Poèmes de Jean- Marcel Lefebvre



Jean - Marcel Lefebvre



Ecrire pour surprendre

comment se perchent les mots

au fil de nos pensées

dans le remue-ménage de nos silences.

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Noter comment ils chantent

comment l'espoir de l'aile s'achève dans l'envol

comment ils tissent sur le rêve

la trame nécessaire

aux tapisseries provisoires

dont le soleil tôt ou tard mangera les couleurs

et où le temps effacera les ombres

prouvant pourquoi

comment

combien

nous sommes éphémères.

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Lancer des mots sans voiles

pour contrarier les vents.

Chercher comment leurs chants

exploitent les rumeurs en feuilletant les flots

comme de vieilles bibles

brûlent les escales superflues

alertent les bateaux perdus

excitent le bal des sirènes

raturent les nuages

faussent le jeu de cartes qu'étale le soleil

se prennent au filet des rencontres surprises.

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Et nous nous évadons

aveuglés à tirer sur de vivants reflets

et la corde des mots dont on a trop usé.

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Les rochers qui usent le vent

et qui s'usent à user le temps

la pluie la mer et les regards

se délitent en fausse histoire

sous les vagues qui usent leurs chaînes

à les tirer sur les brisants.

....

Le sable remonte à sa naissance

dans le tangage et le roulis des vraisemblances

et le roulé-boulé qu'apprennent les galets

n'est qu'une façon de gémir

sur le temps faussant le passé.

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On en oublie le chaud et le froid.

Et l'on se berce de tiédeur

sous un soleil multipliant

ses baisers éblouis sur le mouvant des vagues.

On échange quelques mots tendres

on submerge l'amour

dans un flot de banalités.

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Et la beauté se noie sans traduction certaine.

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Chacun attend au bout de la lumière

le temps de mesurer son ombre.

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On discute avec le soleil

histoire d'éclairer son chemin.

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Les arbres au bord de l'avenue

griffent le vent à son passage.

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Les fenêtres ouvrent leurs secrets

sur un monde toujours prisonnier

d'habitudes intarissables.

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Mais le bonheur reste discret

à bord d'un coeur hâtant le pas

vers un amour incorrigible.

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On attend pour sauver sa foi

de dénoncer sous les faux jours

le tralala des apparences.

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Las de marcher, on évalue le chemin

à la mesure de sa fatigue

pour mieux comprendre la clarté

que vous déceme la lumière.

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La phrase suspendue

à trier les images

le poète décroche l'indicible

consulte son bonheur apparent

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                - les mots bien alignés

                rénovent la mémoire -

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jette des cailloux qui ricochent

sur la moire des eaux troublées

par un soleil qui se gendarme

contre les gamineries du vcnt

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                - l'image toute faite

                ondule les clichés sans les véhiculer -

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Les arbres, les roseaux, les hautes herbes de la rive

bercent leur peur et balancent leurs doutes

se réfléchissant mal

dans la transparente illusion

d'une surface à toute épreuve

sans pouvoir fixer le bonheur

une lumière apprivoisée.

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         - Autour du ricochet

..       clignant de l'oeil

        le soleil enlace l'eau

        et danse la capucine

        en bousculant les nénuphars -

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Le poète s'enroule autour de ces images.

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Sur la piste de l'invisible

le temps perd la mémoire

se greffe sur l'éternité.

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   Parole

que l'on cherche à prononcer

   eau et feu

miroir aux alouettes

   source

que les nuages épellent et appellent

sillage ensoleillé que signe

une barque encombrée d'inutile

terre et ciel à perte de vie

raison et horizon jusqu'à berner la vue

preuve gardant distance

épreuve : la foi floue : l'espérance a bougé

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dans le courrier bonne nouvelle

   le temps s'absente

et l'on se gave d'impatience

à vieillir et chercher

la beauté d'un poème

offrant à tous les hommes le bonheur en tous sens.

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Clairière à effeuiller le ciel

pour une ronde d'arbres

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- La lumière et le vent animent un bal d'ombres -

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Le blé trié, le feu brûle l'ivraie

le vent s'enrobe de fumée

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- Les filles de la nuit convoquent des fantômes -

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De l'autre côté du déluge

une colombe effarouchée

s'oblige à croire aux apparences

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- Le rameau d'olivier est un espoir coupé -

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Guettés comme des erreurs à corriger

armés de commentaires

permanents provisoires

nous caressons les mots pour un journal de bord

sans ailes, feuilles volantes

volées au vent des jours.

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- la vie qui nous moissonne engrange les questions -

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De l'apprentissage à l'habitude

le mensonge accapare un air de vérité.

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L'itinéraire reste à prévoir.

La rue ouvre sur des impasses

et la route sur des mirages :

ne pas consulter l'illusion !

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La vie renoue son tablier

pour dépoussiérer le décor

nettoyer les traces des doigts

sur les vitres

pour exorciser le soleil

puis renouveler le décor

ouvrir côté cour et côté jardin

distraire l'attention

des flâneurs flairant les vitrines

des badauds face aux bonimenteurs

et des passants pressés dévorés par le temps.

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Les mots ont le sens du pouvoir.

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La vie suspend son tablier

au clou d'où son balai balance.

Les meubles craquent et se souviennent

de l'acharnement des chasseurs

à l'affût, fascinés, sous la rumeur des arbres

pour les semonces et les semences du soleil

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pendant que les mots clés se perdent

dans un fouillis de feuilles mortes.

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L'été s'est retiré

avec tous les honneurs

veste de vent leste et légère

les cheveux en désordre

sous une couronne éphémère

de reines-marguerites,

entre deux flambées de nuages

entre deux haies d'arbres

sonnant déjà dans la fanfare

les cuivres de l'automne

au rythme d'un soleil détricoté

pendant que, bouche et mains ouvertes,

l'espoir perché sur les regards des visiteurs,

un vieillard assis sur un banc d'hospice

décrypte l'humeur du prochain hiver,

gestes essoufflés et phrases suspendues

aux branches de ses souvenirs.

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Ces poèmes sont extraits de  FEU L'APPARENCE , recueil qui obtint en 1992

le  Grand Prix Régional Nord...

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Notice bio-bibliographique

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Jean -Marcel Lefebvre ( ou Jean Marcel dans des anthologies scolaires ) est né en

1923 à Guéret dans la Creuse.Normand d'origine et plus précisément Cauchois.

Ex-enseignant.

Vit dans la Pas-de-calais depuis  plus de trente ans.

Premiers poèmes publiés en 1945.

Principaux recueils : LIVRE D'HEURES, MYSTERES, LE FIANCÉ DE L'AURORE,

CONTREBANDE, RICOCHETS, LES CENDRES DE NOS BAVARDAGES, LE TEMPS

DE VIVRE, REFLETS BRISÉS MIROIRS CONSCIENTS ,GENÈSE SELON ADAM, etc...

Distingué à de nombreux concours poétiques ( Prix Paul Hazard 1990... )

On retrouve ses textes dans de nombreuses revues, notamment : Froissart, Résu ,

L'Encrier,Les Saisons du Poème, L'Ouvre-Boîte , etc...

Tient une chronique de poésie dans la revue Résu  et anime la collection PIERRES DU

PRESSOIR aux Editions Clapas .

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