Poèmes illustrés



       

Illustrations de poèmes par des toiles et dessins

de Silvaine Arabo


Dernière mise à jour : 04/12/99

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Extrait du poème :" Venez marins..."

( Leïla Zhour )  

( ... )

Soyez le corps où s'enracine ma sève aux réminiscences salines !

Les vagues ont appris à mes sens les balancements languides de

l'attente.

Laissez aux hommes de terre la droiture immobile des lits désenchantés !

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Couchez dans les hamacs de mes rêves atlantes

Vos forces enrichies aux vents et aux cyclones

Que je les berce de ma voix de brume tiède.

Laissez glisser sur vos peaux nues mordues de sel amer

L'ondée des matins clairs qui perle à mes lèvres fécondes!

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Venez marins, oh oui venez ! Prenez la main que je vous tends !

Buvez l'immémoriale poésie dans les hanaps de nacre translucides.

Buvez l'immensité sans frein de l'océan qui peuple ma folie

Et dans la démesure que je vous offre, prenez la mer et sa puissance !

Vous serez forts et invaincus quand les flots couvriront de leurs draps

bleus

Nos corps enlacés dans l'élan de la soif et du désir.

En nous naîtra le rythme d'un intarissable ressac

Et les masses grondantes des eaux immenses se prosterneront à vos

pieds.

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Prenez la mer ! Prenez le corps parfumé d'iode que je vous offre !

Soyez le seigneur à la nage puissante que nul orage ne défie !

Riez aux amarres timides et dites à vos gabiers qu'ils se déploient aux

vents !

Etirez sans finir le baiser qui éteint mon chant

Et le livre tout entier à votre souffle avide des beautés outremer.

Laissez l'étreinte de vos espoirs mêler sa force à mon appel,

Que nos rêves se croisent et s'entremêlent, que nos voix s'initient.

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Sentez comme l'océan en vous peut se dissoudre

Et de ses innombrables sels irriguer vos corps abandonnés.

Soyez, par ce don sans retour, les héros de mes rêves en devenir !

L'amour surgi en vous dans la nuit mugissante éclairée de mes stances

A expulsé toute peur, toute retenue et vous êtes désormais là,

Offerts en pleine liberté à mon désir violent et absolu.

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Venez à moi, marins ! Que ma chevelure irisée d'écume enlace vos

visages !

Que l'attouchement de mes insaisissables mains caresse vos dos

puissants

Et vous glissez à moi ravis, aimants, sur des tapis d'algues frangées.

Aimons-nous sous l'arche de lumière aux mille reflets,

Sous les grappes épaisses et blanches qui retombent en gerbes

assourdissantes

Des cimes éphémères lancées au ciel par de furieuses marées.

Délivrons l'épaisse falaise du chant de mes souffrances

Et nageons à n'en plus pouvoir dans les flux éternels vers des lagons

limpides

Où nous coucherons à jamais dans les replis immuables

De l'or désincarné des sables dormants offerts à la lumière du temps.

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Leïla Zhour

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    "Soleil rouge et harpe sur mer ", huile sur toile de Silvaine Arabo

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Mise à nu

Violence et séduction

Le regard glissé sur mon corps vêtu

Fourreau de soie jusqu'aux chevilles

Et mes reins

Cambrés déjà pour une caresse à venir

Désir à chaque pas

Ta main qui ne vient pas

.

Marcher si lentement que la lune s'ennuie

Passer jusqu'aux ténèbres et cueillir un reflet pourpre

Ma robe moirée chatoie dans ton silence

Les hanches

Bercées déjà dans le rythme à venir

Et cette rage de te saisir

Violence encore, ce désir

Ta main qui ne vient pas

.

Laisser glisser sur l'impudique satin de la peau

La liasse des tissus dénoués de mon corps

La fureur lente des doigts éternisés à l'extrême de l'étoffe

Le sol jonché de moi en fragments dénudés

Mes yeux d'ébène

Et leur frayeur dans l'étirement de ton absence

Ta main si froide ne vient pas

.

Violence à se perdre de peur

Violence de tout mon corps qui te trahit

Traversée du désir

Je cueille sur ton visage mes larmes d'hier

.

Séduire encore le désastre de ton coeur

Ultime faiblesse dans la mort qui me prend

Ta main, une fois encore, contre mon sein

.

Leïla Zhour

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" Nu vert ", dessin acrylique de Silvaine Arabo, 1997

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Alif

Voix de femme

Vocalise enroulée autour d'Alif

Liseron puissant et délicat brodé dans la nuit qui se tait

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La voix, la voix possédée de son génie propre

Volutes de sons jusqu'à saturation des sens

Et le désir

jailli des plus secrets recoins de la mémoire

Et le désir subit du geste sculptant l'air raréfié

fugitif dessin du corps qui vit

.

La danse se noue et se dénoue tout au long de mes jambes

Le ventre s'éveille au balancement opiniâtre du rythme

scansion des pieds à l'épreuve du sol dur

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Danse, danse, pas encore l'ivresse mais déjà cette rage

Danse, danse, mouvement incrusté jusqu'à l'âme dans le souffle durci

Danse, danse, folie et frénésie du corps au-delà de toute esthétique

mais qui, furieux, enlace dans l'espace son désir de vie, désir d'amour

.

La voix, le geste

Pureté d'un lien scellé à l'aube des temps

Mes épaules chavirent

Mes épaules livrent mes bras à la souveraineté du geste

et le sceau d'un instant hors du présent s'est apposé sur mon front

.

Danse, danse, presque une transe mais pas encore

Danse dans la fièvre du violon possédé

Danse dans la fougue des derboukas endiablés

Tissu sans figure d'un décor tutélaire aux profondeurs de nuit sans

lune

.

La voix, le corps, mariage des sortilèges

et elle chante et je danse

Les mots d'amour tirés du puits de sa poitrine sont les ors d'un désir

épandu à mes pieds

La voix, le geste

Geste sacrée, le pas inaliénable de la vie

Leïla Zhour

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"Signes et Cheminements ", huile sur toile de Silvaine Arabo

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Le silence te creuse...

(Marie Bataille)

Le silence te creuse

et fend ton corps comme une mangue

Il t'ouvre

à l'attente immuable

suspendue aux séchoirs du temps

.

Tu épargnes ton souffle

pour ne pas lacérer la nuit

car toute nuit est mutité

et levain d'antique mémoire

.

La nuit est pierre fécondée

l'Accouchée des aubes candides

.

Ainsi comme une écorce à vif

ta chair convexe se déprend

pour engainer l'immémorial atoll

.

Et tu te re-connais

Tu ré-unis ton nom et ta souche

                                 Tu es Source.

.M.Bataille

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" Mémoire ", Huile sur toile de Silvaine Arabo ( 1992 )

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C'était là - bas...

Là-bas c'était là-bas

où l'on buvait du ciel

son blanc de lait bourru et son odeur de paille

le soleil à plein sable et blessure de sable...

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Les cris des piroguiers

se crucifiaient aux palmes - clouaient la vibration des cils -

et laciniaient le ciel de gerbes éblouies

.

Là-bas c'était là - bas

au milieu des senteurs de terre et de nafé

elles étaient racine et source et nourriture

- lourd tam-tam des pilons sur le mil et les rires -

les belles femmes noires droites et nues

.

Là-bas c'était là-bas

les cocotiers ventrus comme des aryballes

qui portaient à leur front

les grappes de la soif

.

Là-bas, c'était là-bas, dans un pays d'ivoire

comme havre alangui sur la grève océane.

M. Bataille

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." Femme et Fleurs ", huile sur toile de Silvaine Arabo ( 1991 )

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Sur les flots

Image empoussiérée du vieux livre du monde

Rêverie des matières où l'on s'accouple et plonge

Au coeur de l'élément.

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Marcher, oh oui ! marcher ! marcher sur ta surface folle

sur ta surface folle et dense

Et sentir sous la courbe du pied ta masse d'eau molle

où j'avance.

Palper la perfection de toutes tes cellules, tes atomes serrés

et ton creux, sous la chair, encor plus creux

encore plus ligaturé, aspiré, inséré

plus courbe encore et plus plastique plus coulant que ton dos

sous le pied de l'Hébreu

.

Pour retrouver ce sel qui crisse dans mon sang.

M.Bataille

." Marche sur les eaux " , dessin acrylique de Silvaine Arabo ( 1999 )

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Nuit

Même la nuit la plus légère

a ses enroulements qui feulent

ses vacillements incertains

la soierie du gibet

.

Et pourtant

dans l'irradiance de l'obscur

on ouvre l'embrasure

enrobé

dans l'écartée des eaux

où l'on frissonne

à peine

.

S'ouvrant le corps

aux portes tutélaires

sous la fraisure même

du venin.

M. Bataille

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" L'Arène ", huile sur toile de Silvaine Arabo.

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