Poèmes de Victor Martinez



Victor Martinez



." Plans ",  illustration de Silvaine Arabo

..

..

ARRETS PRONONCES POUR DIVERSES EXECUTIONS ET UN DEPART

Vouloir y comparaître ...

I

ETATS DE SIEGE

Soif

Sans retour

L'île soeur

Salves de la cécité

Colibris de lumière ...

Un mot

Laurier et olivier

Dialogue de câbles

Le disciple

Hypnagogisme

II

LA TERRE SECONDE

La terre seconde

Sable-source

Ossuaire du vent

Femme à la rose

Les vignes rouges d'Arles

Blanche

Tempe foraine

Contrat de la variance

III

AVES NOCTURNAE

La chanson d'amour de Franz Biberkopf

Regard d'eau ...

Songes d'un enterré

Octobre

Vénerie arabe

Corps d'artiste

Table blanche

Aves nocturnae

..

....

..    Vouloir y comparaître puis apprendre que l'histoire se fait hors elle -

même,hommage destitué. De l'autre, appareiller le déclin en avènement de

soi,énoncer la carence, édicter la clameur, déférer en sur-membre l'intromis-

sion. Ne témoigner d'aucun élan autre ni d'autre hors soi, ne pas vouloir pré -

comprendre.

    Qu'obtempérer soit déporter et traduire s'acquitter, décentrer la gravure,

aggraver la partance. Que dessaisir soit déflagrer : ciment, segment ou semen-

ce, étancher et répandre l'arme que l'on ne sert plus. Que ce qui ne se passe

pas n'ait pas lieu. En battant éminent d'une timonée émule, qu'acquitter l'ac-

quiescement encoure le pire être.

..

..

I

ÉTATS DE SIEGE

..

Soif

..

   La soif décline son firmament d'astres vénéneux, puits de lumière empoisonnés, fleuves stériles,

hécatombes d'humanités sinistrées. C'est le moment d'intenses mirages mortifères : ensemencement de

mondes, végétations incendiées, dispersion des sels primordiaux. En deçà des sévères simonies des naufrages

nocturnes, la sonde du verdict intérieur draine ses arraisonnements, furtive. Aux désarrois de l'ambivalence la

salive épaisse cherche son sang, retire à sa source. Les salves de la cécité ont secoué les rambardes, un

factionnaire trace sa ronde dans un ciel de mugissements à l'étrenne. Les valves de l'anxiété malaxent l'instant,

lourd de ses miroitements naturels ; l'arène du jour distille l'opium du recommencement.

        De chaudes haleines maritimes quittent le ciel vers des ports ombrageux tandis que s'assimile le sucre

lent du soufre invisible : la nébuleuse veille ainsi l'anathème.Sur les parois de la chambre rampe l'interdit, filtre

ses organes, aiguise ses élytres, élime ses dards. Dépouillée de son flux nécessaire, la sève reflue, de confins

à confins se perd, vitale.

        Seule, fixe, immobile, suspendue au lustre du dévoiement,à l'airain de la chambre close, aux tympans

des cloisons, latente, battante, froide, aigüe, sa minutieuse oppression méticuleusement minutée : la soif arrime

sa créature, en son sein dépose son suc, où l'onde perpètre la régularité du crime.

..

Sans retour

..

..  Cette vie est ma première et dernière vie. Que j'esquisse une démarche, élabore un dossier, soutienne une

thèse, ou bien qu'un château de cartes s'écroule : il n'y a pas de retour. A la cime d'un vocable des vaisseaux

démâttent, diasporas de mémoire. Scellée à des dalles d'épaisse encre écrite, une grappe de mots lourdement

s'en décroche. Aprement, j'y puise une phrase, une parole, qui sait ? toute la vie d'un homme. Il se peut que

dans le tumulte des journées une figure se précise, une forme se détache que je suis avec attention. Mes

instruments sont précis et mes gestes étudiés, à l'affût d'un itinéraire, d'une trajectoire, d'une intention peut-être

. Mais les hommes sont des ombres qui ne cessent de se détourner de moi, de s'en aller, leurs gestes d'adieu

me sont pathétiques, ne savent-ils rien faire d'autre ? En guise de révolte, je suis accroupi depuis des années à

ces dalles agglutinées de verbes, d'articles, d'adjectifs, de prépositions ; leurs appellations, leurs infinies

ramifications m'indiffèrent et les diverses justifications qu'ils se donnent pour tenter une sortie vers le jour sont

des galimatias obscènes que j'injurie. Ma ferme volonté est de déplacer toute la dalle et il faut pour cela des

conditions favorables, une quantité incroyable de silence, une certaine orientation de brise qui rende le vocable

léger, presque inexistant ; une qualité d'éclairage qui permette la respiration des contours, délinéaments et

multiples expressions de clartés. Je suis alors rassemblé en un point de densité n, cette tension accumulée visant

à faire éclater la dalle. Mes pariétaux sont d'acier, dans mes veines circule le mercure. Mais cela dure depuis

longtemps. J'ai reçu bien des signaux étranges, des signes fantastiques éculés. Des visions précipitées et aveug-

les ont martelé qui me donnaient à voir de lointaines époques et pour finir me projetaient contre un mur de sièc-

les. Des yeux égyptiens ont tracé pour moi des territoires incendiés, des régions steppiques froides, des paysa-

ges spectraux et embrasés sous une lune menstruelle. Des astres affilés, des distances atroces, des forêts

anthropophages, des visages dévorés sont montés aux géhennes de mon front. Mais la question est toujours

restée au bord des lèvres. Quelle réponse donner à ce qui se dérobe ? Cette tactique dénuée d'intelligence

m'exaspère, elle ressemble à ces contemporains que je fuis : serait-ce une intuition d'identité, serait-ce eux qui

pèsent de tout leur poids contre la dalle ?

..

°°°°°°°

.

  Des amis sont venus me voir, attristés, disaient-ils, de ne plus revoir mon visage en plein

jour. Je leur ai répliqué vertement et ils sont partis en hochant la tête. Aussi je n'ai qu'une

vie, faut-il changer d'attitudes toutes les cinq minutes, faut-il quitter un métier, une ville,

revenir à d'anciennes relations ?

  A tourner ma face contre le jour, la mitraille qu'expulse depuis peu l'étroite cage métalli-

que de ma gorge briserait les astres.

...

L'île soeur

...

I

..

   La garde-frontière bat les côtes de la nuit. Sur ton flanc de granit appareille un luminaire diaphane, esquif

moribond sous la salaison d'un embrun ardent. Tu lèves ton regard de roche et tes cils, ardoises de silence.

En tes paumes de grève fine s'étrangle le cordeau des fièvres marines qu'apporte saisonnièrement la faveur

des naufrages. L'épave gît maintenant, brisée sur le récif de tes doigts bruns. Ta poitrine de corail soulève la

houle, tes hanches accompagnent la respiration des astres et ton ample sourire majestueux dissipe les brumes.

Tu vis de sel et de bruine et lorsque les lames proclament l'assaut tu t'enfouis sous la protection de tes altières

cordillères d'écume.

..

II

..

   La garde-frontière approche tes rives. Longtemps tu entendis ses chiens hurlants piétiner les plages effilées

à n'en plus finir du vacarme des aboiements furibonds et des voix étrangères. Aujourd'hui l'appel du jour brise

la conque de tes désirs ; leur crête de maille, leur écaille d'étoupe chancelle, se replie en ses retraites, eaux de

silence et d'amertume, où stagnent les ruisselants osselets de la nuit. Des nards dessinés dans les cloaques d'un

souvenir ancien cernent une à une les positions de ton front, ogives d'étoiles acérées par un népotisme glaciaire.

On sème une aiguille qui se dirige directement à toi, météore incendiaire. Le halo de tes apparences a frémi.

..

.

III

..

   Nuit et jour, il creuse ton flanc de marbre, ton flanc de nacre où s'épuise à saccades lentes ton souffle

d'animal blessé. Qui ? L'homme, la bête, le prêtre, l'ordonnateur. Une digue a rompu tes fidèles colliers,

dépouilles d'anciennes batailles, un pont relie la terre à la terre mais les sentiers entre toi et toi sont brisés.

Lorsque tu mugis d'effroi tu te trouves un rire d'homme et le long de tes pentes monte le troupeau infect du

bétail, de la servilité, de la meute assoiffée du bénéfice candide. Un sommeil de siècles t'encercle. Une pou-

lie rouille en ton corps. Tu tombes dans un gouffre de blasons dorés et de cuivre pulvérulent répandus à tes

pieds par les archontes du nouveau savoir circulaire. On sonne à tes rÈsidences et les robes que tissaient

chaque jour les brises des alizés pendent sales à l'entrée de tes ports. Tu gardes un précipice unique et un

brisant sous ta main.

..

IV

..

   C'est celui que tu réserves à l'architecte des liquidations, au manufacteur des vacarmes, au larbin des spec-

tacles du satin blanc et de la tulle grasse. Tu déchiquettes une à une les mailles brodées de l'enfer de tes demeu-

res et d'un seul mouvement de rein disperses dans le précipice autant d'années de servage endolori, autant

d'humanités laiteuses. Tu lâches le brisant meurtrier contre l'onde qui te fixait depuis le fond des âges et d'un

seul coup de dague tu l'anéantis.

...

  Tu te retrouves dans la chambre. Silence et repos. L'attente s'ouvre en éventail. Au bout du couloir chante

l'île soeur : tu déploies les armes qui inaugurent le festin des corps amoureux.

....

                             Salves de la cécité

....

salves de la cécité, salves du jour blanc,

limailles des aurores enfouies, froideurs de linges

étendus sur la cornée rouge du matin,

venelles arthritiques, lendemains du jade de la soif,

marbres blancs des fronts érythréens,

l'autre est en ton regard, en son regard est la vie,

l'instant fripé par les entorses du remords

a tissé les rets étoilés, pluie de silex

( au fond du caveau l'or reluit ),

prunelle de basalte jetée contre les heures

et les minutes du jour, écoute :

contre la cloison du temps il y a toujours

le même rire caverneux,

la même loi promulguée, le même

commandement hirsute, la présence

corroborée et l'identité consignée,

pieuvres de mensonges qu'occupent

les détachements armés des reîtres

pensionnés par le roi Nuit ;

tu n'aspirais pas au gène,

au sceptre du jour, lorsque pas à pas,

au sein des criantes, humiliantes

procédures de la matière ( la même

pour tous ), tu rencontrais

les roches envahissantes et rauques,

entre passations de pouvoirs,

cassés les trônes où embusqué

tu dessinas ces froids gymnotes,

efflanquée la fenêtre de ton corps,

étendu sur le plâtre de l'heure,

une ligne blanche imprécise de lointaines

voilures cinglant la minute

( il te sied mal maintenant

la défense à coups d'ongles et de rames )

....

ciel bas des mugissements nocturnes,

réduplications de planètes et d'armoires

brisées comme des corps d'hommes,

ombres de pierre, armes de pierre

troupeaux somnambules

en dérive comme des constellations,

pôles désaxés en lice avec les abîmes

intelligents du destin, rafales, tremblements,

retraites, assomptions pour la bure

d'un réveil abrupt seul et déficitaire

d'autre, de devenir, d'axe,

le décompte des secondes aboutissant

à la rétractation, à la fulgurance,

au gémissement : plutôt

glisser à la surface,

vaste continuité, somme hétéroclite,

silence des nuées, impossibilité

d'incarnation, ouverture et défection

des formes aménagées

dans les laboratoires mitoyens

de l'histoire, consanguinité

(fleur d'effusion), passerelle

pour que cela puisse continuer,

cela ne peut continuer :

mêle-toi, hybride-toi,

que ta signature en ce monde soit

troncature, erre, ne mens pas, aspire -

mais l'autre ment constamment, ses mots

ne lui sont pas soufflés par les autres,

il les choisit faux à chaque instant qui passe :

pour qui défendre une minute de paix ?

le meurtrier, le condamné, le torturé,

l'idiot ? demies justifications

qui hantent les bouches vermeilles à satiété,

pendant que l'on parie des années

de fertilité cramoisie et que le soleil

ricane :

vous paierez les incendies,

les meurtres, les statistiques,

les sondages, les grammaires du quotidien,

le temps n'appareille plus qu'à

l'insulte, au " Dieu nous protège ",

au " le monde existe ", vous le paierez

en ruine du monde, en souricières

de cendres, en lendemains sans retours

et vous crierez " nous obéissions

à l'histoire ", " elle nous assignait un siège

confortable d'où tirer nos cartes pourries "

......

salves de la cécité pour le jour blanc

dans ces quartiers cillés par l'orange du remords

et la mâche du patin creux

qui ravine l'intestin des heures à écrire

l'ammoniaque rongeant la vision et

lacérant la vitre des artères de ce

final de vie qui vit encore

son dernier frisson

ridé à l'iris

..

°°°°°°°

....

Colibris de lumière

posés sur la paupière,

perles alvéolées, blancs du lin,

valves d'un lien laxe égrènent l'ante étale

déchiquettent le parchemin.

....

Paupières du papier

où se crypte le jour,

matière matinale

qu'allaite une rosée,

le jour ouvre ses yeux

éclaircit l'an du grain.

....

L'arc se brise, l'oeil s'ouvre, le regard éclôt.

Fleur de nacre,

la plage lève attente,

élargie l'âme allaite

l'eau natale du matin.

....

Un mot

....

  Un mot encore, un mot est-ce toujours le même sous différents masques, y suis-je tributaire de mes usures,

est-il le programme lancé pour ma dévastation, est-ce celui qui séduit d'un sourire carnassier, est-ce le mien, le

tien, quand est-il nôtre, nous fuirait-il par hasard, les mots nous fuiraient-ils, nous les cherchions et nous

croyions les tenir de notre intransigeance et mépris, nous les espérions muets et bâillonnés pour leur gouverne

et cloîtrés entre les grilles de nos dures phalanges, de nos fortes mâchoires aux dents amères ; or brisait-il le jour

ou nous brisait-il, étions-nous des deux côtés du feu nourri que nous lui commandions soutenir ? Ce mot tourne

comme une anguille vénéneuse dans le bocal de nos hémisphères cernés, il se reproduit et nous restons

misérablement un, ce jeu de lancer de mines en quoi consiste notre correspondance, en attendant qu'un jour le

mot explose d'un côté ou de l'autre, quand prendra-t-il fin ? A l'abri d'une métaphore, sous l'auvent d'un nom

hurlé, le mot signe son givre en nos artères, l'arène grêle qui circule en nos veines déchiquette nos gestes

naturelles. Ce mot que de feu et d'amour je veux te soumettre pour que tu croies en mon feu et amour

creuse l'orifice de ma bouche dans lequel mes dents tombent, les phalanges ont craqué et je me découvre vieux

corps d'âne efflanqué, la mâchoire brisée, le squelette incomplet ; ou bien le mot est-ce toujours l'autre et la

possibilité de l'autre que je remets en toi déchargé de moi pour que l'un à l'autre nous couvrions ces instants

dévoyés comme les pans du mur longé de cet hôpital de la Grâce que l'on nomme histoire ?

....

Laurier et olivier

....

   Quelques mots pour me rappeler à toi et pour que tu te rappelles à moi, acte indispensable d'identité et déni

d'identification, sobre repentance de ces jours ferments de distance et de lassitude, par delà ces heures qu'épu-

ise un goutte à goutte intact, rien ne me fait oublier l'étirement de nos masques sur la poussière comme des

manipulations volontaires du vide, celui que tu emplissais pour moi et autour duquel tu organisais l'acte et la

faim nécessaires au pain quotidien. L'intervalle ne s'est pas arrêté, l'instant ne s'est pas suspendu, il a été fau-

ché sur sa tige et le fruit noir de sa décomposition lente m'est donné à voir pour toi, toi pour qui je ne donne

plus rien à voir. Autrui a assailli de fraîches veines de labour sous les cieux rapides comme des armées légères,

comme des neiges officielles, et j'ai appréhendé, j'ai pressé le pas. Tu vis sur une passerelle de laquelle tu me

regardes m'efforcer et tendre vers un décor fébrile, mes regards montent à toi et ce ne sont plus des regards

connus, les mots qui à contre-courant remontent la rive tu les vois s'ébouler, un homme hèle de l'autre côté et

tu te retournes vers lui, tu bouges de moins en moins à mesure que monte le vacarme, je te suis maintenant à

travers la foule indistincte, tes traits dispersés ne forment plus jamais ton visage, je marche dans des galeries,

à travers des labyrinthes, les traits se dispersent, lorsque je m'assois un jeune garçon me donne à boire dans

un verre que je prends et dans le reflet je retrouve ce visage - mon visage. Réprime tout délai de mémoire, que

suis-je alors hors de l'épuisable tente de nos accords communs ? Ce concordat de bienveillance tape

régulièrement contre la vitre chaque fois plus fragile des créances arbitraires, le jour qui l'emportera figera ta

figure en un arrêt insaisi. Peux-tu accepter me voir penser cela ? J'écris et rien ne vient figer la parole, ton silen-

ce est écume dispersée dans la mémoire ardente et dans la cendre froide de ce que tu nous refuses, à tort, à tort.

Dois-je ne plus être ? Faut-il vouloir cette rémission hâtive ? Au soir de plomb qui fait mon lit je dois accorder

la palme, laurier et olivier ; elle ceint le giboyeux front de pensées momentanées que tu m'affrètes à périodes

répétées, en te rendant grâces, toi si seul, et si lointain ami.

....

Dialogues des câbles

....

Dialogues de câbles, fausses réponses,

La marge de la page est atteinte de givre

et nous y sommes pris

La réponse de l'ami a touché une autre planète

Les contacts fiévreux et rapides se sont noués

sur la base de l'intelligent quiproquo des

insectes qui ont répondu présent

Tu écoutes à distance fuser les réponses

Les projectiles volent

Une ligne de défense est atteinte

Les câbles ont ligoté les mots

N. se serre la main, au loin, lui-même à lui-même,

Congratulé par l'ombre d'un spectre entièrement

déifié au dieu de la raison dialectique

Les mots portent et décident de ce qui est

Sur les sièges de la nouvelle Constituante

trois mille députés applaudissent

Leur visage identique règne en en-tête

des papiers glacés qu'il se renvoie,

sans intermittence,

Voilà un pays, voilà un peuple,

Il n'y a pas de parabole,

Les fers d'un cheval au galop résonnent

Dans la distance courbe de la mémoire

ou du sommeil, ou bien est-ce un songe,

quel est donc ce cavalier sombre

qui tire mon flanc,

brise la chambre,

arrache mes membres,

les plante aux points cardinaux de ce cimetière

où pleure une mère,

où succombe un homme sous le poids d'un marbre terne,

Quel est donc ce tremblement de feuilles

des vitres, cette pâleur des visages,

et la subite ardoise du regard

qui trace au charbon noir sur le corps du jour

ces mots :

..

..

Le disciple

..

   -  Le crime était-il si voyant pour que les sbires du Palais des Glaces me prennent à

bras le corps et me mènent hors de ces prairies blondes où nos corps assoiffés buvaient

la clarté des heures? De quoi suis-je donc coupable?-    

  - Tu n'es pas coupable car tu es autre et tu sais toi-même te définir, te compter et te

nommer. Que l'on te prenne et que l'on te creuse et les inscriptions de ton nom apparaît-

ront au grand jour. Les temps anciens y ont déposé le sceau de tes gestes, travaux et

invocations et les arrêts solaires y ont décrété la brûlure de ton nom, que tu parcours

dans la soif, l'aridité, l'âpreté hâve qu'il y provoque. Tu meurs à chaque instant et tu

renais moins fort, moins large, moins loin et moins autre, et ton nom te brûle, ce nom

bénéfique qui dit que tout s'écrit et se nomme sans métaphores, ni faux art, ni sortilège.

Il pleut vaguement et sur les carreaux de la transparence coulent des gouttes qui sont des

signes qui sont des êtres, et d'autres races coulent et d'autres temps, et on peut à la fois

les nommer, les juger et les innocenter. Ils portent en eux un principe commun à toi que

tu ne comprends pas et cela t'agrée et te hante. Car qui répond de cet autre nom qui n'en

est pas un? Tout ne peut se dessécher, se consumer et se tordre sous la brûlure du temps

pour se disperser en poussière. Ton nom doit pouvoir se retourner contre toi, mais non à

ton insu. Les écarts entre les hommes ne sont pas des ravins enténébrés jonchés d'épées,

dagues et silex, mais des marques d'anciennes routes. Quelle route reste-t-il au nom? Le

nom n'a pas de route, il est entièrement ce que nous faisons et l'être qui le lit y décèle

l'heure intense que tu emplis, non celle encore verte qui gît au sein des choses.

   Nous ne lisons pas les heures, nous lisons les choses et nous nous en moquons car nous

leurs sommes supérieurs et celui qui les inscrit n'est pas ou alors porte un nom et nous

nous en emparons, car tout nom est transparent et aussi réel et saisissable que le seau et

son anse. Car l'homme fait de vase et de temps est un vase qui est fait pour être saisi et

porté et transformé dans le temps.

   Je suis ton nom et tu es le mien. Nous sommes notre issue commune qui est aussi une

non-issue où l'impossible y scelle ses heures, buté, arc-bouté contre le corridor du temps.

Il brave et gronde et nous le lui rendons. C'est notre seul dû à l'innommé, auquel ne revi-

ent nul mérite.

   - Quels sont donc ces hommes qui lisent et ne lisent pas, comprennent et oublient et

m'emportent ? Faisons comme si je n'avais pas peur, sortons, courons comme si je n'étais

pas coupable...

..

..

Hypnagogisme

..

    Mourait sa gloire et trouble chute de mousse la mort tirait sa nuque en arrière tandis

qu'il souriait et rêvait d'amours aqueux.

   Lorsqu'effleura au regard l'hynagogique erreur de ses voiles entoptiques, sous le ciel

de ses malades dioptries, le héros tragique souligna de ses ergots d'huile la scansion des

béances internes.

   Champ d'alumines élytres, les volutes des désastres érodaient les lunes et sous la mor-

sure forante des heures sa conscience s'embrasa de torrents d'ardences mortifères : âpre,

de ses mains de ganse, il brassa et mua les hommes et les terres, ses sens et son coeur de

ses noires artères, il frappa d'orties les rubans âcres des pâles fauves que lui servaient les

pôles. Il clama les revers de ciel et des cris amis parlèrent de grâce : mais cet instant était

aux dieux, ils se l'acquittaient ou leurs déférences à venir seraient cibles des hommes de

mémoire. Asphyxie d'aorte, corolles érodées, sa chair bleuissait au contact des natures,

retordait aux esquisses leurs bourgeons de râles cardés, sa foi s'achevait en butte honnie

où l'écho rendait son ventre.

   Le saut fut léthal et sous les cendres tendres des respirations tombales, il serra son cou

entre ses poignées rougies, ferma ses yeux aux paupières de myrte, harcela son coeur sans

s'asseoir jamais : le vent prêtait ses voiles aux rumeurs plénières des océans humains, la

brise était lourde et demain il pleuvrait des siècles.

..

..

II

..

LA TERRE SECONDE

...

...

..

La terre seconde

..

Aujourd'hui abordé au port

D'une douce et virile mort,

Comme en une terre seconde...

                           Agrippa d'Aubigné

..

..

La terre seconde

..

   Rive des eaux mortes, cil des firmaments, ponton de planches froides.

Roseraie dépouillée, cri du lointain. Un flanc de colline dresse sa masse,

tympan du paysage. L'écoute repose en son nid, le regard prolonge l'écoute.

Comme un vieillard dispose son lit de paille, la houle ridée du soleil de

l'ancien hiver dépose ses effets pour la lente saison. Rumeur et embrun

tachent la tempe.

   Rangée du jonc dressé, prairie de la flaque et de la pierre. Une ombre

passe sous la scène des flots. La musculature des fonds frémit. Ricoche et

meurt un caquetage de mouette. L'agrafe des labours retient la rêne des hau-

tes terres emballées. Brille un sommet étincelant, son cirque acrobatique

recèle la lumière.

   L'arrière-cour donne sur la steppe. Tu y vois, vieillard : karst, mica et

schiste, calcaire mêlé à l'ossement, monnaies éparses frappées il y a mille

ans. Epaves inamovibles et amphores parsemées de la route marine. Tout en

ce lieu est passé. Le sable coule entre tes doigts et le vent l'emporte avant

d'être à terre. Des futaies épineuses entravent le passage, ta main y recueille,

éraflée, des fruits mauves et rouges.

   Ici, vieillard livide, tu marquas ton arrêt, celui pour lequel tu vécus, celui

que les hommes jugèrent. Ici tu marquas le leur, celui édifié par ton oeuvre,

celui exsangue qui est puits d'avenir. Vois maintenant ces mûres, leur suc

aigre-doux craque et gicle au fond du palais, chlorophylle pour tes veines

tendues : ainsi frémissent les lèvres gercées de la terre seconde et future.

..

..

Sable-source

..

   Un silence de galet s'obstine sur la rive. Le roc itère une cicatrice de genou, gel de pré-

cipice. Poterne, sangle, seau percé : bavardage de containers ; le hangar est un faste de

linge sale sur le pavillon étendu. Le claquement de la voilure interrompt le murmure de

l'écoulement. Miroir d'une gestation à fleur d'air ou crépitement de braise sur la tôle : la

pluie. L'écume tourbillonne et s'échoue, princière. Conque, algue, patère ; sous l'aulne

naissant sourd un sable giboyeux.

   Césure de la lame, sentier cru, dépôt du sillon : l'ondée circonscrit une mer arable.

Echancrure de la veine, pli du sel, l'insurrection de la vague dit l'épi dru ; son blé saison-

nier naît de l'orage des terres, blondit dans la rouille des eaux, fermente en bière

d'amertume. Blanche frange : une aurore d'anémone au pied des monts.

   Dans la cuisine fume le déjeuner, une douche ébranle la tuyauterie, le robinet jure. Un

corps rigide et froid s'embrume dans le hâle. La patère de l'instant s'enduit d'un lait de

fougère. La seconde est liquide. Des mots de lierre emplissent le mur, le monde se tait en

lisière du corps rendu végétal.

   Le sentier mène jusqu'au verger. Près de la double voie : pneu, carton, détritus. Au

minaret de la ville immédiate séjourne le peuple des bienheureux. Le net vieillard s'affaire,

ses cheveux ruissellent et resplendissent un moment. La vapeur est goûteuse, l'odorat

s'initie. Une rayure déchire et strie l'artère des nuées : l'opaque grondement porte, caillot

de mémoire dans la pierre du lieu, saule de cécité pour l'aine du sable-source.

..

..

Ossuaire du vent

...

   Le vent soulève la dalle de la source et claque ses drapeaux froids. Réquisitoire du sable

contre la roche. L'étang gémit, qu'épuise l'évidement silencieux. Surgissement de l'épreu-

ve, géographie du phosphore : déclive, affaissement et cime intérieure. Tremble la mer

étrangère dont luit le nocher furibond. Excision de la perspective, éclatement de la racine

, dislocation et démembrement d'os : au vent balancier d'arbitraire opère l'apnée prolongée.

L'infime brisement des lignes décapite les capitules de mémoire. Tension et exsudation des

socles.

   Sur la rétine usée du temps s'inscrit la sérielle variation de la pellicule en suspension,

mouche sur l'orbite de mort, apologie de la cendre contre la braise. L'acte nie la

signification, le regard dissout l'acte. La mer harnache ses silos froids pour le grand van-

nage des fonds. Rayure de la représentation, souillure de la semence, scansion du mirage de

poudre.

   La faune ciselée du pyrèthre circulaire s'est avancé en tertre du végétal, maxillaire amère,

arcane de calcaire, karst et minerve d'os sur la nuque fragile du jour. L'homme s'est arrêté

en marge de l'habitacle, carrelage de venin, plinthe du péristyle. Férule de l'intelligence, la

forme questionne la limite.

   Ici le vivant clame sa dette envers le mort. Extrême de l'ouverture, orbe du foment

d'oeuvre, nuit du ferret : dans la chambre noire travaille la solution du sel et de l'argent. Le

poumon est un fruit ouvert que fauche l'aurore de vent, lapidaire qu'épelle la plume

olographe ; un incendie de sommeil vétuste soutient la veille de la conscience ; par l'étroite

bande de terre avance la figure tronquée, promontoire de présence soudaine qu'éprouve en

amont le soc de son être second.

..

..

Femme à la rose

..

..

   La tige s'incline, imprime une courbe à la couleur.

   Echine des forêts rédupliquées, la vierge noire des insurrections du schis-

te mord la plaine, ses nervures humaines.

   Un arbre plonge ses racines dans ton oreille, rumeur vaste comme l'emb-

run végétal , distances planétaires - un dieu y simule sa chute : ciments et

architectonies, orbes atlantiques, conduits des cristaux liquides cryptant la

transparence dissoute et démultipliée.

   La brise émet une hésitation. Sortir de ton corps, toi même syllabe épelée

du miroir, théâtre de résonances, cirque de l'entente comblée, vielle auricu-

laire aux reflets d'une moire concertante ?

   Tu t'inclines, la tige élève ses pétales. Son capitule hérisse en question

l'hésitation circonscrite. Plane une ombre soupçonneuse, hors du champ de

vision volette un papillon.Tes pas résonnent en aval de l'heure, fleur de l'é-

clat qu'une pensée digitale émeut : qui pense l'autre ?

..

..

Les vignes rouges d'Arles

..

   Frêne de précipité obscur, maculé de tache, pieu de mort cloué, crâne de doléance,

terrible ancêtre et territoire salé de l'ordonnance : le soleil clame la friche de saison.

   L'eau est un métal vert, chaque pied attache son reclus, les silhouettes pendent dans

l'abandon des forêts. La rangée fouillée est une trace battue rouge d'aubépine hantée.

Un matériau d'être longtemps nourri de sève se décompose. Seule la terre tient, veine

éclatée, et coule en silence.

..

..

Blanche

..

Feuille d'acanthe

Age de silex

Fleur d'agate

Lac de sel

Arc de nerf

Résine d'ardoise

Pont de sein

Lettre d'argile :

                   fondent sous l'océan, cimetières d'astres enfouis, pluies de rhizome, pyrite

battante, lait d'atome.

   En cette surface luit la lèvre à jamais pétrifiée d'une gorgone de soi jaillie et à soi ren-

due, tentacule verbale frappée d'un vieux rêve.

   Mer ossuaire close en ses tranchées : balance du coeur de pierre.

..

..

Tempe foraine

..

   Ville horizontale, clôture de la demeure ancienne, saisit l'aune du mot, sa claustration

mentale.

  Tempe foraine, la mémoire arpente sa raison, amour de pierre contre pierre, récif

contre récif.

   Cercle continu de l'entendement et roc aigu du rivage amer versent les caillots d'un

sang muet. Ilot de la négation, soudaine migration, langue d'arête déchirent ton flanc.

   Ton corps : sol du partage, ronce du sol premier, narcisse noué et banni ère du chant

amarré. Barillet de la vérité native fige la vocalité dure, l'âpre multiple de toi. Figure

mate : éléments du rauque, seins dorsaux, échiquiers de la brume en ses puits renversée.

Une forme hèle ton visage bruni. Tu obtempères à cette survivance de toi et vises àla

caducité ; la rime, le câble et le foret pendent à l'extrémité de tes mains ; l'être abrupt

posé en ses tanières longe la surdité, ton front nomade ; joie fémorale - ta vive survi-

vance.

..

..

Contrat de la variance

..

   Rais lichens du soleil amer sous la mer ruissellent du marne chaud de ses sutures.

   Liqueur d'enfantement, le fruit de la séparation gît contre la vertèbre de l'heure. Sa

joue veinée grêle réitère l'hésitation de la syllabe, décoche la terre pleine.

   Pas de vacance. La pause luit en mètre de lune, ras d'étain, rêne d'incendie.

   Phare de sable dans le gouffre du sang, la laine de ta peau vêle au sein de la semence -

phare du marne plein, ventre de l'heure creuse, lichen du verre et lierre de tempe creu-

sent la source, mêlent la fonte des sels, sanglent la mousse des os contre le titane du coeur

célère.

   Sous la langue affaiblie la mésange du soir et le tramway du souvenir drainent l'huma-

nité restreinte - ses mots absents, la tombante clarté, le schiste du goutte à goutte. Pluie de

l'haleine, attache du flanc d'ébène, laitance du vin noir oeuvrent la suie de la lampe, l'oubli

, son arme assise et son couteau de sel.

   Embruns d'yeux à la bannière écarlate, cercle d'opium, tout est graine d'écharde au fa-

lun abritée, écorce et dyslexie du savoir nu.

..

..

III

..

AVES NOCTURNAE

..

..

La chanson d'amour de Franz Biberkopf

.

..

..

Il y a un faucheur qui s'appelle la mort. Il aiguise sa serpe, déjà elle coupe mieux.

Alfred Döblin

..

..

I

..

Soir gémellaire, ses voûtes insistantes, ses épaules froides

creusent la galerie dans les feuillets de l'âme humide.

L'avenue se hérisse, cabre et se heurte à ses poussées contraires,

futaies d'humanité subies s'exprimant en vieil allemand.

Le désir imprime sa partition :

croches, trilles, suites écartelées, ramures nettes prolifèrant.

Sa lave inquiète plonge dans les fugues sans rimes ;

roule au loin sa prosodie massive, étincelante -

territoires du papier brûlé, électricité des manuscrits aux muscles tendus, ramages

à la pointe desquels s'étire, flambe et se consume la minute aiguë du désir ;

Ecritures vides aux voyelles béantes, hiérarchies de consonnes démantelées,

commotion puissante des vertèbres de l'histoire émise

par les bouches des ombres trépassées.

..

..

II

..

Le désir fraie ses voies erratiques et grave sa mesure d'inertie,

lignes souterraines, diapasons de nuit, nocturnes du pressentiment et floraisons de l'incendie.

Dans la métropole de la surdité se crypte un jour terminal,

sérum de l'ovipare où reculent les collectifs -

frémissent leurs gorges seules aux lèvres déboisées, aux mots d'échardes consenties.

Saigne le regard, lait de vue, nord du métal rare ;

marais de l'équinoxe mentale - foule :

le printemps scapulaire de ses poumons urbains ouvre les tubercules

des roses, fleurs inquiètes en surface du corps intranquille.

Nacres violent, délicatement acérés, tranchent le fil de l'être

de la ville-steppe aux âmes stockées des gares.

Formol léger des sourires, le spot publicitaire arrache la moitié de ta face ;

l'autre est dévorée par cent mille mâchoires surentraînées,

salives hilares, aphtes en redingote, oreilles à chaussures, nez à gants.

L'horloge est un coup de poing, les camions sont succubes de l'enfer,

la pluie tord ses cheveux parcheminés sur la femelle mal chiffée :

"Permets que je t'embrasse, Franz", la lèpre prise la lèpre.

Tu n'entends plus qu'une musique clinique et l'ouïe s'obstrue,

la vue saigne, tes membres épars pendent aux colonnes des temples,

tu recules encore vers des fonds sans nom.

..

..

III

..

Le désir ouvre soudain sur des murs illuminés,

blanches contrées, sillons de la semence dispersée,

horizon de ville invisible et plaine d'yeux.

Débauche de l'entendement, prairie de la soif ultime : monte à toi l'image de la femme.

Amie et mère, en ton village aux rues circulaires se retire la marée des mots,

asséchées les dalles, asséchées les racines, les fondations,

jusqu'à la veine antique de la splendeur passée,

répercutée dans la rocaille, l'abîme et l'airain.

Femme amie, nos foulées communes sous les divisions des nuits parallèles,

l'un l'autre contemplés par l'identique lune de métal - la vieille lune

au visage ridé, lin d'angoisse et hanche nocturne de l'âme desséchée.

Parcours de nos couples inventés, formulaires, silencieux,

joie fémorale en ses mille élancements vers les douleurs plénières et distinctes

de la mémoire, des capitules de la cécité.

Langues difficiles en leur expression hâlée, lumières sur la ville labyrinthique,

sentiments factieux, versants amers des hémorragies lactaires.

Claque de l'instant muté, sang pour la mémoire vaine

- naguère soi et ses cerceaux, les cercles d'amarrages des ruelles et leur vin suri.

Joie de la tempe annulée, météore folial, femmes,

murmures osseux de la chair de la ville alimentée par les égouts

et ses froides fontaines, ses rouilles claires et ses émaux polis,

tierces salaisons aux rebords arrêtés des poitrines,

sable d'un crépuscule en ses paupières de laine,

vasque et sillon de nacre gercée - amie ô femme...

..

..

IV

..

Et l'hiver nu, la racine et la poussière, la colline aux turpitudes.

Le stupre perfore l'ouïe, nervure de la joue.

La vision carnée et l'auréole de cuivre du savoir ancien pèsent

sur l'ouvrage de tes nerfs, leur tessiture dort étranglée.

Le corps enregistre des cimes inverses, derme et suie du penser.

Il n'y a pas de chute. Seul, Franz Biberkopf imprime sa partition,

croches, noires, trilles assassinées ;

il n'y a qu'un tendon disloqué, un reliquat de phalanges sur le comptoir

et une mâchoire quelconque en morceaux.

Et tiares, ostensoirs, caducées jonchent la ruée mentale,

les croisées protestantes s'effondrent sur la farce catholique ;

et la brise ennemie, l'hostie glaciale répartit ses attributs mal gérés ;

et le gel, la distance infinie, la parole contiguë de l'enfer s'engouffrent,

et la veine du pourpre éclate au printemps du poumon.

..

Dehors, la verticalité du tomber pur fixe et garantit le débris.

..

..

Regard d'eau

..

Regard d'eau

Lac de l'éclair

Stèle du firmament intense

Mètre liquide

Sillon de l'harmonique

Pause sereine de l'aulne ruisselant

Fougère marine

Algue de la soif Murmure

de la brise étale

Identité du cristal et de la roche

Sable giboyeux Frêne du

temps secret Lierre de

mémoire claire Note

qui avances dans les territoires du karst et

de la cendre

..

Or salutaire Plateau de l'accalmie

Cerisaie du désir Hauteurs du blé salé

par les embruns violets

Cerne solaire Hâlure du

teint Rosace scintillante

Filtre du jour

..

Laine de mon torse Soie de mes yeux

Caresse annelée de tes mains Mains aux nervures brûlantes

Chevelure du lin

Serre animale de tes cuisses

Mondes intérieurs ouverts dans la plaie foyer de ton sexe

...

Levain d'un regard ciselé au cuivre violacé des paupières

Sollicitude de la chaleur Réparation de tes veines

Fleuves de mes pensées Ventre éclatant

de lumière Col de l'orage Limon de ton lit intense Tes

pieds sont les rives perlées d'une aurore Ta bouche

la fraise mouillée ou la fleur de framboise

Tu vibres de l'émotion des anémones aux caresses des flux de juillet

Saveur de pomme Poire de la soif Ancre de certitude dans

la traversée de la roche

...

En tes pores solaires tremble la flottille des mâts bercés

du désir et de la chaleur

Clameur automnale des fruits nouveaux

Pluie de la sensation Théâtre circulaire

de tes hanches Cirque veiné de tes seins Neige

des épaules et déclives douces

Cuisses constellées Plaines désirantes Plaines des aires fertiles

Tes cils pleuvent l'aurore comme gonfle le galbe de la peau

lumière Lumière

..

Tu fixes le jour en un marbre de chair céleste

..

Le jour faseye

.

..

Songes d'un enterré

..

Je me réveillai. La chambre était une rétine immense. L'air palpitait. Nuit vivante et glaciale,

nuit expulsatrice de soi, grand organe de l'évacuation du temps. Je dus rendre le change,

tromper la gueule froide, retisser pour moi et les autres la limite un instant perdue entre vie

et mort, rêve et réalité, temps et néant.

...

I

..   Le sujet sort des ses territorialités et allume la mèche. S'embrasent les horizons. Les

lointains s'incorporent, flamme unique. L'entendement est avéré, la parole porte et noue.

Les lierres de l'humain prennent feu à leur tour, la vocalité de l'Ècriture est atteinte. J'at-

teins à ma caducité. A l'orée du visible disparaît un jeune faon - crête de certitude dans

l'étincelle de l'instant.

   Après s'instaure une ère de cendres. Je descends une à une les marches de la mémoire

- iniquités, insectes, détritus, tisons de l'entendement enfouis hier. Je la touche qui brûle,

cette floraison de braises. Tes membres craquent, ô mémoire femme, et apparaît la cuisse

de la nuit innombrable, sa veine artérielle avariée - flambe encore une fenêtre du soir. La

course est ambiguë, l'ardoise saigne l'encre et la tuile le crépuscule. L'ouvrage de tes

mains, femme-mémoire, enflamment les secondes, puits de cécité où clapote une raison

humide ( la raison qui rend un son de flaque ). Le cyprès perce de ses racines l'organe du

cadavre. Le temps est un tombeau qui émet une histoire. Aussi ses lèvres tombent dépecées

par les oiseaux de la nuit, insectes aux clameurs rauques, idées vives inconciliables.

   Tu portes en toi une issue, tu ouvres la porte. Tu descends parmi les armoires vides et

les bibelots anciens, tu touches la dernière porte, celle que garde l'ancêtre, tu dépèces

sauvagement les images. Il y a la mer, une femme et un enfant.

..

II

..

   Monte à toi une clameur, elle brûle les cloisons et me traverse, elle dilapide les saisons

et emporte dans l'indéfini les éventualités de vents à travers la maison. On déplace les

linceuls. Des vignes au ceps centenaire, attachées à la terre et à la pierre nouent leur racine

en géographie et territoire du désir. Des portes claquent et le temps hurle sa faim, glaciale

. Je vis amarré à mon siège de métal. Mes pensées sont un marbre lourd, ma voix du grès

et mes idées figent une nuit lapidaire. Je porte l'échantillon et la rayure. Tu me couvres de

tes mains, tu fais pleuvoir sur moi tes cils d'où ruisselle un regard incarné. Tes yeux sont

une libre avenue dans la demeure où sont assis les invités. Tu m'invites au repos et nous

circulons silencieusement, nos pas touchent à peine le sol et nos mains se prennent. Nos

pieds aussi se touchent et nos lèvres brûlent. Tu montes à moi à travers la porte interdite.

La mer clapote à mes pieds et mes cils vibrants ailerons sillonnent calmement les eaux.

   Un battement de paupière et je reviens à la minute dénudée où s'écrit le cours de ta vie

dans la pierre d'un coeur assiégé, la houle bat, le ressac grave la roche, un oiseau plonge

et ses ailes immenses forment un instant ton image. Cette proie dépecée, c'est encore le

gîte de mes sentiments où bat un sang tumultueux.

..

III

..

Frugalité du désir, vêpres de l'heure ancienne. La paupière a maudit ses veilles passées

lorsqu'elle s'ouvre,à six heures du matin, sur les lambeaux tombés de la nuit. J'étais venu

sur la plage et je ramassais les lèvres dispersées d'une bouche tombée jadis à terre, des

doigts de femme et des seins intacts dressés sur le sable, épousés par l'élément en ses noces

de roche, en ses fastes perpétuels. Le ciel soutenait un murmure éloigné. Pour se tourner à

nouveau vers l'intérieur des terres il aurait fallu invoquer une force immense, se souvenir

d'un ordre effacé. Mais dans ce ciel au-dessus de la mer se découpe la porte dans laquelle je

retrouve une terre et posés au sol, à même le seuil, une ardoise, des figures géométriques,

un commencement. La lanière de l'être je la tiens dans sa vocalité dure, dans cette poignée

que je fais jouer, soucieux, apprenant le geste et la saisie. Là, j'ouvre le cercle, ici je le

multiplie, plus loin je poste des gardes qui forcent les figures de l'absence et pose un

masque sur ta face. Un autre alors vient à toi, par cette porte que nous avons ouverte à

deux. Une saison vive et brûlante perce tes lèvres serrées et pleines. Ton être voûté en ton

oeil clair dessine trois arcanes, deux silences, une solitude. Plus loin, scène vide. Le puits et

la margelle, la corde et la poulie, le gémissement, l'écho et la vacuité. Dans cette vue, un

autre je disparaît. Des négatifs, fleurs d'acanthe, poussent dans tes mains que froisse la brise

inutile. En ton ouïe l'histoire parle en syllabes détachées. Tes cils sombres me disent que la

seconde est déserte et la parure brisée. Sur les terres il est déjà dix heures. Je retourne à la

césure intense et cesse l'acte du commencement. Le terme et le nombre muet te prennent. Il

me faut, maintenant, la plume et le stylet.

..

IV

..

   Sur la table des énoncés de grès serrent leurs dents acérées. Ils embouchent la certitude

et ruent contre la cognée. La syllabe se souvient. Elle arme une porte et saisit le doute.

L'obstacle est donation nocturne. Le regard que tu m'offres par delà la page multiple,

feuillet de transparence, ouvre à la séculaire semence. Des plaines irisées vibrent en nuées

parlantes, fenaison d'instants que ta poitrine agence. Doublets, croches, blancs vocables

affublés de vergues et de mâts, vignes d'humanités serrés en leurs langues spacieuses. La

place du village s'ouvre en planète ardente, en mètre colporté. Les civilisations basculent

en migrations mentales sur la page désaccordée, choeurs d'orgues étranglés, renversement

d'oraisons et de cultures, extinctions des feux de forêts vaines. La page est bonne si

l'arbitraire balance, d'où sourd l'incise mémoire, la guêpe aiguë, le poison tors.

....

   Plus tard, ton regard est effacé et l'insomnie avance sur d'autres coulées de lave, sur

d'autres venelles de basalte.

..

..

Octobre

..

   Je resterai infiniment au bord de l'énigme que tu constitues pour moi, figure géomé-

trique aux mesures précises, nombre de l'alternance et de la fixité, régularité du mètre

et cercle scripturaire dont la moitié est ligne d'eau et l'autre sangle écrite. La mer appelle

ses toiles peintes et ses cimes secondes pour qu'en ton lieu d'écueil où s'admet l'avancée

des terres, les villes dites et les rumeurs citées arrivent à toi, par delà l'âge tranché qui

nous oppose, le régime cintré qui nous élabore, livrés à la doublure et à la hache, au vélin

et au marteau. Le hibou que contenait ta hanche frôle la paille de mes os, ruelles vieillies

de la sève asséchée, affronte la corolle d'une vue qui oscille entre sa perpétuation et la

page. Manteau de pluie où tu te constitues, oiseau battant aux téguments de mes poignets,

mâne de lait portuaire, mine arrosée du mot au tact annelé, au timbre déposé en scène,

apport et derme. Ciel qui se pose en tertre, en dalle et en ardoise, dessillement de la

paume s'ouvrant à l'aurore du doigt, au déchirement de la plume sur la plaine du regard

- de là je te regarde inaltérable et pleine, silencieuse et tournée en toi, atelier de la cécité

en ses friches nocturnes, en ses déchirures nettes tracées, levées soudaines et sillonnements

d'insectes, âpres soifs aux puits d'accouchées, aux ventres grattés par l'écorce de la sèche-

resse ; là je vois ton devenir-autre et je consens à moi, à la neige et au tombeau. L'histoire

advient qui te tient si proche, qui te parle à peine et qui ne t'oublie pas.

..

..

Vénerie arabe

..

   L'heure est aux soleils perforés et à l'ancienne franchise. Papiers peints de l'âme,

laques du corps et raisons artérielles, vous venez tôt rappeler la fraîcheur à l'absent.

La terre s'ouvre large aux bas soleils montants et la bêche des heures remue l'infime

poussière, la pulvérulence apposée.

   Le pétrisseur de ses propres mains entre dans l'atelier de son torse, tiède encore

des martelleries passées, mais la nourriture violette manque, le pain battant sourd de

la respiration rouge, de la tempe franche affolée, de la corniche caressée par les doigts

d'ambre.

   L'outil chaud de ses ombres sera mon raisin de Smyrne, ma vénerie arabe, mon sac

de lumière parente.

..

..

Corps d'artiste

..

Cliquetis, bruit d'arme, mouvement de troupe,

harnachement du corps, rotation.

Soulèvement de poitrine, opérations dans la nuit,

gambit, geste différée, prise en passant.

Liqueur du marne noir, fièvre,

tour mécanique, hibou déchiquetant l'aile interne gauche du thorax.

Oiseau du maquis des bronches,

vêpres de l'acier au fond de l'alvéole, cuirasse de la cuisse aimantée,

tombeau de la houille en bouche, épigraphe de graphite du regard.

Sexe de miel crocheté par l'agrafe, lune de suture, soleil de plaie,

fruit de basalte, colonne de vie.

Respiration sous-marine de la hanche, fausse couche de l'acier,

pyramide, escalier, autel, hostie.

Aubépine, tiare, source chaude de l'amiante,

danse de l'os, wagon dévoyé, gangrène en gare du corps.

Coups de feu, caténaires, karst,

passe-frontière, ferraille, barbelés.

Tendre basalte, eau de cendre, eau de gésine, résine du pyrèthre,

algue de la mer, enchevêtrement de la soie,

frange calcaire des doigts, fibre, flore

paix incise.

Viole de la chair assermentée.

..

Art.

.

..

Table blanche

..

  Ma table blanche est une plage où reposent quelques corps morts, des poètes disséqués

des écrivains écaillés de lèpre, le squelette hirsute d'un développement philosophique

exsangue. La mer s'assèche et de plus en plus, disséminés, surgissent d'autres cadavres,

que becquètent déjà les rapaces organisés, commandeurs de la vulgate, jésuites de l'in-

tention, inquisiteurs de l'éthique, tortionnaires du vrai, du juste, du beau. Désemparé,

j'époussette une dépouille, je restaure une cohérence, j'organise les blancs dont l'espace

fut amputé ; je distribue des lignes dans l'espace et j'élabore à grand-peine des silences

( le silence, tissu de lin et géométrie dans l'espace, plage et mâture du sens ) ; je repousse

les assauts d'insectes aux élytres d'acier, armadas savantes de frénétiques à pinces dialec-

tiques. Je saigne un peu.

   Pour autant, la dépouille inerte du poète n'élève pas sa voix, la mer aux rumeurs

plénières est tue au tréfonds d'elle-même. Mais quelque ancien courant a pu être dérangé,

et les os, chant de mémoire et de douleur, entonnent une plainte, sourde d'abord, puis

sèche, scandée, mutilée : l'histoire de ce qui aurait pu être et n'a pas été, l'histoire trépas-

sée des anciennes passes d'armes, les rythmes antiques noyés aux lèvres purpurines glab-

res. J'esquisse un geste ; l'action sera-t-elle possible ? pourra-t-il se faire que l'on parle

et que quelqu'un écoute ? Passant sans soif des minutes blanches, je reÁois une voix qui

épelle, égraine, s'ébruite. A l'ordre du jour, le poète a dit - qu'a-t-il dit ?

   La question est posée ; en même temps la fanfare éclate, rafle, raid, exécution una-

nime par la horde de ce qui a bougé. Supériorité de nombre, celle-ci a des irruptions

séculières que je hais. J'implore (... ) le retour aux racines de l'arbre de l'évolution pour

y éradiquer ces volatiles. Ma voix perd en fermeté, s'y mêlent des bouts d'injure, des

rires caverneux, des hoquets obscènes, la fibre aiguë de ce que je prétends combattre. A

l'anse de la violence et de la peur je suis joué d'avance.

   Sur une frange de mer, sur une frange de table, sur une frange de page, un verbe est

à l'agonie , séparé de la mer affrettée du langage, de ses syntaxes abyssales, de ses houles

continues. Poète : le ramèneras-tu en son lieu, l'y déposeras-tu, amant du silence et de la

vie ? accepteras-tu, à tes risques, de tenter quelques pas vers la présence marine, monst-

rueuse et prodigue ? de te tourner seulement vers elle ? Ou bien, asséché de coeur et

d'âme, consommeras-tu ce reste, pour l'exercice de tes talents aiguisés, au bénéfice de ton

profil anguleux, de tes mains décharnées, de ton aride rire, furieux, majeur, impavide ?

..

..

Aves nocturnae

.

Où en est la nuit ?

               Shakespeare

..

..

   L'homme écrit du haut de sa cage. Les barreaux lui sont ses doigts, son coeur est sa

carcasse et son crâne la benne où cognent les cris de chouettes et les aves nocturnae. A

trois heures du matin frappent Macduff et Lenox et entrent en haillon les visiteurs.

Pincer une guitare de tes doigts de fer et qu'un son éclaire le ciel, qu'un sol se précise

pour que la nourrice des vitres se lève un jour. Or l'homme écrit du haut de sa cage,

les tempêtes lui sont des éclats de rire et ses écailles portent des températures exsangues.

Il donne sa sainteté au jour du fond de sa damnation où rechignent contre la benne de

ses élans ses pincements, ses aiguilles mentales, ses pics avec leurs chutes et ses danses

pour le symbole, rien que pour le symbole. Rien ne vient du dehors et l'étoile pâle fré-

mit de la précision de ses logiques de plus en plus amples et longues et incompréhensib-

les, et les oiseaux de nuit forent l'épaisseur nucléaire de l'élément. Comme rien n'éveille

un cierge et que l'âme reste rotonde, l'âpre murmure, le lamento, le chant sans mots,

sans voix, sans note, affûte les cimes, les pics, les pointes, les arêtes de la cage dense e

nette qu'il appuie de ses membres et qu'il visionne régulèèrement. Sa serviette repliée,

il se prépare au départ et devise avec ses mains seules, avec ses doigts, avec ses ongles

qui lui sont soudain objets d'alliances, d'investigations, de mésalliances, d'acquittements,

il se mêle à lui-même aussi loin qu'il peut et ne peut pas, il se découvre surface et appel

et nécessité de sa cage lumineuse, il tremble et naguère les siens poursuivaient une cha-

leur matinale et les aurores comptaient un à un les galets de la source et ses soupirs et

les failles et l'afflux de vies et de morts. Naguère, l'incendie discordant en lui, il pou-

vait mettre en âme sa défection, sa sainteté, son système de non-pensée célébrée. Mais

les pensées et les vieilles colonnes de la bergerie où naissaient les troupeaux sont brisées

il peut y voir leurs inscriptions usées de monuments sans âges, sans fil, sans utilité,

dépareillés, inertes, inensevelis. Et ses mains sont transparentes, ses paupières sont

transparentes et n'arrêtent pas le jour, n'arrêtent pas chacune des heures, des minutes

traversées de siècles de percer des voies à l'antienne, à la mémoire, au souvenir, au geste

aiguisé et de frapper de foudre ce qui n'est déjà plus mousse, plus cendre, plus opercule

de lumière, mais infinie tractation, vente, dissipation, brume, solde, assainissement de

voie publique et acte de dépôt. De sa cage de fer dense que fondent ses pensées

liquides et le fin métal lourd de son sang d'aiguilles et de perles dures, il soutient, il

soutient, soutient et agrippe le temps. Et lui et le temps tournoient dans les lambeaux

d'un espace-cri que le mutisme immense désaccorde au gré de ses hasards immédiatement

appelés et opérables, mais la pression de son sang est montée au point qu'il n'est plus de

temps disponible. Il n'y a plus d'espace de marge, il n'y a que la lame mince et métallique

d'une seconde aiguisée et impartiale qui le sépare du geste à faire, du mot à requérir, de

la pensée à revêtir, de la note universelle et de la goutte infime de sang qui manque à

l'homme pour le repeupler, pour le retenir, pour le saisir ou pour le damner. La goutte

manque, la lune a transbordé la minute, a tu les chances libérées, et pour fond d'attente il

n'est que pression de son sang qui monté, sans temps disponible, sans règle ni périmètre,

cherche à sa source, cherche à sa source, cherche à sa source. Et l'homme dans sa cage,

de ses mains et de ses doigts pose des barreaux et la minute frontale vient à ses pieds

disposée à la soumission, à l'obéissance, et dehors la plèbe rit, vit et rit. Macduff. Lenox.

Banquo. Fléance.

....

..

Notice bio-bibliographique :

Victor Martinez habite Paris. Il est pour l'heure enseignant dans le secon-

daire  et souhaite consacrer sa vie à l'écriture. Il n'a pas encore publié,

cela lui semblant relever d'une exigence infinie. Il a travaillé sur de nomb-

reux auteurs et lire est l'essentiel vital de son activité, une " forme d'écoute

primordiale ".

.

....

Retour à l'accueil

...

..

.