Michel Camus : textes



                             MICHEL CAMUS


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Neigeuse solitude ( S.Arabo )

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        Extraits de PROVERBES DU SILENCE  ET DE L'EMERVEILLEMENT

                        ( EDITIONS LETTRES VIVES, Collection TERRE DE POESIE )

..

Silence et paroles de feu se font la guerre pour nous tenir en éveil

°°°°°°°°°°°°°°°

Quel est ce feu sans nom, quel est ce feu secret dans l'infinie saillie

de la vie . Quel silence de feu et de glace avant comme après l'incen-

die de la naissance et de la mort

.°°°°°°°°°°°°°°°

Dans le silence qui nous traverse jaillissent trop d'éclairs de pensées,

trop de flammes blanches d'émotion comme des torrents d'images

fuyantes : notre propre infini nous échappe

.°°°°°°°°°°°°°°°

L'homme des mots est un symbole brisé étranger à son Double-de-silence.

Ses paroles : d'obscurs signaux à la rencontre de l'énigme qui les émet

d'un côté et de l'autre côté les efface en silence

.°°°°°°°°°°°°°°

Qui sait si le silence ne serait

source inépuisable de la corne

d'abondance que dans notre ignorance

nous appelons la vie

.

Qui sait si le silence ne serait

l'invisible tissu du Vivant reliant

les hommes aux étoiles

.

Qui sait si le silence ne serait

l'unique intimité sans fond de tout

ce qui naît et meurt

.

Qui sait si le silence ne serait

la racine et la floraison de toute

langue

°°°°°°°°°°°°

Et si tout était silence, rien ne serait isolé de rien . Tout être

serait silence, toute chose serait silence. Et tout langage. Et

toute musique. Toute vie. Toute mort

°°°°°°°°°°°°

L'homme que l'éblouissement tient en éveil s'oublie soi-même

dans le silence

°°°°°°°°°°°°

Qui dira la richesse du merveilleux le suc infini qui coule dans

ses veines

Qui dira le sang le saint sang du silence

°°°°°°°°°°°°

En vain ô face gisante de la vie

cherches-tu le sommeil à la surface

ombreuse de la nuit.L'autre face

t'entend rêver

En vain, pâlissant d'angoisse à l'idée de

perdre ton ombre, cherches-tu sous tes

pas ta lumière

.

De jour comme de nuit, en nous, autour

de nous, indéchirable : l'intime substance

des songes dont est tissé le monde

.

Où est l'Ouvert.Où la lumière. Au coeur

de l'éveil ? Au fond du sommeil ? Dans

le silence qui relie l'homme à l'infini ?

.

Surdité supérieure.Aveuglement suprême

O saint nom du silence en l'effacement

du nom

  °°°°°°°°°°°°°

Il y a du merveilleux à voir en allant voir derrière les yeux

Du silence à entendre en ouvrant l'oreille entre rêve et sommeil

De l'infini à caresser dans la céleste chaleur animale de l'amour

Il suffit d'un rien, d'un éclair, d'un instant toujours trop aveu-

glant, toujours indéchiffrable

 °°°°°°°°°°°°°

Encore du merveilleux dans le visage aveugle des pierres

De la joie sous l'écorce des arbres

Le même chant dans le rayonnement des étoiles

.

La musique du vide ensemence le ciel

et la terre

Ce que laisse entendre le silence

seul le silence l'entend

 °°°°°°°°°°°°°

Le merveilleux rôde autour de nous,

devant nos fenêtres fermées, le mur

d'angoisse de notre face, la chambre

obscure de notre coeur

Seulement les êtres poreux se laissent

envahir par l'émerveillement du

silence

.

Et l'horreur ?

Et si l'horreur venait de l'homme

coupé du merveilleux

  °°°°°°°°°°°°°

Avons-nous jamais entendu naître le souffle

Avons-nous perçu le silence où s'origine la parole

Ouvrons-nous toujours les yeux à la lumière de nos rêves

.

Les portes du merveilleux sont ouvertes

Qui en nous les voit ouvertes ?

Le silence

.

.

Seul le silence est silence

Seul le silence se connaît

.

L'homme est debout dans l'ignorance

°°°°°°°°°°°°°°

Au commencement était le-Même

Et le-Même était Silence

Et le Silence s'est fait poésie :

Védas, Tao-Te-King, Cantique

des cantiques, Héraclite

.

Le-Même en moi séparé de moi

n'est personne en personne

Sans être nous-mêmes, il est

en nous-mêmes notre propre

silence

.

Le silence est sans fond où

prend fond la poésie

°°°°°°°°°°°°°

Pierre nue, vérité nue, pierre sans

nom sous mon nom dans l'image-mère

de la pierre

Si je fus, qu'ai-je été. Nous sommes

tous le-Même au coeur du silence

.

L'Autre du Même : Toi sous mon nom

L'ombre du Même ou la fiction de

l'autre ou de soi

Et la vie des mots qui masquent

le silence

.

Où il y a silence, je ne suis plus

moi-même

Où il n'y a rien ni personne règne

infiniment le-Même

°°°°°°°°°°°°°°°°

Impensable, la déité du silence ne

peut se penser qu'en Dieu

Dieu ne pense que pour panser

l'angoisse de son propre silence

.

Je précède ma naissance, se dit Dieu .

J'illuminerai ma mort

.

Dès à présent, sans notre

Double-de-silence, rien ne nous

survivrait, même pas Dieu en nous

 °°°°°°°°°°°°°°°

Il y a en tout homme une flamme de silence

qui sait ce que son ombre ne sait pas

 °°°°°°°°°°°°°°

Seule porte ouverte pour sortir de

soi, le silence

Seule porte ouverte pour sortir de

la langue, le silence

Et si le poème s'écrivait sans sortir

du silence

 °°°°°°°°°°°°°

Présence informelle du silence au

coeur de l'homme comme l'art en

témoigne au dehors

La musique dans le ruissellement

des silences

Le poème en son propre dépassement

dans le silence

L'érection sur les sables des tours

de silence

.

Et si l'éblouissement sans forme

donnait forme à ce qu'il nous inspire

°°°°°°°°°°°°°°°

Dans l'absolu silence où vie et mort

coïncident, dans l'absolu silence où

personne n'est absolument vivant ni

mort, les yeux du vide sont ouverts

Métaphore de nos éblouissements sans

nom

 °°°°°°°°°°°°°°

Seul et unique levier d'Archimède pour

soulever l'univers-du-langage, trouer le

tissu des songes ou du monde, s'enraciner

dans le mythe du poème ou s'ouvrir à

l'Indéterminé : le silence

.

Toujours le silence est abrupt. Il n'est

réponse à rien et ne répond de rien

Les mots trépassent en lui comme les

amants plus loin qu'eux-mêmes dans

l'amour

.

Si le silence est l'envers du langage la

poésie est l'endroit du silence

°°°°°°°°°°°°°°

Le vent fou ni l'orage ne troublent

les étoiles. Mais les ombres des mots

cachent le feu du silence comme les

nuages le soleil

.

Si le silence est source de la parole

où est la source du silence

.

Et si la dernière porte de la mort

s'ouvrait comme une fenêtre aveuglée

de soleil

  °°°°°°°°°°°°°°

Poésie, fille-mère du silence, son âme

soeur et son chant d'amour dans la

toute-clémence du néant

L'image-mère de la vie dans un désert

d'inconnaissance

   °°°°°°°°°°°°°

Poésie, indéracinable mémoire d'éclairs

de silence, traces de brûlure, souvenirs

d'éblouissement lisibles dans les

balbutiements de la langue

   °°°°°°°°°°°°°

Il y a du silence dans la musique de

la langue comme dans l'arbre et la pierre

et le feu et le vent, qui l'entend ?

.

Qui a jamais vu l'informelle substance

du silence. Fertile abîme. Cordon

ombilical du merveilleux

Et si le silence était sans métaphore

notre seul transport dans l'infini

.

L'art n'est pas le seul langage du

silence, mais l'univers, l'oeil,

l'extase et la beauté

Comme des fenêtres ouvertes aveuglées

de soleil

°°°°°°°°°°°°°°°°

Tout fait l'amour à tout instant pour

que fleurisse la mort et que grandisse

le silence

°°°°°°°°°°°°°°°°

Aussi l'absolue poésie est-elle l'accueil

du silence. Sa demeure hors les mots

en la nuit du dedans-sans-dehors dans

l'Indéterminé

.

Aussi l'absolue poésie échappe-t-elle à

l'emprisonnement de la langue, aux

épaisseurs de ses murs, à la fausse

profondeur de ses ombres

.

Aussi l'absolue poésie est-elle aussi

virginale aussi silencieuse que la mort

toujours présente à la racine aveugle

du regard

.

Notre propre infini nous échappe

.°°°°°°°°°°°°°°°°

La langue ne choisit pas d'être épousée

par le silence, c'est lui qui la pénètre

et s'en retire, d'où la silencieuse

jouissance du jaillissement du cri

survenant du fond des âges pour y

rentrer aussitôt comme une lueur

sauvage dans la nuit

.

Le silence serait à vif si les vivants

se voyaient morts

°°°°°°°°°°°°°°°°

Mâle est l'érection du langage, relative

plénitude

Absolue la maternelle vacuité du silence

Imprononçable le mot de l'énigme au

coeur de la vie

Indéchiffrable le signe muet de sa

présence

Abyssal le songe éternel du regard

Immortelle la part de silence au coeur de

l'homme

 °°°°°°°°°°°°°°°°

Quel poète n'est pas écartelé par l'exil

de sa langue dans l'éden du silence

Le poème comme instrument du silence

dans la musique de la langue

.

Le silence, dites-vous, est un concept

Et si le concept était un germe issu du

silence

 °°°°°°°°°°°°°°°°

Loin d'être la négation de la langue

le silence est son double secret, germe

intime et matrice infinie

Car du corps-du-silence naît le souffle

et du souffle la parole que le sens

insensé du silence ensemence

Que sait-on sans mot dire

.

Par le silence le poète s'efface

par la poésie le silence se dépasse

.

Duplicité du silence, duplicité du

poème nous comblent d'incertitude

.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

POÈME INÉDIT

.

.

Trois degrés de fraîcheur

_____________________________________________

.

Tout fait énigme. Touche-moi. Encore...

Sous ta main, le sang s'éveille, sa fraîcheur s'éternise,

l'âme danse, la joie fleurit hors du temps.

Plus de mots ! Rien que l'euphorie, le chant des vibrations.

Comme l'on jouirait de se baigner nu

dans l'allégresse d'un torrent de haute montagne :

Sensation physique — perception métaphysique

de fraîcheur

dès que la conscience se sent fléchée vers son propre centre :

la source infiniment proche infiniment lointaine.

L'intensité est l'antichambre de la délivrance.

Peut-être la mort est-elle l'acte d'amour ouvrant

immédiatement les portes de l'intensité absolue ?

Où qu'il soit, l'homme troué est relié au non-où,

espace de son lieu d'être à l'intérieur de l'intérieur,

là où il est partout à sa place .

Désormais l'avidité est vaincue. Ne règne en l'homme troué

que la fraîcheur de l'énigme de sa lumineuse ignorance.

(A paraître aux Ed. de l'Ambedui à Bruxelles dans un recueil de 30

poèmes de 30 poètes pour les 30 ans du Théâtre-Poème de Monique

Dorsel) .

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                          °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Extraits du recueil " HYMNE À LILITH "

( Editions LETTRES VIVES, Collection TERRE DE POÉSIE)

.

Femme soyez à jamais incomplète

et nous de vous aimer plus insatisfaits

que toute chose au monde

plus que l'arbre et l'oiseau - le vent - la mer étale

et le feu des étoiles

tous les horizons du corps le plus lointain

.

que nos amours ouvertes soient vierges - insensément

.

toi cherchant l'autre que tu ne sais pas encore que tu es

.

cherchant l'essence ou la sève du sens hors le sens

cherchant l'insituable dans le blanc des yeux

d'où percevoir l'envers des écorces charnelles

moins la forme que la force d'âme qui la traverse

moins le feu des forces que le secret des sources

.

Je l'Indéterminé - soleil intérieur des aveugles

soleil invisible - inimaginable soleil

.

et tout le reste est Femme - éternel féminin :

ciel et terre - substance unique

énergie de la nuit au désir de lumière

comme un ultime appel à toujours plus de vie

.

toi vivant la mort fleurissant dans ta vie

oh jamais tout à fait ta vie

dans l'outrance immédiate de la vie

..

en moi - en vous - en nous - ici ailleurs partout

.

cette prégnance de vie - brasier dévorant - ce désir

d'aller boire à la plus haute source des glaciers

.

cet appel de la vérité nue de l'être

ce dialogue de chair et de sang à hauteur du regard

.

cette essence démonique de l'angoisse

qu'il faut brûler pour se réveiller

marcher l'oeil aveuglé vers le soleil couchant

corne d'abondance et de merveilles cachées

.

en l'homme qui dort

le rêve du dedans est dehors

.

en l'homme qui rêve éveillé

le rêve du dehors est dedans

.

à l'intérieur de l'intérieur

est la seule porte de sortie

.

la chrysalide sait-elle ce qui l'informe du dedans

et la forme à l'envol ?

.

Qui ne souffre des contours de sa propre finitude ?

.

Qui ne se plaint de l'opacité des sens

et des cicatrices de la vie

dans les traits de son propre visage ?

.

ne cherchons-nous pas en vain - dans la blessure

de l'ombre - notre volupté d'être ?

.

Qui ne rêverait d'être à tout instant

en puissance de soi

dans l'inexorable devenir

dans le vent du silence

soufflant sur les flammes de l'inassouvissement

le flux et le reflux des sensations sans forme

.

et pourtant tout est Je - tout est Nous

soleil levant - soleil couchant

lumière liquide des rêves - nuit blanche des mots

danse des énigmes dans l'âme du désir

palpitations au seuil du sexe ou du vide

sang vif ou noir des livres et des regards

.

se voyant fermer les yeux comme pour appeler encore

un autre surcroît de présence - tout est soi

et tout est impossible - on n'est jamais soi-même :

il n'est d'être en soi qu'infini

.

plus tard nos regards échangeront silence

et solitude de l'énigme infiniment intime

pour que la chair en feu - ou la chair délivrée

se voie transfigurée à ses propres yeux

.

comme une mince pellicule de lumière

entre la peau de l'exil et le sang invisible

.

hormis vos signes de jouissance

dans l'émouvance de nos rencontres

hormis vos jeux et vos silences

au fil de nos contradictions

hormis l'humour de vos regards

dans la magie de nos échanges

hormis vos rires et chuchotements

dans la chaleur et sur les sables

hormis vos gestes d'extrême justesse

dans l'âme tremblée de nos émois

.

hormis le noeud des amants se mouvant

dans l'empire immobile de l'air

jamais

dans cette musique de la chair devenue impalpable

jamais

nos regards ne vivront le même voyage intérieur

.

ton regard comme un geste suspendu

arrêtant instantanément

le ressac de la mer et la fuite des nuages

.

sensuelle vierge noire

célébrant secrètement les puissances du sang

ouverte aux claires ivresses de la lucidité

jouissant de s'ouvrir

au plus nu - au plus solitaire des silences

.

sur la blessure intime ce baume d'un foyer d'émotion

qui rougeoie et quelquefois flamboie

.

vierge noire du dieu sans ombre

et sans mortelles amours

.

les yeux légèrement éblouis - parcourant

les couloirs hypnotiques de la ville

sans autre issue que ses labyrinthes de miroirs

.

vierge noire au corps doublement subtil

étrangement habité

par cet arrière-regard plus lointain qu'une étoile

Qui l'incarne ? en jouit ? Qui l'oublie ?

Qui peut jamais coïncider avec soi ?

.

sous la fiction de soi - corps ouvert

mortellement ouvert

.

silence du lac de montagne

miroir du ciel en abîme

faille du regard en quoi disparaît - réapparaît

l'image sans faille du visible

.

vie tournant douloureusement comme la roue du ciel

mort immobile au coeur du désert de l'éveil

ombres adverses

nous guettant dans les angles de l'oeil

.

nous - les vivants - le sablier des morts ?

.

l'autre monde ici sous nos doigts

tout est là sous nos yeux aveugles

sous la peau le coeur

l'or fin de la poussière et des cendres des morts

.

luminance de l'image du tapis de lune sur la mer

nouvelle trouée de lumière

dans l'aura du feuillage exubérant des songes

Mort ou fontaine de lumière

en quoi aveuglément nos yeux fermés s'apaisent

.

maintenant le lac est troué de silence

comme si la mort était enfin la vie

.

oiseaux s'envolant d'ici à toute volée

éclairs noirs et froissement de soie moire

dans la lumière

.

enivrant chant secret des torrents de montagne

toi te laissant glisser dans l'eau glacée

comme si tu tombais en toi-même

.

l'instant vibrant physiquement

dans l'expérience toujours plus virtuelle du silence

.

volupté d'aller boire à la source de nuit

pour que s'anime l'autre face de la chair

ivre de vie sous la langue

dehors dedans dehors

.

Qui entrevoit le monde

hors la lumière du jour et le noir de la nuit ?

.

où est le point crucial du non-monde illisible ?

.

marchons-nous vraiment sur la Terre

ou dans notre rêve de la Terre ?

.

Femme de la nuit où est ton Double quand tu dors ?

dans quel pays lointain ? quel pays de lumière ?

.

Qui te rêve ? quel éclair te traverse ?

quel dieu nu étranger au lit de ton sommeil ?

.

rêvant puis t'éveillant en te voyant rêver au soleil

dans un lointain village de montagne

ouvert au levant

comme un livre de pierre tourné vers la mer

mais voici par-delà les vitres

les peaux mortes de l'aube

dans une lumière de sable gris

.

t'engageant chaque matin à souffler sur la braise

là où le feu est prisonnier des os

.

ton corps étranger

ton seul ton propre chemin inconnu

vers le coeur intime du monde

.

Femme soudain clairvoyante nous parlant

d'une autre lumière - plus claire - plus aimante

que l'amour caché au coeur de l'impasse de la mort

lumière de feu - de quel feu ?

.

Qui es-tu Femme ouverte

habitée par l'hermétique abîme ?

.

                                          à Alison Svoboda

   °°°°°°°°°°°°°°°

EXTRAITS DE " LE PASSAGE DE L'IMPASSE "

(Edit. LETTRES VIVES, Collection TERRE DE POESIE )

.

Ce que nous ne voyons pas

donne corps

à ce que nous voyons .

.

La montagne est force immobile . L'arbre, silencieuse énergie.

D'incessants rayonnements célestes nous traversent .

Les ombres nous parlent des morts.

Les couleurs chantent .

La vie danse dans la lumière .

Le visible regorge d'invisibles énigmes .

.

Et le voyant traversé par l'infini se souvient de son origine

et l'appelle Nous .

  °°°°°°°°°°°°°°°

Qui m'a donné des yeux pour entrouvrir le rêve

et regarder le monde

où circule la même vie : l'autre rêve, d'autres images

et peut-être la mort :

la même trouée vers la lumière ?

.

A jamais imprononçable le nom du soleil de l'éveil

aussi silencieux que celui du sommeil .

  °°°°°°°°°°°°°°°°

Présence-Absence, ô fugitive énigme

dont nous pressentons la Puissance .

.

Présence de l'Immobile au vif du mouvement

comme dans l'instant le non-temps

et le non-où n'importe où .

.

Peut-être suis-je immobile quand je marche au soleil

.

dans l'imaginaire de l'eau,

l'effleurement,

le parfum,

l'âme saline des embruns .

.

" Qui " met ses pas

dans les pas du silence

le long d'une plage déserte ?

.

   °°°°°°°°°°°°°°

Qui nous a donné des yeux pour voir le feu, le même feu,

.

entendre le même chant d'amour

- immense appétit sexuel de lumière -

dans le secret des coeurs et des étoiles ?

.

Double vue, autre regard .

Regard sans mot, sans pensée, sans image .

.

Ce qui nous est donné de l'autre côté des signes

passe par la fissure ouverte au fond de soi .

   °°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Qui m'a ouvert les yeux pour ouvrir le chemin sans chemin

où mon oeil a mémoire du futur ;

mon sang, des poussières de soleil et d'éclairs

dans le lavis des brumes ;

mes rêves, d'intimes coulées de miel issues

du roc du sommeil

et ses essaims nomades au flanc des montagnes bleues .

.

L'Imperceptible est un autre pays .

.

    °°°°°°°°°°°°°°°°

Et pourtant :

O voyageur d'un jour entre deux nuits :

Regarde la terre sous tes pas et touche-la .

Prends-la à pleines mains et baise-la .

Elle est la chair de ta chair .

Elle est l'âme du feu et l'essence de ton âme.

Elle n'est pas ce qu'elle est.

Elle est ce qu'elle n'est pas.

.

Car le regard du regard a l'étrange pouvoir de transfigurer

la toute matière maternelle .

Sa face cachée : secrète brillance et poussière d'or

dans la lumière .

  °°°°°°°°°°°°°°°

Puisse le feu du désir se faire lumière de la chair

et devenir en même temps pierre de sang.

.

Le silence l'a dit :

L'intention oriente la flèche de l'instant .

.

Le feu l'a dit :

L'émotion aimante la nuit ombilicale de l'âme.

.

O nomade sans nom,

n'est-ce pas un aveugle qui marche

vers l'intérieur de l'Enigme ?

.

   .°°°°°°°°°°°°°°

Toi qui jouis d'attendre en silence ce qui déjà

vient à ta rencontre.

.

Toi qui jouis dans la distance

de l'impossible nudité de soi,

dis-moi pourquoi ton coeur se tourmente ?

.
Et pourtant :

Au fond du ciel de ton propre silence, force-vie il y a ,

.

indestructible lumière

d'un soleil mythique

ou d'un dieu inconnu .

°°°°°°°°°°°°°°°°°°

EXTRAITS DE "FONDATIONS "

( Edit. LETTRES VIVES, Collection TERRE DE POÉSIE )

.

Il neige au soleil, se dit l'oeil, pendant

que le coeur de l'oeil, ne voyant que

l'image-d'il-neige, se regarde sans neige

dans l'oeil .

.

Qui ça " Il " ? se dit-il .

" Il " fond comme neige au soleil du

" Je ".

" Je " se voit double, se dit-il encore.

Immortel en soi et mortel hors de soi.

Le regard sans yeux ne peut mourir

qu'en soi : où tout est " Je " depuis

toujours. Rien que " Je " qui n'est ni

toi ni moi .

.

  °°°°°°°°°°°°°°°°

Ils rêvent, les endormis, loin des

vivants.Et loin des morts qui rêvent

en eux.

.

L'éveil est cardiaque, disait-il . Le chemin

du coeur se perd dans l'infini. Cheminement

sans chemin comme un détournement sans fin

vers le coeur abyssal de l'Enigme .

.

Ils se réveillent, les morts qui pullulent

comme les mots dans le sang des vivants .

  °°°°°°°°°°°°°°

Comment se cristallise-t-il, le proverbe ?

A partir de quel degré de

silence, de quel régime du feu ?

.

Un feu vif, trop vif, ferait bouillir les mots

pour les rendre au silence. Le tohu-bohu des

pensées nous rend sourds au chant du soleil

couchant.

.

Mais il n'y a plus de soleil dans leurs

yeux gelés !.

.

Ils ont perdu le chemin souterrain du silence.

La dernière braise cherche l'air sous des

montagnes de cendres froides .

.

   °°°°°°°°°°°°°°°°

D'où le feu ? D'où l'ange exterminateur

des pensées, des passions ? D'où

le feu de l'arbre intérieur qui se consume

en silence ?

.

Quand la sève et le sang, quand la langue et

l'esprit ne sont que des écorces, l'homme est

enraciné dans le vent ; il est déraciné de soi .

Quand le vent tombe, l'homme s'arrête de

mourir .

.

( Le mortel, disait-il, meurt dans

l'immortel )

..

     °°°°°°°°°°°°°°

Les poèmes qui suivent sont extraits de L'ARBRE DE VIE DU VIDE  ( Edit. Le Taillis Pré )

..

Il n'y a que le silence qui puisse donner sens

à la Vie

qui infiniment traverse

les parenthèses de la naissance et de la mort.

..

Le silence contient tous les mots,

tous les livres passés et à venir.

.;

De cette vie en gestation dans le silence,

nous ne percevons que des bribes :

matière première de nos balbutiements.

..

Où est la parole debout ?

..

 °°°°°°°°°°°°°°

..

Au regard de Narcisse, le silence est mortel.

..

Au regard du bavard, insoupçonnable.

..

Au regard du profane, calamiteux.

..

Seul celui qui se tait,

ressent l'identité infinie

du « QUI ? » et du « QUOI ? »,

..

Fulguration de la vie nue,

poussière et cendre des mots.

..

Le silence est l'acte de présence  du silence.

..

°°°°°°°°°°°°°°

..

Notre seul point fixe

invariant dans l'univers :

Le Témoin en nous.

..

Anonyme. Autotranscendant.

..

A un autre niveau que celui de l'horizon

de nos sens.

..

Métaphoriquement cardiaque,

mais insituable et pourtant

silencieusement perceptible.

..

Le seul point d'appui de la conscience de soi

est au centre d'elle-même :

là où elle est infiniment soi.

..

°°°°°°°°°°°°°°

..

Il n'y a pas de cadavres d'hommes

dans la grande peinture.

Rien que des silences

et le plus universel des silences :

celui de l'unité des vivants et des morts.

..

Seul l'homme a le pouvoir d'extraire

de son propre coeur

le silence

pour le sublimer dans l'art :

la chose par excellence du silence.

..

Le silence conduit l'oeuvre d'art

à son épanouissement

et c'est toujours lui qui parle en elle..

...

Ces textes ont été reproduits grâce à l'aimable autorisation de Michel Camus

que je remercie bien vivement .

                                    Editions " LETTRES VIVES "

                                B.P. N° 7, 20213 Folelli .

....

MICHEL CAMUS, notice bio-bibliographique.

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