La Confrérie existait depuis le 24 JUIN 1810 et avait été enregistrée le 1er AOUT sous le sceau de Mgr l'Evêque de Bayonne.
Le 4 Juillet 1819, le Règlement fondamental était rédigé.
Le 11 Juillet 1919, de sa plus belle plume, le Président Jean SAJOUS calligraphiera les onze articles et les fera parapher par dix de ses Confrères. Cet acte fondateur régira la vie des Tailleurs de pierre de LOURDES pendant un siècle et demi, tout aussi puissamment que les décisions de la Municipalité.
15 Août 1822 : Le Président de la Confrérie Bernard Castérot a convoqué l'Assemblée pour :
A - LE REGLEMENT
1) L'ORGANISATION : La Confrérie se dote d'un Bureau avec le Président, le vice-Président et le Trésorier, d'un Conseil d'administration de huit membres, de deux syndics qui assureront l'ordre, du receveur de la poudre et de quatre " bayles " et un porte enseigne pour le service de l'église.
Les désignations des titulaires se font tous les ans le Lundi de Pentecôte, à cinq heures du matin. Les fonctions sont obligatoires : tout refus de charge amène l'exclusion. Les administrateurs visitent les confrères malades pour le droit au secours. Les parents des confrères et les étrangers peuvent entrer en Confrérie moyennant une forte cotisation, alors que celle des membres est de 75 centimes par trimestre.
2) LES SECOURS : La prestation est de 75 centimes par jour de maladie ou d'accident, et est attribuée pendant neuf mois. Au décès du confrère ou de son épouse un secours de dix francs est attribué.
3) LES PUNITIONS : Seront punis d'amende ceux qui manqueront les enterrements de confrère et épouse, la réunion annuelle de Pentecôte, ceux qui ne s'intéresseront pas aux affaires.
4) LES EXCLUSIONS : Cette punition extrême sera appliquée pour le faux serment, le vol, les mauvais propos portant préjudice, l'état d'ivresse et le scandale dans les assemblées.
5) LA PRESEANCE : Le Président oblige au silence pour l'écoute des doléances. Toute interrupteur est mis à l'amende.
Ainsi, bâtie à la fois comme une Société de secours mutuels et une Cour de justice, cette organisation rigoureuse fonctionnera de la façon la plus démocratique, émaillée de contestations et de querelles, prouvant par là son sens social, et révélant le caractère affirmé des carriers bigourdans, leur discipline et leur sens aigu de l'entraide.
Au cours des années, le fonctionnement de la Confrérie nous éclairera sur la vie du siècle passé, tout en suivant le descriptif du grand Livre où sont consignées les séances.
B - LE CARACTERE RELIGIEUX
1) LA MESSE DE L'ASCENSION
La Révolution n'a pas entamé la foi religieuse des Lourdais. La Confrérie choisit son jour de fête : l'Ascension, et ce sera au XIXème s. la plus grande fête de LOURDES. Les confrères se réunissent en Mairie à sept heures et demi pour répondre à l'appel du Président, et pour partir en corps à l'église où les places leur sont réservées pour assister à la messe de huit heures. En 1839, il est dit " que tout confrère qui n'assistera pas, commandé par nos "St-Dicques" (syndics), de prendre une chaise pour figurer en face du grand Autel, sera puni d'une amende de 25 centimes. "
En Mai 1825, les administrateurs ont décidé de ne pas faire dire de messe en particulier le jour de l'Ascension, mais d'assister tous à la messe de paroisse, à moins de raison légitime, ou autrement ils paieront l'amende. Cette décision prise pour assurer l'amalgame des tailleurs de pierre dans la communauté.
2) LES HONNEURS FUNEBRES
Les statuts ont prévu l'obligation d'assistance aux enterrements. En Septembre 1824, il est décidé de faire chanter une messe pour chaque confrère après qu'il aura décédé.
En Mars 1839, l'Assemblée délibère que tout confrère qui n'assistera point aux honneurs funèbres d'un confrère ou d'une confréresse décédé, sera mis à l'amende de un franc qui lui sera appliquée . A l'issue de l'enterrement, il sera fait un appel en présence de cinq membres de la Société.
En Février 1890, nul n'est exempt d'assister aux enterrements des confrères sauf les pères, beaux-pères ou cousins germains. Tout absent paiera l'amende ou un supplément de cotisation.
3) LE SERVICE A L'EGLISE
Le règlement porte la nomination de quatre bayles pour l'année, chargés du service à l'église. En Juin 1886, Emile Cazaux nommé bayle et porte torche pour les enterrements, décide de se retirer de la Confrérie en faisant cadeau de l'argent versé à la Caisse.
En 1892 est défini le rôle du porte torche Samara : il doit verser 33 F par an en quatre trimestres à la Confrérie, et les recettes qu'il pourra obtenir des enterrements seront pour lui.
Défense est faite aux bayles de sortir pour les enterrements étrangers commandés par les femmes sages, sans une rétribution de 10 F répartis un franc par homme de service et 5 F pour la Caisse.
En Octobre 1894 : après des difficultés à des funérailles, l'Assemblée décide que le drap mortuaire sera porté par quatre administrateurs pouvant avoir des remplaçants.
En Juin 1884 : le porte bannière recevra pour paiement ses cotisations trimestrielles de l'année. Madame de Cambola de Palarin fait donation d'une bannière neuve : celle qui est conservée actuellement au Musée Pyrénéen.
C - L'AIDE AUX FAMILLES - LE SECOURS MUTUEL
C'est la raison d'être de la Confrérie. La période rigoureuse vécue pendant et après la Révolution va pousser les travailleurs d'un même métier à s'unir en corporation pour montrer leur solidarité et leur indépendance et assurer leur sécurité contre :
1) LA MALADIE
Dès le 1er Novembre 1822, à l'issue de la messe du premier trimestre, la Confrérie délibère : la Commission sera tenue de faire donner aux confrères qui se trouvent visités par eux, dans le cas d'une maladie, qui seront reconnus en avoir besoin, les secours que notre Règlement exige. Le secours mutuel de bienfaisance sera donné en argent.
Lorsqu'un confrère est malade, il est tenu de rester chez lui, les sorties sont proscrites. Deux administrateurs viennent le visiter deux fois par semaine, s'assurent de son état, font leur rapport. Il est versé au malade un mandat assurant 75 centimes par jour de maladie, dès le premier jour.
Le 1er Novembre 1886, devant le nombre croissant des demandeurs, est proposée une modification de l'article 6 des statuts : quand un confrère tombe malade, le secours ne sera accordé qu'à partir du neuvième jour. Mais le bureau décide que le secours partira du sixième jour. Quant aux accidents, l'article restera comme le règlement, soit dès le neuvième jour.
2) LES MALADIES INCURABLES
En Février 1868, le Président expose que le secours à une maladie incurable ne peut être maintenu indéfiniment, mais demande qu'on ne coupe pas le secours. La majorité décide de donner la moitié de l'aide normale (75 c) à tout confrère atteint de maladie rhumatismale ou de paralysie pendant neuf mois, et à partir du neuvième mois le bureau décidera.
Mais en 1903, les maladies incurables étant très nombreuses et la Caisse en déficit, il est impossible de donner le secours pendant neuf mois. On décide donc de le réduire : il sera coupé après les trois premiers mois, pour n'importe quelle maladie.
3) LE DECES
La solidarité s'exerce aussi lors des décès.
En Septembre 1827, sur demande d'un confrère, une somme de 12 F sera versée à toute épouse qui aura perdu son mari, ou aux plus proches parents qui se trouveront sur disposition du décédé. On ajoutera 4 F pour la bière du décédé. 27 signatures approuvent cette décision.
Le sort de l'épouse veuve d'un confrère sera reconsidéré le 15 Août 1888. L 'assemblée décide que la veuve peut se porter confréresse honoraire, c'est à dire qu'elle s'obligera à payer la cotisation trimestrielle et ne retirera aucun secours pour maladie, sauf les 18 F lors de son décès et l'accompagnement de tous les confrères. Si elle venait à se marier en dehors d'un confrère, elle perdrait ses droits et l'argent versé restera à la Caisse.
4) LES APPELS DE FONDS
En Février 1870, par suite de la "dizette" du fonds de Caisse, le Président demande une cotisation extraordinaire de 1 F par confrère à verser sous huit jours pour maintenir le secours aux confrères malades. Le 15 Avril de la même année, un second appel de cotisation de 1 F dans le courant des quinze jours est lancé. Les 127 membres présents donneront les deux cotisations demandées.
Le 1er Novembre 1878, il n'y a plus de fonds en caisse solidarité. Le Conseil décide de porter la cotisation normale à 1 F par trimestre (au lieu de 75 c) jusqu'au temps que la caisse soit rétablie. Les 128 confrères ont accepté cette décision.
5) CONFLITS ET SANCTIONS
Deux seuls abus dans l'attribution du secours sont signalés.
Le sieur Dominique Fontan, malade par accident, a été trouvé en contravention, remplissant un seau d'eau à la fontaine, par le confrère visiteur. Le bureau décide la suppression du secours. Fontan réclame par lettre les droits aux malades. Sur refus, il insulte le bureau, et un confrère l'ayant trouvé à l'auberge Lareng, il fut insulté grossièrement, chargeant d'imprécations le bureau, qui se réunit pour punir.
Mais Fontan, sentant qu'il allait être exclus, présente sa lettre de démission, aussitôt acceptée, l'argent versé restant à la caisse.
Quelques jours après, le 23 MAI, Pierre Fontan prétend que son père avait droit aux secours. Il se présente d'une manière inadmissible, parlant sur un ton élevé et impérieux, proférant des insultes alors qu'il était arrivé à un point de colère menaçante et demandant à l'assemblée de juger. Le Bureau, pour lui apprendre la tenue dont il faut se présenter, lui inflige une amende de 5 F à verser sous huitaine, pour être portée en recette au prochain trimestre. Ce qui sera fait sans autre récrimination.
Louis BEGARIE, ancien vice-président, exploitant la carrière de l'Arrouza, demande 6 jours de maladie "qu'il compte avoir droit", mais le Président DOUAU répond qu'il n'a droit à aucun secours, car il est à sa carrière voir ses ouvriers. BEGARIE l'accuse d'agir par méchanceté, le Président demande le retrait de ces paroles. Refus de BEGARIE. D'après l'article 9, il doit être exclus, mais le Président et la majorité décident de lui infliger une amende de 3 F à payer avant le 1er MAI.
Ces deux simples accrocs dans le secours mutuel ne doivent pas entacher le service rendu. Des liens très vifs d'amitié lieront les confrères, créés par les visites domiciliaires, prouvant qu'un malade n'est jamais abandonné. Les confrères feront tous les efforts demandés pour assurer la vitalité de la Caisse de secours.
D - LES FINANCES DE LA CONFRERIE
Pour assurer l'aide aux familles par le secours mutuel, il a fallu, dès la création, constituer un poste important des finances. Jusqu'à l'année 1870, le budget de la Société sera équilibré, puis il faudra solliciter les confrères pour faire face à de multiples demandes, ce à quoi ils se soumettront volontiers.
A la première Assemblée connue, en 1822, sont présentées les recettes s'élevant à 277,50 F et les dépenses à 174 F, ce qui assure un boni de 98,85 F. Le tableau annuel des comptes fait apparaître une courbe irrégulière des restes en Caisse :
Au changement de bureau en 1884, le président Louis SANSON recevra, avec la bannière neuve, un reste de 1298,20 F ( 950 F de placement plus le produit des cotisations du trimestre ).
Au cours de ces années, le nombre de cotisants n'a guère varié, de 120 à 134 confrères aux Assemblées. La cotisation trimestrielle, partie de 50 centimes est passée à 75 c en 1865 et montée à 1 F en 1878.
Les comptes de l'année précédente sont présentés en juillet-août jusqu'en 1865. Après le changement de Receveur cette année-là, ils seront établis par trimestres : en octobre, on statuera sur ceux du 1er trimestre; en janvier sur ceux du deuxième trimestre de l'année passée, en mars sur ceux du troisième trimestre et en août sur ceux du quatrième trimestre.
1) LES RECETTES
a) LES COTISATIONS
Elles sont essentiellement assurées trimestriellement par les confrères, et dans l'ensemble bien suivies. Quelques entorses feront l'objet de sanctions. De 50 centimes à la création, elles seront portées à 1 F en 1878.
Les entrées nouvelles de confrères dans la Société se paient 1,70 F. En Mai 1900, une délibération décide que les fils et gendres des confrères paieront 3 F et que tout tailleur de pierre et maçon étrangers paieront 10 F de droit d'entrée.
b) LES AMENDES
Elles sont nombreuses dans l'ensemble. Dans les premiers temps, tout refus de les payer entraîne l'exclusion. Puis la suspension pour un laps de temps est accordée jusqu'à régularisation. Les motifs de mise à l'amende sont divers :
c) LES PRATIQUES A L'EGLISE
Les bayles et porte torches ont un régime particulier. Leur fonction n'est pas gratuite : ils paient à la Confrérie, en quatre trimestres, le prix de leur charge annuelle : 33 F en 1892 pour Pierre Samara, 24 F en 1895 pour J.M. Dupla. Les revenus de leur charge leur sont acquis : les "biates" (quêtes), les frais de corbillard et d'enterrement, la vente des chandelles, qui leur sont réglés par les particuliers.
Un seul cas de refus de charge est signalé : celui de Emile Cazaux, le 18 Juin 1886, nommé bayle et porte torche pour faire le service à l'église et pour les enterrements des confrères et de leurs épouses. Il décide de se retirer de la Confrérie et de "faire cadeau" de l'argent versé à la caisse, décision acceptée par le bureau.
d) LES RECETTES DE LA POUDRE
Le receveur des poudres a le même statut. En 1893, J.M. Labourie paie sa charge à la Confrérie et vend la poudre aux confrères. Il s'engage à la remettre au président sur réquisition. Les carriers ont besoin de cette poudre pour détacher les blocs de pierre dans les carrières et en consomment beaucoup.
2) LES DEPENSES
Ces recettes importantes vont justifier le rôle social de la Confrérie, car les dépenses engagées par les administrateurs seront dans leur très grande majorité consacrées à l'aide aux familles, sous forme de mandats.
A l'examen des comptes annuels présentés par le receveur, on constate un nombre de mandats très variable : une trentaine par an jusqu'en 1860, puis aggravation, 59 mandats en 1866 pour une somme de 563 F.
En 1870, 109 mandats pour 755 F entraînent le vide de la caisse de solidarité, et des cotisations supplémentaires pour couvrir le déficit, ce à quoi les confrères se soumettent volontiers. En 1878, 112 mandats s'évaluent à 869 F et en 1885, 82 se montent à 674 F.
Le reste des dépenses est insignifiant par rapport à cette section de mutualité. Il se répartit en trois secteurs :
E - LES CONFLITS
LA CONFRERIE, COUR DE JUSTICE
Pour la bonne marche de la Confrérie, il n'est pas toléré de déroger au strict règlement. Il est normal que ces hommes rudes, marqués par la fatigue d'un travail pénible, se laissent aller quelquefois à des excès verbaux, car il n'y a jamais d'affrontement physique entre confrères sur les chantiers. Le rédacteur des comptes rendus des séances doit, pour justifier la sanction appliquée, aggraver le délit et, bien souvent, des peccadilles sont jugées atteintes sérieuses au règlement. De plus, les procédés les plus démocratiques sont employés dans les discussions. Mais une règle est absolue : le Président, élu chaque année et fort de cela, est intouchable et doit être respecté.
1) LES PLAINTES DIVERSES
Trois séances seront nécessaires pour régler le conflit.
2) LA PREEMINENCE DU PRESIDENT
Elle s'est toujours affirmée et les manquements au respect dû, non seulement à l'homme, mais surtout à la fonction, ont été réprimés.
3) LES REFUS DE SERVICE
Le renouvellement annuel du bureau exige la désignation de nombreux membres, volontaires ou non. La charge étant obligatoire de par l'article 2, il y aura un moment où des réticences se manifesteront.
4) LES DEMISSIONS
F - LES MODIFICATIONS AUX STATUTS
Toutes ces sources de conflits ont pimenté la tenue de rigoureuses et travailleuses assemblées. Il est possible à un Bigourdan connaisseur de la langue locale d'imaginer les impertinentes réflexions des protestataires contre la rigueur de ceux chargés d'appliquer le règlement.
Si les comptes rendus des séances sont écrits dans un français approximatif, mais très précis sur le fond, c'est sûrement en parler bigourdan qu'elles se déroulaient.
Il devait quand même être difficile, une fois les foudres de la justice des confrères tombées, de retrouver place et travail dans la société lourdaise.
C'est après une longue pratique du règlement que quelques modifications s'avèreront nécessaires, justifiées par l'état des finances et par la disponibilité des confrères.