Dernières actualités poétiques : août 2002

 



               ACTUALITES  POETIQUES


Dernière mise à jour : 1er novembre 2002


Septembre-octobre-novembre 2002

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La critique de Georges Sédir

Gabrielle Althen, Sans preuves, Dune.

Un petit livre sous couverture ivoire et gaufrée, d'une présentation élégante - avec un titre péremptoire :

"Sans preuves" se réfère à une parole curieuse de Braque, selon qui "les preuves fatiguent la vérité". On

pourrait bien entendu soutenir l'inverse, mais l'auteur a voulu sans doute se donner la plus grand marge

de manoeuvre pour nous transmettre, à sa façon, son propos et ses rêves.

Universitaire, connue par des essais et recherches sur la poésie et l'art, traductrice de Rilke, Gabrielle

Althen a déjà fait paraître dix recueils, notamment Présomption de l'éclat (Rougerie, 1981), qui lui

a valu le Prix Louis Guillaume.

Elle évite la propension des professeurs et des doctes à composer une poésie "intellectuelle". Tout à l'in-

verse, elle a inventé son propre style et veut se mouvoir dans un monde passionnel et passionné qu'elle

façonne ou transpose. Contre des obstacles et des maux que nous ignorerons toujours, puisqu'elle les

mentionne sans les nommer, elle veut "réapprendre la vie sauve, la violente, l'alarmante vie sauve!". On

lit dès le début le récit d'une sorte d'éveil ou de libération ambitieuse et ardente :

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     J'ai marché, neuve, et la terre était sacrée, je me suis souvenue que je n'avais pas eu de

     jeunesse, ma vulnérabilité sanguinolente en ayant tenu lieu. (...) Seuil ! Seuil ! Seuil !

     Cela se fit sans un cri : j'ai forcé la porte du nuage. Derrière l'église, trébuchante sur des

     ricochets d'or, j'ai soulevé tous les voiles.

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Ces quelques lignes suffisent pour donner le ton d'un ouvrage étonnant. Il faut se laisser porter par ce

courant fiévreux qui charrie souvenirs, joies, chagrins et désirs. La langue est d'une haute tenue, origi-

nale, très vivante. Hormis quelques pages en vers, on découvre une série de poèmes en prose dont plu-

sieurs sont de brefs chefs-d'oeuvre. Si l'écriture est claire, alternativement classique et baroque, les réfé-

rents ne le sont pas toujours et, comme dans la lignée surréaliste, on côtoie des éléments irrationnels ou

initiatiques. A titre d'exemple, ce brillant incipit :

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     La beauté antique prit le néant, le monta sur un chaton de bague, puis le hissa sur le fronton

     d'un temple et fit de nous ses orphelins.

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Caractéristique aussi est la tension mentale ou affective qui imprègne le discours. L'auteur n'hésite pas,

dans le premier extrait cité plus haut, à souhaiter une vie "violente", comme si elle avait résolu, pour sa

libération, d'opposer violence à violence. Opération cathartique ? On pressent des combats intérieurs ou

extérieurs dont la dureté peut troubler, voire inquiéter, ainsi qu'une quête sensuelle sans limites et un ur-

gent besoin de dialogue. Vers la fin, on apprend que l'amour triomphe, qu'un certain homme s'est affir-

mé. Mais le désir ne se dirigera-t-il pas vers d'autres buts, plus vastes, plus généraux ?

On peut le supposer en relisant la page ultime, intitulée "Art poétique", qui est un brillant hommage à Mo-

zart et, par son intermédiaire, à l'illumination que prodigue la réalisation artistique. Or on y découvre cette

phrase : "Il écrivit entre nos ruses et le plaisir le nom imprononçable". Cette notation fugitive rappelle aus-

sitôt la dénomination secrète de la Divinité chez les Hébreux ou la "parole perdue" de l'ésotérisme.

Gabrielle Althen a écrit avec Sans preuves une oeuvre dense et précieuse, mystérieuse, troublante et sé-

duisante.

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Jean Cussat-Blanc, Offert à la lumière, Editinter.

C'est une synthèse et un couronnement de toute son oeuvre que nous propose Jean Cussat-Blanc avec

son dernier livre. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur son rôle dans la vie littéraire, bien connu. Né

en 1913, il n'a cessé de proclamer, tant dans ses très nombreux recueils que dans sa revue Résurrec-

tion, son espoir et sa foi. Ce croyant convaincu rend hommage à la liberté (il s'était engagé dans la

Résistance), à la vérité et surtout à l'Amour, divin et humain, qui peut rayonner selon lui dans la vie

familiale et collective. Il affirme dans un haïku laconique que

.

     Le zèle de l'amour

     attendrit

     le geste quotidien.

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Dans cette perspective, la lumière qu'il chante est celle qui dissipe l'ignorance et qui, comme le Verbe des

chrétiens, initie une communion :

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     Poète

     sous tes yeux clos

     reçois le verbe

     Sa lumière descend

     hostie

     au plus profond de toi.

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Les vers cités ci-dessus, qu'on pourrait qualifier de "lumineux" à plus d'un titre, tout comme ceux de la

section sur "La joyeuse démence du pauvre d'Assise", illustrent bien le talent de Cussat-Blanc fondé sur

une parfaite adéquation entre le fond et la forme, sur une fidélité à ses idéaux inchangée depuis un demi-

siècle, sur une acceptation sereine de la réalité présente qui renvoie en fait à une vérité supérieure. Sa poé-

sie réussit à rester vivante alors qu'elle suggère la plénitude et l'éternité.

Il faut remarquer aussi que son engagement religieux ne l'empêche nullement de comprendre les autres

recherches spirituelles. Il évite le syncrétisme, mais a l'esprit assez intuitif et ouvert pour sympathiser

par exemple avec l'hindouisme, comme le fit Pierre Emmanuel dans ses derniers poèmes. Un de ses

textes, intitulé simplement "Aum", parvient même à restituer, voire à reconstituer, le mouvement et le

langage de la mystique hindoue :

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     Que je t'exprime     ô Son

     par l'arc à ma lèvre lié

     et que mes mots soient flèches...

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René Ferriot, 50 ans de poésie, France Europe Editions.

Depuis une dizaine d'années s'est répandu l'usage des "anthologies personnelles", qui permet à un poète

de colliger ce qui lui semble le plus caractéristique de son oeuvre - tout en apportant au critique la possi-

bilité de comparaisons utiles et parfois d'un jugement synthétique.

C'est ainsi que René Ferriot a publié un choix résumant "Cinquante ans de poésie". Né en 1920, il a mené

une carrière universitaire, soutenu une thèse de doctorat sur Rilke et Mallarmé, enseigné longtemps à Da-

kar où l'avait invité le Président Senghor.

On notera dès l'abord que, sur une douzaine de recueils, la moitié évoque en titre de puissantes manifes-

tations naturelles ou les éléments fondamentaux du monde matériel : "De pierre et de bois", "Désertique",

"Tambours de la pluie", "Lumière de neige", "L'usure du vent", "Soleil enfoui". Mais si l'auteur sait les

décrire de façon très expressive, quasi-picturale, dans un style concis et saisissant, il est à l'opposé d'une

vision pittoresque ou naturaliste. Un examen approfondi révèle qu'il se place en-deçà ou au-delà, sensible

au symbolisme universel. De surcroît, il se montre attentif aux transformations, voire au déclin ou à la

destruction des phénomènes, comme s'il s'interrogeait, à propos de l'impermanent, sur la permanence...

Max-Pol Fouchet l'avait compris très tôt, avec une remarquable intuition, à une époque où Ferriot n'en

était qu'à son troisième ouvrage. "Votre lecteur, en vous suivant" constatait-il "s'il passe par l'absence

et le silence, accueille comme vous le silence, voire la mort, comme des certitudes de vie, de palingénésie,

de résurrection".

Aucun discours abstrait, cependant, aucun exposé intellectuel, aucun raisonnement, mais un propos ly-

rique parfois impressionniste, suggérant le mystère en des vers musicaux :

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     Au fond des mares les pierres endormies

     Rêvent du soleil et des mains qui s'appuient,

     Fortes, sur des murs séculaires

     Bâtis avec la joie semblable sous les pluies

     Aux grands tombeaux que le soleil essuie.

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Ce qui attire entre autres la sympathie, c'est le courage et la dignité d'un homme qui, contre vents et

marées, continue son voyage et sa quête. Il s'identifie même à un arbre, qui accepte avec stoïcisme sa

destinée éphémère :

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     Seigneur, tu m'as donné d'habiter dans l'absence,

     Au milieu des rayons qui consument mes feuilles,

     Vieux tronc séché que rongent les termites du jour.

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Dans cet esprit, un des derniers poèmes résume avec beauté le cours de toute une existence et la survie

d'une âme qui s'est découverte dans la sublimation du passé et dans la contemplation :

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     Revenir, toujours revenir

     Aux gestes des arbres, montrant du doigt

     Le passage disparu,

     La survivance d'un message négligé des oiseaux,

     Fulgurance douce

     Et trace des chemins évanouis.

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Gérard Murail, La contemplation errante, Groupe de Recherches Polypoétiques.

"Il nous prend à contre-pied" constatait Renaud Matignon en 1986. "Ce qu'il y a dans sa voix d'incanta-

toire, d'obscur d'abord, de mots inhabituels, nous devient peu à peu familier comme le langage codé qui

contient l'initiation et nous prépare à une exploration. Ainsi finissent-ils par nous apprivoiser sans que

rien de cette ruse ait pu nous le laisser prévoir, le sombre ne visant qu'à dispenser une autre clarté".

Ce jugement, qui suggère la richesse et la complexité d'une oeuvre, aide à cerner la personnalité de Gé-

rard Murail. Celui-ci né en 1925, fut pendant plus de vingt ans directeur de la revue Phréatique. Il est

non seulement poète, romancier, essayiste, mais aussi peintre et graveur de talent. Fuyant les sentiers bat-

tus, il a suivi divers enseignements et approfondi notamment les traditions ésotériques judéo-chrétiennes.

On en trouve la marque dans ses écrits, rédigés dans une langue riche, expressive et parfois baroque, avec

un style percutant, tour à tour prophétique et familier, toujours original. Même s'il prend en compte la mo-

dernité, il fait penser à un clerc du Moyen Age cachant sous des dehors pittoresques ou prudents une

science accomplie et un travail intérieur hostile à tous les conformismes religieux ou sociaux. Il est ainsi

un adepte du "gai savoir", qui fut celui des troubadours, de Rabelais, de Nietzsche (et qui, malgré son

appellation, peut conduire au drame s'il n'est pas maîtrisé).

Le titre de son livre montre qu'il part de diverses positions pour mener sa quête de la Réalité sans nom et

peut se permettre de multiplier les "points de vue". Cela ne nuit en rien à l'unité de sa recherche. La pre-

mière section, "Je redeviens comme j'existe", comprend des notations ou aphorismes qui, comme les haï-

kus asiatiques, disent beaucoup en peu de lignes :

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     Le cri primordial

     sa première flèche à guider le temps

     n'a pas fini de parcourir son étendue en courbe.

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Un remarquable quatrain suggère avec une force comparable à celle d'un René Daumal les drames et pers-

pectives de notre fragile condition humaine :

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     Au monde intermédiaire

     où glissent les gisants convoyeurs de nuées

     le putréfiable qui se rit du putréfié

     sera dissous de corps et coagulé d'âme.

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Les amateurs d'alchimie penseront sur-le-champ au grand oeuvre et au précepte COAGULA-SOLVE. Mais

on peut fort bien se passer de telles références.

Dans les "Stances", Murail recourt à des poèmes de plus d'ampleur pour dépasser les limitations ou dua-

lités et nous transmettre une intuition du Divin, inaccessible et proche :

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     Le souvenir porté sur les minutes de silence

               allonge mieux les morts

     j'ai du silence en vue si bien tendu que Dieu

               va s'y rendre visible

     mais Dieu reste caché derrière son silence

               impersonnel hors de durée.

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Enfin, comme il demeure malgré tout un écrivain amoureux de sa langue, il doit s'interroger sur la valeur

de celle-ci, qui peut devenir instrument de libération sans pourtant se sublimer en pure transcendance. D'où

ce curieux quatrain intitulé "Mot" :

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     Chimère de sens greffée sur arcanes

     il doit comme le fruit d'une tête parlante

     le mot couvert par le secret originel

     et le soupir à rendre avec le dernier mot.

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Ces quelques citations devraient suffire pour indiquer la richesse et le haut niveau de la Contemplation

errante, qui fait écho à de beaux livres antérieurs comme Compostelle (Société ligérienne de philoso-

phie, 1983) et Le Roi de Coupe (Albatros, 1986). Gérard Murail occupe une des premières places par-

mi les poètes mystiques de notre temps.

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Jean-Claude Xuereb, Voir le jour, Rougerie.

Poète patient, scrupuleux et doué, auteur de neuf recueils parus aux Editions Rougerie ou dans leur revue

Poésie Présente, Jean-Claude Xuereb poursuit d'oeuvre en oeuvre une méditation sur les mondes réel

et idéal. Il expose lui-même dans un texte en prose les principes et les buts de son art :

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     Poème : condensation dans les mots du temps et de l'espace, par où fusionnent "qui je fus"

     et "qui je suis" en "qui je deviens", à l'instant fugace de l'écriture.

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S'il apprécie à l'occasion les beautés d'un paysage ou la valeur inestimable d'un moment privilégié, il essaie

de les intégrer ou même de les dépasser. Il ne reste jamais passif devant un ensemble de perceptions et cher-

che à en extraire le sens. Ses poèmes ont ainsi un caractère à la fois lyrique et métaphysique, qu'on avait

déjà relevé dans Cette fugitive éternité (cf. Phréatique, n°82, Eté 1997).

C'est ce qu'on apprécie en particulier dans la première partie de son livre, qui donne son titre à l'ensem-

ble : "Voir le jour". Là Xuereb s'intéresse au phénomène de la naissance, qui peut être soit celle d'un être,

soit celle d'une oeuvre. Il imagine même, dans "Amnios", les humains et leurs constructions noyés dans

un immense océan amniotique... Ailleurs, il abolit la frontière séparant les vivants des morts, dont il se

veut le répondant :

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     Je vis dans un silence peuplé de paroles

     que profèrent à mes oreilles les absents

     je ne suis jamais seul je me sais habité

     par ceux qui attendent que je parle en leur nom.

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La seconde partie, "Lointain intérieur", approfondit l'observation et l'introspection, depuis la "parole ini-

tiale" jusqu'au mystère des "fuyants visages", égarés peut-être "vers d'autres galaxies".

Enfin, dans "Livret d'octobre", ce méridional habitué à la lumière et aux lignes nettes avoue sa fascination

pour le début de l'automne, qui "garde la trace d'un rite et d'un rythme inscrits de manière indélébile dans

la succession des années". Octobre peut séduire par son charme, mais présage évidemment chute ou fai-

blesses. Xuereb s'élève alors jusqu'à la vision unitaire et glorieuse d'un univers ennobli par le divin :

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     Sans avènement ni déclin

     le Verbe créateur diffuse

     son imperturbable clarté

     à travers la splendeur des sphères.

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Maurice Couquiaud, La descendance de l'imparfait, Groupe de Recherches Polypoétiques.

Si l'on considère sur un plan purement littéraire l'oeuvre de Maurice Couquiaud, on pensera de prime abord

qu'elle se range en deux catégories hétérogènes. D'une part il est un poète inspiré, dont un recueil, Un

plaisir d'étincelle, a été couronné par l'Académie Française. Il est d'autre part un chercheur et penseur

fidèle à la tradition chrétienne, mais travaillant sur des thèmes contemporains comme la transdisciplinarité

et sur l'analyse de la création artistique : en témoigne son essai L'étonnement poétique (Harmattan,

1998).

Mais si l'on regarde de plus près, on constatera que ces deux Couquiaud si différents n'en font qu'un !

Celui-ci ne sépare jamais dans ses vers la poésie de la réflexion - d'où la cohérence de ses livres.

Ces remarques ne sont pas inutiles au moment d'aborder La descendance de l'imparfait. Il s'agit

d'un ensemble d'aphorismes, mais l'auteur avertit au début que ceux-ci ressortissent non à la raison, mais

"à ce qui la dépasse"... On doit donc les lire comme des sortes de très brefs poèmes en prose, parfois mê-

me de haïkus, qui à la fois notent des états d'esprit et incitent à la méditation.

L'analyse de la vie intérieure et de ses relations avec des réalités supérieures joue là un rôle déterminant.

On citera deux passages. L'un sur l'universalité de la poésie :

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     A l'image de la gravitation, la poésie serait universelle. Comme la courbure de l'espace, elle

     influence les êtres qu'elle attire avec ce qui peut émaner des choses qu'elle enveloppe.

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Et l'autre sur ses liens ambigus avec la mémoire :

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     La lumière laisse des traces de clarté autour des ondes qui la portent, la mémoire laisse des

     oublis profonds dont le poète peut s'éclairer.

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Les aphorismes sont répartis en neuf sections dont l'une, "Chants de l'ombre annoncée", contient des déve-

loppements sur l'opposition de l'ombre et de la lumière. Il faut savoir à ce sujet que l'auteur a dû subir de

longs traitements pour la vue et failli devenir aveugle, ce qui confère à ses textes une intensité frappante.

Le titre étonnant de la section suivante, "Les brindilles murmurées", s'explique par une belle métaphore :

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     Quand les paroles de bois ne réchaufferont plus les foules, nous les couperons en bûches

     pour les vendre au stère... nos brindilles murmurées allumeront leurs feux.

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Enfin la dernière section s'intitule "Recherche de la profondeur et de l'infini", ce qui se passe de commen-

taires. Elle culmine dans une assertion finale de deux lignes, dont certains apprécieront la profondeur :

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     Entre l'homme et Dieu s'étend l'infini. C'est pour cela que je vois mal ce qui m'en sépare.

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Georges Sédir

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Autres recensions...

(A. Joly, L. Podkosova, M. Martin)

Jean Biès, Les Chemins de la ferveur, Editinter, collection "L'échappée belle".

"Des oriflammes, des multitudes, des musiques dans les arbres : on nous attend là depuis trois mille ans."

D'emblée, et dès la première ligne, le livre Les Chemins de la Ferveur nous touche, car il se place

dans la situation du voyage en Inde, de cette expérience que tout visiteur occidental a à vivre quand il se

confronte à l'Orient en général et à l'Inde en particulier. Jean Biès, en choisissant l'angle de l'initiation,

nous fait voir l'essentiel : une Inde qui peut nous révéler à nous-même, être notre propre Maître. Encore

faut-il que nous posions sur elle un regard juste, et ayons envers elle la bonne attitude, car l'Inde ne nous

facilitera pas le travail et présentera devant nos yeux en premier lieu tout ce que nous n'avions jamais vou-

lu venir y chercher : le bruit, la pollution... des chaos de situations, des enchevêtrements d'occurrences

inextricables. Chaque chapitre du livre peut se lire indépendamment, constituant tour à tour, et tout à la

fois, une formidable leçon de philosophie, une histoire, un dialogue, un essai... autant de morceaux épars

et variés dont l'ensemble constitue un puzzle des plus achevés. Au gré des nombreuses et lumineuses réfle-

xions sur les différents aspects de la culture indienne, du salut au prosternement, de la musique à l'érotique

sacrée, on fait des rencontres vraiment surprenantes, comme celle de cet homme de trois fois cent printemps

qui réside dans l'anfractuosité d'un arbre pour le moins aussi jeune que lui, ou de cet anachorète qui pour

sauver les vaches de l'abattage, rompit soixante-dix ans de jeûne vocal pour haranguer la foule. L'écriture

est brillante, toujours empreinte de la plus grande poésie, et parsemée d'un humour qui sied si bien à l'Inde.

L'impression qui nous est laissée est que rien ne manque, et que s'il devait manquer quelque chose, cela

participerait de la part de mystère que l'Inde recèle et recèlera toujours. Car si l'on peut lever quelques voi-

les, il serait bien impudent, voire imprudent de les lever tous. "Existe encore en Inde ce qui assure la durée

des civilisations, et dont l'oubli précipite la fin : le sens du mystère et du sacré, dont nous nous sommes

affranchis".

Je citerai pour conclure ce passage d'un article de Jean Biès paru dans le magazine Terre du Ciel. Je

crois qu'il exprime bien l'esprit du livre et la raison pour laquelle il nous semble si attachant. "Sous son

ciel déchiré de vautours et caressé de cerfs-volants, l'indiscrétion touristique peu à peu s'abolit, se con-

vertit en esprit de pèlerinage, qui, de chacun de nous, fait ce "mendiant d'amour" chanté par Tagore, et,

au lieu de nous faire nous distraire quelques semaines en Inde, nous la fait vivre pour toujours".

Alain Joly

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Youcef Zirem, Autrefois la mer nous appartenait, Editions Associatives Clapàs, collection Afri-

que "Des mots pour le dire / Des maux pour le dire", numéro 7.

La montagne du silence

     demain il ne fera pas soleil

     ni mauvais temps

     ni tapage morveux

     tu sais d'avance

     qu'il n'y aucune solution

     mais tu n'es guère chagrinée

.

Le dernier recueil de la collection "Afrique" des Editions Clapàs est écrit dans un doux murmure et une

douce résignation par Youcef Zirem. On ne peut que se féliciter de la venue de cette collection "engagée"

qui "donne la parole à ceux que l'on n'entend pas assez, ou du moins dont la voix n'arrive pas jusqu'aux

berges de nos écoutes" comme le souligne Marcel Chinonis dans sa présentation.

Youcef Zirem est le septième poète à entrer dans cette nouvelle voix de la poésie. Il clame la guerre, l'exil

et le retour au pays, dans ce pays déchiré où "la violence est un océan de furie" et où "la guerre contre les

civils (...) est le territoire impossible / du sentiment".

Le langage est-il là pour briser ce silence qui dure depuis déjà trop longtemps ? La poésie offre alors un

nouveau règne au monde meurtri du silence qui n'est plus méditation :

.

     Les flots de la berge

     Apaisent la douleur

     Sous les rochers

     Des bruits sourds

     Au loin

     Un sermon grisâtre

     Une ultime plainte

     Des nuages inamovibles

     Le temps ne vacille pas

     Solitaire

     La mouette s'élance

     Quelques pêcheurs

     Admirent son envol

     Prisonnière des airs

     Où peut-elle bien fuir ?

.

Mais de cette "ballade éclatée", nul ne sortira indemne. Ainsi la guerre reprend de plus belle dans la se-

conde partie du recueil qui se veut plus violente :

.

     Les exécutions sommaires foisonnent

     Face à cette aube infinie

     De l'errance tentaculaire

     Même des tonneaux

     De cette bière pression

     Ne me font plus atteindre l'ivresse

.

"Les dernières saisons" clôturent ce beau recueil et installent à nos côtés la personnification de la femme

en l'Algérie qui sommeille dans le sang. Est-ce ce pays qui accompagne le poète ? Ou est-ce sa femme qui

telle "une vague de marée haute" meurt pour mieux ressusciter ? Les deux images se mêlent et s'emmêlent

entre les pages, entre les images marines là où autrefois la mer leur appartenait.

Que nous apprennent donc les vers de Youcef Zirem ? Contre la guerre, oui, existe l'amour mais surtout

l'écriture qui a sauvé le poète :

.

     Tu ne veux pas prendre à ce conflit insensé

     Ces papiers écrits au quotidien

     Te transmettent parfois

     Des doses de bonheur

     Les nuits sont dans ce cas des ponts vers toi-même

     Et c'est le seul cheminement

     Qui te semble valable

     A l'orée de l'autre millénaire

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Laurent Bourdelas, Fragments d'un journal de la compagnie des Indes, Volume II, Encres

Vives, Janvier 2002.

Les regards bleus

J-M Le Guen avait écrit dans un des derniers numéros de Poésie-sur-Seine qu'une "certaine parenté d'ex-

pression existait entre les auteurs" publiés par Michel Cosem. Ce désir du quotidien, de la simplicité, de la

petite touche se retrouvent dans le dernier recueil de Laurent Bourdelas qui peint pour nous les fragments

épars d'un journal de la Compagnie des Indes.

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     Jusqu'à l'envol des mouettes,

     pas une vague ne plissait

     son regard bleu.

.

     A la lisière de la plage

     il attendait le déploiement

     souple des voiles.

.

Ces "lambeaux" ont été écrits à Port-Louis dans le Morbihan ou à Vicq-sur-Breuilh, dans le sud du Li-

mousin, le premier lieu étant celui de l'enfance et le second le lieu actuel d'habitation du poète. L'imagi-

naire du poète est celui qui l'entoure et celui dont il s'entoure : les titres des poèmes sont là comme des

petits cailloux semés sur notre chemin : "Groix", "Locmalo", "Gâvres", "Orientale", "Le cause-souci",

"Eucalyptus", "Ce que j'ai vu de Port-Tudy à Groix le 1er janvier 2002", "Le Lohic", "Les Groac'hs",

"Etel", "Le jardin parfumé", "Le laurier mâché", "La mission", "Nil rouge", "Toscane". Autant de lieux,

autant de géographies, autant de visages de mers, autant de paysages découverts, autant de territoires à

construire pour notre imaginaire de lecteurs. De la nature à la mer, de la mer à la nature, tout est là pour

nous rappeler au monde de la poésie, donc à la vie :

.

     c'est l'effacement froid

     des tragédies qu'on lave enfin,

     la disparition lente

     des corps trop fiers d'avoir vécu,

     l'écoulement sans fin des larmes

     et le triomphe du cobalt

.

Le poète peint alors devant nous des marines qui sont autant de jardins pour notre mémoire :

.

     On cherche en vain les roses,

     le souvenir ténu des fleurs

     et des feuilles,

     les dernières noix tombées,

     des poissons sous la vase

     et ce miroir.

.

               - la vie n'est qu'un

               paradis de mésanges.

.

Alors qu'attendons-nous pour nous envoler ? Car :

.

     Au paradis bleu

     des oiseaux

     s'oppose avec violence

     la barre mangeuse d'hommes

     Le sable affleure puis disparaît

     et la déferlante

     emporte à jamais

     les orgueilleux qui voulaient

     la dompter

.

Comme les oiseaux de Laurent Bourdelas, nous avons tous le regard bleu.

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Jacques Canut, Instantanés, carnet 15; ReCréations, carnet 16, Série des "Carnets confiden-

tiels", mars 2002. Chez l'auteur.

Les voyages parisiens des poèmes de Jacques Canut

Il fait beau sur la capitale, c'est-à-dire que le ciel est enfin bleu et grand. C'est le premier jour du printemps

à Paris. Depuis des mois, nous vivions dans la grisaille et puis soudain, la lumière du sud est venue à nous,

large, belle et fidèle pour vingt-quatre heures. Nous n'étions plus seuls à la fenêtre de nos appartements, le

monde nous appartenait soudain et sa nature aussi. Sous le soleil, je suis sortie.

Le métro est vide en ce début d'après-midi. J'habite à la périphérie de la capitale, une périphérie légère,

petite, limitrophe d'un arrondissement de l'ouest, prolongement de cet arrondissement. Dans mon sac, j'ai

emporté le courrier, une lettre de Jacques Canut et ses deux derniers livres, des carnets confidentiels. J'en

commence la lecture pendant mon trajet qui me mène au centre de la capitale (centre capital ?). Je me sou-

viens alors de l'absence totale de la nature dans mes propres poèmes ou plutôt de la présence continuelle

d'une réminiscence de la nature, d'une réminiscence totale de la nature qui, ici, a disparu. C'est ainsi que

dès les premiers vers de Jacques Canut, la nature me guette et me surprend :

.

     Pleine lune :

     Par sa lucarne

     La nuit monte au ciel.

               *

     des enchantements de Voie Lactée

     les haies de troènes, le clocher Saint-Pierre

     exceptionnellement encapuchonnés

     de neige ;

     ce qui reste d'une nuit d'hiver que la photo

     n'oubliera jamais

.

On sent le poète orchestrant les joutes de cette nature qui l'environne. Ses instantanés sont à recevoir et à

lire et à relire pendant les floraisons. Je m'installe au Luxembourg.

.

          Traumatisé

     bien avant ma naissance

     je m'accrochai à ce chaos

     nébuleuse ébauche

          de la vie

     Recevoir le printemps ?

          On se dirige déjà

          vers ses mémoires

.

Le vent frissonne dans les branches des chênes restés debout après la fameuse tempête. Je reste seule sous

les branches à lire. Les poèmes m'entraînent dans la conscience du monde, d'un monde pourtant inconnu

de moi, d'un sud éloigné de moi, d'une saison sans paroles :

.

     Au-dessus du jardin du curé

     l'indigo pousse le mystère

           vers les cyprès

     les cimes de l'âme

     suprêmes belvédères

           sabliers de silence

     qui alimentent puis tarissent

           le flux des méditations.

.

J'ai laissé pour quelques heures les poèmes se reposer, j'avais des copies à corriger. Au retour, vers la

banlieue ouest, "le soleil s'était prélassé et l'inspiration" avait égrené "quelques notes bleues". J'avais moi-

même atteint un autre état en voyageant avec les poèmes de Jacques Canut :

.

     Etre moi-même en perpétuel

     Dépassement

     Changer d'horaire : le paysage

     Renouvelle son âme.

.

     Voyager se griser à la vitesse

     De l'inspiration.

.

Le lendemain, j'ai donné cours à ma classe de seconde professionnelle. Les poèmes étaient allés plus loin

vers l'ouest, bien plus loin, ils se sont enfoncés dans la misère de cette grande périphérie, au-delà de la

Seine, au-delà de tout, parfois, au-delà de l'humain. Ils sont entrés dans ma salle de classe comme par ou-

bli - j'avais oublié de refaire mon sac le matin, j'étais partie ainsi avec le jardin dans mon sac, avec le jardin

et ses images. Ce matin-là, j'ai travaillé sur les représentations des élèves en poésie. Les élèves par un petit

questionnaire devaient me donner le plus possible de noms de poètes et de noms de recueils de poésie. Mais

impossible pour eux de nommer des titres de recueils. Un des élèves a dit timidement : "mais Madame, on

ne sait pas ce que c'est un recueil..." J'ai alors ouvert mon sac et ai sorti le recueil ReCréations de Jac-

ques Canut. Page 19, il y a un poème qui me plaît beaucoup, j'ai demandé à Akim de le lire :

.

     Poésie

     Fleur qui me flatte

.

     Léger

     Jusque dans l'esprit

     L'azur

     Ecrit

     Si pur

               *

     poète ; créateur

     ou découvreur ?

.

     dire peu. Suggérer (trop ?).

.

     l'art débroussaille

     les maquis

     de l'inspiration

.

Toute la classe a dit : "franchement madame, ça veut rien dire ! c'est n'importe quoi !". La classe quelque

part avait raison, on ne livre pas la poésie sans clé surtout à de jeunes adolescents sans repères, sans lectu-

res, sans expériences de la nature.

Alors, patiemment, j'ai expliqué la poésie avec mes phrases, j'ai dit la poésie est un jeu de mots, un jeu

avec les mots, un jeu du langage. Plus tard, les élèves ont écrit une synthèse sur tout ce que nous avions

dit. Pêle-mêle, en instantanés, le soir, chez moi, j'ai pu lire les phrases de ces adolescents de banlieue, de

nulle part et d'ailleurs, et j'ai recopié leurs mots simples que je livre ici, pour vous et pour la poésie de

Jacques Canut qui, ce jour de printemps, a réussi à éveiller vingt-quatre consciences en terminant son vo-

yage sur la page de ma salle de classe :

.

     On écrit la poésie pour exprimer sa joie

                       *

     Elle nous fait rêver

                       *

     Elle ouvre le coeur

                       *

     La poésie, c'est l'amour

.

Ludmilla Podkosova

.

Jean-Charles Michel, Bloc-notes d'un rêveur à la ligne, Dessin de couverture d'André Caillot,

Editions Les poètes du Dimanche.

"J'ai dérobé le rêve à la raison d'être, la chanson à l'air du temps, l'ombre à l'arbre, l'ivresse à la vigne,

le pain sur la planche aux rayons du Soleil, le Toi au faîte de l'amour et de l'amitié, mais aussi aux tuiles

tombées de haut, le silence à la silhouette de l'épouvantail érigé dans le verger..." nous dit notre rêveur à

la ligne dans son "Prélude pour les rares, donc bons lecteurs".

Pêcheur donc au lever du soleil accrochant à son hameçon le "Faux jour" : "...L'aurore griffe la fenêtre, /

Alors s'éveillent les peut-être, / Empêcheurs de désespérer.". Pécheur à taquiner la muse, qui ne badine

pas avec Sainte Nitouche mais plutôt avec les batelières de Conflans-Sainte-Honorine ou éventuellement

la Mathurine de Charles Cros. C'est aussi une ligne de coeur qu'il tient dans sa main. Puis à bord de sa

péniche de rêve il nous embarque pour franchir les horizons battus, les au-delà de la ligne équinoxiale.

Cela me fait penser à ces vers d'un autre poète du dimanche : "A bord des longs courriers embarquent les

chimères / Mais les mélancolies voguent à coche d'eau.".

Sensible, sentimental, nostalgique il fredonne la "Chanson de la plus morne plaine", une sorte de Waterloo

des temps révolus, puis la "Chanson pour orgue de barbarie", poème dédié à Henri Heinemann qui, en

postface, nous présente ainsi l'auteur et son ouvrage : "Mariant avec rigueur et souplesse à la fois le vers

et la rime, en glissant ici ou là un propos d'une forme plus libre, il trouve des accents que n'eussent désa-

voués ni Villon, ni Laforgue, ni Verlaine, ni Rictus ni, qu'on excuse du peu, Hugo.". Chez Jean-Charles

Michel les sentiments débordent bien que contenus dans une extraordinaire maîtrise du verbe et une parfaite

harmonie : "Je suis de ce pays au bon pain de froment, / Au fromage crémeux, au cru léger crémant... Je

suis de ce pays où l'amour est courtois / Sous l'ardoise, la tuile ou le chaume des toits.".

Dans ses sonnets résonne la tendresse "Incorrigible" : "Petit poète de banlieue, / A la limite du non lu, /

Dans le courant du farfelu / Chausse ses bottes d'une lieue...". Parmi ses regrets on lira "Rien ne va plus" :

"La berge a accouché d'un quai de ciment brut, / Sur le fleuve la barque a fait place à la barge / Et Booz a

trop vieilli pour émanciper Ruth.". Il clame aussi son "Ras le bol" en prenant la Seine à témoin : "Tes dé-

bordements sont pour nous / La cataracte des égouts...".

Hors ce vague à l'âme notre pêcheur sait également apprécier, avec humour, les simples et ludiques "Plai-

sirs du dimanche" : "...ayons un cochonnet...et suivons s'il vous plaît / La sagesse tranquille et molle de

la foule, / En embrassant Fany quand nous perdons la boule.". Cela ne l'empêche pas d'avoir toujours

l'oeil sur le bouchon de son existence : "La vie est un torrent qu'on ne remonte pas / Qui de chutes en

heurts nous mène vers le fleuve...".

C'est vrai Henri, dans ce recueil, "...de page en page, un coeur bat, singulier et pluriel, un coeur riche,

un coeur pudique, un coeur parfois contestataire, un coeur taquin, bref un coeur. Il n'est que de l'écouter

battre!".

Un "Bloc-notes" qui aurait plu aussi, sans doute, à Mauriac.

Michel Martin

.

Les notes de lecture de Silvaine Arabo

Claude Mourthé, Engrammes, Editions Le Castor Astral.

Voici deux ans Claude Mourthé me fit l'amitié de m'envoyer le manuscrit, non encore publié, de son re-

cueil Engrammes. Le bonheur de l'immersion fut total, à tel point qu'il me sembla, à tort ou à raison,

que c'était là son oeuvre majeure. Le recueil vient enfin de paraître au Castor Astral et je le relis avec la

même ferveur (nous en avions du reste reproduit un extrait, alors qu'il était encore inédit, dans Saras-

wati n°3. Le lecteur peut s'y reporter).

Engrammme : "Trace organique hypothétique qui constituerait le support physique de la mémoire". C'est

sur cette définition du Larousse que s'ouvre le livre. "Engrammes" ou l'histoire d'un voyage spatio-tempo-

rel à travers les méandres d'une âme...

.

     La netteté de l'engramme tel qu'il renaît à

     notre esprit est exactement celle du rêve,

     dont les images nous parviennent souvent

     avec tant de netteté. (...)

.

Et l'on repart vers la sensation :

.

     (Provençal et de nouveau africain)

     Curieux et récipiendaire, ce bar au fenouil sur une

     terrasse ombragée de l'Isle-sur-la-Sorgue, et l'eau

     froufroutant parmi les verdures. Exclamations et coups

     de pagaie secs de rameurs, se défilant à toute vitesse le

     long de la rivière.

.

Difficile de résumer la richesse d'un tel livre en quelques lignes. Variété des sensations, impressions, ima-

ges... Réflexion sur ce qui fut, réel ou même, parfois, hypothétique. La dimension de la conscience est

partout présente. C'est même elle qui architecture le livre, qui en est la colonne vertébrale. Il y a du Proust

chez Mourthé... Voici un livre de Mémoire et d'alchimie, une quête du temps perdu puis retrouvé (un temps

sacralisé à travers l'espace du mot). Ce verbe puissant, chaud, somptueux, nous restitue à nous-même, à

cette part subtile de notre être dont il n'est plus jamais question aujourd'hui, à l'heure de la standardisation

et de la dictature des médias. Un verbe qui n'en finit pas de dire. A nous, qui Sommes.

.

Roland Marx, Vie des hauts, La Bartavelle Editeur.

     Vie des hauts... des bas... Vide et eau... Vidéo... Vide et Ode... Ebats vidés aux dés ? Bah !

Sous l'humour et la pirouette avec les mots, un dialogue avec l'apparemment banal (c'est-à-dire avec ce

qui ne l'est jamais). Le quotidien, et, dans l'interstice, le sans prix : tendresse et amour.

.

     à la frontière

     de l'heure et de l'éternité

     aux confins

     du silence et du cri

     à la lisière

     du désir et de la mort

     à la couture

     de l'être et de l'abîme

     à la brisure

     du rêve et des réalités

.

               ELLE

.

Des réflexions sur l'existence et la société :

.

           Révisionnisme

.

        la Vérité au fond du puits

           vient de se prendre

                  le seau

              sur la gueule

.

Et tous les ratages de la vie :

.

     les trains qu'on regarde partir

     les amours qu'on ne sait pas voir

     l'auberge où l'on n'entrera pas

.

Une écriture rigoureuse. Un livre vrai, qui sonne juste.

.

Victor Martinez, Photogrammes, Editions L'Arbre à Paroles.

"Cette en allée dans la matière et dans l'histoire accablée..." m'écrit Victor Martinez en dédicace de son

recueil Photogrammes. Et d'ajouter cette phrase de Merleau-Ponty : "Ce n'est pas nous qui percevons

c'est la chose qui se perçoit là-bas".

Un recueil haletant d'images (comme toujours chez Martinez qui avance à travers elles et par  elles). "Les

thyms", "Les sangles", "Les fontaines noires", "Les fondrières", autant de titres qui ponctuent la progres-

sion de ce recueil à la facture unique. C'est que Martinez est un grand.

.

     Les tons éclatés, la saveur ramassée en pierres, l'épitaphe

                de la loi divisée,

     fendue en cette arête de l'existant, qui pousse à travers,

                fait éclater l'atome

     en fouets de thyms sur ta joue, ton sein, ton aine, l'erre de

                ton servage

                               (...)

     hachure aux syllabes aimantes, à la poussée brutale, dalle

     de la non-mémoire, du non-savoir, et mèche, pierre de

                mèche.

.

Le recueil est illustré de plusieurs toiles (huiles) de Myriam Martinez.

A noter également, toujours de Victor Martinez, la parution de Terre Seconde (Chant de la Vari-

ance) aux éditions n&b, un recueil de poèmes en prose d'une grande densité :

.

        Frêne de précipité obscur, maculé de tache, pieu

     de mort cloué, crâne de doléance, terrible ancêtre et

     territoire salé de l'ordonnance : le soleil clame ici

     la friche de saison.

        L'eau est un métal vert, chaque pied attache son

     reclus, les silhouettes pendent dans l'abandon des

     forêts. La rangée fouillée est une trace battue rouge

     d'aubépine hantée. Un matériau d'être longtemps

     nourri de sève se décompose. Seule la terre tient,

     veine éclatée, et coule en silence. ("Vignes rouges")

.

Victor Martinez sera l'invité du prochain "Pleins Phares" de Saraswati (n°7).

.

Georges Sédir, Il se fait tard, Maison de Poésie.

Ce septième recueil de poésie de Georges Sédir, salué par la critique ("Une lucidité sans cynisme",

Le Monde des Livres; "Une poésie limpide et libératrice", Le Républicain Lorrain) et dont

nous avions publié quelques extraits dans Saraswati n°3 alors qu'il était encore inédit, ce septième

recueil donc exprime la distance méditative de celui qui, à l'automne de sa vie, a engrangé émotions

et expériences et sait en tirer les leçons intérieures et philosophiques (une plus grande compassion à

l'égard d'autrui par exemple), tout autant qu'il réaffirme l'existence d'un sens et d'une transcendance.

.

     Le vers, l'ange et l'humain retourneront à l'Un

                           *

     La larve sans regard  (...)

     Parvient enfin au jour, sort de sa chrysalide,

     Ouvre les yeux, perçoit le monde et, éblouie,

     Chante, chante sa joie, et pour elle ce chant

     Sera sans fin.

.

On a dit de la poésie de G. Sédir qu'elle était nourrie de platonisme et de traditions orientales, ce qui assu-

rément n'est pas faux, mais il y faut d'abord voir, me semble-t-il, une synchronicité, une rencontre entre

une personnalité forte et certains grands courants de la pensée universelle dans lesquels cette individualité

s'est reconnue. Ce qui n'empêche nullement G. Sédir de rester solidement arrimé à notre mère la terre et

de demeurer attentif aux mouvements qui la parcourent. C'est un regard de tendresse qu'il pose sur ce

monde :

.

     Pour qui souffre

                       il n'est plus

                                    de maison

                                    (...)

     Oui, par moments, il trouve encore connivence

     grâce à des gestes familiers.

     Ce mouvement souple des doigts

     pour ouvrir un volet rétif.

     La repossession du fauteuil.

     Ou l'art d'agripper dans le noir

     porte, bouton, tissu, bouteille.

.

Un dit chanté dans une langue accessible, sans fioritures, sobre même, et structuré en trois sections ("Il se

fait tard", "N'ayez pas peur", "On vous attend"), loin des discours ambiants et des modes passagères; un

dit fait pour durer parce que sculpté dans la matière la plus précieuse et la plus profonde qui soit : celle de

l'authenticité d'une âme. (Couverture illustrée d'une peinture de Médée.)

.

Jean Rousselot, Est resté ce qui l'a pu, Editions Autres Temps.

Le titre de cet ouvrage, emprunté à Paul Valéry ("Est resté ce qui l'a pu", phrase extraite de Monsieur

Teste et placée en exergue de l'ouvrage par Rousselot), ouvre sur une construction en tryptique ("Est

resté ce qui l'a pu", "Vingt bricoles pour une chandeleur sans sucre", "Retrouvailles"). Jean Rousselot,

autrefois salué par René Char et Paul Eluard, continue de tracer son sillon de poète-alchimiste,

.

     Relisant Lucrèce

     Ou gribouillant encore un peu

     Allez je m'arrange au mieux

     De n'être là pour personne

     Hormis l'orphelin sauvage que je demeure.

.

se définissant lui-même comme servant de la poésie :

.

     Ta place est réservée

     Que tu l'occupes ou non parfois

     A égale distance

     Des orpailleurs et des mineurs de fond.

.

La troisième section de l'ouvrage ("Retrouvailles") comporte des poèmes datés, anciens (de 1941 à 1972),

souvent inédits, ainsi ce "Rien de plus", tellement émouvant si l'on considère sa date d'écriture (1941),

.

     Encore un mot même si nul ne peut l'entendre

     Dans le fracas des toits et des coeurs que l'on broie

     Même s'il doit être accusé de fantaisie

     Comme une pomme qui roule hors du pressoir.

     Et pourquoi pas de lâcheté ?

     Un mot pour dire et rien de plus

     Que la parole n'est pas morte.

.

ou ce poème de 1970 dans lequel il réaffirme, vieux Jason :

.

                                   (...)

     Je dis que c'est bien moi qui ai vécu

     Je dis que c'est bien moi qui suis venu, qui pars

     Je le prouve en parlant plus haut que les miroirs

     Je dis que j'ai ma place entre les gens qui bougent

     Je le prouve en fumant leur tabac leur chagrin

     Je dis que j'ai des droits sur la Colchide

                                   (...)

.

La sortie d'un livre de Rousselot est toujours un événement même si la plupart de nos contemporains,

coupés de poésie et de vie (joli pléonasme) ignorent ce qu'ils perdent... (La couverture est illustrée d'une

peinture de l'auteur).

.

Le tour des revues

par Daniel Bertin

Cahiers de poèmes n°66 (Printemps 2002). 93 p. Format 15/21.

Lieux et non-lieu, tel est le thème qui sert de fil conducteur aux réflexions, études et comptes-rendus

d'expériences en alternance avec les poèmes. Aux productions des ateliers (y compris celles des anima-

teurs) sont associés les textes de nombreux poètes. Parmi ceux-ci citons L. Mellado, Ch. Nancie, M.

Maleen, Ch. Jeansous, S. Elabed, P. Colin, deux poètes italiens (P. Mansencal et E. Romanazzo) ainsi

que S. Arabo dont une huile sur toile, reproduite en couleur, illustre également la couverture de ce nu-

méro.

Le thème suscite de multiples réflexions : pour Michel Ducom "les lieux en appellent à une tension entre

l'engagement et la distanciation"; Michel Cosem pense que la poésie des lieux de légende peut développer

l'imaginaire des enfants; pour R. Deguergue, l'écriture du lieu est "l'un des garants de la permanence de

la diversité des styles et thèmes d'écriture" tandis que Chmile et Costino analysent les rapports réel/réalité

dans la création le lieu du mentir-vrai. On trouve aussi dans ce numéro des comptes-rendus précis de di-

vers ateliers d'écriture : expérience menée avec des détenus, scénarios d'écriture où la production se dou-

ble d'une méditation sur les cheminements de la création. M. Meillon fait quant à elle appel aux idéogram-

mes chinois et ce à l'intérieur d'une réflexion sur la manière de conduire un atelier. Deux dossiers viennent

encore enrichir ce numéro : le premier, présenté par J. Vahé Desgrouas, concerne la revue Peuple et

Poésie créée par Jean L'Anselme, qui fit écrire 128 "ouvriers, déménageurs, cheminots...". Quelques

textes nous sont proposés. Le second dossier nous emmène en terre occitane - non-lieu du royaume -

avec Félix Castan, "philosophe de la pluralité et de l'amour" disparu en 2001. Ce dossier se clôt par Lo

conde deu manifeste, dit au Festival d'Uzeste en août 2001 par S. Javaloyès. Hommage à l'humaniste,

défenseur d'"une nation plurielle". Une revue qui interroge.

.

Encres Vives n°285. 16 pages. Format 21/29.

L'Ombre de l'oiseau de mer, tel est le titre de l'anthologie réalisée par Michel Cosem et illustrée en

couverture d'un dessin de Guallino. Une présentation sobre et claire pour les 33 textes de 12 poètes, par-

mi lesquels Chantal Danjou, Michel Cosem, Jean-Louis Bernard, Bernard Schurch et Claude Luezior,

pour ne citer que ceux-là. Une brève biographie de chaque poète et un choix de lectures complètent ce

recueil qu'on a plaisir à lire et à relire.

.

Jointure n°71 (Automne 2001). 56 pages. Format 15/21.

En Figure de Proue  de ce numéro, Serge Wellens que nous évoque M. Labidoire : "funambule du poème

en quête d'équilibre, d'harmonie et de vérité". Suivent sept poèmes inédits. Textes en vers et en prose ain-

si que pages bilingues se succèdent ensuite dans Ecritures I, II, III. On peut y lire les poèmes de C. Bertoc-

chi, E. Biederman, J. Dion-Guérin, G. Friedenkraft, G. Raphanel, O. Arezki etc... Parmi les textes en

prose, une nouvelle de J. Bensimon, des poèmes de J.B. Morvan et de G. Chavany. Ecritures III  nous

offre de beaux textes en bilingue (français et espagnol) de José Maria Lopera et Isabel Miguel. Chronique

par Hedi Bouraoui : l'étude d'un roman de J.H. Bondu Crusoé revisité, "oeuvre musicale d'une remar-

quable prose lyrique". Deux rubriques consacrées à de multiples recensions. Une revue exigeante.

Jointure n°72-73 (Hiver 2001/Eté 2002). 86 pages. Id.

En Figure de Proue, l'écrivain belge Louis Savary, avec lequel J.M. Couvé est en affinité. Il apprécie "cet

aphoriste à l'humour jamais gratuit" qui "dénonce - mais nous déconseille de renoncer à un monde que

nous nous devons, au contraire, de rendre sinon "meilleur" tout au moins plus juste...". Suivent trois

textes inédits au style "sobre, incisif". Ecritures I  rassemble, sur des thèmes divers, des poèmes de qua-

lité. Parmi les auteurs choisis citons Arabo, Blavin, Brégeault-Tariel, Petey, Sybille, Lanza, Guillemot...

Ecritures II  nous présente les textes en prose de trois auteurs et Ecritures III  nous conduit successive-

ment en Italie avec deux poèmes de Genovese, qui les a adaptés en français, et en Slovénie avec un poè-

me de B.A. Novak traduit par Z. Stimac. Recensions détaillées : deux lectures par J.M. Couvé et J. Ha-

yache et 16 recueils commentés par Georges Friedenkraft qui réalise une interview d'Henri Heinemann,

à l'honneur dans Figure de Proue II. La nouvelle inédite qui suit montre que cet "homme engagé", criti-

que littéraire et poète est aussi "un remarquable prosateur". La disparition de la revue Sapriphage rap-

pelle la nécessaire solidarité entre les poètes : "lisez-vous les uns les autres", recommande Jean-Pierre

Desthuilliers. Une revue qu'on aime.

.

Mensuel Littéraire et Poétique n°304 (Septembre 2002). 32 pages. Format 21/27.

Il y a 40 ans naissaient les Jeunesses Poétiques. La presse fait une rétrospective de cet événement sus-

cité par M. Dorsel et E. Lanc. Dans ce numéro du Mensuel on trouve une pléiade d'auteurs. Citons, par-

mi les poètes, B. Baudy, M. Camus, S. Sautreau, A Schmitz, P.Y. Soucy, le Chinois Yang Lian et le grec

D.T. Analis. A noter un double commentaire (par Bernadette Engel-Roux et Jean-Luc Breton) du roman

poétique de Marcelle Delpastre Le Testament de l'eau douce. E. Lanc nous fait découvrir dans sa

chronique deux artistes : A. Willequet, sculpteur et M. Mouffe, peintre, philosophe et sculpteur. La se-

conde partie du journal est consacrée au Théâtre-Poème dont J. de Decker rappelle la spécificité : "ce lieu

hors-normes où l'on n'a jamais cessé de penser qu'il n'était pas nécessaire qu'un texte se voulût théâtral

pour se révéler éminemment scénique". La création de cette rentrée : L'Origine du monde et autres

"Métamorphoses" d'Ovide alterne avec des lectures (Verhaeren, J.-P. Michel), des entretiens avec des

professionnels de la radio comme R. Dadoun, des essayistes comme Anne Richter : Le fantastique fé-

minin, un art sauvage, etc... (Pour retrouver toutes les manifestations se reporter à L'Agenda  en 4ème

de couverture.) Une équipe qui "constitue un ferment de création permanente", comme nous le souligne le

journaliste Luc Norin.

.

Traces n°146 (Eté 2002). 40 pages. Format 15/21.

C'est avec un plaisir toujours renouvelé que l'on reçoit Traces, revue qui donne à lire et à voir : plus de

60 textes poétiques dans ce numéro qu'accompagnent dessins et vignettes. Parmi les poètes citons Cha-

tard, Hiriart, Arabo, Caradec, Guigou, Podkosova, Morillon-Carreau, Duhaime... En 4ème de couverture,

Charles Thomas. Notes de lecture de Chatard et Gaudy. Les Echommentaires  de M.F. Lavaur mettent en

exergue L. Dubost, fondateur des éditions du Dé Bleu. Nombre de recueils et de revues sont également

présentés, dont plusieurs parutions des éditions Clapàs, chez le regretté Marcel Chinonis. Pour clore ce

numéro, Il Gabbio del Palazzo, brefs en italien et version française de M.F. Lavaur. Une revue chaleureu-

se dont la réputation n'est plus à faire.

.

Le Coin de Table n°11 (Juillet 2002). 120 pages. Format 15/21.

Dans son Edito, Jacques Charpentreau fustige la prétention des "poètes-z-officiels". Les vrais poètes sont

ceux "qui croient à la dignité de l'homme et qui témoignent, au milieu du chaos, de la présence de l'Esprit

dont ils accueillent au moins l'ombre fugitive dans leurs fragiles maisons de mots." C'est ce critère qui

préside au choix des poètes réunis dans ce numéro où alternent articles et poèmes. Après les aphorismes

de B. Jourdan, De la poésie, on peut lire des textes de Becquelin, Lorraine, Veyrunes, Brugnaro (pages

bilingues), Pichon... 5 études sont par ailleurs proposées : J.N. Cordier présente Charles van Lerberghe,

"l'un des plus fins représentants du symbolisme belge"; son oeuvre maîtresse La chanson d'Eve fait

naître "un univers lumineux" comme en témoignent plusieurs extraits (cette "Chanson" fut mise en musi-

que par Gabriel Fauré). Pierre Osenat évoque André Berry, poète des Esprits de Garonne, geste cham-

pêtre de 15000 vers; un homme de vaste culture, "bohème turbulent", qui savait aussi "être grave et tendre".

Quant à Bernard Lorraine, il fait la biographie de Vincent Monteiro, Brésilien qui partagea sa vie entre Ré-

cife et Paris : peintre réputé, poète qui obtint en 1960 le Prix Apollinaire, il fut aussi éditeur avec la revue

La Presse à Bras. Jean-Luc Moreau nous invite ensuite en Oudmourtie (petite république entre Volga et

Oural), dont l'intelligentsia fut persécutée à partir de 1920 et durant presque un demi-siècle. Ainsi la poète

Achaltchi Oki, après avoir publié 36 poèmes en 1925, en écrivit un dernier, en 1928, intitulé "Ma langue

meurt". Parmi les 4 poèmes traduits par J.L. Moreau deux sont en langue oudmourte. Notons également

un article de J. Charpentreau qui souligne le sens musical de V.Hugo (contrairement à la légende qui vou-

drait qu'il n'ait pas été mélomane). Les Chroniques  nous font revivre la bohème artistique, à Paris, après

la guerre de 1870. De nombreuses recensions de recueils et revues terminent ce numéro, dont il faut, une

fois de plus, souligner la richesse et la densité.

.

Résu 98 (2ème trimestre 2002). 72 pages. Format 15/21.

Nous nous réjouissons, avec Jean Cussat-Blanc, de la pérennité de Résu au service de la poésie "le plus

haut langage - celui qui depuis le début des temps universellement unit la pensée aux arts". Ce numéro est

placé sous le signe du commencement et du partage... Ainsi se termine le poème de l'Italien Brunelli (pa-

ges bilingues) : /O matin, beau sourire de la terre/ et A.L. Aliamet s'exclame : "chaque mot est une passe-

relle entre nos silences". Parmi les 31 poètes sélectionnés pour ce numéro citons Emorine, Schurch, Kobel,

Montet, Boiry, Commenges... Jean Cussat-Blanc nous offre quant à lui des textes inspirés par l'histoire

légendaire de la Reine de Saba. Chronique toujours très fine et attentive de Jean-Marcel Lefebvre, lequel

nous invite à lire 12 recueils (ceux entre autres de Josette Frigiotti, Philippe Veyrunes, Silvaine Arabo,

Francile Caron, etc...) tandis que Georges Sédir fait un compte-rendu approfondi de 6 revues. Résu est

généreux, ce qu'évoquent bien ces deux vers de Marie-Claude Commenges :

     Maison où brille la veilleuse et la flamme

     Et le pain des rencontres

Résu 99 (3ème trimestre 2002). 78 pages. Id.

Jean Cussat-Blanc évoque la création de la revue en 1941 (véritable défi alors), puis, après une interrup-

tion, sa renaissance en 1971. Il se réjouit aujourd'hui de l'affluence de "vrais jeunes poètes", d'où le thè-

me du numéro : En ses jeunesses. Les poèmes d'amis disparus (tels Thierry Metz et M. Fonveille) cô-

toient ceux de quelques poètes de 13 à 19 ans (Oin, Daubigné, Benkemoun, Mocquard...). On trouve

aussi des textes de Montet, Hartman, Piet, Lucarelli, Boiry, Monjo, Louchaert, Lefebvre, etc... Jean

Cussat-Blanc poursuit son évocation des "Civilisations", avec Pygmées, ensemble de 7 poèmes. Com-

me à l'ordinaire, recensions de Jean-Marcel Lefebvre et Georges Sédir qui commentent respectivement

13 recueils et 6 revues avec leur clarté et précision coutumières. En couverture une oeuvre de T. Okaki

et page 2, en accord avec le thème du numéro, un dessin étonnant d'une petite fille de 5 ans : Maeva

Nagbo. Une revue qui depuis plus de 60 ans reste fidèle aux valeurs affirmées dès sa création : "Notre

désir est de contribuer à la formation d'une jeunesse capable de Connaître et de Penser."

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L'Arbre à Paroles n°116 (2ème trimestre 2002). 90 pages. Format 15/21.

Ce numéro nous invite au voyage dans la ville, dans l'enfance et au coeur de nous-même. Quelle que soit

leur démarche tous les poètes s'interrogent sur "le sens du voyage" et ont en commun "l'aspiration vers un

ailleurs", comme le souligne F. Chenot dans son éditorial (de nombreux textes choisis illustrent cette quête

fondamentale). A lire aussi un inédit du poète J. Glineur, écrit en 1942 mais découvert récemment. A.

Doms souligne "l'assurance émerveillée du poète pour qui l'Aimée est avant lui lui-même!" et J. Baude

nous fait partager sa complicité avec la poésie d'Hélène Dorion dont elle apprécie "la justesse du regard".

De multiples recensions : 10 recueils sont analysés avec précision tandis que F. Chenot présente un certain

nombre de revues. Un numéro dense qu'illustre la gravure Les oiseaux de l'exil de Cécilia Fletcher (artiste

chilienne réfugiée en Europe ). Avec L'Arbre à Paroles, la qualité est assurée.

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M.F. Lavaur.

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