[ morphologie - classification | habitat et pouvoir pathogène | isolement | identification | traitement et antibiogramme | prophylaxie | compléments]
TEXTE :
HISTORIQUE (extrait de Bactériologie médicale de FASQUELLE chez Flammarion)
L'île de Malte ayant une grande importance stratégique en Méditerranée, c'est l'Anglais Marston qui, en 1861, décrivit une maladie humaine fébrile à caractère ondulant qui y sévissait.
En 1887, David Bruce isola du sang des malades un germe auquel il donna le nom de Micrococcus melitensis.
En 1897, Wright constata une agglutination du germe par le sérum des malades, le séro-diagnostic de Wright pour la fièvre de Malte était donc l'homologue de celui de Widal pour la fièvre typhoïde.
En 1905, Zamitt chercha, à Malte, à réaliser une étude expérimentale de la maladie. Comme les chèvres sont nombreuses dans l'île, il eut l'idée de les choisir comme animaux d'expérience. Mais, avant toute recherche, il importait de bien connaître leurs caractères sérologiques. C'est ainsi qu'il découvrit la positivité du séro-diagnostic de Wright chez toutes les chèvres, avant qu'aucune expérience ne fût commencée. Tel fut le début de l'étude de la maladie caprine; ses conditions de développement ne furent précisées qu'ensuite.
La chèvre fait une maladie qui reste occulte, jusqu'à ce qu'elle soit conduite au bouc; elle ne porte pas jusqu'à terme: l'avortement est le premier symptôme apparent de l'infection, caractérisée en outre par la présence du germe dans l'utérus, les selles, les urines.
L'animal se remet, mais reste porteur de germes; ceux-ci sont éliminés par le lait; ils peuvent d'autre part déterminer des mammites, une atteinte latente du foie et des ganglions. Lors d'une nouvelle mise bas, qui se termine bien ou mal, ils réapparaissent dans le lait.
Ainsi, d'abord observée à Malte, la maladie, retrouvée sur toutes les côtes de la Méditerranée où foisonnent les troupeaux de chèvres, reçut le nom de fièvre ondulante méditerranéenne.
Les Brucella sont responsables de maladies animales (zoonoses) en particulier la fièvre de Malte ou fièvre méditerranéenne. C'est Sir David Bruce qui a isolé en 1887 de la rate d'un homme décédé de cette maladie la bactérie Brucella melitensis (appelée alors Micrococcus). 10 ans plus tard Wright découvre l'agglutination des Brucella par le sérum des animaux malades.
Ce sont de très petits bacilles gram - souvent coccoïdes, de culture difficile mais forts résistants dans le milieu extérieur, dans la terre ou le purin. Ils possèdent une oxydase et souvent une uréase. Le génôme est curieusement formé de deux DNA circulaires (2,1 et 1,2 kbases). Il n'y a pas de plasmides.
Ils sont toujours immobiles.
Leurs Ag de type O sont du LPS et possédent des épitopes communs avec les bacilles Gram négatifs, par exemple avec Yersinia enterocolitica O9, Vibrio cholerae, Francisella tularensis, etc.
Brucella infecte de très nombreuses espèces animales, causant d'importantes pertes dans les élevages. L'homme est un hôte accidentel qui excrète peu de Brucella et n'intervient donc pas dans la chaîne épidémique. La brucellose est donc une zoonose avant d'être une anthropozoonose. On peut considérer à peu près que :
- Brucella abortus les bovins
- Brucella melitensis infecte les caprins et les ovins
- Brucella suis les porcins
Elle atteint tant les animaux domestiques que les animaux sauvages. Le lièvre est un facteur de dissémination important.
Toutefois, l'homogénéité génétique des Brucella est grande : les hybridations DNA:DNA montrent 90% d'homologie. On doit donc considérer qu'il n'y a qu'une seule espèce et que les noms donnés sont donc des biovars ou des sous-espèces.
Les Brucella envahissent par la voie lymphatique et se multiplient dans les phagocytes en inhibant la fusion lysosome-phagosome. La physiopathologie est dominée par l'Hypersensibilité retardée (HSR) au LPS qui est la cause fondamentale des troubles surtout chroniques. Elle est probablement due à des foyers résiduels cachés.
Infection placentaire vers le 5° mois entrainant des avortements chez la vache, infection testiculaire chez le taureau. Les Brucella se transmettent entre vache et génisse au niveau de l'accouchement : elles sont probablement plus ou moins commensales de l'appareil génital. La maladie peut d'ailleurs être inapparente.
Une immunité importante s'installe après la maladie chez la vache qui peut donc avoir d'autres veaux même en cas de nouvelle infection.
Chèvre : infection génitale d'origine septicémique entrainant des avortements avec guérison spontanée possible ou passage à la chronicité l'infection étant alors localisée au niveau des glandes mammaires avec excrétion continue des Brucella dans le lait, ce qui est évidemment très dangereux pour les produits laitiers
Mouton : la guérison spontanée est la règle. Le bélier est atteint de façon définitive et est cause de dissémination. Par contre la brebis montre une immunité durable.
On peut donc considérer les Brucelloses comme una maladie sexuellement transmissible (MST).
Les Brucella sont des sortes de gonocoques animaux
La Brucella la plus fréquente est B. melitensis.
La porte d'entrée est soit cutanée (contact avec les placenta contaminés par ex. - soit 75 % des cas) soit digestive (laits ou fromages contaminés, légumes cultivés sur fumier contaminé - soit 25 % des cas) . La bactérie s'installe dans un foyer local puis dans un ganglion lymphatique avant de disséminer. Ce n'est qu'à ce moment là que les symptômes apparaissent : la maladie s'installe de façon insidieuse par une asthénie et une fièvre ondulante marquée par des sueurs importantes. Elle peut évoluer vers des formes chroniques (marquée par une patraquerie brucellienne) ou vers des formes aiguës ostéoarticulaires.
L'immunité est à la fois cellulaire et moléculaire, la bactérie ayant une multiplication plutôt intracellulaire. L'hypersensibilité est une des causes majeures des troubles observés.
ATTENTION : la manipulation est DANGEREUSE. La Brucellose est une maladie professionnelle pour les laborantins. Les Brucella sont classés dans le groupe 3 pour une manipulation en conditions de sécurité importante.
La souche est aérobie stricte mais certaines souches exigent CO2 (B. abortus).
La culture des Brucella, toujours auxotrophe (thiamine, niacinamide, biotine), est lente (48 heures à 4 jours en bouillon) et nécessite des peptones non inhibitrices (certaines peptones libèrent, à partir de la cystéine, du soufre inhibiteur).
L'isolement peut utiliser la GS frais de mouton, la gélose glucosée au
Il sera rendu sélectif par addition de cycloheximide, bacitracine, polymyxine B ( et éventuellement vancomycine, acide nalidixique, nystatine)
Les Brucella sont oxydase + et catalase +. Aérobies strictes.
On peut utiliser les Épreuves de Huddleson :
(exigence en dioxyde de carbone, production d'H2S, résistance à la thionine, résistance à la fuchsine)
Les résistances sont appréciées par culture de la bactérie autour des disques préimprégnés correspondants.
Espèces Exigence en CO2 Production d'H2S Résistance à Thionine Résistance à Fuchsine basique B. melitensis - - ou traces + + B. abortus + + en 2 j. et plus - + B. suis - ++ en 4 j. + - Le diagnostic peut être indirect par la mise en évidence de l'immunité :
- sérodiagnostic de Wright, agglutination en tubes qui doit être complété par la détection d'éventuels anticorps bloquants
- épreuve de l'antigène tamponné ou EAT, agglutination sur lame avec un Ag coloré.
- immunofluorescence indirecte
- immunoenzymologie (en développement)
L'antibiogramme est fort délicat à réaliser vu la vitesse de la culture.
On doit utiliser des antibiotiques à diffusion intracellulaire.
On utilise donc tétracyclines (très rares résistances) et rifampicine, souvent en association avec la streptomycine, le chloramphénicol, les sulfamides. Le traitement habituel est tétracyclines de bonne pénétration cellulaire et streptomycine et chez le jeune enfant ou la femme enceinte, les tétracyclines sont remplacées par rifampicine.
Dans la brucellose chronique c'est par antigénothérapie (désensibilisation) que l'on traite.
Au niveau du réservoir animal : la détection des animaux malades (tests sérologiques, ring test dans les laits) permet leur élimination. La vaccination (vaccins vivants ou tués) est efficace mais rend difficile la détection des animaux malades. La forte diminution des cas de brucelloses animales montre l'efficacité du dispositif qui pourrait conduire à l'éradication de la maladie.
Chez l'homme, la contamination alimentaire sera limitée en particulier par la pasteurisation et la contamination directe par le port de gants.
Tout laborantin prendra garde devant le contact avec un produit pathologique, en particulier les flacons d'hémoculture : il n'y a toutefois pas de raison de prendre plus peur que pour d'autres agents. Les précautions habituelles doivent suffire.
Les vaccins tués sont utilisables chez l'homme (fraction phénol insoluble de culture de Brucella abortus pour le vaccin Mérieux).
Ce texte a été écrit par Jean Noël Joffin qui souhaite que vous lui transmettiez vos critiques. Merci.Mar 27 aoû 2002
Quatre troupeaux de moutons (1871 bêtes au total) sont en cours d'abattage en raison d'une épizootie de brucellose. Les troupeaux contaminés ont passé l'été 1999 ensemble sur les alpages de Savoie. La maladie a été décelée, à l'occasion d'un dépistage annuel obligatoire auquel sont soumis les animaux. La direction des services vétérinaires de la Drôme a décidé de faire abattre la totalité des animaux des élevages où la brucellose a été détectée, même ceux qui n'étaient pas contaminés. La brucellose est transmissible à l'homme par contact direct avec un animal contaminé. -(Corresp.)
| nombre de foyers (France) | 2000 | 2001 |
| Brucellose bovine |
40
|
25
|
| Brucellose ovine |
25
|
14
|
| Brucellose caprine |
4
|
1
|
| Brucellose porcine |
7
|
3
|