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Poésie et Musique
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Vibrations (Silvaine Arabo.)
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Du rapport entre poésie et musique
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Par Silvaine Arabo
(...)" Cet aspect musical est essentiel à la poésie: elle est d'abord vibration, et vibration
qui s'enchâsse dans la vibration, c'est-à-dire rythme. Elle ordonnance mathématiquement
le grand Silence sous-jacent, qu'elle fait passer de l'état indistinct de chaos, c'est-à-dire de
potentialités informes, à l'état de cosmos au sens où les Anciens entendaient ce terme.
Ecoutons Rilke :
"Est-ce en vain que jadis la première musique pour pleurer Linos osa forcer la dureté
de la matière inerte ? Si bien qu'alors, dans l'espace effrayé, que, jeune et presque dieu,
il quittait pour toujours,le vide,ébranlé,connut soudain la vibration qui nous devint exta-
se,réconfort, secours."
(" Elégies de Duino" : première élégie, Edit. Seghers, coll. " Poètes d'aujourd'hui " )
Le poète incante, il est Pythie, Prière, Mantra : il libère des mots leur couleur propre,
qui est Musique. " De la musique avant toute chose", préconisait Verlaine dans son "
Art Poétique", et Saint-Pol Roux :
"Le vrai poète,ce n'est pas un pêcheur de rimes d'or au fond d'un encrier noir,c'est
cette multitude extrayant sa détresse et sa gloire dont elle signifie le drame symbolique
dans l'espace qui s'en meublera."
(" Repoétique", Edit. Rougerie )
L'Idée véritable - au sens platonicien du terme - est Musique, architecture de la trans-
cendance.
"La Musique souvent me prend comme une mer" écrit Charles Baudelaire dans ses
"Fleurs du Mal"
("Spleen et Idéal " ) . Et Eichendorff, contemporain allemand de Goethe:
"Un lied sommeille en toutes choses
Qui toujours plus loin vont rêvant
Et le monde se met à chanter
Sitôt trouvé le mot magique"
Noëlle Doyen: " Poésie et Musique "
La langue primordiale, s'il en fut une, celle, peut-être d'avant la mythique Tour de Ba-
bel,n'était-elle pas Musique, c'est-à-dire poésie, vibration incantatoire ? (Rappelons-nous
le mot latin"carmen"qui signifie tout aussi bien "chant" que "incantation, formule magique").
N'était-elle pas cette langue que tous comprenaient et à travers laquelle tous se comprenaient,
vivant leur multiplicité dans une sorte d'Unité Primordiale? (N'oublions pas que "com-pren-
dre",c'est prendre en soi, avec soi).
Quel est donc cet "âge d'or"dont nous parlent, chacun à leur manière, tous les mythes de
la terre?La conscience la plus haute instaure le règne de la langue une et sacrée, qui est aussi
Musique.
Ainsi le poète va réorchestrer le monde, l'accordant à sa vibration première, qui est Chant,
Danse,Théâtralité : sa lyre et la lyre du monde n'ont jamais été qu'Une.
"Retenons que le monde de la vie est musique: plaintes, cris, sanglots, hurlements, mur-
mures,nous assaillent bien avant de recueillir le sens. Humains, nous avons donc à composer
de la musique à chaque instant pour survivre, sentir, communiquer", écrit Noëlle Doyen.
( " Poésie et Musique" ).
Le dire du poète est vital, de l'ordre de l'essentiel (dans tous les sens du terme). S'il est
homme de transcendance parce qu'il nous ouvre les portes d'un infini qu'il sait "dénicher"
aussi bien dans le chant -champ- de l'infinitésimal que dans celui du grandiose ; parce qu'il
transmet connaissance et beauté, il l'est aussi - par voie de conséquence - dans cette jubilation
secrète qu'il imprime à notre âme et jusque dans les cellules de notre corps: le lire est joie,
joie la grande expansion dans l'infini de Soi et du Monde (ce qui recouvre une seule et mê-
me Réalité)."
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Extrait de "Poésie et Transcendance" , essai (Edit. Club des poètes, Paris 1995)
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Du rapport entre poésie et musique -
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Par Vincent Di Sanzo
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La perception de la musique dans la poésie est aussi liée à la manière de lire le poème.
On peut se demander quelle part de musique reste au poème dont la lecture est devenue si-
lencieuse (on lit dans sa tête, on fait rarement l'effort de lire à haute voix).
La musique ne provient plus du chant de la voix, mais de celui de l'âme, elle ne provi-
ent plus des mots (c'est peut-être pour cela que certains n'aiment pas les rimes), elle émane
du sens des mots.Sans faire l'apologie de la poésie lyrique, je trouve que la voix apporte
aussi le mouvement, la musicalité, l'émotion.
Le tempo adopté, les silences, l'intonation donne du poème une interprétation possible.
Etre sensible au poème c'est peut-être aussi écouter tout cela ...
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" Le Jardin de Valiane " ( Avril 1997 )
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Les mots du chant? le chant des mots ?
( par Yves Heurté )
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J'entends déjà dire: plutôt qu'un discours dans le genre "France Culture"
acoquinée avec "France-musique", faites nous une chanson poétique ou un
poème chanté et qu'on n'en parle plus!
Las! Pauvres poètes! Je vais vous jouer un "thème et variations" sur mu-
sique et poésie plutôt qu'un "divertimento". Mais qu'on se rassure. Je suis
poète à vie, que j'ouvre ma fenêtre au matin, que je m'essaye à siffler quel-
ques notes de Vivaldi ou à conjurer les démons pervers d'un metteur en scè-
ne, que je me mette à aimer un rocker ou à me moquer d'un chanteur d'opé-
ra qui estropie mes vers, que j'adore le petit garçon de Conakry qui me
chante en sautant sur un pied dans la brousse, ou que je maudisse le compo-
siteur qui me fait déchanter en écrasant un texte sous des musiques qui n'ont
rien à voir.
Reprenons " Da capo".
Donc le hasard, le désir, et parfois la rage, tous sentiments poétiques
confondus, ont fait que pas mal de mes textes soient chantés, portés à la scène,
mariés à l'orgue ou à des voix pour le meilleur ou pour le pire, que certains po-
èmes aient donné des livrets d'opéra inattendus, d'autres des oratorios avec la
surprise de trompettes que je n'attendais pas entre mes mots, and so on di-
raient les ardents défenseurs de la gallophonie.
Au début, quand ça ne marchait guère, devant le tribunal des poètes intégristes
je trahissais le Verbe, je m'acoquinais avec les médias,j'étais une sorte d'inverti
poétique.
Bémol soudain quand tel de mes poèmes, une fois porté à la scène et soutenu
par des musiques, touchait quelques dizaines de milliers de spectateurs et s'expor-
tait très loin tandis que la vente de la plaquette originale dépassait gaillardement
les mille, que tels poèmes chantés passaient des centaines fois sur les médias, et
ce sans en modifier un seul mot.
Les détracteurs devenaient des jaloux, avec d'ailleurs autant de sottise, car le
succès, en ce monde médiatisé, n'est guère preuve de qualité. Il montre seulement
que le support de diffusion est bon, et que le produit correspond à une attente du
public ou des commerciaux qui fabriquent ses goûts.
Car si on parle de musique, et à plus forte raison de son mariage avec le texte,
on ne peut éluder d'en envisager les moyens de communication. Et les problèmes
posés ne seront pas minces!
Premier constat pénible, et même douloureux: le livre, pour la poésie, est deve-
nu le plus mauvais agent de diffusion possible, à supposer qu'on daigne encore
la diffuser. Le petit tirage de plaquettes vite épuisées et rarement rééditées ne lais-
se aucune perspective de durée à l'oeuvre. La poésie se cherche souvent dans la
position du musulman en prière dans les bas rayons des FNAC.
Le handicap d'un prix élevé, lié à ce petit tirage, devient prohibitif. Il s'agit là
de dilemmes quasi génétiques de l'édition de poésie, dont on cherche la solution
depuis des lustres. Les nécessités, pour le profit, des grands tirages actuels n'ont
fait qu'aggraver le problème. S'il faut bien entendu préserver le support noble et
parfois beau du livre, en faire une exclusivité serait vivre à côté de son temps, être
frileusement maso et suicidaire. Surtout si l'on veut diffuser avec quelque succès
des oeuvres mixtes, associant plusieurs formes d'expression artistiques, tendance
qui sera de plus en plus dominante, les nouvelles technologies le permettant.
Mais revenons au mariage de la musique et du texte:
N'est-ce pas dire une banalité que de rappeler que la mélodie est déjà dans les
mots? Ceux qui refusent la mise en musique d'un poème sont souvent les mêmes
qui n'en sentent pas la nécessité, par refus de l'oralité. Or une grande part de la
poésie n'est qu'une mise en musique de l'image, surtout dans les langues scan-
dées. Il n'est que d'entendre un Russe un Latin ou un oriental dire des poèmes.
Ils chantent naturellement leurs mots, à la manière des choeurs antiques.
Il va de soi que tenter de mettre en musique un poème sans musicalité interne et
de structure complexe très intellectuelle aboutirait à le détruire, même si son conte-
nu est excellent. Tout au plus pourrait-on lui offrir un appui musical, et encore...
Ne parlerons donc ici que des poèmes qui, chantant d'eux-mêmes,appellent natu-
rellement la mélodie.
Si le poète est lui-même musicien, ce qui est mon cas, il n'est pas évident qu'il
marie la meilleure musique possible avec son propre poème. Créateur simultané du
texte et de la mélodie, il va dériver vers la chanson, qui n'est pas la poésie chantée
et par certains côtés lui est fondamentalement opposée. Quand il m'arrive de mettre
mes propres mots en musique, pour des choristes ou des solistes, je fais carrément
des chansons dont l'air et les paroles sont écrits simultanément et donc l'un par et
pour l'autre.
Dans le poème chanté, au contraire, le texte est un préalable, sans caractère inten-
tionnel. Il ne doit en aucun cas être le charbon qui fait marcher les wagons d'un
compositeur. Nous ne sommes pas des paroliers, et si nous le sommes, autant le
dire.
On peut donner ces quelques conseils:
1/ Le choix des poèmes à mettre en musique doit appartenir au musicien et à lui seul.
S'il y a commande, c'est rarement bon.
2/ Le poète doit laisser en paix le musicien jusqu'à l'aboutissement de l'oeuvre.
3/ Le poète doit savoir écouter longuement et avec respect cette nouvelle oeuvre avant
de crier à la trahison, mais il aura le droit de le faire en dernier ressort... quitte à se
brouiller à mort avec son compositeur!
L'un de mes poèmes, mis en musique et chanté par Martine Caplanne,puis orches-
tré par Christian Laborde a fini en tango typique, avec guitare, bandoleon et tout le
bataclan, et un clin d'oeil par dessus le marché. Il a fallu que j'écoute "çà" souvent
pour m'apercevoir qu'en fait de trahison, mon poème était typiquement, dans l'esprit,
un tango que la musique révélait comme tel.
Tout ce qui précède a été dit pour le poème chanté, genre en général assez bref.
D'un autre souffle est le poème long qui va servir de livret à un opéra, un oratorio,
un choeur parlé sur fond orchestral etc. Son exécution va nécessiter du souffle, de
gros moyens humains et financiers, un compositeur averti, et une parfaite entente dès
le départ. On ne laisse pas travailler quelqu'un des mois sur son texte pour lui dire à
la fin qu'on ne veut pas de sa musique.
(Appel au peuple: je cherche un compositeur pour un requiem d'une heure environ
sur la mort d'un orgue. Avis aux courageux capables de composer pour l'orgue et de
maîtriser les choeurs parlés et chantés déjà écrits et publiés chez Rougerie!)
Un genre, plus difficile encore, consiste à associer le texte non seulement à la mu-
sique, mais aussi avec les lumières et les inventions plastiques. Ce mariage à quatre
demande de grands professionnels mais le verbe, religieux ou profane, sera porté
très haut. En quelque sorte, sacralisé. J'en ai fait l'expérience avec les Grandes Ma-
rionnettes de Metz.
Un des grands intérêts de telles créations mixtes sera d'atteindre un public pour
lequel la poésie est une vieille dame abandonnée par ces temps de technologies
triomphantes. Ce public va être pris de court. Il n'était venu "que" pour un spectac-
le musical et redécouvre avec surprise la source perdue des mots.
Mais la véritable révolution , quand on aura marié ces expressions artistiques
différentes à un texte, se fera dans le choix de ses supports de diffusion. On se re-
trouvera vite plongé dans le bouleversement des données de ces dernières années,
cette implosion du numérique qui court si vite qu'elle n'est plus contrôlée.
Les K7, C.D., C.D. Rom, disquettes numériques, multimédias, web et j'en pas-
se, voient leur coût s'effondrer. Ils circulent facilement, ne s'abîment pas, permet-
tent des copies en un clin d'oeil de centaines de pages sur une disquette à cinq
francs, sont compatibles avec de très petits tirages et reproductibles indéfiniment.
Ils peuvent désormais contenir à la fois le son, l'image, et le texte compressés.
L'expérience montre que, de plus en plus, l'éditeur demande à l'auteur son manus-
crit et sa disquette informatique (comme c'est le cas pour cet article).
La puissance de ces supports numériques et leur généralisation sont redoutables
car difficiles à maîtriser. Et nous n'en sommes qu'au tout début. Mais détournés
de leur usage normal, ils peuvent servir à sauver les créations fragiles et aléatoires
que sont la poésie et la musique. (Ce grave sujet, de plus en plus brûlant, deman-
derait des pages et des pages de discussion. Ce n'est pas notre propos ici).
Plus familiers restent encore les moyens devenus traditionnels: la radio et la
scène, qui permettent de toucher un public qui n'aborderait que rarement le monde
de la poésie, s'il n'était lié qu'à sa seule lecture. Contrairement à une erreur com-
munément admise,théâtre, chant et médias, loin de tuer le livre, l'aident à se déve-
lopper. (les ventes en après-spectacle d'une plaquette de poèmes qui auront été jou-
és ou chantés n'ont rien de comparable avec celle des traditionnelles "signatures de
bonne volonté".) Le C.D a suscité en France un étonnant développement de la prati-
que populaire de musique instrumentale et vocale.
Ajoutons toutefois un gros bémol sur la partition lyrico-numérique que nous ve-
nons de chanter.
Le risque de trahison et de détournement qu'entraîne un mélange des genres, parce
qu'il va retrouver les courants commerciaux actuels,restera toujours très réel. A nous
de nous défendre des matraquages du "clip", de toutes les récupérations publicitaires
occultes, etc...Si l'utilisation de moyens techniques révolutionnaires dans le sens fort
du mot, permet de produire des formes inédites, qu'elles restent toujours dominées
par le créateur. Il faut bien avouer que la puissance de l'argent et des multimédias ne
rend pas cette maîtrise facile.
Certains diront: le livre, rien que le livre, si tout le reste est si dangereux. Lui seul
reste notre partenaire honnête et reconnu.
Mais la vision ancienne du livre lu et relu dans l'intimité du silence et de la solitude
nous semble de plus en plus aléatoire, dans ce monde bruyant haché par le téléphone,
une vie sociale fragmentée,la fatigue des transports et la télévision du voisin.
Paradoxalement, la salle la scène ou l'église, protégées de cette agitation et de ce
fracas, vont recréer des moments de solitude en commun plus favorables à une écou-
te fine. Mieux : une interprétation vivante en public multipliera les stades de la créa-
tion. Une salle porte l'interprète qui porte lui-même plus loin le texte ou la musique
qu'il sert.
Nous n'aurons pas fait le tour du sujet, tant s'en faut, mais en conclusion, on pour-
rait dire que la " modernité " nous amène inéluctablement vers la convergence des
formes d'expression artistiques où la musique et l'image sont en train de se tailler la
part du lion. Il ne faut pas en avoir peur mais s'engager dans ces recherches, si on
veut sauver le texte poétique lui-même et le langage écrit de leur déclin.
Le grimpeur n'est-il pas aussi fragile devant sa montagne qu'un poème devant son
public? Mais quand il voit un sommet, il y va.
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Yves Heurté
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