La tragédie de la Minerve




Entourant le chef de l'Etat venu s'associer à son deuil, la population toulonnaise, plongée dans l'affliction, a rendu un suprême et solennel adieu à l'équipage du sous-marin "Minerve", disparu corps et biens en Méditerranée.
Magasins clos et toute activité suspendue pour une matinée, rumeurs de troupes en marche depuis l'aube, drapeaux à mi-hampe et cravate de crêpe, bourdon des églises égrenant les notes du glas... Un important service d'ordre est en place : 2.000 gendarmes, C.R.S., gardiens, inspecteurs ont investi la ville. Ils contrôlent et surveillent fenêtres, toits et recoins : l'attentat manqué du Mont Faron est dans les mémoires...

L'allocution du Général de Gaulle

"Des marins sont morts en mer. Ils étaient des volontaires. c'est à dire qu'ils avaient d'avance accepté le sacrifice et qu'ils avaient conclu un pacte avec le danger"
"C'est pour cela, en particulier que le sous-marin "Minerve" a laissé au coeur de la France toute entière, un souvenir profond et à ses armées un exemple qui durera. Au nom de la patrie, je salue leur mémoire et je suis sûr que de ce qu'ils ont voulu faire et de ce qu'ils ont fait sortira pour notre France quelque chose de fort comme ils l'avaient voulu. Vive la France."


Le général de Gaulle sur l'Eurydice


L'adieu de Toulon et du chef de l'Etat à l'équipage de la Minerve


La cérémonie religieuse

Il est 9H45 lorsque le général de Gaulle, en uniforme arrive sur la place d'armes, ou va être célébré l'office des morts. La foule l'applaudit. Il prend place sur un podium auprès de M.M. Mesmer, ministre des armées, Roy, préfet du Var ; des généraux Fourquet, délégué ministériel de l'armement ; Ailleret, chef d'état major des armées ; des amiraux Patou, chef d'état major de la marine et de Scitivaux de Grietche, préfet maritime.
Face au podium officiel, sur une seconde estrade, ont pris place les familles des victimes : pères ou frères qui contiennent leur chagrin, visages crispés et machoires serrées. Mères, femmes, fiancées, accablées de douleur sous les voiles noires.
Tout autour de la place que ferme un rampart de cols bleus et de pompons rouges c'est la foule silencieuse des Toulonnais. Les "enfants de Bretagne" qui composent le quart de la population toulonnaise sont en nombre.
L'autel a été dressé dans le kiosque à musique qu centre de la place. Avant l'office, un aumonier de la marine invite l'assistance au recueillement. Les marins de la Minerve, que la mer nous as pris, dit-il, nous rassemblent de tous les horizons dans la foi et l'amitié. Le service, une messe basse, est concélébré par Mgr Jean Badre, vicaire aux armées, le chanoine Hubert Valet, vicaire général de la marine,le père Le Bihan, beau frère du commandant de la Minerve et le chanoine de Magondeaux, ancien lieutenant de vaisseau.
A l'instant du memento des morts, dans un silence impressionant, les tambours voiles et les clairons lancent vers le ciel, les notes poignantes de la sonnerie "aux Morts“. Et c'est l'homélie de l'êveque de Toulon. Le prélat évoque le sacrifice de "ces hommes qui avaient accepté volontairement le danger pour le bien de tous et qui ne peuvent être morts en vain". Le pasteur Lestingant invite ensuite à prier pour les âmes des trois protestants que comptait l'équipage de la Minerve.

Le général de Gaulle en plongée à bord de l'Eurydice

Il est 10H50 lorsque le chef de l'état pénètre dans la darse des sosus-marins ou doit se dérouler la deuxième phase de la cérémonie. Le chef de l'état est acceuilli par l'amiral Storelli qui commande les forces sous-marines. Il passe en revue les équpages rangés en carré autour d'un mat blanc ou flotte face à la mer l'emblême tricolore, frappé en son centre d'une croix de Lorraine.
Mélés à ceux de l'Eurydice, de la Junon, de la Flore, de la Vénus et de l'Ariane sept marins arborent le béret de la Minerve : ce sont ceux qui n'avaient pu embarquer le jour fatal. Après la lecture de la citation à l'ordre de l'Armée et sa brève allocution, le président de la république serre, l'une après l'autre, les mains des parents des victimes. Puis à la surprise générale, il embarque en compagnie de Mr Messmer, à bord de l'Euydice, pour effectuer une plongée au large.
A 11H15 l'Eurydice, dont le commandant et l'équipage n'ont été prévenus qu'à la dernière minute, se détache du quai, tandis que joue la musique de la flotte. A bord, au milieu des marins en bleu, au garde-à-vous, se découpe sur la mer, la longue silhouette kaki du général, qui salue les équipages alignés à terre. Les sifflets de gabier se font entendre. Le submersible glisse lentement vers la rade, vers le large...
Dans le secteur 65 ou disparut la Minerve, l'Eurydice commandé par le lieutenant de vaisseau Gérard Moulineud, descend à 40 m. pendant l'immersion, le général de Gaulle partage dans le minuscule carré le repas des officiers. Il se fait raconter la vie quotidienne des sous-mariniers, leurs problèmes, leurs occupations.le capitaine de vaisseau Pierre Emeury, commandant de la 1ere escadrille des sous-marins, luit fait un "amphi" sur la technique de plongée. Lorsque l'Eurydice fait surface, le capitaine de vaisseau Flohic, aide de camp du président de la république, a jeté dans les vagues, tombeau des marins engloutis, une couronne de rose et d'oeillets cravatée de tricolore. A 13H32 l'Eurydice est de retour au port.

Le Télégramme de Brest ( février 1968 )

Citation à l'ordre de l'Armée des officiers et de l'équipage.


"Le ministre des Armées cite à l'ordre de l'Armée, le commandant, l'état-major et l'équipage du sous-marin Minerve. Armant un sous-marin à haute performance dans les conditions très exigeantes de la navigation sous-marine, ont toujours donné un haut exemple de valeur professionelle et de dévouement au bien du service. Disparus en service commandé avec leur bâtiment devant Toulon le 27 janvier 1968."


Le chef de l'Etat et sa suite sur le pont de l'Eurydice.

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