Poèmes de Xavier Hiron



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                                        Xavier Hiron

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Matières ( Silvaine Arabo )

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Nuit calme ; nuit parsemée d'un vent d'attente : destinée des déserts .

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A bruire un ineffable éloge aux sédiments des lunes : effrités, assourdis, dissipés,

et lentement ployés sous un poids d'inconnu ; ni trace, ni lieu, ni chemin, ni voilu-

re : attendre .

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Quelques pluies fines d'anges et des coulures égrenées au sable de la dune : ô sages-

se rêveuse, ô minéralité ! Y répondent l'abrupt des rocailles, leurs fronts savants et

dénudés qui jettent par le ciel la sobre ride des fêlures. Sans marcher, sans courir,

sans s'y mêler pourtant . Avoir assis son corps pâle d'enfant, chant serré près de

l'astre, au froid de leur vivant . Attendre .

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Attendre tel, béni de lune, aux tourbillons d'avant, et recevoir ainsi la claque des vê-

tures. Ni temple, ni ruine, ni ramure ; ni blessure alentour, et sans destination qui se

dessinerait aux croisées égarées des planètes . Voir la faible lumière des lumignons

sans fête qu'aucun mot n'accompagne ; le bruissement des lèvres sans saveur, mal-

gré un sel d'attente.

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L'inconsistance des marées, le lourd parcours des pénitents. Sans force, et déniant

une âme. Sans temps, sans souffle, sans mot. Quelques zébrures d'un serpent aux

flétrissures remuées. Sans ordre, sans vague ; sans lien, sans terme sous le vent ;

dilué, et rien à découvrir .

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Sans rite, sans gîte, sans un éclat à rire . Nuit calme . Attendre .

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A-t-il atteint son âge d'homme celui qui a tourné ses pas, et sa vie et ses pleurs - ô

jeunesse perdue, ô sainte millénaire ! -  vers une pierre à l'âme digne, au pays soli-

taire ?

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A-t-il atteint son âge sobre au sable remué, à la pierre frappée, au sédiment damé ? Et

ce chemin durci sous l'embrasure usée de ses jambes : mais son pas ne résonne, char-

mante dévotion voilée, adoration volée, apposée sur la terre. En marche .

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Et toute la mécanique de ses gestes, sa semelle qui crisse aux vérités de sa lenteur : être

guetteur absent du haut de sa misaine. Dans ce vivier de l'air brille partout l'horizon

clair, brille son soir crépusculaire . En marche .

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Son pas, l'unique pas, son oeuvre magnifique ; sa pèlerine halée, son regard rabaissé :

plus loin est nulle part .

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De l'air danse et chancelle ; ton image et ton cri retentissent sous le vent, comme des

chants berbères, et ton âme tourne autour comme un troupeau en transhumance. Du

temps est traversé, épais, luisant ou grave, et ton linge ample balance avec du ciel. Nu-

ages et stratosphère : toujours dodeline ta boîte crânienne. En marche .

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Exilé, ou éloigné d'amour : a-t-il atteint son âge pur ?

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(...)

Est-il un souffle encore qui puisse s'éveiller, infime au firmament ? Où est l'unique

guêpe, et qui hésiterait, un lent palpitement ? Est-il un souffle au paysage, un grain

jeté au sable, alors que se répand cet avant flux de l'aube ? Est-il déjà au monde, ce

souffle, comme posé sur toute une étendue d'eau claire, mi-liquide, mi-solide, rude

tombeau des particules ? Plus d'un milliard d'années ont vécu là, et le reste repose

enfoui par l'épaisseur tranquille des roches, et jouit de ce sommeil mêlé à l'immensi-

té blanche .

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Frange franche d'un ciel, une luminescence épie. Un perceptible déplacement de l'air

s'agite et rampe, telle une ondulation ridée ; un vieux lac asséché, par pure fantaisie,

par dérision sans doute, recrée d'anciens flots argentés . Leur avancée est molle com-

me un frémissement géologique, sans plus aucun recours qu'attendre tout des cares-

ses divines. Et le ciel est noyé comme un liquide qui s'épand .

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Dans l'embrasure du soleil, nul coq ne braille, inondé de silence. Etre en adéquation

avec l'éternité. Quelques secondes encore à venir par le monde et soudain j'entrerai

sous les masses pesantes de la lumière .

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J'en ai connu encore des déserts de mouvance, des mers entre deux rives. Leurs crêtes

orangées, pour moi, fulminaient chaque soir comme des femmes épousées. Du sable

était battu de virginale écume - à minuit, je me baignais souvent dans l'éclat doux d'un

astre-lune - . Et combien j'ai aimé cette belle douceur d'être porté sur le dos rond des

mers, la plage étant ce lieu où tous les préjudices sont lavés !

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Et reprenant ma course - les astres sont infatigables - j'ai connu cette étrave qui rompt

l'écume d'eau et les flots argentés. Alors, comme une exactitude, le craquement sinis-

tre des bois survenait dans mon rêve au large des sommeils - c'est la voix rauque des

flibustiers - . Et de nouveau surgirent les hauts cris : un vieil arbre hurle en toi en cul-

butant le ciel . Tu te souviens des abattages .

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Car tous les chemins sont de guerre. Toi qui as si peu fait de récits de voyages, tu sais

que chacun d'eux deviendra une gloire, ou sera un malheur ; qu'il est cette invasion

féconde de l'âme, ou bien c'est l'être qui se meurt .

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Oui, j'ai connu des contrées, des latitudes, des peuplades, des denrées exotiques, des

grèves non foulées . Des luxuriances de Java, des expériences folles dans la prière. Si

long fut mon retour à me trouver moi-même, à me rendre à moi-même ma propre vigi-

lance. Si long à dire ma présence là où je suis .

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Les mers, parfois, sont larges conseillères .

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Quelle richesse ce trésor accumulé par une vie ?

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Il est des déserts froids, et blancs, où règnent les glaces limpides. Elles vivent

et rayonnent affreusement sur la terre béante, son épiderme déchiré par les lames

exacerbées des longs couteaux du gel . Et cette emprise agite et perce, dans l'é-

paisseur des roches mêmes, aussi cruellement qu'une arme dans la chair. De ce

carnage de chasseur, vieux rite des âges sombres, de ces querelles ancestrales

nous vient certainement cette désolation astrale qui ne recueille rien, ni ne nous

berce.Et rien, de fait, n'y survit, ni arbre ni ruisseau, ni chemin serpentant, ni

même un sédiment dont s'amusent les brises, ni la brume des lacs pour qui s'y

mire. Tout y semble, au seuil des temps comme au seuil de l'être, en devenir, et

pourtant sans aucun avenir. Tout, sous la coupure bleue du ciel, s'aiguise, ainsi

que chaque paysage; tout temps s'y cristallise en oubliant de s'ébrouer sous l'ai-

le qui frémit. Ce qui domine au ciel, alors, et tout près de ces rives, est l'enge-

lure de l'absence quand tombe une saison mornement extatique, sans ferveur

exprimée, bien loin des flamboyances solaires.

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Mais alors que sous les piques renouvelées craque la croûte des glaces - la cara-

pace vierge de la mer - le moindre glissement émis, la moindre aspiration fatale

de mouvement s'effondre; et chaque écroulement superbe et suraigu, - ces longs

fracas aux gerbes d'eau monumentales - , sait porter au creux de nous tous les

triomphes des désastres .

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De même, parfois, l'homme et son oeuvre font corps comme la glace et une terre;

l'un et l'autre se jouent en tragédie, dans une extrême théâtralité que méconnaît

l'intime. Et faudra-t-il, en somme, qu'il s'abîme, cet homme séculaire, avant que

n'éclatent aux yeux, comme une liberté qui se dissiperait dans l'ample geste de la

mer, la beauté, la force et la justesse d'une au moins de ses paroles ?

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                                             °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

(...)

Me serai-je reperdu en de nouvelles escapades ? et me voici livré aux senteurs

fraîches et humides. D'outre-ciel, une ondée déversait quelques larmes de lait

aux bouches sauvagines, lesquelles, semblables exactement à de modestes rhu-

barbes ou à de vagues capucines, plus échancrées sans doute, plus nervurées

aussi, aux tiges côtelées et toutes rassasiées, tentaient un ultime sourire vers

mon ombre lavée, la regardant passer avec un peu de compassion .

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Je dégustais à leur salive un pur parfum d'été mouillé : et grâce à cette eau claire

et perlée, je sus leur parfaite oraison, et qu'aucun ordre ne peut préexister à ta

grandeur, ô forêt, aucune essence à ton esence.

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Car mon pas, à nouveau, a foulé l'arche sombre des forêts. Sous l'orbe sobre

appesanti, la montagne brumeuse, portant sa sylve enchanteresse, se parsemait

d'éclats, se cuirassait d'azur ; elle rouvrait aussi à mon regard de feu ses sentes

raides et pierreuses.

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Mon appétit petit, mon instinct retrouvé s'y réveillèrent soudain. De la nature

ainsi disséminée par l'étendue diaphane du monde, son grand giron fatal, soumis

et attentif, j'ai tant appris, tant accepté de dons.Sa crudité et sa verdeur, en moi,

ont dilué cette douceur où viennent s'émousser, puis se dissoudre à grands fracas,

toutes les velléités de la pensée.O lit secret de la verdure !

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O lit secret,ô forêt douce que je hume, mon âme juvénile : tu es pour moi cette mys-

tique fière qui s'élève et grandit hors de la necessité d'un dieu - une mystique sans

parole -.Partout où je respire en toi, il n'est qu'un homme qui s'agite, et qui par l'ai,

s'aguerrit .Il n'est ni bien ni mal - il n'est que ce que l'homme en fait - .

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Partout où je te vis, forêt, vivent les preuves de l'absence .

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Textes extraits de " POSTÉRIEUREMENT, LE DÉSERT "

     ( E.A.Clapas )

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Je remercie bien vivement M.Chinonis et E.A.C. de m'avoir autorisée

à reproduire ces textes.

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Notice bio-bibliographique de Xavier Hiron :

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- XAVIER HIRON  est né le 14 Février 1962, à Dreux.

- Il découvre l'écriture, le dessin puis l'archéologie entre 1974 et 1976.

- De 1980 à 1986, études universitaires à Paris I ( Deug d'Histoire de l'Art, Maîtrise de Science et

Technique de Conservation-Restauration, D.E.A. d'Archéologie; parallèlement, prend des cours de

modelage et dessin-couleur à l'Ecole du Bd Montparnasse ).

- Stages de restauration en Angleterre, notamment au British Museum.

- En 86, restaurateur de bois archéologiques ( Grenoble).

- En 90, quitte son poste à Grenoble pour enseigner l'Histoire de l'Art .

- Fouilles à Aix-en Provence .

- En 1991 reprend ses fonctions à Grenoble.

- Voyages d'études et missions d'expertise ( Angleterre, Suisse, Tahiti ).

- Publie de nombreux articles professionnels, résultats de ses travaux de recherche.

- Pendant toutes ces années, tente de maintenir une activité créatrice conséquente : dessins, gravures,

peintures sur papier, plus de 400 poèmes, récits,contes ,nouvelles...

- Termine actuellement la rédaction d'un roman à deux voix, avec son épouse, Ghyslaine .

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