LA POESIE ET LA VIE
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Aucune démagogie dans le texte qui suit,d'Emmanuel Berland, dont les accents
de vérité et de beauté font tellement chaud au coeur en ces temps, comme il le
dit lui-même " de vulgarité sans bornes ", où le mot, cynique mais aussi sophis-
tiqué - afin de dissimuler le grand vide de la " pensée" ambiante - se fait miroir
d'une âme collective bien malade ...
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POUR LE POETE, POUR LES PROCHAINS VIVANTS
( PAR EMMANUEL BERLAND )
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J'ai fait une revue de poésie
pour une poignée de gens de coeur
qui ne malmènent ni le quotidien
ni l'invisible
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Cette revue je l'ai voulue belle,
simple, colorée comme la vie
je l'ai appelée POESIE TERRESTRE
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un renouveau de la pauvre parole inconnue
prophétique
peut passer par ses pages
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Comme le grandiose Emerveillement
comme l'attention extrême portée aux délicats miracles quotidiens
du réel
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On n'a pas toujours été tendre avec le poète .
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Le poète n'est pas simplement une bête abattue dans le fossé de ses marges, qui se
raccroche aux lignes comme à des branches glissantes ;
il propose un éveil, ses mots doivent gifler l'endormi, tels des modèles, des possib-
les de la pensée, du comportement, du rapport personnel ou universel aux choses.
A lui de colporter l'impossible .
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Le silence vendangeur, la vulgarité sans bornes de cette époque marchande, sont ses
alliés les plus intimes. Tant mieux si pour les plus nombreux, les ignorants, les anal-
phabètes de l'âme, les combats de la poésie sont perdus d'avance. Qu'ils nous lais-
sent les mener seuls, au profond secret des anciens châteaux de forte foi, au juste end-
roit du cosmos.
Rendus libres par l'indifférence qui vainement nous assaille, indifférence de ceux dont
les actes et l'être sont appelés à périr. Ceux pour qui tout est prétexte à engranger de
l'argent, du lard, du pouvoir .
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Poésie publique, haillons sonores ...
S'il n'y a qu'une personne, fais comme s'il y en avait mille.
S'il y en a mille, fais comme si tu étais seul. L'enchantement fera le reste.Pureté de l'ins-
trument, indépendante de ceux sur lesquels elle s'exerce. Incantation universelle, imper-
sonnelle.
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Devenir de plus en plus présents, de plus en plus éternels dans l'instant, effacés dans la
tâche de faire les choses les plus belles, nous perpétuer, agrandir l'espace du vivant de
l'intérieur, et rendre cet espace de plus en plus supportable aux autres. Qu'autour de not-
re tâche, tout soit rendu un peu plus fort et libre .
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" Poète du rien ", parce que cette simple présence des choses qui ont poussé toutes seules
suffit sur terre : il faut beaucoup d'humilité pour n'accepter comme santé que la présence
poétique d'un monde toujours en devenir. Ne cultivant que son homme en soi, plus parti-
culièrement. Et si l'on veut bien considérer le projet qui nous a fait naître et renaître, qui
nous fait exister, considérant l'immensité du tout dont nous sommes les dépositaires, les
apprentis conscients, considérant l'immensité de cette élévation, l'univers, comment ne
pas rester humble ?
C'est le sens de l'humilité actuelle, sempiternelle, intrinsèque de la poésie.
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divine dans son essence, humaine par ses espoirs
mendiante de ses moyens
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Puisqu'elle nous annonce, nous remet entre les mains du monde, sans cesse reparlé et
guéri par ses voies, comme elle nous réclame et nous devance, je l'appelle LA DEVAN-
CIERE.
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Des miettes du sens ont fait un banquet
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L'entrée en poésie est avant tout d'ordre initiatique, comme la quête du Graal elle propose
un monde en perpétuelle métamorphose. Sa recherche, pareillement est celle d'une lumi-
ère de Paradis qui passe par le dénuement, la nudité par le chas d'une aiguille .
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la poésie lave à grande eau les
échos d'au-delà
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Exactement : une voix un ange sont là .
Nous avons une destinée qui attend et dialogue sans cesse ; tout est tracé pour renaître par
le verbe. Je le vérifie avec ma revue POESIE TERRESTRE, tous les obstacles sont fran-
chis comme par enchantement, la poésie avance inexorablement.
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Enfin avoir accès au monde ! il est certain que tout communique par nos syllabes, sons et
couleurs sont vraie demeure, le but assigné à l'espace : l'incompréhensible, ce qui ne fut
jamais auparavant, mais qui est devant soi toujours, et par quoi l'on s'apparente aux maît-
res de jadis, cet incompréhensible est relié au souffle d'aube originel, par des fils invisibles,
à ce jour inconnus.
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Quels rapports entretiennent vie et poésie ?
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La Québécoise Gertrude Millaire nous livre ici quelques-unes de ses réflexions sur
le sujet....
G.Millaire ne limite pas la poésie à l'écriture.Elle rejoint cette idée que m'exprimait autrefois
le cher et trop tôt disparu Guy Chambelland : " La poésie,c'est d'abord une manière de
vivre",affirmant elle-même : " La Poésie est un état de vie " qui s'exprime " dans le
quotidien ".
Bien des poètes, dont la vie et le comportement ne sont pas toujours très ... poétiques ,
pourraient méditer ces phrases...
Silvaine Arabo
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"Vivre c'est poétiser " oui, je l'ai dit et j'y crois toujours.Enfin ! disons que c'est ma
conception de " vie".
La vie s'exprime dans le souffle: inspiration, expiration. Mais attention , il ne faut pas
confondre "vivre" et" exister".
Qu'est-ce que vivre ? - Respirer l'air du temps ?Se perdre dans sa soif du pouvoir ?
Augmenter son chiffre d'affaires ? Faire l'étalage de ses diplômes ? Devenir président,
ministre, que sais-je
encore ?
Tout cela, et seulement cela, n'est qu'apparences de vie. Bien petit pour moi l'être qui
se croit grand, monté sur de telles échasses. On peut vivre ainsi de gloire ou de néant sans
pour autant être vivant.
VIVRE, c'est être conscient de son respir, de sa fragilité et de sa force.
ÊTRE CONSCIENT, c'est vibrer à l'impalpable aura qui habite l'univers.
VIBRER, c'est ressentir toute cette beauté qui voyage dans nos cinq sens.
RESSENTIR, n'est-ce pas le propre du poète ?
Qui est ce Poète ?
Est-ce cet être taciturne, enfermé dans son grenier à écrire sa rime ?
Ou cet autre traînant dans les rues, titubant son mal de vivre ?
Ou encore cet alcoolique des grandes sociétés, fréquentant les salons et les grands
écrivains ?
Soit! il y a graine de poète dans chaque individu mais encore faut-il la laisser germer.
Le poète c'est toi, c'est moi, c'est nous : le peintre, l'artiste,l'écrivain , le musicien ,
l'homme de la rue. On ne devient pas poète en écrivant de la poésie; on naît poète et la
poésie se vit dans le quotidien. C'est un état de vie et non pas une profession.
"Vivre c'est poétiser" et poétiser c'est porter un regard sensible sur la vie en général.
C'est vivre dans un état d'émerveillement tant par la beauté des choses que par la rage
que suscite leur stupidité.Le poète...un rêveur ! Peut-être mais un rêveur qui croit en son
rêve,un magicien qui joue des ombres et des lumières, une âme d'enfant mêlée de douces
folies, tantôt sagement fou, tantôt joyeusement triste. Un visionnaire qui voit plus loin que
la ligne d'horizon, qui entend l'inaudible des notes et devance parfois son ombre . Ce qui
le rend vulnérable, un peu incompris sur ses routes parallèles."Poétiser sa vie " , c'est
vivre dans l'instant , sans ramasser les cailloux ni compter les égratignures, le regard droit
devant, le poète suit son filon dans l'or du temps à la recherche d'absolu et de vérité.
Je sens la brise, goûte chaque battement, entends le silence, vois l'invisible et touche
l'impalpable secret des choses.
Et ce poète, Emile Nelligan disparu trop jeune, vous dirait :
"Laissez-le vivre ainsi sans lui faire de mal !..."
Car vivre , c'est poétiser, c'est vivre sa sensibilité .
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( Texte mis en ligne le 15 Juillet 1997 )
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Le " Vivant " est dialectique avant toute chose et la Poésie se situe
entre esprit et matière, là où il n'y a pas de fossé, pas de forme,
pas de fonction si ce n'est mensonge / vérité d'un rêveur
et d'un messager.
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