Le Micro-monde

Cannabis : ne pas céder à la démagogie


Depuis quelques années, dans les cours de récréation comme dans la bouche des responsables d'un grand parti politique, on retrouve régulièrement deux mots : légalisation et dépénalisation. Mais malgré la nuance juridique qui existe entre les deux, le résultat en serait le même : une véritable incitation à la consommation de la drogue, lourde de conséquences. Une mesure que la France paierait cher.

Une drogue "douce" ?

Est-il réellement nécessaire de démontrer la nocivité du cannabis ? Ce n'est pas par hasard qu'ilsoit classé dans la catégorie des " plantes vénéneuses " par la loi. On sait que cette drogue est particulièrement implantée chez les jeunes, qui en ont banalisé la consommation, encouragés en cela par les déclarations fréquentes de certains politiques ou de scientifiques affirmant qu'elle était moins nocive que les cigarettes, ou l'alcool. Certes. Mais comme ces deux fléaux, le cannabis n'est pas sans poser quelques problèmes. Qui sait par exemple que, contrairement à ce qui est généralement admis, sa simple consommation, chez des sujets sensibles (qu'on estime à 2% de la population), peut entraîner des psychoses nécessitant une hospitalisation ? A la différence de l'alcool, qui est évacué de l'organisme après quelques heures, cette drogue reste dans le sang jusqu'à un mois, prolongeant d'autant les souffrances des malades. On voit ici que le qualifier de drogue " douce " est particulièrement mal venu… D'autant que, en recherchant un effet euphorisant , le "consommateur" oublie parfois les conséquences indirectes qu'induisent sa consommation : sur la route, une des premières causes de mortalité chez les jeunes, il diminue ainsi la capacité d'attention des conducteurs. C'est la raison pour laquelle le Comité Interministériel de Sécurité Routière préconise désormais le dépistage obligatoire des drogues illicites chez les conducteurs impliqués dans des accidents mortels.

Compte tenu de ces risques, il serait suicidaire de prendre une mesure qui aurait pour première conséquence d'augmenter la consommation de cannabis, en particulier chez les jeunes.



Une mesure démagogique et dangereuse

Mais les tenants de la mise en vente libre du cannabis se rendent-ils bien compte des dangers d'une telle mesure ? L'un de leurs arguments serait qu'elle priverait de leur principale source de revenu le grand banditisme. Ne doutons pas qu'ils sauront en trouver d'autres : en particulier, les jeunes qui été attirés par le cannabis parce qu'il s'agissait d'une substance illégale éprouveront le besoin de " reporter l'interdit " sur des drogues plus dures (ectasy, héroïne, crack…) mais plus dangereuse ; sans doute aussi plus lucratives pour les trafiquants... Autre conséquence prévisible de cette mesure, la France risque de devenir la destination d'un nouveau type de tourisme. En effet, avec l'ouverture des frontières en Europe, de nombreux citoyens européens viendront s'approvisionner sur le territoire français. Et le touriste venant chercher en France de la drogue pour l'introduire dans un pays où sa vente est interdite n'étant pas le même que celui qui désire visiter la tour Eiffel, on peut craindre un accroissement significatif de la délinquance dans nos villes. Le phénomène inverse risque également de se produire : de nombreux citoyens français seront ainsi tentés d'exporter la drogue vers les pays frontaliers.

Alors que l'objectif de la mise en vente libre du cannabis est l'éradication des marchés parallèles qui le commercialisent, on risque au contraire de créer de nouveaux marchés, et de poser un problème à l'ensemble des pays européens.

Une mesure injustifiable

On voit donc mal ce qui pourrait justifier la légalisation, ou la dépénalisation du cannabis en France, si ce n'est un raisonnement absurde de consommateur, qui voudrait se fournir à meilleur prix pour une qualité supérieure… Mais il s'agit d'un vrai problème de société. Et parce qu'elle est lourde de conséquences et qu'elle concerne une drogue exerçant sur les jeunes une forte attirance, cette mesure est de celles sur lesquelles il n'est pas aisé de revenir. Raison de plus pour y réfléchir à deux fois.

Matthieu Fauroux, TL2

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