[ morphologie - classification | habitat et pouvoir pathogène | isolement | identification | traitement et antibiogramme | prophylaxie | compléments]
Mardi, 27 août 2002
Une Bordetella, pertussis, est l'agent de la coqueluche, découvert par Bordet et Gengou en 1906. Il existe d'autres espèces dans le genre, toujours parasites des muqueuses.
La coqueluche est une des dix maladies infectieuses les plus mortelles sur la Terre avec 300 à 600 000 morts par an.
Ce sont des coccobacilles très petits (0,25 x 0,5-0,8 µm), mobiles (péritriches) ou immobiles, capsulés, aérobies stricts, glucose - (glucides -), de culture lente, oxydase +, NR +. Leur GC est élevé (68%).
Ils ont besoin de facteurs de croissance comme la nicotinamide mais non le NAD.
La culture sur "milieux ordinaires" est possible pour certaines espèces.
Les Bordetella sont des parasites obligatoires du tractus respiratoire des mammifères, avec, comme pour les Brucella, des spécificités plus ou moins étroites d'espèces hôtes. B. pertussis est par exemple spécifiquement humaine.
Bordetella pertussis (Pertussis = toux sévère) ( et parfois pertussis), est responsable de la coqueluche, rhinopharyngite grave caractérisée par des quintes de toux très fortes chez les enfants jeunes accompagnées du chant du coq (inspiration sifflante).
La maladie se divise en
- une incubation de huit jours
- une phase dite catarrhale d'une dizaine de jours de rhinopharyngite sans particularités marquantes.
- une phase paroxystique caractérisée par la toux sifflante, phase où la mort peut survenir par asphyxie ou surinfections.
- et dans les cas favorables, une atténuation spontanée et progressive de la maladie suivie d'une longue convalescence.
Le pouvoir pathogène de la bactérie est lié à des produits de sécrétion et à des adhésines :
- Une toxine protéique comparable à la toxine cholérique, baptisée PT, qui possède une sous-unité se fixant à un récepteur cellulaire et une sous-unité qui pénètre dans les cellules et inactive les protéines Gi inhibitrice de l'adénylate cyclase cequi naturellement provoque une augmentation de l'AMPc cellulaire et une perturbation cellulaire.
- Adénylate-cyclase extracytoplasmique qui, pénétrant dans les cellules, augmente la concentration interne en AMPc et déclenche l'apoptose des macrophages. Cet enzyme possède aussi une activité hémolytique et un domaine assurant l'invasion cellulaire. Son activité adénylate cyclase est activée par la calmoduline de la cellule et l'activité hémolytique dépend du calcium.
- nombreuses adhésines redondantes, en particulier la FHA, hémagglutinine filamenteuse, pilis.
- Toxine cytotrachéale, peptide issu du peptidoglycane qui induit une réaction inflammatoire importante (intervention de NO et lyses cellulaires) en déclenchant la production d'IL1. (superantigènes ???)
- etc ...
Ces produits bloquent les cils vibratiles de l'épithélium bronchique et provoquent des lyses cellulaires.
La bactérie disparait très rapidement lors de l'apparition des quintes. Il est probable qu'elle persiste chez des porteurs symptomatiques ou asymptomatiques.
On estime le nombre de cas mondiaux à 60 000 000 avec 600 000 décès par an (taux de mortalité de 1 à 3 % dans le Monde et 0,01 à 0,4 % dans les pays riches). En France il y a entre 0 et 8 morts par an.
La contamination se fait PAR VOIE AÉRIENNE par les parents (34% des cas) ou la fratie (46% des cas) montrant l'importance du portage asymptomatique aujourd'hui discuté car 20 % des adultes présentant une toux trainante sont en fait infectés (coqueluche de l'adulte).
Remarque :
Bordetella parapertussis et bronchiseptica donnent des rhinopharyngites assez semblables.
On isole la bactérie précocement par écouvillonnage nasal à l'aide d'un écouvillon alginate sur le milieu inventé par Bordet et Gengou :
agar, infusion de pomme de terre, glycérol 10 %, NaCl + 25 % de sang stérile de mouton ou de charbon activé qui neutralisent les AG insaturés toxiques + éventuellement des Ab comme la céfalexine pour la sélectivité).
Il existe d'autres milieux :
charbon de bois, amidon, extrait de levure, bouillon coeur, additionné de sang de cheval à 10% et de cefalexine à 40 µg.mL-1.
L'ensemencement est réalisé SUR PLACE, le milieu servant de milieu de transport. On risque sinon de perdre la bactérie.
La température d'incubation doit être de 35-36°C et non 37°C. La durée nécessaire est souvent de plusieurs jours (3 à 7).
L'atmosphère est normale (aérobie stricte) mais doit absolument éviter la dessication.Les colonies obtenues sont normalement S dans un premier temps (phase 1, souche virulente et capsulée) mais évoluent rapidement vers des formes R non pathogènes (phases 2,3,4).L'identification biochimique et immunologique permettra de préciser le taxon isolé.
Un diagnostic direct par immunofluorescence ou immunoenzymologie semble possible.
L'amplification génique est utilisée pour le diagnostic et est particulièrement utile. Le diagnostic sérologique est aussi possible et utile..
L'identification est réservée aux laboratoires spécialisés.
L'antibiogramme n'est pas standardisé pour une bactérie de culture aussi lente.
On n'insiste jamais assez sur l'extrème importance de la propylaxie par la vaccination qui a provoqué une quasi disparition de la coqueluche en France. Il s'agit de :
- vaccination des enfants par une suspension de deux sérovars de Bordetella pertussis en phase S (1) inactivée par chauffage à 56°C. Ce vaccin déclenche une forte réaction de l'individu et devrait être remplacé par une nouvelle formulation. Elle a commencé en France en 1959. La vaccination des jeunes adolescents devrait devenir la règle.
- de nouveaux vaccins, dit acellulaires ou moléculaires, apparaisse, en particulier au Japon, avec comme composant la toxine pertussique (Ag PT) inactivée par voie chimique ou biotechnologique, une ou plusieurs adhésines avec en particulier l'hémagglutinine filamenteuse FHA
Ce texte a été écrit par Jean Noël Joffin, complété par Dominique Étienne, qui souhaite que vous lui transmettiez vos critiques. Merci.27/08/02
On lira avec le plus grand intérêt "MÉDECINES ET MALADIES INFECTIEUSES MARS 2001 VOL. 31 Supplément" consacré à la coqueluche.