Poèmes de Bruno Durocher



     Poèmes de Bruno Durocher



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Frontispice de Hilda van Norden (1997)

à " Dans la nuit la lumière " de B Durocher

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POÈME LIMINAIRE

de A l'image de l'homme

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Il faudrait déchiffrer les astres qui ont orné le ciel un jour éloigné déjà de plusieurs

     dizaines d'années à neuf heures du soir

il faudrait connaître le cri qui a déchiré le silence à ce moment-là

pour arriver à la source de la tristesse qui a modelé mon visage

c'était dans la ville qui enfermait entre les tours de ses églises les cercueils des rois de

    Pologne

sur le bord d'un fleuve gris

là enflammé par la révolte contre les lois tragiques du monde et contre ma propre mi-

     sère j'ai trouvé mes premières paroles poétiques

sauvages et chaudes comme le phallus d'un jeune garçon rêvant à une femelle

cri barbare baigné par la clarté du soleil indifférent

et ainsi mes dix-sept ans débordaient du papier - fleuve rouge parmi les peuples slaves -

    sacrifice païen d'innocence

j'ai grandi dans l'âge et dans la souffrance où Dieu miroitait au fond de l'abîme

j'étais multicolore entre les mains blondes du peuple car je me cherchais parmi toutes

    les images de l'histoire

.

A vingt ans j'étais l'éternité et j'étais l'homme

je rêvais à toi Espagne à toi Amérique pour poursuivre mon chant car les rois de Polo-

    gne étaient morts et leur puissance oubliée des hommes

et j'ai voulu être compris par tous pour clamer mon message ma religion nouvelle aussi

    loin que le monde

j'ai préparé mon départ mais les Germains sont venus de l'ouest pour ravager les plaines

     de mon peuple

comme une femme pleine de tendresse j'ai sacrifié ma nostalgie pour défendre mes amis

mais nous étions faibles et les barbares ont vaincu notre chair

ils m'ont fait esclave ils voulaient me tuer au compte-gouttes

j'ai traversé cette fantaisie cruelle des hommes pour devenir plus pur et plus dégagé du

    paysage natal

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Ainsi à vingt-six ans après la défaite de mes ennemis je suis venu vers toi France parce

    que ta parole est universelle

j'ai appris ton climat et ta peau

.

A trente ans je t'ai connue assez pour mener le chemin de ma couleur sur ton sein

je suis devenu ton poète pour continuer le poème difficile de ma vie

Maintenant je reprends toutes mes images anciennes leur fièvre et leur alcool je dé-

    chire leur vêtement cousu en Pologne et je les habille de la robe de ma langue

   nouvelle

je vous abandonne mon passé ma jeunesse et mes désirs d'homme

je vous abandonne mes mains solitaires entre les bruits du monde

car je ne suis plus

car je ne suis plus de ce monde

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LE BRAS DE L'HOMME

( Mauthausen 1939 - 1945 )

Chaque jour mon corps devient immense comme l'univers

et je suis très proche de la grande tristesse

affamé de vie et de pain

couvert par la mort et par le cauchemar

je bois l'odeur du four crématoire comme une goutte d'eau de vie

.

je touche la vérité de la vie et de l'ombre

.

et quand meurt mon ombre

quand je cherche une feuille de papier au fond de mes yeux

de mes bras je soulève la montagne de pierres

et je sonne

avec une tranche de pain

dans l'obscurité de la nuit

.

car la nuit est comme l'attente de la faim

et de la peur

car le jour est comme un furoncle qui pourrit

et la vue est perdue dans la réalité plus horrible que l'effroi nocturne

.

déjà mille fois on a brûlé mon squelette

mais vivant toujours je suis sanguinaire

le gardien l'assassin et le prisonnier

la terre pousse sur mon haleine

avec le désir pareil à l'accoutumance illogique

j'existe

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L'odeur de la mort écrase mon souffle

je me trouve au milieu d'un paysage composé de bribes hallucinées

mes yeux figent leur regard dans le cri inaudible de ma bouche

il faut se résigner à mourir

seulement la prière sépare ce monde de l'autre

les jours ressemblent à une roue sanguinaire

qui jette les squelettes habillés de peau dans la gueule du feu

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le signe d'alliance crie la peur de mon corps

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la vie est fragile dans cet univers où la violence écrase la faiblesse

la rengaine des jours conjugue la peur en mille intonations

et traîne mon existence sur le gravier plein d'excréments

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C'est le jour des changements et des destinées indéchiffrables

telle une flamme entre les mains pâles ma tête brûle

le monde comme un fou délire dans les ténèbres

le rêve et la peine s'émiettent en mots éparpillés

et quand l'envie de corps étranger pénètre les sens

le désir brûle et fait mal

dans le vide le vent allume sa chanson

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Eternel donne-moi le calme des étoiles immuables et leur sagesse

que je sois fort de silence

qu'avec la main armée de lumière

je prenne ma place parmi les ombres de minuit

et que j'oublie mes yeux

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RÉSURRECTION

( 1945 - 1947 )

Je laisse ce témoignage de ma jeunesse transpercée par l'angoisse et finalement suppli-

    ciée dans la chambre de torture de l'histoire

la mort visitait ma vision

tous les miens sont ensevelis dans les sables de la tourmente

ma mère mes tantes mes oncles toutes mes soeurs et tous mes frères sont morts sur la

    montagne du châtiment

le grand guerrier allemand marchait et tuait

ma peur avait les yeux écarquillés de folie

mon peuple payait sa contribution séculaire à l'oeuvre de Dieu

tout un monde se mourait

c'était la fin

c'était la fin du monde

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Et quand le monde fut consumé

quand je me suis trouvé seul sur les décombres

sans force pour accomplir le choix et aller vers la terre d'Abraham Isaac et Jacob

la langue polonaise qui fut la langue de mon enfance et ma jeunesse agonisait en moi

mon peuple mort ne parlait plus

son seul langage fut le silence de l'Eternité et mes propres sanglots

ma ville natale est devenue un cimetière sans tombes

où les ombres racontent encore l'histoire d'un peuple qui fut et qui n'est plus

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Qui suis-je pour durer après la disparition des miens

le monde sinistre et sans tendresse achevait la démolition de mes illusions

aucune parcelle du passé ne me donnait d'abri

la Pologne est morte en moi emportée par le souvenir de mes morts

la langue polonaise est morte en moi avec l'image de ma mère violentée et assassinée

    par les paysans

car elle était juive ma mère

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L'histoire des hommes tourne des pages pleines de catastrophes

comme si le destin de l'homme était de tuer et de souffrir

sans rémission

.

Ne permettez pas aux enfants de sourire

car nous sommes en deuil

nous sommes en deuil des cadavres multiples et de l'optimisme

Moi sauvé de la mort ressuscité miraculé

moi le survivant de la fin du monde

je crie aux hommes :

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    arrêtez votre marche

   tournez-vous vers l'autre côté de l'existence

    où la paix du Saint Béni soit-il seule existe

.

Quand le silence fut sur les cendres de mon monde

j'ai tâté mon corps sans croire qu'il existe

car il fut composé des os et de la peau comme un squelette habillé d'un drap

fantôme affamé sorti du fond du cauchemar

aux yeux marqués par l'épouvante

.

Mes pas se sont mélangés aux pas de la foule dans la grande ville au bord de la Seine

j'ai été vêtu et nourri

j'ai recommencé à vivre

le verbe a de nouveau jalli de mon être

la langue de mon pays natal végétait en moi comme une mauvaise racine

comme un souvenir qui revenait à la réalité

la métamorphose fut lente

j'ai parlé encore longtemps avec mes morts

mon passé formait mes mots

   que voilà remémorés et rendus autres

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Il me fallut pendant trois ans fouler les pavés de cette ville

pendant trois ans respirer la poussière de Paris

pour faire surgir mes pensées dans cette langue

et rendre indépendante ma parole

délivrée du passé qui restait derrière comme une pelote coagulée de douleur

forme effroyable que la stupéfaction laissa au fond secret de mon regard

.

Retrouverai-je un jour mon peuple mort sur la rive de la vie

je parle pour lui je grave son cri sur la face du monde

je suis son témoin

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CHEMIN DE COULEUR

( 1947 - 1949 )

Mon chemin conduit à travers l'étonnement

car le voyageur - chercheur de vertiges

connaît le jour qui fleurit

qui fleurit comme la lueur des pupilles

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comme le moteur du monde

à travers la mer

je rame avec des bras réels

je trace les formes des mots

qui sont le sang de mon sang

.

depuis longtemps déjà

les bornes du chemin poussent en blocs

de jours abattus

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LA FORME DU JOUR

( 1949 - 1956 )

Voilà la porte de l'initiation

la mort et la vie comme les deux bras du corps

la chaîne du néant continuel

d'où je suis venu

moi - le point dans l'espace

les bras m'entourent comme des serpents de paradis

pour que je puisse pécher et demander pardon

moi la ligne horizontale

moi la ligne verticale

la prière et le blasphème

ma tête s'élance du milieu de la ville

et vole comme un oiseau à travers la mer

où la lune coupée par les vagues

balance les morceaux de clarté

et je suis venu sur la terre

pour faire connaissance avec l'homme

qui traduit ma vie dans les hasards des rencontres

et à chaque tournant il découvre mon visage

que je commence à connaître dans la nuit de l'univers

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A Deauville le roi d'Egypte a gagné 27 millions au baccarat

les regards de belles femmes caressent les lueurs d'argent

quelque part sur la route un homme a faim

les poux mangent sa chair

les soldats hurlent de rage de peur et d'héroïsme

les aviateurs plus vite et toujours plus vite ne vont nulle part

et l'humanité danse

sur la terre qui déchire ses coutures où périssent les villes englouties par l'épouvante

le roi d'Egypte croit qu'il est roi

le pape croit qu'il est le bras de Dieu

le commerçant croit à la toute-puissance de l'argent ( et il en profite )

le clochard croit à ses poux

l'artiste croit à sa gloire

et voilà que les croyances comme une musique folle

mènent les pas de notre danse

et nous - animaux égarés

nous glorifions la diversité du malheur

qui croit à la bonté de l'homme

qui peut encore penser que nous sommes capables de servir la vie ?

qu'il regarde nos mains méchantes

notre très grande perfection dans l'art de tuer

de faire souffrir

de croire que le roi d'Egypte est un roi

que le pape est le bras de Dieu

qu'il y a un dieu bon et miséricordieux

que nos gloires ont une grande valeur

et qu'il dise avec moi

non

.

moi qui vois - moi qui sais

je monte sur la plus haute montagne de la terre

car je veux vivre l'instant de mon existence

je tresse mes cheveux aux vents longs

je cherche la chair de ma présence

pour me plonger dans les plaisirs

et jouir jouir du corps

et oublier le misérable roi d'Egypte qui pourrira dans sa tombe comme le clochard dans

    la sienne

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Je suis appuyé sur une pellicule de lumière

la terre - une miche de pain accrochée aux nuages comme une myrtille sur sa tige

la terre - le mamelon de l'univers

la mère de ma solitude

oiseau abattu je chante mon sang sur cette motte de terre

une main joue sur les feuilles d'un hêtre

l'autre changée par les vents brûle dans les rayons du soleil

le coeur frappe l'espace comme le fléau le blé

mais l'espace est vide

une pellicule de lumière à travers laquelle on voit le vide ni noir ni blanc

la fleur

créatrice des couleurs

mon âme devant laquelle s'incline Dieu sans couleurs

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LE TEMPS DE L'OMBRE

La ligne de l'horizon s'éloigne toujours

la ligne de la vie et le bord de la terre sont toujours au-delà de l'horizon

ni l'oeil ni la main ni la pensée ne peuvent traverser la frontière impossible de la vision

elle est réelle comme la plume qui court sur le papier

elle est infranchissable comme la pellicule de la respiration

la volonté enfermée dans cette prison cogne contre les limites des sens

elle s'arrête au seuil de la clarté

elle appelle au secours

le rire de l'espace qui fait trembler toutes les surfaces lui répond

il exhale le vide

et voici que la tête sombre dans l'effort du jaillissement inutile

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GAGNER LA LUMIERE

La mort et la naissance des continents

le devenir de la terre

la pérégrination de la matière de l'atome jusqu'à l'homme

la lente histoire des mers

le rythme brisé des cortèges lointains

voici que c'est toi Asie - patrie ancienne

d'où les premiers ancêtres sont partis vers les quatre horizons

où se fit entendre la voix de la sagesse

Tao mystique de la légende des premières races

le grand Manou conduisant ses fils à travers les aventures

chant du nord chant de l'ouest chant de l'est

parole de montagne et feu

ô Agni maître de la matière essence des choses flamme primordiale

toi - rocher et air

toi - pensée et action

toi - phénomène et néant

toi Agni tu respires ton feu au-dessus du front de tout

les vallées et les soleils ne te contiennent pas

ni le vent ni la distance d'un bras à l'autre

ni le silence des ancêtres

la liaison du ciel avec le souverain a ouvert les plaines des champs

la puissance des vertus

car pour gouverner l'empire il fallait connaître le secret du monde

le secret de l'herbe du tigre et de l'homme

et c'est une autre chose que de le savoir

.

l'oeil ne peut le voir et pourtant à cause de lui l'oeil peut voir

qui connaîtra ce secret apaisera les sens et le coeur

OM - clef des phénomènes OM - son primordial

la lumière Ahuramazda et Zoroastre - maître des paroles

jour du créateur

amour universel du mâle et de la femelle qui sont LUI

toutes les images

Rama - Krishna - Bouddha - Moïse -

chaque fois ce sauveur venait à son peuple

pour le sauver de la perdition

il était chaque prophète chaque interprète de ses chants

Asie de tes montagnes de tes vallées de tes déserts

des bords du Yang-Tsé-Kiang du Hoang-ho du fleuve Jaune du Gange du Tigre de l'Eu-

    phrate et du Jourdain tes fleuves

se leva la parole qui a conduit l'humanité

non vers les fournaises du fer et de la violence

mais vers le silence

.

seuls les monuments témoignent de ton ancienne sagesse

bras ouverts de la croix chrétienne

voix du muezzin rosaire bouddhique prière incessante

.

les armées de l'Europe ont traversé ton corps

la cagoule européenne du fer et de la vitesse a couvert tes champs

pour que tu oublies pour que tu cesses de songer le songe de la soif de la boisson de la vie

Asie d'Amour Asie de Justice Asie de sagesse

quels sont les mystères de tes changements

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Poèmes extraits de DANS LA NUIT LA LUMIERE, publié aux

Editions Caractères.

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Merci à Madame Nicole Gdalia, veuve de Bruno Durocher et Directrice des

Editions Caractères, de m'avoir permis de reproduire ces textes.

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Notice bio - bibliographique de Bruno Durocher

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   Bruno Durocher, de son nom véritable Bronislaw - Kaminski, est né en

Pologne, à Cracovie, le 4 Mai 1919.

  Il publie son premier recueil à 17 ans et les critiques de l'époque voient

en lui un " Rimbaud polonais ".

  Il ne va pas jouir longtemps de cette gloire débutante : en 1939, les nazis

envahissent la Pologne et Bruno Durocher, dont la mère est juive, ne pou-

vait que " tomber dans les pièges de la gestapo " ( Charles Le Quintrec ).

   Six années d'enfer vont s'ensuivre... de Sachsenhausen au camp de Maut-

hausen, c'est la plongée dans l'horreur, à laquelle il survivra malgré tout

et dont il sortira  en 1945 pour apprendre la mort de tous les siens dans les

circonstances les plus tragiques. Il décide de quitter la Pologne, songe d'a-

bord à se fixer en Amérique et opte finalement pour Paris où il choisit de

séjourner à titre définitif. Son ambition est alors de devenir un poète fran-

çais à part entière.

  Il fréquente les cercles littéraires du moment, notamment celui animé

par Claudel et Audiberti. Les plus grands le reconnaissent comme un des

leurs. Cendrars ne lui écrit-il pas :

" Vous me rappelez les sources de la poésie "

et Eluard :

" Vous êtes l'un des nôtres ",

suite à la publication en 1949, par Pierre Seghers, de son recueil " Chemin

de couleur ", qui fut chaleureusement accueilli par la critique.

  Cette même année 49, les circonstances vont l'amener à fonder la revue

"Caractères " , puis les éditions du même nom. Le voici pris dans le tour-

billon de la vie parisienne. Mais une nouvelle épreuve l'attend : en proie à

de sérieux ennuis financiers, il retourne vivre six années en Pologne.

  C'est enfin le retour en France : il règle ses dettes et relance sa maison

d'édition, qui compte aujourd'hui à son catalogue plus de 500 noms : des

écrivains les plus prestigieux ( Pessoa, Elytis, Tzara, Cassou, Bérimont

etc...), aux poètes encore inconnus car il demeure avant tout un découvreur.

  Son oeuvre de poète est fournie et majeure car elle nous rappelle des temps

maudits qui ne doivent pas être oubliés ni occultés et qu'elle témoigne sur

eux : fragilité de l'homme dans sa chair, mais force aussi de l'homme dans

et par son Esprit.

  Bruno Durocher parle à notre coeur le langage du sien dans lequel nous ne

pouvons que retrouver l'intime battement du nôtre.

 Dire qu'il est un poète " mystique " n'est pas faux ( Claude Mauriac le

définissait comme un " poète de l'éternel " ) ... Encore ne faut-il pas omet-

tre chez Bruno Durocher cette part essentielle du combat, engagé dans et

pour l'Humain.

 Il meurt le 9 juillet 1996.

Silvaine Arabo

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