LES ORGANES DE SECURITE
Un Funiculaire présente, par son installation même, un danger permanent de chute des voitures. Cette chute, qui serait désastreuse sur une pente aussi accentuée, peut provenir de la rupture du câble ou de ses moyens d'attache, ou bien encore de l'emballement de la voiture qui descend. Des précautions ont été prises contre ces accidents, car bien que le premier soit rendu improbable par les dimensions et la qualité du câble, il faut toutefois le prévoir et s'en garantir.
De plus, l'exploitation d'une telle ligne, si courte soit-elle, ne peut s'organiser sans un jeu de signaux permettant d'en assurer le fonctionnement régulier.
LES FREINS
Les organes qui empêchent la chute des voitures en cas de rupture du câble devront se trouver sur les véhicules mêmes : ce sont les freins des voitures.
Les organes destinés à la modération du mouvement, ou à son arrêt dans tous les cas autres que celui de la rupture, agiront sur le câble par l'intermédiaire des poulies du mécanisme : ce sont les freins fixes. Ils doivent être à la fois automatiques et maniables à la main.
Les Freins Fixes
Ces freins sont placés à la Gare du haut. Ils sont au nombre de deux, placés côte à côte, l'un automatique d'arrêt total et immédiat, l'autre à main, modulable. Le serrage automatique du frein entraîne la suppression du courant. Il n'en est pas de même du serrage du frein à main, qui est surtout un modérateur et peut fonctionner en même temps que le courant continue à faire mouvoir le mécanisme.
Examinons les divers cas de mise en action du frein automatique en cas de descente brusque :
a) Pour une cause quelconque, la vitesse de la voiture s'accélère et dépasse 1,20 m par seconde : la vitesse de marche s'accélèrerait jusqu'à 1,30 m/seconde, limite qui fait fonctionner le frein automatique.
b) Le courant vient à manquer ou à s'affaiblir : l'énergie venant à manquer au moteur, la voiture la plus lourde se mettrait à descendre , entraînant tout le mécanisme, et pourrait prendre une vitesse dangereuse avant que le mécanicien ait eu le temps de s'en apercevoir et de serrer le frein à main. De plus, si la voiture la plus lourde était celle du bas, cet arrêt du courant provoquerait un changement brusque de marche, qui, bien que rapidement suivi d'un arrêt, ne manquerait pas d'effrayer beaucoup de voyageurs.
C'est en vue d'éviter cela qu'un dispositif supplémentaire a été adopté : il s'agit d'un mécanisme mû par une dérivation du courant à la Gare du haut et doté d'un interrupteur de sûreté.
c) Le mécanicien oublie d'interrompre le courant quand les voitures arrivent à bout de course : le mouvement se continuant, les voitures se briseraient contre les murs extrêmes, le câble pourrait se rompre, le mécanisme se fausser, etc. Pour empêcher cet accident, un grand levier est placé entre les rails, un peu avant l'extrémité supérieure de la voie. La voiture continuant à monter rabattrait le levier qui agirait immédiatement sur le frein automatique.
Le Frein Rhéostat
C'est un système supplémentaire de sécurité prévu pour le cas suivant :
La voiture qui descend est beaucoup plus chargée que celle qui monte. Le moteur va prendre une vitesse supérieure à 675 tours/minute, et tout le système pourrait s'emballer. Pour l'en empêcher, dès lors que la voiture descendante est très chargée, on fait agir un frein à rhéostat dans chacune des deux usines électriques. Son rôle est d'empêcher la voiture d'atteindre le seuil de vitesse de 1,30 m/seconde. Chaque usine est avertie lorsque la voiture descendante contient 35 personnes de plus que la montante.
Les freins de la voiture n'agissent évidemment pas sur les roues. La pente est trop forte pour qu'un tel frottement suffise à empêcher la descente. Aussi est-il prévu le dispositif du frein à pinces.
Le frein à pinces embrasse le rail et le serre avec une énergie croissante. Agissant d'abord par son frottement pour absorber l'énergie et ralentir la voiture, il finit par adhérer complètement au rail et par produire l'arrêt absolu. L'effort considérable exercé par la voiture ainsi accrochée à la voie explique pourquoi cette dernière doit être maçonnée sur toute sa longueur, sous peine d'être arrachée à la longue.
Le frein à pinces se compose de deux pinces en acier moulé, extrêmement robustes, portées par un arbre, sous la voiture. Leurs mâchoires inférieures se trouvent tout près du rail (7 mm de distance) dont elles épousent exactement le profil.
Les freins sont au nombre de trois, placés au-dessus et au-dessous de la roue extérieure la plus haute et au-dessus de la roue la plus basse.
Ces trois paires de pinces ne sont placées que sur un seul rail, le rail extérieur, celui sur lequel roule la roue directrice à boudins. Ils servent aussi de guide, et le déraillement de la voiture est rendu impossible par leur seule présence.
Le premier de ces freins est mû au moyen d'une manivelle placée à portée du conducteur. Celui-ci peut donc, avec sa propre force, modérer la descente au cas où cela deviendrait nécessaire pendant quelques instants, et surtout fixer les voitures à l'endroit où elles se trouvent, si un arrêt vient à se produire, intentionnellement ou par accident.
Le second et le troisième de ces freins sont automatiques. Ils ne fonctionnent qu'au cas où le câble, par suite de rupture ou de détente, viendrait à ne plus soutenir la voiture. Ils constituent les vrais freins de sûreté.
Les expériences auxquelles ont été soumis ces freins - car ils n'ont jamais fonctionné que par suite d'expériences - ont prouvé que la voiture, abandonnée sans câble, avec son maximum de charge (8700 kg), sur la pente maxima de la voie (58 %), s'arrêtait en une seconde et demie, après avoir parcouru 1,50 m en moyenne.
Par mesure de précaution, les essais de frein automatique sont renouvelés une fois par mois.
LES SIGNAUX
Pour assurer le fonctionnement d'un tel organisme, il faut mettre en relation les divers agents, notamment ceux des usines avec ceux du Funiculaire, et les conducteurs des voitures avec le mécanicien.
Le Téléphone
Tous les locaux renfermant des agents possèdent un poste téléphonique les reliant à la Gare du bas.
Trois lignes téléphoniques aboutissent donc au tableau de cette gare, venant de la Gare du haut, des usines de Vizens et de Lugagnan. On a su remédier, sur ces lignes, aux effets de trouble par induction exercés par les courants alternatifs du transport de force.
Les Signaux des voitures
Tout le long de la ligne court un fil par lequel l'un ou l'autre des conducteurs de voiture peut mettre en mouvement une sonnerie placée à la Gare supérieure, et transmettre ainsi les signaux de départ, d'arrêt en cas de besoin, et de remise en marche.
Cette sonnerie fonctionne par une simple mise à la terre du fil, obtenue en le touchant, de la voiture, avec une baguette métallique, reliée aux roues de la voiture.
Un échange de signaux précède chaque mise en marche.