Le Micro-monde

Quand on détourne la grogne des lycéens

Une manif dans l'allégresse

La pluie n'a pas empêché, jeudi , quelque 2000 lycéens de manifester dans la bonne humeur durant une heure et demie. Partis aux environs de 14 heures de la Place Kléber, le cortège s'ébranle lentement, tandis que résonne le classique slogan " Allègre, t'es foutu, les lycées sont dans la rue ! ". Derrière la banderole de tête, Marjorie, du lycée Fustel de Coulange s'époumone avec les autres. Comme la plupart des manifestants, elle était déjà descendue dans la rue en novembre 1998. Mais pour elle, le ministre a utilisé le mouvement de l'année dernière pour faire passer ses réformes : "sous prétexte de réduire le nombre d'heures de classe, on a supprimé des options. Résultat : pour faire de l'histoire de l'art, on est obligé d'aller dans le privé". Et de dénoncer une mesure qui remet en cause l'égalité des chances, cette option constituant, selon elle, un "plus" sur le CV de ceux qui l'ont pratiquée.

En tête du cortège, Tristan, le président de la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne de Strasbourg, est justement dans un des lycées privés du centre. Il a du mal à comprendre la politique du gouvernement : "Monsieur Strauss Kahn nous dit que les caisses de l'Etat sont pleines, il serait temps qu'il investisse durablement dans l'éducation !". Son mouvement, qui a appelé à la mobilisation, menace de continuer de manifester aussi longtemps que le Ministre ne tiendra pas ses promesses.

Mais dans leur grande majorité, les lycéens sont venus pour soutenir des revendications très concrètes. C'est le cas des vingt dynamiques élèves du lycée agricole d'Erstein, venus en train grossir le flot des mécontents. Parmi eux, Marie, en Terminale cette année, est particulièrement concernée : "l'année prochaine, j'aurais mon BTA (Brevet de Technicien Agricole) en poche. Le problème, c'est que ce diplôme est insuffisamment reconnu par les entreprises, alors qu'il devrait théoriquement permettre de trouver un emploi". Dans son lycée comme dans beaucoup d'autres, on ne trouve ni infirmières ni assistantes sociales.

Ces revendications, les lycéens les portaient déjà lors des manifestations de novembre 1998 : le trop grand nombre d'élèves par classe, le manque de " moyens " ou l'absence de foyers étaient déjà dénoncés par les élèves l'an passé. Mais leur retour dans la rue témoigne qu'il ne s'agit pas, loin s'en faut, d'un effet de mode.

Quand la "récup" devient flagrante

Après la dispersion du cortège, la poignée de lycéens souhaitant poursuivre le mouvement tirent le bilan de l'après midi. La présence d'un service d'ordre assuré par les étudiants du syndicat UNEF-ID n'a pas empêché la destruction d'un abri bus et des jets de pierre sur une voiture de police. Après s'être félicité de la mobilisation des lycéens, pourtant largement inférieure à l'année dernière, (" la place Kléber était noire de monde ") Tristan passe aux choses sérieuses : " si vous êtes ici, j'imagine que c'est pour adhérer à la FIDL". Chez ceux qui avaient participé à la coordination indépendante du mouvement de l'an passé, c'est la consternation. Parmi eux, Mathias ne cache pas sa déception : après la distribution massive d'autocollants aux couleurs du syndicat lycéen sur tout le trajet de la manifestation, c'en est trop pour lui.

En 1998, c'étaient les vacances de la Toussaint qui avaient porté un coup d'arrêt à la grogne lycéenne, en étant suivi d'une démobilisation massive. Mais cette année, c'est un autre danger qui guette le mouvement : la récupération. Car si plusieurs milliers de lycéens sont encore descendus dans la rue cette année, ce n'est pas pour soutenir une organisation à l'indépendance douteuse, mais bien pour demander une amélioration sensible de leurs conditions de travail.

Le jeudi suivant, une délégation a été reçue au rectorat. Un jeune voulant représenter son lycée s'en est vu refuser l'entrée par les étudiants qui accompagnaient la délégation, au motif qu'il avait quitté la FIDL un an plus tôt.

Matthieu Fauroux, TL2

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