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Embarquement
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C’était donc le grand jour et je
m’étais faite belle pour l’occasion, car c’était la première fois que j’étais
le témoin d’un tel événement ; il avait certes fallu que je me force un
peu pour abandonner mon occupation favorite, mais je me disais qu’après tout
pareille expédition ne se renouvellerait peut-être pas de sitôt. J’arrivais
donc sur le port au moment où un grand attroupement s’était déjà formé, mais je
jouais de ma fine taille et de ma souplesse pour me frayer un chemin afin
d’arriver au bord du quai, à quelques pas du bateau. J’étais toute satisfaite
d’être aux premières loges pour assister au spectacle, mais ma joie fut de
courte durée : je sentis soudain deux mains me saisir et le mauvais
plaisantin qui m’avait agrippé s’écrier devant la foule réjouie :
« Viens par ici ma belle ! ! ! , on te trouvera
toujours quelque chose à faire ! ! ! ». Mon cri ne
lui fit visiblement guère d’impression, et je compris immédiatement que je
perdrais mon temps à tenter de lui expliquer que j’étais terrorisée à la pensée
de naviguer sur une aussi grande piscine, ou qu’il était inhumain de sa part de
m’embarquer ainsi : je n’avais pas le moindre livre sur moi ; et les
choses les plus essentielles me manquaient également ! ! mon rouge à
lèvres ou encore mon vernis à griffes, qui étaient bien entendu restés à la
maison de mon maître (J’étais pour une fois sortie sans mon sac à pattes ! !).
Oui, car j’avais oublié de vous dire, mais en fait, je suis bien une petite
minette !
Plongée
dans le plus grand désarroi, je ne comprenais toujours pas ce que ces
malheureux pouvaient bien attendre de moi au cours d’une telle expédition,
d’autant que m’étant retrouvée museau à nez dans la soute avec l’un d’entre
eux, je crus comprendre à sa réaction que je n’étais pas exactement le genre de
créature qu’il souhaitait avoir pour ce voyage : totalement pris de
panique, le marin se mit à hurler tout en cognant à grands coups sur la porte,
suppliant qu’on lui ouvre ; d’après ce qu’il essayait de faire comprendre
à ses compagnons d’équipage, il était question de « monstre », de
« panthère » voulant le « dévorer »…Il eut toutes les peines
du monde à réaliser que la porte qu’il essayait à grand peine de défoncer
n’était absolument pas fermée et en fut visiblement quitte pour une bonne peur.
On m’avait donc jetée dans cette cale où étaient entassées toutes les
provisions, et ce n’est qu’au bout d’un petit moment que je réalisai ; car en
fait, je n’étais pas seule à bord : j’avais des compagnons, au nombre de
trois exactement ; certes, ils se sont montrés un peu timides au départ,
craignant visiblement que je ne leur fasse quelque mal ; mais telles
n’étaient pas mes intentions : en dehors du fait que la chair de la souris
est, de toutes, celle qui me paraît la moins fine, je n’éprouve en plus aucune
aversion naturelle envers ces petites créatures attendrissantes ; je
réalisai que j’avais en elles de formidables compagnons de jeu qui me feraient
sans doute trouver la route un peu moins longue ; ce sont donc ces
aventures que j’entreprends aujourd’hui de vous conter : le navire est
parti ; la porte des soutes s’est par enchantement ouverte, (ils savent
bien ce qu’ils font, je ne vais plus sauter du navire
maintenant ! !), et j’en ai profité pour récupérer papier et plume
dans la cabine du capitaine : si je ne puis lire, du moins pourrai-je
écrire…