Initiatives pédagogiques en matière
d'écriture...
Le compte-rendu des expériences les plus récentes est en haut de page.
On a marché sur la Terre !
Un parcours d'ateliers d'écriture au lycée Magendie.
Avec les élèves de 2°7,
leur professeur de Lettres, Mme Peyvieux,
et Catherine Lamagat, artiste.
(En écho, oeuvres plastiques des 2°3
sous la conduite de leur professeur Jacques Abeille.)
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Ce projet est né lorsque j'ai entendu Catherine Lamagat qui présentait
son spectacle Terre : elle chantait les textes de son recueil poétique en s'accom-
pagnant au violon. J'ai pensé qu'il y avait quelque chose à proposer aux élèves
dans ce sillage. Je trouvais intéressant que l'artiste invitée travaille avec les
élèves à partir de son propre travail plutôt que sur un thème initialement in-
différent, cela permettait de relier plus fortement la démarche artistique et la
démarche pédagogique. J'avais moi-même une longue pratique de l'animation
d'ateliers d'écriture et je savais que Catherine pratiquait aussi cette démarche...
Nous avons donc ensemble élaboré le plan général puis le détail de ce projet
qui est devenu une belle aventure. Suivons pas à pas ce cheminement qui a pris
place entre novembre 2001 et février 2002, sachant que les ateliers ont été
ponctués de séances de lecture et de mises en commun, que Catherine a don-
né quelques extraits de son spectacle vers le milieu du travail, à la fois com-
me référence et comme horizon puisque les élèves se préparent à une repré-
sentation publique où ils diront leurs textes et que le projet comporte d'autres
volets au-delà de l'atelier d'écriture. (Enfin le projet repose aussi sur un dia-
logue avec les arts plastiques. Jacques Abeille a apporté sa réflexion à l'en-
semble du projet et a conduit avec les 2° « Arts Plastiques » un travail de créa-
tion plastique sur le même thème qui vient en écho au travail d'écriture, l'idée
étant à la fois d'approcher par des voies diverses un thème commun et d'ins-
taurer entre plusieurs classes un dialogue créatif, restât-il modeste, comme
une piste.) En route donc.
Marie-Claude Peyvieux
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I Préambule
Tout d'abord, à la veille des vacances de Toussaint, en classe, présentation aux
élèves du projet et de l'artiste. Pour introduire le thème quelques textes ont
été lus par Catherine et le professeur : des extraits des Paroles de la Sagesse
Indienne chez Albin Michel, trois poèmes de Guillevic extraits de son Art
Poétique et le texte de Ponge Terre, figurant dans le recueil Pièces, destiné
à servir en quelque sorte de fil conducteur à cet ensemble d'ateliers. Ce texte
a été distribué aux élèves. Aucune discussion sur les textes, nous avons souhai-
té les laisser résonner.
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II Fragments
Lors d'une sortie dans un parc public, endroit assez sauvage qui suit un petit
ruisseau, mais au contact constant quoique discret de la ville, nous avons in-
vité les élèves à une écriture du fragment : observer, noter des sensations plus
que des sentiments, viser la concision et la justesse, comme dans un carnet de
croquis au fil de la marche. La démarche est celle du haïku, mais le genre n'a
pas été mentionné pour éviter qu'une démarche savante ne fasse écran. Cepen-
dant, quelques haï-kaï ont été lus par Catherine et le professeur, présentés
comme paroles de poètes japonais anciens dans la pensée qu'inscrire une forme
littéraire à l'entrée du travail d'écriture constitue un appui.
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III Marche
Répartis en deux groupes, dans le gymnase et dans la salle polyvalente du
Lycée, les élèves ont été conviés à explorer la marche, à la fois du point de
vue de la sensation et du point de vue de son sens.
Par terre au centre avaient été disposées des reproductions de L'Homme
qui marche de Giacometti et des feuilles où l'on avait inscrit des fragments
de phrases, certains tirés du texte de Ponge lu lors de la 1° séance :
La terre comme support La terre où je m'enracine « La chair de nos
maisons et le sol sous nos pieds » Marcher vers où ?... etc...
Chaque élève choisit et mémorise un fragment et marche dans la salle, at-
tentif aux sensations de la marche et laissant résonner les mots choisis. Puis re-
vient au centre déposer quelques mots qu'il aura élaborés pendant sa marche
(les premières phrases ayant été ôtées par l'animatrice pour laisser place à
celles des élèves).
Chacun choisit alors une feuille avec les mots d'un camarade et à l'aide
de ce support et de ce que la marche a fait naître en lui, écrit ce qu'il désire à
propos de la marche, après un deuxième temps de déambulation où il aura pu
jouer s'il le veut sur les différents rythmes de la marche.
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IV Argile
Dans la salle d'Arts Plastiques, les élèves se voient confier une boule d'ar-
gile grise. Le 1° contact se fait les yeux fermés : sensation de la matière, 1°
modelage en aveugle.
Puis ils ouvrent les yeux sur leur ébauche et celle des autres, peuvent noter
quelques mots à propos de la sensation initiale, puis poursuivent le modelage
jusqu'à obtenir une forme qui leur plaise, sans qu'il soit question de viser une
« sculpture ». Ensuite ils prennent un temps pour écrire ce que leur inspire
cette expérience et aussi les formes qu'ils ont sous les yeux.
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V Puzzle
L'idée de cet atelier est empruntée à Michel Ducom.
Mais ici elle servira à introduire des textes littéraires à travers une démar-
che qui ne fera pas rupture avec le travail d'écriture et permettra de se les ap-
proprier.
Certains textes sont repris de la 1° séance (préambule) afin d'être revisités,
rappelés : les textes de Guillevic, de la Sagesse indienne, de Ponge. On y ad-
joint des fragments de Xavier Grall (Barde imaginé), de Thierry Metz (Terre),
de René Char (Fureur et Mystère), de Yannis Ritsos (Grécité), ainsi que deux
textes de Catherine Lamagat, tirés de son recueil Terre, textes présents dans
son spectacle et que les élèves pourront entendre chantés lors d'une mise en
commun.
Les élèves reçoivent un texte, ne le lisent pas ; ils le découpent mot par
mot et placent ces mots dans une enveloppe qu'ils donnent à un camarade.
Chacun constitue un texte à partir des mots reçus en essayant d'employer
le plus possible des mots reçus et de ne pas en ajouter d'autres sauf quelques
indispensables mots-outils. Pour faciliter le respect de la consigne et signifier
la démarche, les mots sont collés sur une feuille blanche. Lorsque l'élève re-
met le texte pour qu'il soit lu il reçoit un exemplaire du texte originel à partir
duquel il a travaillé, avec ses références.
Nous écrivons tous, nécessairement, avec les mots des autres, la langue
étant l'un des éléments clefs de l'héritage mais les mots d'un poète
constituent une part majeure de son univers : c'est une forme de regard à
épouser sans s'y confondre. L'atelier tente une forme de rencontre.
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VI Dialogues
A la veille des vacances de Noël, un intermède ludique qui perd un peu la
terre de vue.
Après un jeu de devinettes (empruntées à l'Anthologie de la Poésie Popu-
laire de Claude Roy chez Seghers), une liste de dialogues possibles est propo-
sée entre « la roue avant et la roue arrière de la bicyclette », entre « le vent
et la pluie », entre « l'oeil et l'oreille », entre « la moquette et le plancher »
etc...
Ces dialogues sont élaborés par les élèves par groupes de 2 ou 3, puis joués.
C'est une première expérience de "théâtre", le travail d'atelier devant donner
lieu à une représentation.
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.VII Variations
Un peu dans l'esprit des Exercices de style de Queneau, et parce que,
après avoir jusqu'ici beaucoup travaillé sur l'expérience directe, nous vou-
lons travailler davantage sur la langue, nous proposons aux élèves de choisir
un texte parmi ceux qui ont déjà été écrits, et qui circulent dans la classe sous
forme de recueils « dactylographiés ».
La proposition est de travailler ces textes en les transposant dans tel ou
tel registre et si possible dans deux registres opposés. Des « couples » leur
sont proposés : Publicité et article de dictionnaire ; article de journal et poè-
me lyrique ; s'adresser à un enfant et faire un discours devant un sultan, etc...
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VIII Les sons, dernière parole
En cercle, épaule contre épaule, les élèves et l'animatrice laissent sortir un
son, qui n'est pas un chant, juste un souffle et un timbre, en écoutant les autres
autant que soi-même.
Un temps d'écriture est ensuite donné sur le thème : Qu'est-ce qui s'est dit
à travers ces sons, qu'est-ce qu'ils me disent... sur moi, sur la terre qui me
porte, sur la terre que je suis ?
Puis une deuxième fois le cercle de sons se forme et chacun repart écrire
à la fois sur ce moment et ce qui lui reste de ce parcours d'ateliers d'écriture,
puisque, même si le projet ne prend pas fin ici, c'est le dernier atelier d'écri-
ture et « votre dernière parole » dans ce projet, disons nous aux élèves. Cette
parole sert de bilan, la parole des élèves sera la conclusion des animatrices, le
but de ce travail étant de leur « donner » la parole mais en la leur faisant dé-
couvrir, par le dialogue de leur expérience avec la parole de ceux qui les ont
précédés.
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...
FRAGMENTS
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Dans la forêt enchantée
Les nuages nous cachent de la brillance du soleil.
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Je vois passer une vieille femme avec son chien
Et cela me fait penser à ma vie
Dans laquelle il ne se passe rien
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Echo...(?)
Cyrielle et Sébastien
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***
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La forêt est une vraie société
Les arbres se tordent comme pour se prosterner devant cette paisible sérénité
Et ce silence intouchable
Sophie
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***
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De la tempête la nature a gardé l'échec
Les souches, elles, ont gardé des positions
comme sur un échiquier
.
L'eau suit son cours
et le cours d'eau la suit
.
Je marche et devant moi
les mille et une nuits s'écoulent
Les feuilles tombent des arbres
Sébastien
.
***
.
La nature
Le froid nous glace les os mais la nature est si belle ce jour d'automne... Les
feuilles tremblent, agitées par le vent. Le soleil transperce les arbres jaunis
par la saison. Quelques feuilles mortes jonchent çà et là le sentier. Je me sens
bien. Devant moi, du vert, du jaune, du bonheur. Plus j'avance, plus je me
sens libre. Le bruit de mes chaussures sur le sentier retentit dans cette nature
solitaire.
Camille S.
.
* * *
.
Le vent froid qui fait tomber les feuilles mortes des arbres
apporte un peu de mouvement et de son à cette nature triste et silencieuse.
.
Les cygnes n'ont pas besoin de nager
Le faible courant du ruisseau les promène
.
La verdure de l'herbe apporte des couleurs
au roux de l'automne
.
Dans un arbre nu
le corbeau ouvre ses ailes au vent
.
Les glands tombés des arbres
roulent sous nos pieds
.
Cette nappe de nuages gris cache
la luminosité du soleil
Marion
.
***
.
..
Un platane aux couleurs
de militaire
qui éclaire le parc
Un ponton en bois
un faux-pas
et la baignade est assurée
Un bonnet pointu...
L'automne nous a apporté des farfadets
Le vent qui danse
dans mes cheveux épars
Un corbeau en automne
Salem est proche
.
*
.
Le profond de l'homme est en accord avec la terre
Une poignée de terre Riche Abondante
L'odeur de la terre pure, composée de nature
d'éléments décomposés, de poussière...
On y trouve un tout petit être qui s'y blottit, ou des cailloux... Oxygène...
Racines
Tellement de choses...mais ignorées par l'homme.
De la même manière que l'homme s'ignore
.
*
.
Le poumon de la terre
Seul reste du vivant
Une bouffée d'Air pur, une bouffée d'exotisme, une bouffée de vie.
Un homme. Il est vrai.
Il est relié à la Terre et la respecte en tant qu'être.
.
La pluie incessante. Ce sont des larmes de joie.
C'est la joie : il fait chaud.
.
La forêt est heureuse et puissante. Personne ne l'entrave car personne ne le
peut.
Son âme revit dans tous ses habitants. Sa chaleur, c'est sa vie. Dernier pou-
mon de la terre.
Le cancer fait des ravages.
Morgane
.
***
.
Herbes et feuilles mortes se fondent dans un ensemble harmonieux, la paix et
la sérénité entourent ce lieu. Cette nature force le respect et l'admiration.
Il est des heures que l'on voudrait interminables mais le soleil se cache pour
rappeler que le moment de partir est arrivé. Je te quitte, ce n'est que pour plus
apprécier le jour où je reviendrai.
.
*
.
Le chemin du bonheur est fait
De feuilles de terre et de racines
L'eau est sa compagne, les arbres
Ses amis, le ciel son confident.
Dorothée
.
***
.
La terre qui me sert de support disparaîtra un jour et ne me supportera plus.
Non signé
.
.
.
MARCHE
.
Le sol qui nous a donné la vie, du moins qui nous l'a prêtée, qui nous laisse
vivre un moment, le fouler, qui se laisse modeler, modifier, saccager, utili-
ser, dégrader, et qui pour finir récupère la vie qu'il nous a louée.
Non signé
.
***
.
Ma conscience pèse sur mes pas ralentis car elle est l'unique maîtresse de
mon corps.
Non signé
.
***
.
Marcher pour oublier. S'isoler, avancer au hasard, laisser nos pas nous gui-
der. Ne plus rien sentir que le sol qui se dérobe sous nos pieds. Libérer son
esprit, faire le vide et toujours avancer. Ne jamais revenir sur ses pas. Etre
maître de soi-même.
Camille S.
.
***.
.
Envahie par le désir d'être
la rivière demanda conseil à la terre :
« N'aie ni Dieu ni maître, ne te cache pas, même l'hiver.
Offre ta lumière, ta volupté,
ta douceur et ta froideur,
Et quand tu le souhaiteras, tu pourras venir te ressourcer en mon sein.
Je suis ta mère, ta soeur, ton amie, toujours présente, jamais ennemie. »
Dorothée
.
***
..
La terre où je m'enracine
Chaque moment où je pose mon pied sur la terre, j'ai l'impression d'être en
symbiose avec cette étrange matière. A mon esprit vient la phrase célèbre :
Tu es né de la terre et tu retournes à la terre.
Camille B.
.
***
.
Je marche depuis quelques minutes déjà
Mais rien ne me vient à l'esprit.
Je pense à des tas de choses
Je ne dois pas être assez concentrée
Cette salle ne m'inspire absolument rien
Le sol non plus.
Non signé
.
.
.
ARGILE
.
Un peu d'argile...
Un contact de force psychique
avec notre fondatrice.
Des formes massives, vivantes
colorées.
Un contact puissant, doux, éternel.
Terrestre.
Morgane
.
***
.
Je ressens une sensation de bien-être.
Je suis maître de mon monde. Je le crée et le façonne selon ma volonté.
Sa fraîcheur fait se libérer mes émotions.
Alexandra
.
***
.
Pas d'inspiration, rien ne vient.
Mes mains touchent cette matière qui ne m'est pas inconnue.
Mes mains écrasent, malaxent, ressentent.
Sans le savoir j'ai construit une forme.
Mes yeux aussi savent maintenant.
C'est encore flou, suffisamment éclairé pour que je puisse m'exprimer.
Amandine
.
***
.
Cette terre est si douce que l'on a du mal à croire qu'on puisse lui faire du
mal et qu'elle puisse donner la mort. De cette terre j'ai fait naître un objet.
Lequel ? Je ne sais pas. Peut-être cela ressemble-t-il à un poisson mort d'un
côté et vivant de l'autre. Tellement vivant qu'à un moment j'ai cru qu'il avait
bougé, mais en même temps tellement mort que cela m'a fait froid dans le
dos.
Vivien
..
PUZZLE
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Je me souviens de la mer bleue; des années perdues de l'enfance à Trinidad,
des mille rumeurs des navires et du ciel de Valparaiso.
J'avançais depuis des siècles sur ces plages d'Espagne, dans les dunes de sable
plus que sur ces tapis de galets et de shistes léchés par la mer. Ah ! toutes ces
flaques odorantes, ces chardons, ces colzas, cette rondeur boitillant.
Cette âme ancienne pénètre tout être.
J'avance, persuadé que partant les derniers, notre ascension est enfouie dans
la mer horizontale et allègre d'Orient.
Me retrouver entre âme et profondeur lues par nous-mêmes.
Audrey (d'après Xavier Grall)
..
***
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Rivière garde-nous des fous qui violent le monde des enfants.
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Dans la prison commence l'ouragan des cris de l'eau, compagnon de l'oubli.
Non signé (d'après René Char)
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***
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Des troupeaux de bêtes foulent l'herbe à l'aube, là où nul homme ne réside.
Leur terre promise les aime avec douceur.
Franck (d'après Xavier Grall, Barde imaginé)
..
***
..
J'imagine que je marche dans les ténèbres.
J'erre dans 1'herbe.
J'avance loin des villes, des hommes et de leur laideur.
J'aime la douceur de la terre, des arbres et des feuilles.
Amandine (d'après Thierry Metz, Terre)
..
***
..
Je me voyais monter vers ce nuage chargé de mots.
Jusqu'à chercher qui, de pas en pas, l'a fait avancer vers un jour d'écriture
et de recueillement.
Simon B. (d'après Thierry Metz, Terre)
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***
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C'est toujours quelqu'un d'autre qui parle aux oiseaux. Nous ne cherchons
jamais à parler.
Ici je suis seule Plus rien Près de cette voix libre.
Je suis même une autre.
Sara (d'après Thierry Metz, Terre)
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***
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Ici, ailleurs, je cherche quelqu'un.
Rien ne me touche.
Seul, je reste à jamais
plus près d'un autre mur
si haut à franchir.
Me voilà déchiré, emprisonné.
Seule ma voix reste libre.
Fanny (d'après Thierry Metz, Terre)
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***
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J'appartiens à l'ombre comme ce nuage.
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Je cherche le chemin pour mes pas.
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Je recueille des mots que porte ma voix.
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Il faut chercher, toucher, avancer,
mais fuir.
Camille S. (d'après Thierry Metz, Terre)
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DIALOGUES
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SOLEIL et LUNE
- Salut, belle blonde, ça te dirait qu'on fasse éclater quelques astres ?
- ça animerait mes cratères !
- Oh! tu es froide, tu ne voudrais pas que je te réchauffe ?
Scarlett, Alexandra, Amandine
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GUITARE et VIOLON
- J'ai mal aux cordes !
- Moi aussi, on m'a trop grattée aujourd'hui !
- Le vieux n'a pas été très cordial avec moi, et en plus, il joue faux !
- M'en parle pas, je suis tombée sur un petit jeune. Il ne m'a gratté que la 2°
corde, j'ai les autres engourdies.
- Quelle vie ! J'aimerais tant retourner au Brésil !
- Moi surtout pas. Je viens d'Amazonie etje ne supporte pas la chaleur. Viens
tout de même avec moi, je te présenterai ma famille.
- Bon, allons-y !
Sara et Sébastien
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LE LIVRE et LA TELE
- Moi en plus de toi, j'offre la liberté de pensée et l'imagination. Et les anal-
phabètes ont plus de facilité à assimiler les images et les sons plutôt qu'un
texte inscrit dans un livre sans vie !!!
- Un livre sans vie ? Chaque livre possède une âme. Ils offrent suivant les
livres une vie différente à chaque lecteur. Alors que toi, télévision, que
ferais-tu pendant une panne de courant ?
- Ma foi, il est vrai que tes arguments sont irréfutables, et, devant tant de
répartie je ne peux que m'incliner devant toi et me mettre sur off.
Fanny et Benjamin B.
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VARIATIONS
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Une confidence
Tu erres solitaire vers les pleurs de ton aimée
Les boutons de gui se fanent
Sur la sécheresse du bois liturgique
Et les mille branches du soleil ne peuvent s'infiltrer
Dans ton coeur hanté par les gracieuses d'Orient
Avec l'indiscrétion d'un voyageur innocent je te conseille
La clarté de novembre, timide, qui te sourit tristement.
Dorothée
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Poème lyrique
Froid d'hiver
persévère
nuages gris
rabougris
flocons de neige
bonhomme de neige
feu de bois
je n'ai plus froid.
Scarlett
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Discours pour un enterrement
Nous sommes aujourd'hui réunis car cette terre qui donne la mort mais aussi
la vie nous a enlevé un être cher. Cette terre qui l'a fait naître, il s'en est ser-
vi pour faire des objets qui ne ressemblent pas forcément à quelque chose
de réel; mais il a su leur donner vie ou leur donner la mort. Comme fait cet-
te terre avec lui aujourd'hui : elle lui a donné vie, mais maintenant elle lui
donne la mort. Il avait trouvé ses racines en la Terre et il s'était déjà remis
d'une terrible maladie car il savait que la maladie est l'effort que fait la na-
ture pour guérir l'homme. Aujourd'hui il s'en va serein. Ne soyez pas triste
car le monde a la beauté du regard qu'on y pose.
Vivien
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LES SONS DERNIERE PAROLE
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Avemano
Harmonie et disharmonie sonore se mêlent alors que le cercle se tend et se
détend.
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Des sons caverneux, d'autres fluides, clairs et sombres : diversité forestière
- dans toute sa splendeur et dans toute son horreur.
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Percevoir un chaud, un froid, une unité dissonante.
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Tout un peuple de voix s'unissent pour le pire et le meilleur jusqu'à ce que
le silence les sépare.
Avemano...
Morgane
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Sur moi, sur la terre que je suis, sur la terre qui me porte, je suis une porte
ouverte à l'espérance.
.
Ecoute ce son de fond
Il te montre où est la raison
Tous ces sons m'enivrent
Entre les rires.
Adrien
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***
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Ces sons qui encerclent de 1'harmonie avec des différences sonores mais
unies. Et petit à petit ces voix s'estompent et le silence nous sépare au fur
et à mesure.
Non signé
.
***
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J'ai entendu beaucoup de mots, de rires, de joie passer par là. Ces sons qui
viennent du fond du coeur ne mentent pas. La vérité, difficilement audible,
m'est apparue.
Simon B.
.
***
.
J'ai l'impression que ces sons me disent quelque chose. Ils m'appellent, ils
m'appellent...mais où Mais où ?...je ne sais pas.
Du ciel ? Non.
Du haut de la montagne ? Non. Je ne sais pas...
Ils partent, ils reviennent, ils repartent et ils ne sont plus là... plus là, plus
rien... C'est fini...
Ils ne me disent même pas au revoir... et je me retrouve seule dans le silence.
.
Je me sens toute légère comme si ces sons m'avaient emportée au-delà, très
loin.
J'ai les paupières qui se ferment tout doucement.
Vient la fin de ces sons, je retombe sur terre, me revoilà parmi le monde.
Marion
.
***
.
Harmonie entre les sons, harmonie entre les voix
Harmonie entre les gestes, Harmonie de la nature
.
Les sons tristes s'opposent aux sons joyeux
Les sons timides s'opposent aux sons moqueurs
.
Tous les éléments, les êtres, les forces
coexistent harmonieusement avec
eux-mêmes, avec
la nature
et créent
un paradis que les Hommes
sans se soucier de la chance qu'ils ont
appellent
la Terre.
Jean-Baptiste
.
***
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Oser la peur
Je suis face
Face à moi
.
Mes inquiétudes
Sans nom
Où vais-je
Où veut-on me faire aller ?
.
Qui suis-je ?
Et eux, vous, elles,
Toutes ces voix sans nom...
Et tous nos pas sur cette terre...
.
D'autres voix, d'autres issues
Quelque chose d'insoupçonné vivait donc là,
En moi.
En moi d'autres regards
D'autres terres
D'autres images
A conquérir encore...
Non signé
.
***
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Les sons emportent les hommes.
Ils nous décrivent tout ce qui se passe à l'intérieur de nous.
Les sons se mêlent entre eux, se dénouent, s'accentuent, se croisent...
comme la terre entre nos mains.
.
Les vocalises que nous avons faites sont comme notre projet : petit à petit
des voix et des sentiments apparaissent. Le son se fait plus fort, plus impo-
sant, comme les textes que nous avons écrits. Avec le temps nous prenons
confiance, nous avons plus de hardiesse. Dans l'exercice entrepris, nos voix,
au fur et à mesure, s'estompaient. J'espère que, à l'inverse, ce que nous
avons appris et vécu ne pourra jamais s'effacer.
Sophie
.
***
.
Ces sons me font penser à la nature, aux bouddhas, à la montagne et à l'air
pur. Mais je préfère le silence, le silence qui occupe le plus souvent ma tête
et qui me permet de réfléchir... de réfléchir à tant de choses, à moi, à mon
avenir, aux autres... Les sons ne sont que des bruits qui viennent combler le
vide du silence, ce vide lourd et profond.
Sara
.
***
.
Perdez-vous dans le silence, ô souffles mélodieux des cavernes des abysses
intérieures
.
Chant religieux, chant des oiseaux, chant, chant, chant...chant profond, c'est
tout. Rien de plus.
.
Ecoutez...chut...
Ne respirez plus et vous le percevrez. Quoi ? Le duo de son âme et de son
coeur. Grand duel où seule la beauté abstraite arbitrera.
Elsa
.
***
.
Ce son qui s'échappait de mon corps voulait comme me fuir, il m'était im-
possible de le retenir et, avec lui, une partie de mon âme s'en allait, je ne
sais où et après tout peu importe... En me libérant de ces sons je me sentais
comme apaisée.
.
Tous ces écrits m'ont permis de m'extérioriser, de marquer noir sur blanc
ce que, habituellement, je pense tout bas. Ecrire ce que l'on pense, c'est
donner une partie de soi-même au monde. Lors de cet atelier, chaque per-
sonne s'est dévoilée à l'autre.
Camille S.
..
Graphisme de MF Lavaur.
..
Michel Ducom , poète et professeur , me communique quelques
numéros des revues " DIALOGUE " ( éditée par le GROUPE FRAN-
çAIS D'EDUCATION NOUVELLE ) et " CAHIERS DE POEMES " -
revue du secteur "écriture" du G.F.E.N. - dans lesquelles on peut
lire maint compte-rendu d'expériences pédagogiques toutes plus
passionnantes les unes que les autres : démarches pratiques, dialo-
gues sur la création, réflexions de fond sur des questions fonda-
mentales concernant l'imaginaire,la pédagogie etc...,textes écrits
par des enfants ou des ados, bilans de stages ou d'ateliers ... ( liste
non exhaustive.)
Les articles sont écrits par des élèves, des "profs", des spécialis-
tes (psychologues, chargés de cours, maîtres de recherche au CNRS
etc...).
....
Vous pouvez vous abonner en écrivant à l'adresse suivante :
Groupe Français d'Education Nouvelle
6, Avenue Spinoza, 94200 Ivry-sur-Seine
175 FF les 5 numéros ( étranger 200FF )
Abonnement de soutien > 250FF
Libeller le chèque à l'ordre du GFEN
..
Graphisme de M.F. Lavaur
..
Textes produits dans deux ateliers d'écriture du GFEN
°°°°°°°°°°°°°°°
Atelier 1 -
L'animateur de l'atelier lit les poèmes d'un auteur ( ici Jacqueline Saint-Jean ),
puis , par la suite, donne aux participants un certain nombre de mots-clés sous-ten-
dant l'univers du poète. Chacun doit relever les mots qui lui " parlent " le plus, et,
avec ces mots, construire son propre texte poétique.
Voici quelques " productions " de cet atelier...
1 -
Petite cavale sur la ligne d'horizon
dans l'odeur de foin des phrases coupées
Regain. Désordre printanier.
Genoux dénoués.
Qui gardent cependant trace
des barbelés.( S )
2 -
Hier est loin, zodiaque du désir,
sans mot de passe
La farandole des mots éphémères flamboie
feu de paille aux marges blanches
Les falaises en silence s'effritent
La boussole s'envole dans le vent
Mon chant s'endort ( non signé )
3 -
Au
sablier
du
temps,
combien
de
grains ?
Parcelles de mémoire
Eclats des anciens rires
Pépites de bonheur
Fragments noirs des chagrins
.
Sable au goût d'enfance
Saveur salée du large
et des larmes
.
Algues jetées
comme lambeaux de vie
sur le rivage du DESTIN. ( id. )
4-
Muette est la page blanche du
pèlerin bleu
Un silence de steppe l'étreint et
l'enserre dans un labyrinthe inextricable
Comme la vigie louvoyant sur une mer
de fracture, il voudrait s'accrocher
aux doigts du soleil
Mais l'humus le retient
Les tambours de la terre rythment son chant
La vaste armoire de sa mémoire épuise
le temps
Alors, à l'orée de la tempête, il choisit
de dériver au fil de l'eau dans
le bois des mots
Cette intensité éphémère du frou-frou des
fougères devient la trame de
son destin. ( id. )
5 -
Les tambours de la terre
ont longtemps résonné
les hommes harassés
se sont couchés dans les fossés
A l'ombre des fougères
l'écorce des mondes
boit le grand silence
Du miroir a jailli
le cavalier des leurres
ses doigts de soleil pleurent
le théâtre d'or des flammes sorcières ( id. )
6 -
La piste est piétinée
.
Dans l'outre de fatigue
il reste un filet d'eau
un souffle
quelques voyelles de rosée ( S )
7 -
Revenir à la terre
harassé de cavales
de charrois de ressac
Revenir à l'érable
au rouge de naissance
aux noces du souffle
à la semence ( S )
.
Graphisme de M.F. Lavaur
.
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Atelier 2 -
Les participants ont à réfléchir sur les rapports que peuvent entretenir poésie
et transcendance. Un premier texte est produit par chacun pour essayer d'éluci-
der le contenu sémantique des termes, variant selon chacun ( éducation, affectivité,
réflexion etc. ) .
Ceci conduit à des débats parfois houleux mais toujours amicaux.
A la fin de l'atelier, les animateurs engagent les participants à rédiger un texte -
bilan : après lectures et débats quel regard portent-ils à présent sur le thème considé-
ré ?
Voici quelques extraits de ces textes...
1 -
(... ) La poésie est un passage, ce passage s'appelle transcendance, homme, Dieu sans
Dieu, l'homme-Dieu, au-delà de l'homme et de Dieu mais tout près de moi, ce passa-
ge ,je l'appelle sacré, je l'appelle singulier, je l'appelle universel. Il " m'accède " . Il
s'appelle " J'invente la vie " . ( F. Kurza )
2 -.
Le monde est la respiration de Brahma,
dit l'Hindou.
.
Pour décaper le réel,
atteindre l'autre
et contester l'évidence trop vide
le poète n'a que ses mots.
.
A toi,
prends ta truelle,
gâche le mortier
bâtis ton passage. ( Michel Lambert )
3 -.
Poète,
tu vois, tu écoutes mieux que nous.Tu es contemplation et mémoire mais ton égo
s'efface; dans une infinie solitude tu fais le grand saut dans le vide.
Tu nous montres alors ce qu'on ne voyait pas, tu dis ce qui était jusqu'alors indici-
ble avec une musique qualifiée autrefois de divine
Hommes des hommes
ton chant nous conduit pourtant vers les rives de l'infini et du mystère.( Colette Mathe )
4 -
Chercher le sens. Trouver le sens ou le nier.
Vivre sans lui. Creuser sa nuit et s'y fier.
A l'ombre de vos lumières, sachez, je vous entends...
Je ne suis qu'écrivière, voyez, là je m'entends.
Dans un état second, pudique et furibond
Un vent d'inspir me pousse à écrire
(...)
Elle s'empare de nous, la poésie,
Et elle extirpe la tripe tribale du vide où
le sens se cache,où souvent il gâche
La mélodie du verbe qui suffit parfois
Là où dans l'absolu le silence est roi. ( Beb Cabannes )
5 -
Lire la vie le monde comme un chant de partage et de solitude
retour à la source au brouillard
le poème est un chemin cheminant, une certitude, une intuition, un murmure intérieur
un grand vent de traverse.
Ta mémoire de papier mâché, gommé, froissé, se cogne aux limites du cadre, au-delà
se pressent nos fous.Il accourent des plaines du réel. Ils transcendent le connu (... ).
Les éléments chamboulés, les énergies réunies, les idées abolies, le sacré retrouvé.
Mémoire universelle d'une histoire à écrire, d'un chant à tisser, du sens en mouvement.
( A.G.D. )
6 -
Alors après tous ces mots lancés... retrouver ses petits et voir leurs différences.
" Le sujet s'invente au risque de se découvrir autre ". Je tiens à ma formulation.
" Le sujet " c'est le poète, mais c'est tout un chacun qui se prend à ce " je ".
" S'invente ": s'acte, se construit, avance. Il y a avant tout un geste - ici celui de l'écri-
ture : prendre une feuille et un crayon. Décider que ce moment se tiendra à cette table
ou ce coin d'un banc - qu'il y aura rupture avec le reste pour saisir au bout de son
crayon ce qui s'écrit de soi. Le saisir c'est en laisser saisir la conscience.
" Au risque ": l'ignorer est folie. C'est braver une peur terrible. Se risquer à la trace -
à écrire quelque chose qui n'est pas encore formulé - affronter le savoir du monde et
cogner dessus de toute sa force et férocité pour lui hurler son innommable.
" de se découvrir " - peut-être mieux : de se trouver. Mais se découvrir c'est lever ses
voiles, masques, creuser avidement la matière de ses mots , de ses peaux (...)
Se découvrir c'est accepter aussi de regarder ensuite au miroir du poème et s'y lire
" autre ", toujours autre. ( J. Vahé - Desgrouas )
7 -
source
.
uni vers celle qui sourd
en soi
( Eric Martinet )
8 -
" Celui qui fait la navette entre les différentes dimensions de la consci-
ence " (1) : le tisserand, le messager, l'émissaire du dialogue intérieur; son chemin
illumine les instances tombées dans l'oubli. Réconciliation. Retour à l'unité.
" Ne pas comprendre ce qui de soi-même s'écrit " : gloire et humilité de ce
scribe inspiré que traverse le vent du large.
" La grande mémoire anonyme " : la lutte contre l'amnésie est un combat majeur
des temps modernes. A un certain niveau, moi disparaît. Culture humaine.
" Il - le poète - dérange par ses propos ou plutôt par ses fréquences ": ce
n'est pas une question d'idée. C'est le langage qui est subversif puisqu'il trace des che-
mins nouveaux.
" Un langage asservi à des fins utilitaires et économiques " : la poésie n'est-
ce pas le dernier geste révolutionnaire possible ? Mais elle est aussi tout autre :
" La vibration de l'essentiel " ( Marie - Claude
Commenges )
(1) Les passages en caractères gras sont des extraits de textes sur lesquels les participants avaient à méditer.
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