! O Eternel, tu as établi ce peuple pour exécuter ton jugement. O Dieu, mon rocher, tu l'as destiné à exercer tes châtiments! Tu as les yeux trop purs pour voir le mal, et tu ne peux pas regarder l'iniquité. Pourquoi donc regarderais-tu et te tairais-tu, quand le méchant dévore celui qui est plus juste que lui? Traiterais-tu les hommes comme les poissons de la mer, comme les reptiles qui n'ont pas de chef? L'ennemi les prend tous à l'hameçon; il les tire à lui avec son filet et les jette tous ensemble dans sa nasse. Aussi est-il plein de joie, et il triomphe. C'est pourquoi il sacrifie à son filet, et il offre le parfum à sa nasse; car, grâce à eux, il a une pêche abondante et une nourriture succulente. Continuera-t-il donc de vider son filet, pour égorger toujours les nations, sans aucune pitié?

Bien que l'oracle de l'Eternel n'avait révélé à Habacuc que des jugements (vs. 5-11), celui-ci est confiant. Il a l'assurance que Dieu est son Dieu, son Saint et son Rocher; qu'il est entièrement en rapport avec Lui, tout pécheur qu'il est. Il protège Habacuc. Il est son Refuge. Ce Dieu de "toute éternité" est celui des promesses faites à Israël. Le prophète sait que le Seigneur ne reniera jamais ses promesses: le châtiment divin ne se terminera pas par l'extermination et l'anéantissement d'Israël. Nous ne mourrons point! Quelle merveilleuse assurance! Quelle grâce de la part de Dieu! Quoique ne bénéficiant pas de la révélation globale de la Parole, Habacuc comprend les voies de Dieu à l'égard du peuple. Le "Saint d'Israël" ne l'abandonnera jamais. Il le punit pour mieux le ramener à Lui. Fort de cet encouragement, Habacuc comprend enfin la sainteté de Dieu et de Ses voies. Si le Seigneur a fait voir l'iniquité à Son prophète, c'était pour l'éprouver et qu'il la rejette. Mais Lui ne peut ni la fixer - car Ses yeux sont trop purs - ni la supporter. Il hait l'iniquité des Chaldéens. Habacuc reçoit ainsi la réponse à sa question du verset 3. Il a aussi saisi des principes fondamentaux caractérisant Dieu:

- Il est éternel (Jér. 10: 20a / Dan. 4: 3 / 1 Tim. 6: 16 / Hé. 1: 8).

- Il est saint (Ex. 15: 4 / Ps. 30: 5 / Es. 57: 15 / Mich. 1: 2).

- Il est fidèle (Deut. 7: 9 / Né. 9: 33 / 2 Thes. 3: 3 / 2 Tim. 2: 13).

- Il est tout-puissant (Job 22: 26 / Lu. 1: 49 / Ap. 1: 8).

- Il est amour (Ps. 86: 5 / Es. 54: 10 / Ro. 8: 39 / 1 Jean 4: 7-9).

- Il est un refuge pour le croyant (Ps. 18: 3 / Ps. 89:27 / Ps. 94: 22 / 2 Sam. 22: 3 / Ps. 61: 4 / Joël 3: 16).

Néanmoins, malgré ces certitudes, le problème moral demeure sans fin pour Habacuc. En effet, il a saisi l'utilité des Chaldéens en tant qu'instrument du jugement. Il ne comprend toutefois pas pourquoi un Dieu saint peut laisser ces derniers se comporter de manière si orgueilleuse, de sorte qu'ils détruisent des nations bien moins pire que la leur. Car certes les Israélites étaient pécheurs, mais pas autant que les Chaldéens, qui sont dépeints comme des êtres cruels, orgeuilleux, avides et idolâtres. Habacuc a de la peine à concilier la sainteté du caractère de Dieu avec le fait qu'il emploie les Babyloniens. Malgré tout, le prophète dépose le problème aux pied de Dieu; il remet tout entre ses mains, car il comprend que son Sauveur est celui qui détient la réponse à ses questions et qui le délivrera du doute.

La sentinelle (Ha. 2:1)

Je veux me tenir en sentinelle à mon poste, et me placer sur la forteresse. Je serai attentif, pour voir ce que Dieu me dira et ce que je devrai ajouter aux plaintes que j'ai déjà fait entendre.

Après avoir longuement, au chapitre premier, fait part à Dieu des doutes qui assaillent son coeur et sa foi, Habacuc se prépare à entendre - et écouter! - la future répartie divine. Quelle est alors son attitude? Il s'élève sur une forteresse***, prend de la hauteur et donc du recul par rapport à ses reflexions et il attend la réponse de Dieu de façon humble et confiante. Prophétiquement, il se trouve à l'endroit où l'ennemi assiégera ses compatriotes. Il veut être une sentinelle, non pour résister à l'attaque imminente - car il sait que le jugement s'accomplira -, mais pour veiller jusqu'au moment où l'Eternel lui répondra; en effet, il a la "ferme assurance" (cf. Hé. 11: 1) que Dieu lui répondra. Quelle foi remarquable! toute emprunte de ce que Graham Greene appelait le "facteur humain", l'imperfection humaine, et de la nécessité de la grâce divine pour pouvoir comprendre les voies de Dieu.

Ces paroles nous enseignent deux choses essentielles pour notre vie de foi de tous les jours: premièrement, lorsque nous déposons nos problèmes à Dieu, nous devons arrêter de nous faire du souci, car nous savons qu'Il répondra à notre prière de la façon qu'Îl jugera la meilleure pour notre édification - et ce n'est pas toujours celle que nous voulons ou espérons... Dieu prend soin de nous (1 Pi. 5: 7). Deuxièmement, dans notre vie, nous devons nous comporter en sentinelle et veiller de façon à:

- Percevoir, grâce au secours de l'Esprit Saint les signes des temps et des événements anonciateurs du retour de Christ (Mt. 24: 42 / Mc. 13: 37 / 1 Thes. 5: 6 / Ap. 3: 3 et 16: 15).

- Mener une vie de prière active, de façon à conserver son inrégrité de croyant face au monde, corrompu(Lu. 21: 34-36), résister à la tentation (Mt. 26: 41 / Mc. 14: 38 / Lu. 22: 40).

- Lutter contre Satan et ses oeuvres (1 Pi. 5: 8).

- Comprendre les bienfaits de Dieu à notre égard (Ps. 144: 2).

Samuel Metzener, Orbe, le 4.08.02

* Cette phrase est citée par les rabbis comme résumant toute la Torah.

** Cependant, le terme de loi (nomos en grec) est une mauvaise traduction du mot hébreux Torah. Ce dernier provient d'une racine indiquant un but visé, une direction vers laquelle on tend, et par là même, une voie, un enseignement menant à Dieu. Une autre traduction du verset 4 pourrait donc être: en conséquence de quoi, l'enseignement est défaillant (ou: paralysé). Les prêtres ne joueraient donc plus leur rôle, d'où l'apostasie constatée.

*** Le terme hébraïque matsor peut aussi être rendu par tour et désigne un lieu élevé dans le but de résister à un siège, d'observer les faits et gestes des gens, amis ou ennemis, loin à la ronde.