Le Micro-monde

Yaguine et Fodé, ou le destin tragique d'un continent

Ils n'avaient qu'une seule ambition : réussir leurs études. Ils n'avaient qu'un rêve : rejoindre ces pays où la vie semble tellement plus simple.

Mais le rêve s'est transformé en cauchemar. Le 2 Août, à l'aéroport de Bruxelles, Yaguine et Fodé, deux adolescents guinéens, ont été découverts morts, sans doute victimes du froid, dans le train d'atterrissage d'un appareil de la Sabena. Un véritable drame qui a bouleversé toute la Belgique.

Sur eux on a retrouvé une lettre qui indique qu'ils étaient conscients du risque qu'ils prenaient. Ils se sont donc sacrifiés en espérant que l'on entende enfin les appels au secours du continent africain. De cette lettre adressée aux "*Execellence Messieurs les membres et responsables d'Europe", on ne retiendra qu'une parole : "Aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique...". Ils auraient dû écrire : "Vous nous faites énormément souffrir; malheureusement notre salut ne dépend que de vous." Hélas, quoi qu'ils eussent écrit, leurs mots eurent été vains. L'Europe est sourde - ou plutôt feint d'être sourde - aux cris désespérés de la population africaine. L'Europe est lâche. L'Europe ne reconnaît pas ses erreurs.

L'époque coloniale reste pour nous une période glorieuse, car on passe sous silence tous les méfaits perpétrés lorsque l'on "dominait les inférieurs". Seuls quelques-uns, comme André Gide ou Albert Camus, se sont insurgés contre l'exploitation des "indigènes (...), traités de fainéants simplement parce qu'ils rechignaient à faire la récolte obligatoire du caoutchouc, à plusieurs jours de distance de leurs villages" (A. Gide, Voyage au Congo, 1926). Camus écrira sur sa part que voir "les enfants en loques disputer à des chiens kabyles le contenu d'une poubelle" lui fait honte d'être français, de participer au mensonge colonial, d'en être le complice (A. Camus, Misère de la Kabylie, 1938).

Les conséquences de cette intolérance et de ce non-respect de l'individu sont nombreuses. Les structures éducatives, pour ne citer qu'elles, sont aujourd'hui quasi inexistantes en Afrique. A qui la faute ? Inutile de répondre : nous savons tous au fond de nous-mêmes la vérité. Au lieu de suivre notre devoir, qui était d'aider les pays sous-développés à sortir de leur misère, nous n'avons fait que prendre le droit de les exploiter et d'en tirer tous les bénéfices possibles. Voilà pourquoi la situation actuelle en Afrique est si compliquée à gérer. Certes, l'on aurait les moyens matériels d'aider les pays africains. Mais notre conscience nous ronge, et le fantôme de la colonisation nous empêche d'agir. Tant que les dirigeants européens, et le peuple européen lui-même, enfermeront la vérité dans la honteuse prison du souvenir, rien ne changera. Avoir l'humilité de reconnaître nos erreurs serait le premier pas à faire pour regagner la confiance d'un continent aux yeux duquel nous ne valons décidément pas grand chose.

A vouloir être grands, on devient plus petits.

Aurélien Gautherie, TL1

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