A - LES PREMIERES OUVERTURES
Elles sont codifiées dès 1813 et les trois actes autorisant leur exploitation restent toujours en vigueur de nos jours.
B - L'EXPLOITATION
On comprend bien que le Conseil municipal ne refuse pas l'ouverture d'une carrière : c'est une source de revenus non négligeables. Au début, le cahier de charges ne sera pas trop exigeant. Une notion est à retenir qui perdurera toujours : tout carrier doit exploiter "en bon père de famille". C'est prouver l'attachement des édiles au bien communal : le sol est aussi sacré que les enfants. On exploite en conformité avec les lois, décrets et règlements existants.
Il ne doit pas y avoir de dépôts dans les propriétés voisines, ni de bruit qui gêne les habitants. Les chemins d'accès seront entretenus en bon état de viabilité : il ne faut pas creuser au-dessous du niveau des routes.
La carrière doit être attaquée par le haut, et l'on descend par gradins de trois m., en pratiquant de larges banquettes et en évacuant les déblais avec régularité.
C'est le Contrôleur des Mines qui, dans son rapport de 1901, va rappeler les directives sur l'exploitation d'une carrière au Pic du Ger, quartier Ger Mayou. Il fixera comme conditions :
C - LA PIERRE DE LOURDES
Pour son utilisation, la pierre doit être de bonne qualité, sans défauts, ni fils (veine étroite), ni moies (portion tendre dans une pierre dure), ni flaches (fissures), non gélive ou susceptible d'être gelée. Elle sera taillée de manière à être posée sur son lit de carrière, de telle sorte que la pression est toujours opérée perpendiculairement à ce lit.
Les faces, rives, lits (faces qui se superposent) ou joints seront particulièrement dégauchis (aplanis en surface). Les pierres seront de la même carrière et commandées sur échantillon.
Tous les parements (revêtements ou dépassements de pierre) devront être bien plans, dressés et dégauchis. Leurs arêtes seront vives, sans écornures (éclat dans un angle), ni ébrèchements (brisure), ni pièces rapportées. Leurs joints seront bien droits, bien alignés.
En 1899, le maire Cazaux-Moutou présente une demande concernant des expériences à faire sur les pierres de LOURDES. Le 3 Octobre 1899, le ministre des Travaux publics, Laboratoire de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées, répond qu'il faudra envoyer à Paris des blocs ébauchés de 0,50 x 0,30 x 0,30 pour déterminer la qualité de la pierre : elle subira les essais à la flexion, la résistance à l'écrasement et à l'usure, les essais de gélivité.
NATURE DES PIERRES
Les pierres de LOURDES sont de trois natures :
UTILISATION EXTERIEURE
D - LES INSTRUMENTS POUR L'EXPLOITATION
1) LES OUTILS DU CARRIER
La technique d'extraction du Moyen Age va peu évoluer au XIXèmes. Mais les outils vont se perfectionner. Si l'on distingue le travail du carrier de celui du tailleur de pierre, il est normal que les instruments soient différents. De même seront différents ceux de l'ardoisier. Trois ordres d’outils :
2) LES OUTILS DU TAILLEUR DE PIERRE
E - LE RAPPORT DES CARRIERES
1) POUR LA VILLE
2) POUR L'EXPLOITANT
3) LE RAPPORT DU SABLE
Les droits d'exploitation du sable sont plus modestes.
En 1840, tout Lourdais peut prendre du sable au gave au prix de 25 centimes le m3.
En 1919, l'adjudicataire des sablières de l'Arrouza vend le sable 60 c. le m3 aux Lourdais et 2 F aux habitants des communes voisines. Cette différence entre locaux et "étrangers" s'accusera avec l'exploitant J.Marie Marthe qui vend en 1925, 1 f le m3 aux uns et 20 F le m3 aux autres.
En 1931, J.M. Marthe, qui paie 4 000 F par an pour la location des sablières de l'Arrouza et du Pont Vieux, instaure un nouveau tarif : 2 F le m3 de sable criblé, 1 F le tout venant et 0,50 F le m3 de gravier.
Si l'on songe aux quantités des diverses catégories de matériaux extraits dans l'ensemble des carrières, on peut juger de l'importance financière de l'activité extractive dans la cité.
4) LA CONTROVERSE DU ROSAIRE
C'est une passe d'armes au sein du Conseil municipal, née d'une plainte de l'Octroi, qui prouvera le souci de bonne gestion financière des édiles.
Le 18 Août 1887, le service de l'Octroi signale des passages frauduleux de pierre de taille employée aux constructions de la Grotte. Dans un premier temps, le Conseil municipal renforce la surveillance par le garde champêtre. L'année suivante, devant le peu de résultat enregistré par l'Octroi, le Conseil va faire recenser la pierre de taille employée par les Pères pour la construction de la basilique du Rosaire, et vérifier si les droits d'extraction ont été payés.
Le 24 Septembre 1888, une Commission de trois membres : MM. Douau, Lavigne, Lacaze est nommée pour établir un rapport sur ces faits.
Le 26 Mai 1889, la Commission d'enquête – rapporteur Jules Lacaze – présente son rapport et constate les abus. Le budget porte en recette 1 300 F de droits d'extraction, ce qui correspond à 400 m3 de pierre (le droit est de 3 F le m3).
La Commission, partant de ce qu'il faut 30 jours à un ouvrier pour travailler 1 m3, constate que, en 240 jours de travail dans l'année, les 200 tailleurs de pierre ont traité 1 600 m3 de pierre, ce qui amène les droits à 3 F X 1 600 = 4 800 F. Or on a reçu que 1 300 F. Depuis 10 ans, la Ville a donc perdu (4 800 - 1 300) X 10 = 35 000 F.
Pour la seule église du Rosaire, 107 ouvriers recensés auraient produit 856 m3 et les droits auraient dû être 3 F x 856 = 2568 F par an et pour les 4 ans de la construction 10 272 F. Or, qu'a-t-il été perçu ? 2 891 F pour 963 m3, soit une perte de 7 381 F.
L'architecte de la Ville J.-M. Lacrampe estime à 5 000 m3 la quantité de pierre employée, soit un droit de 15 000 F. La Ville aurait donc perdu plus de 12 000 F (15 000 – 2891). De plus, l'entrepreneur de la Grotte a refusé de laisser faire le métrage et tous mesurages, car les déclarations avaient été faites au départ et il ne fallait plus y revenir.
Pour plus de contrôle, la Commission propose d'établir le droit sur la tonne et non plus sur le m3.
Le rapport Lacaze ayant été consulté par les conseillers, c'est à titre personnel que M. Claude Lacadé, voulant éviter un possible conflit avec les autorités ecclésiastiques et ayant pris ses renseigne-ments auprès des ouvriers eux-mêmes, présente le 21 Juin 1889 sa critique du rapport Lacaze dont tous les arguments sont réfutés.
D'où la demande du rejet du rapport Lacaze, et suggestion de remplacement des droits d'octroi qui pèsent sur la masse laborieuse par une augmentation des droits d'entrée de la pierre blanche qui fait une concurrence désastreuse.
Le 28 Juin 1889 : Décision. M. Lacaze reproche à M. Lacadé de ne pas remplir sa mission qui était de recenser la pierre de taille employée au Rosaire par les Pères et de surveiller le paiement des droits d'extraction.
Après une longue discussion, le rapport Lacaze est rejeté par 15 voix contre 3.
F - LA CESSATION D'EXPLOITATION
Plusieurs motifs ont commandé la fin d'exploitation des carrières. Un contrat ayant été passé entre la Ville et l'exploitant, il faudra procéder à la résiliation de l'adjudication. L'enquête qui déterminera la résiliation sera sévère et faite par une Commission comprenant des membres du Conseil municipal assistés de maîtres carriers, tous plus enclins à la poursuite qu'à la fin de l'exploitation.
La politique du logement social, basée sur l'emploi de nouveaux matériaux, plus légers et faciles d'emploi, a fait que toutes les carrières de LOURDES fermeront dans la seconde moitié du XIXème s. Leurs sols serviront de parcs à voitures et d'assises d'hôtels. Leurs falaises, encore visibles, présenteront des échancrures dans les rochers, que la verdure envahissante recouvrira bientôt.