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Embarquement

 

 

 

* Me voilà embarquée sur une jolie galère ! Moi qui passe d’ordinaire mes journées dans la bibliothèque, à me consacrer à mon plus grand plaisir, la lecture ; je me retrouve aujourd’hui jetée au fond des cales de ce navire, à mon grand regret, mais sans pouvoir faire quoi que ce soit pour améliorer ma misérable situation.

  

  Tout a commencé voilà deux journées : je venais de quitter la bibliothèque de mon maître pour me rendre devant le restaurant CHICHIOUA où j’avais rendez-vous avec un ami : c’est lui qui m’apprit qu’une grande agitation régnait sur le port ; et comme j’étais curieuse d’en savoir plus, je n’hésitai pas en rentrant à détourner ma route pour voir quelle était la cause de ce si mystérieux tohu-bohu. En effet, devant un navire amarré au quai, on pouvait voir s’agiter deux hommes d’armes qui exhortaient les marins rassemblés là à s’engager pour traverser la mer océane. L’invitation n’avait pas l’air de beaucoup plaire à ceux-ci, visiblement très mécontents, mais l’ancre devait être levée dans deux jours et je me promis de venir assister au départ de ce magnifique navire. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*    C’était donc le grand jour et je m’étais faite belle pour l’occasion, car c’était la première fois que j’étais le témoin d’un tel événement ; il avait certes fallu que je me force un peu pour abandonner mon occupation favorite, mais je me disais qu’après tout pareille expédition ne se renouvellerait peut-être pas de sitôt. J’arrivais donc sur le port au moment où un grand attroupement s’était déjà formé, mais je jouais de ma fine taille et de ma souplesse pour me frayer un chemin afin d’arriver au bord du quai, à quelques pas du bateau. J’étais toute satisfaite d’être aux premières loges pour assister au spectacle, mais ma joie fut de courte durée : je sentis soudain deux mains me saisir et le mauvais plaisantin qui m’avait agrippé s’écrier devant la foule réjouie : « Viens par ici ma belle ! ! ! , on te trouvera toujours quelque chose à faire ! ! !  ». Mon cri ne lui fit visiblement guère d’impression, et je compris immédiatement que je perdrais mon temps à tenter de lui expliquer que j’étais terrorisée à la pensée de naviguer sur une aussi grande piscine, ou qu’il était inhumain de sa part de m’embarquer ainsi : je n’avais pas le moindre livre sur moi ; et les choses les plus essentielles me manquaient également ! ! mon rouge à lèvres ou encore mon vernis à griffes, qui étaient bien entendu restés à la maison de mon maître (J’étais pour une fois sortie sans mon sac à pattes ! !). Oui, car j’avais oublié de vous dire, mais en fait, je suis bien une petite minette !

     

*  Plongée dans le plus grand désarroi, je ne comprenais toujours pas ce que ces malheureux pouvaient bien attendre de moi au cours d’une telle expédition, d’autant que m’étant retrouvée museau à nez dans la soute avec l’un d’entre eux, je crus comprendre à sa réaction que je n’étais pas exactement le genre de créature qu’il souhaitait avoir pour ce voyage : totalement pris de panique, le marin se mit à hurler tout en cognant à grands coups sur la porte, suppliant qu’on lui ouvre ; d’après ce qu’il essayait de faire comprendre à ses compagnons d’équipage, il était question de « monstre », de « panthère » voulant le « dévorer »…Il eut toutes les peines du monde à réaliser que la porte qu’il essayait à grand peine de défoncer n’était absolument pas fermée et en fut visiblement quitte pour une bonne peur. On m’avait donc jetée dans cette cale où étaient entassées toutes les provisions, et ce n’est qu’au bout d’un petit moment que je réalisai ; car en fait, je n’étais pas seule à bord : j’avais des compagnons, au nombre de trois exactement ; certes, ils se sont montrés un peu timides au départ, craignant visiblement que je ne leur fasse quelque mal ; mais telles n’étaient pas mes intentions : en dehors du fait que la chair de la souris est, de toutes, celle qui me paraît la moins fine, je n’éprouve en plus aucune aversion naturelle envers ces petites créatures attendrissantes ; je réalisai que j’avais en elles de formidables compagnons de jeu qui me feraient sans doute trouver la route un peu moins longue ; ce sont donc ces aventures que j’entreprends aujourd’hui de vous conter : le navire est parti ; la porte des soutes s’est par enchantement ouverte, (ils savent bien ce qu’ils font, je ne vais plus sauter du navire maintenant ! !), et j’en ai profité pour récupérer papier et plume dans la cabine du capitaine : si je ne puis lire, du moins pourrai-je écrire…