PALESTINE,
TERRE SAINTE OU
TERRE
D'ISRAËL...?
Lorsqu'il s'agit de citer le nom du pays qui a vu naître, vivre et mourir le Seigneur Jésus-Christ, nombre de chrétiens d'origine protestante, pour des raisons diverses, sont habitués à parler de "Palestine". Les cartes de géographie jointes à la fin des bibles sont généralement intitulées "la Palestine au temps de Jésus-Christ".
Quant aux chrétiens d'origine catholique, lorsqu'ils citent le pays du Seigneur, aiment généralement à parler de "Terre Sainte".
Est-ce juste ? Qui a raison? Quelles sont les raisons historiques qui ont généré cette situation; à savoir plusieurs noms pour un seul et unique pays : Israël, Palestine, Terre Sainte ?
Pour commencer, si vous le voulez bien, revenons en l'an 70 après Jésus-Christ.
Jérusalem est assiégée par quatre légions romaines dirigées par Titus, le fils de Vespasien. Il fallut cinq mois aux légionnaires pour prendre la ville. La chute de Jérusalem marqua la fin de l'Etat juif. L'histoire n'avait pas pour autant pris fin. Les Romains avaient certes écrasé toute résistance militaire organisée, mais pas la volonté de résister.
Tout n'était cependant pas définitivement terminé. Il se produisit encore, soixante ans plus tard, un sursaut de résistance bien plus violent que le soulèvement initial. Les Romains avaient détruit Jérusalem mais, dans le reste du pays, les Juifs continuaient à vivre normalement et paisiblement. Ils constituaient la majorité de la population et, étaient soutenus par une puissante diaspora (cette diaspora juive, dans la partie orientale de l'empire, représentait environ dix pour cent de la population).
En 128 de notre ère, l'empereur Hadrien (de la dynastie des Antonins), publia un décret interdisant la circoncision. Il fut impossible de le convaincre de le retirer. Les dirigeants juifs de la Judée décidèrent alors de déclencher la révolte. Cette fois ce ne fut pas un soulèvement spontané, comme lors de la première révolte, mais une action soigneusement planifiée, méticuleusement organisée.
Un programme d'armement massif fut tout d'abord réalisé en secret et les socs de charrue transformés en épées. Des fouilles archéologiques récentes ont permis de découvrir des labyrinthes très élaborés creusés dans tout le pays afin de servir de dépôts d'armes et de points de rassemblement des troupes. Contrairement à la précédente (70 après J.-C.), cette révolte n'avait qu'un seul dirigeant et ce dernier était borgne. Nous connaissons son nom, Shimon Bar-Kokhba, mais guère plus. Nous ignorons son lieu de naissance, son âge, rien de ce qui concerne son existence avant qu'il ne devienne le chef du soulèvement qui devait porter son nom. C'était cependant une si forte personnalité qu'il fut oint par le plus grand sage de l'époque, rabbi Akiva, comme étant le Messie d'Israël.
Comment, à l'énoncé de ces faits, ne pas penser ou se rappeler les paroles de Zacharie le prophète qui proclamait (Zacharie 11: 16 et 17).
Car voici que moi-même je
fais surgir dans le pays un berger qui n'interviendra pas en
faveur des brebis qui sont sur le point de disparaître; il n'ira
pas à la recherche de la plus jeune, il ne guérira pas celle
qui est blessée, il n'alimentera pas celle qui est debout; mais
il dévorera la viande de celle qui est grasse et il déchirera
jusqu'à la corne de leurs pattes.
Malheur au faux berger, qui
abandonne ses brebis! Que l'épée fonde sur son bras et sur son
oeil droit! Que son bras se dessèche complètement, et que son
oeil droit s'éteigne tout à fait!
S'il était effectivement le dirigeant de la révolte, des préparatifs au conflit armé, ce devait être un stratège et un tacticien de tout premier ordre . Au cours des années soixante, les archéologues retrouvèrent dans une grotte du désert de Judée (non-loin de Qumran), deux ordres de combat de Bar-Kokhba lui-même, rédigés sur papyrus et dans un excellent état de conversation. La personnalité qui en émerge est austère et menaçante. « Le ciel m'est témoin...que je mettrai vos pieds dans les fers. » Ces lettres indiquent que lui et ses hommes observaient une discipline de fer et, que d'autre part ils respectaient les lois religieuses de la façon la plus rigoureuse , même sur le champ de bataille.
Lorsque le soulèvement éclata , en 132 après J.-C., il y avait dans le pays deux légions romaines: l'une à Jérusalem et l'autre dans le Nord du pays à Meggido. Toutes deux furent vaincues, écrasées par les troupes de Bar-Kokhba. Des renforts amenés de toute urgence de Syrie et d'Égypte furent à leur tour anéantis par les insurgés. La XXIIe légion, envoyée alors d'Egypte, disparut des listes des unités militaires publiées dans la capitale de l'Empire. Les érudits pensent qu'elle fut si durement éprouvée qu'elle cessa d'exister en tant que force militaire organisée.
De tels succès étaient remarquables en ce sens que, contrairement à la première révolte, ces batailles menées contre la plus puissante machine militaire du monde ne furent pas conduites derrière des murailles protectrices, mais lors de furieux combats au corps à corps. Les Juifs - paysans devenus guerriers, recoururent semble-t-il, à des tactiques de guérilla, surgissant de leurs repères, tendant des embuscades aux convois et frappant la nuit.
Ces succès initiaux leur permirent de respirer et de mettre sur pied, au moins dans le sud du pays, les rudiments d'une infrastructure étatique indépendante - ainsi, un atelier de frappe de monnaie. Ces pièces, qui portent des inscriptions telles que : « An premier de la Rédemption du Seigneur » , constituent les témoignages les plus émouvants de ce mouvement désespéré de liberté et d'indépendance nationale.
Hadrien dépêcha sur les lieux le meilleur général de l'armée romaine : Julius Sévère. Ce dernier menait alors campagne dans les lointaines collines du Pays de Galles. Il amena avec lui, ou fit venir sur place, des légions provenant de ce qui est aujourd'hui la Grande-Bretagne, la Suisse, l'Autriche, la Hongrie, la Bulgarie, etc. En 134, il y avait ainsi soixante mille légionnaires dans le pays, chiffre énorme pour une seule campagne, compte tenu des moyens de transport de l'époque. Julius Sévère prit cependant soin de procéder avec prudence. Sa tactique préférée consistait à entourer les places fortes juives pour ensuite les affamer.
Les sites où les deux camps s'affrontèrent, à ce jour ne sont pas connus, exception faite du dernier, Betar, gros bourg situé dans les collines au sud-ouest de Jérusalem. Il est difficile, voire impossible, de dire si Shimon Bar-Kokhba choisi d'y livrer un dernier combat ou s'il y fut pris au piège. De brèves allusions dans des sources talmudiques indiquent que le siège dura plus d'une année. Il ne cessa qu' après que la soif, la faim et les privations eurent exercé leurs terribles ravages. Bar-Kokhba lui-même fut tué lors du carnage général qui suivit l'irruption des Romains à l'intérieur de la cité. Ces derniers avaient été si durement touchés lors de l'ensemble de la campagne que le "généralissime" Julius Sévère, revenant à Rome pour rendre compte au Sénat, omit au terme de son rapport de reprendre la formule consacrée : « Moi et mon armée, nous nous portons bien. » Enfin, rabbi Akiva fut capturé et écorché vif.
Des historiens romains rapportent
que plus de cinq mille juifs périrent lors de ce soulèvement,
sans compter ceux qui moururent de faim, de soif ou de maladie.
On peut raisonnablement penser que la majorité de la population
de Judée disparut. Pour les survivants, la révolte de
Bar-Kokhba marqua le début de la longue diaspora (dispersion).
Car les Israélites resteront
longtemps sans roi, sans chef, sans sacrifice, sans stèle, sans
éphod et sans téraphim (Osée, chapitre 3, verset 4).
Pour la première fois depuis que
Josué eu traversé le Jourdain (environ quatorze siècles plus
tôt) avec ses tribus, le pays cessa d'être la patrie des Juifs.
L'hébreu devint bientôt une langue morte, cédant la place à
l'araméen parlé dans toute la région.
Hadrien prit bien soin de
débaptiser le pays. La Judée devint alors la Syrie-Palestine.
C'est ce dernier nom que cette terre devait conserver jusqu'au XXe
siècle, jusqu'à la fin du mandat britannique. L'Anglais étant
le dernier occupant ; le dernier occupant d'une très longue
liste.
Comme à Carthage, les Romains
passèrent la charrue dans les ruines de Jérusalem et y
édifièrent une cité romaine, Aelia Capitolina. Hadrien érigea
également sur le Mont du Temple dévasté un sanctuaire dédié
à Jupiter, ainsi qu'une statue de son impériale personne. CECI
POUR QUE L'ON OUBLIE A JAMAIS LE NOM DES JUIFS, DE LEUR CAPITALE
ET DE LEUR PAYS.
Mais la suite, vous la connaissez
certainement
Car les Israélites
reviendront ; ils chercheront lEternel, leur Dieu, et
David, leur roi ; et ils trembleront en sapprochant de
lEternel et de sa bonté, dans la suite des temps (Osée,
chapitre 3, verset 5).
A la lecture de ces faits, il
apparaît évident que cette terre a été appelée
successivement : Canaan, Philistie, Israël, Palestine et à
nouveau Israël.
Dun point de vue biblique et
historique, il nous paraît simple et évident de donner à
cette terre le nom du peuple à qui elle appartient. En lui
donnant le nom de «Terre Sainte », les églises
chrétiennes ne refusent-elles pas en effet de prendre
position ?
Pour ce qui nous concerne, nous
aimons citer lapôtre Paul dans sa magistrale Epître aux
Romains, chapitre 9 versets 4 et 5 :
les Israélites, à
qui appartiennent ladoption, la gloire, les alliances, la
loi, le culte, les promesses, les patriarches, et de qui est
issu, selon la chair, le Christ, qui est au-dessus de toutes
choses, Dieu béni éternellement. Amen.
Orbe, février 2000.
Ph. Metzener