Pour arriver au produit fini – la belle ardoise – une chaîne de trois opérations est nécessaire : l'extraction, la fente du bloc et la taille de l'ardoise.
L'ardoise est un schiste argileux, pierre qui se partage en lames ou feuillets opaques.
A - L'EXTRACTION
L'ouvrier doit d'abord procéder à l'enlèvement des terres pour pratiquer une ouverture assez large jusqu'à ce qu'apparaisse le feuilletis (appelé lurette en Bigorre), ardoise très tendre inutilisable. Par une deuxième foncée, se découvre le banc de bonne ardoise. L'ouvrier enfonce des coins dans les rainures du banc et avec ses camarades, tape sur ces fers jusqu'à ce que la pièce de schiste se sépare du banc. Si le bloc résiste, il doit s'aider d'une barre de fer introduite dans la fente et peser sur l'autre extrémité pour faire effort.
Dès qu'il a découvert, après un examen rapide, le sens de fissibilité du bloc, il s'empare du "tailhadé", gros ciseau qu'il place dans les rainures et, en frappant dessus, il débite le bloc en crénons, blocs plus petits et faciles à acheminer par wagonnets vers les fendeurs.
Dans les grandes carrières, on utilisait la poudre pour détacher les blocs. La technique est la même que celle employée par le carrier, déjà étudiée. Il fallait 11 livres de poudre pour enlever une toise cube d'ardoise (environ 8 m3) et le double pour un même volume de pierre. Pour le transport des blocs, on utilisait un portique avec poulies, tiré par un cheval.
B - LA FENTE
Chaque bloc est soumis à un examen rigoureux. Il s'agit de déceler les défauts : la présence d'un grain de pyrite, celle d'un pli vertical très fin dans le schiste – "eth péou", (le poil) – qui la rend gélive, celle du "lis", fine bande horizontale lisse que la fente suivra.
Il faut aussi distinguer l'ardoise douce au grain fin, mais moins résistante, de l'ardoise dure, moins facile à diviser, mais plus solide.
Les blocs sont séparés en feuillets de plus en plus minces, toujours dans le sens de fissibilité. L'opération s'appelle "l'aprimaïre" (prim = mince en bigourdan). Elle s'effectue avec de petits ciseaux de 10 centim. appelés "primadechs" (même racine prim).
Assis par terre, une jambe repliée sur l'autre, l'ardoisier place le ciseau dans l'épaisseur du bloc et frappe de petits coups avec le maillet pour amorcer la fente. Il recommence cette manœuvre le long de la pièce. La fente ainsi amorcée alentour du feuillet, il frappe d'un coup sec à un point choisi et ainsi il sépare les deux feuillets amincis. Cette opération se renouvelle pour obtenir l'épaisseur désirée, environ 2 à 3 cm.
C - LA TAILLE
Ces feuillets obtenus sont de forme irrégulière. Pour les travailler, l'ardoisier est assis devant le "piquet", enclumette en bois avec une partie effilée en fer qui permet une taille nette. Tout d'abord, il prend un marteau à tête tranchante dont le manche mesure 33 cm, dimension type de longueur d'ardoise. Avec le manche, il marque la longueur sur le feuillet, puis perfore de petits trous suivant la ligne tracée et, d'un coup sec de la main, il sépare la pièce en deux. L'équerre et la tranche parfaite s'obtiennent sur le fer coupant de l'enclumette.
Aujourd'hui, la taille se fait avec la machine à rondir et avec l'utilisation de scies mécaniques.
D - L'ENTREPOT
Les ardoises taillées sont déposées sur un socle pour constituer l'unité de base : le "parech", petit traîneau en bois de 1 mètre de long contenant 25 rangées d'ardoises qui pourront couvrir 2 m2 de toiture. L'unité supérieure est le "char", formé par 6 "parechs" et pouvant couvrir 14 m2 de toiture.
Les ardoises sont descendues dans le "parech" de l'aire de confection à la route carrossable. Quant aux déblais inutilisables, " eth cascaillé ", ils forment un talus à l’extérieur de la carrière.
E - LA QUALITE DE L'ARDOISE
La meilleure est la "quarrée", puis le gros noir, plus petite; le poil noir, plus fine; le poil taché, avec quelques endroits roux; le poil roux, ardoise rousse; la carte, plus mince que la quarrée; et l'héridelle, qui présente deux côtés taillés et deux côtés bruts.
F - LES ACCIDENTS DANS LES CARRIERES
Quelles soient exploitées à l'intérieur de la terre où à ciel ouvert, les mines et carrières présentent un danger pour le travailleur. Cela peut être dû à l'imprudence de l'ouvrier ou à tout autre évènement imprévisible. De nombreux cas ont été répertoriés dans les carrières bigourdanes : nous retiendrons ceux qui ont touché LOURDES et sa périphérie.
Le 20 Octobre 1892, à l'ardoisière de Lugagnan, Justin Lambert est tué: l'imprudence de la victime est reconnue.
Le 25 Juin 1891, à St Créac, Victor Tarac est blessé dans un éboulement.
Le 17 Février 1894, à l'ardoisière d'Ossen, l'ouvrier Barrère est tué, Barrau est blessé. Les exploitants seront condamnés à 50 F d'amende pour défaut d'entretien.
Le 24 Février 1894, à St Créac, Etienne Maystre est tué dans la carrière de son père, par un bloc de granit qui s'est détaché après le dégel.
Le 1er Mars 1895, à l'ardoisière de Ger Mayou, l'ouvrier Palisse est tué par l'explosion d'une mine.
Le 20 Avril 1897, même carrière, Dominique Quinta est tué par la chute d'un bloc.
Le 5 Février 1898, J.-Marie Faure est tué par des schistes détachés de la roche.
Le 28 Août 1900, à Ossen, deux ouvriers sont tués, l'un par la chute d'un échafaudage, l'autre par un éboulement.
Le 10 Mai 1899, à Lourdes, François Sajous est tué par un bloc dans la carrière de son frère.
En 1900, M. Duvau, adjudicataire de la carrière de Ger Mayou, est tué par l'explosion d'une mine.