DU FU ( TU FU : 712 - 770 )
ECRIT LA NUIT EN VOYAGE
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Herbes fines, vent léger sur la rive
Le mât d'une barque se dresse dans la nuit
Des étoiles tombent sur la vaste plaine
La lune semble bouillonner, le grand fleuve coule
Comment obtenir la renommée par mes écrits ?
Le vieux fonctionnaire malade devrait se retirer
Allant cahin-caha, à quoi cela ressemble ?
Entre ciel et terre, à la mouette des sables ?
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GRIMPANT À LA TOUR DE YUEYANG
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Jadis j'entendis parler du lac Dongting
Aujourd'hui, je grimpe à la tour de Yueyang ( 1 )
Wu est à l'est, Chu est au sud, ainsi répartis
Ciel et Terre dérivent selon le jour et la nuit
Pas un mot de mes parents et amis
Vieux, malade, me voilà seul avec ma barque
Les cavaliers barbares sont au nord de la passe
Adossé à mon char je verse des flots de larmes ( 2 )
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( 1 ) Cette tour se trouve sur les remparts de Yuezhou,
et domine le lac Dongting, sur le cours du Yangtse-
Kiang
( 2 ) Du shi xiang zhu, p. 1946 ( notes de M. Coyaud ).
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RÊVANT À LI BAI
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Séparation par la mort : j'avale mes sanglots
Séparation mais vivant : je pleure sans cesse
Du sud du Fleuve, pays de malaria
On n'envoie pas de nouvelles
L'ami est entré dans mes songes
Il sait donc que je pense à lui toujours
Toi, maintenant, pris au filet,
Comment as-tu repris l'usage de tes ailes ?
C'est peut-être un simple fantôme
La route mène loin . On ne peut sonder le vrai .
Le fantôme vient d'un bois d'érables vert sombre
Le fantôme retourne par une passe noire
La lune qui tombe éclaire les poutres de ma pièce
Comme si elle faisait luire un visage
Eaux profondes, vagues étendues
Ne laisse pas les dragons t'attraper !
Les nuages flottant ne cessent d'aller
L'errant depuis longtemps ne revient pas
Trois nuits de suite, voilà que tu me hantes en songe
Tes sentiments pour moi sont bien visibles
A l'instant des adieux, tu es bien inquiet
Pénible est le chemin ; pas facile de marcher
Sur fleuves et lacs, beaucoup de vent et vagues
On a peur pour les rames, qu'elles sombrent
En sortant, tu te grattais le chef blanchi
Comme accablé des soucis de la vie ordinaire
Chapeaux de mandarins, baldaquins, plein la capitale !
Toi, seul, tu te ronges de chagrin
Qui dit que les mailles du filet enserrant le ciel sont lâches ?
Un homme vieillissant s'y est pris !
Pour mille automnes et dix mille ans, tu seras célèbre
Une vie passée dans la misère, voilà le prix !
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Les trois poèmes ci-dessus ont été écrits par DU FU en PENTASYLLABES.
Les poèmes qui suivent l'ont été en HEPTASYLLABES
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VOISIN CÔTÉ SUD
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Le maître du village du Brocart a son turban à cornes noir corbeau
Au potager, on ramasse taros et châtaignes, pas vraiment miséreux
Accoutumés à voir des hôtes, les gosses sont contents
Ils ont des miettes sur le perron, les oiseaux, passereaux apprivoisés
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En automne la rivière n'a que quatre ou cinq pieds de profondeur
La barque fruste ne contient que deux ou trois personnes
Sables blancs; bambous bleu clair, port au crépuscule
Je raccompagne l'hôte au portail de bois, charmante nouvelle lune
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QUATRAIN
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Deux orioles chantent dans le saule bleu-vert
Une file de hérons blancs monte dans le ciel azuré
De la fenêtre, on voit à l'ouest les cimes neigeuses de l'automne
Devant la porte est ancrée une barque du pays de Wu, qui a parcouru dix mille li
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GRIMPANT À UN PAVILLON
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Les fleurs proches du haut pavillon blessent mon coeur
De tous les côtés, de cette hauteur, je vois approcher foules de maux
La rivière de brocart au charme printanier vient entre ciel et terre
Séparer le passé du présent, muraille de jade, nuages flottants
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La Cour impériale immuable comme le pôle nord, ne connaîtra plus de vicissitudes
Les bandits des montagnes occidentales cesseront de nous attaquer
Du pitoyable second empereur le mausolée est toujours là ( 1 )
Au crépuscule je psalmodie la mélopée de Liang .
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(1 ) Le mausolée du second empereur des Shu est placé dans la banlieue de la cité
de brocart ( Chengdu ). Le poète chante une mélopée en l'honneur de Zhuge
Liang, enterré avec le second empereur de Shu . ( Note de M.Coyaud ).
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EVOCATIONS DU BON VIEUX TEMPS ( 1 )
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Foule de montagnes, myriades de gorges, je vais à Jingmen
Le village où naquit la sublime concubine est toujours là
Elle laissa la Terrasse pourprée pour les limites du désert
Seul reste le tertre funéraire vert dans les jaunes crépusculaires ( 1 )
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Le dessin représentant son visage efface les effluves du désir
Son spectre aux jades tintinnabulant revient les nuits lunaires
Pour mille années, la guitare pipa parle le langage des Hu
Expliquant rancoeur et haine à longueur de couplets
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.( 1 ) Allusions au funeste destin de la concubine impériale Yang guifei .
( Voir le poème de Bai Ju-yi : chang hen ge " Chant des regrets éter-
nels " ).Note de M.Coyaud.
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NUIT AU PAVILLON
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Fin de l'année, les jours raccourcissent
Jusqu'aux bords de l'horizon, givre, neige, nuits froides
La cinquième veille sonne aux accents tristes des tambours et des cors
Reflets des étoiles et de la Voie Lactée dans les Trois Passes
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Dans les maisons isolées on entend les sanglots après les combats
Un peu partout pêcheurs, bûcherons chantent des chants sauvages
Dragon couché et Cheval cabré sont devenus terre jaune ( 1 )
Des affaires humaines, les nouvelles ne parviennent plus .
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( 1 ) Dragon couché
et Cheval cabré sont les surnoms respectivement
de Zhuge Liang et de Gong Sunshu, à l'époque de la fondation
du royaume de Shu .( Note de M. Coyaud ).
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Ces textes ont pu être reproduits grâce à l'aimable autorisation conjointe des
Editions des Belles-Lettres et du traducteur : Maurice Coyaud.
Textes extraits de " ANTHOLOGIE DE LA POESIE CHINOISE CLASSIQUE ",
traduction de Maurice COYAUD, Editions des BELLES-LETTRES .
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