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Roland Nadaus
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Strates ( Silvaine Arabo )
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Peaux
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Dans la tribu des Hommes,couleurs de peaux n'ont
sens : Tous nous venons de si loin - par-delà les glaciers
sans doute,les déserts.
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Sang des Hommes,brûlante coulée sur les glaces -
Nil d'amour dans les déserts ! -
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Une seule tribu. ( J'ai dit. )
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Origines 2
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A l'origine,tout est poème.La parole mange.Se goinfre ! -
la parole dévore,tout : par envie,par prudence,désir,volonté,
par réalisme,par maladie,par utopie,par faim de soi,la parole
dévore,la parole se dévore. - elle-même! -
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Ainsi tout est poème à l'origine - même ce qui vient de
nulle part : qu'il se lève donc celui qui avale l'air et le recra-
che sans se rendre compte qu'il a prié !
que je lui crie :
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" - Debout,fils d'homme ! Ecoute-toi,bâtard de Dieu : tout
est poème,à l'origine : même toi. "
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Lumières
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Les lampes,les ombres - on ne pense pas de la même manière:
le plein jour change les mots,et leurs choses.Et l'huile en feu dans
la lampe dit encore autrement.
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- Non que les pensées claires viennent forcément du jour ! C'est
l'oeil de l'homme qui regarde,pas la lumière. -
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L'oeil sculpte.Le vrai regard pense.-mourir n'est que changement
d'éclairage. -
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Seins
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Le monde est une Grande Négresse - avec de très beaux seins .
Depuis le début du monde c'est comme ça - et à la fin du monde
ce sera pareil.
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Heureux ceux qui auront appris à caresser les seins d'une fem-
me ! Lorsque la Grande Négresse les prendra pour les mener au
seuil du Temple,ils ne seront pas démunis : la mort n'est pas seu-
lement un ventre - ses seins sont noirs,la vie.
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Quelque part
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Il y a quelque part un royaume où compter la vie - tranquillement
le sable,et tranquillement l'eau.Où le temps n'est qu'un nombre suc-
cessif,variation d'Un.
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Mais ici : orages ! perturbations,ruptures ! - temps haché,hachures.
Même l'amour y est charcuterie - coeur boudin . -
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Il y a quelque part un royaume.
Fidèle.
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Terrorisme
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Ils ont tué.Ils ont tué.Aveugles,avec leurs armes,leur bonne conscience
ils se prétendent guerriers ! - comme si la guerre était une excuse,et le mas-
sacre d'innocents,poème !
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" - Nous avons tué l'enfant, nous avons mutilé la mère et déchiqueté le
corps du père - mais nous sommes des combattants : ne nous jugez pas
seulement à nos actes,mais à nos mots,à l'intention de nos mots."
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( Je ne juge qu'au massacre : j'ai plusieurs millions d'années derrière
moi ! )
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Commander
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Qui parle,commande - le verbe crée.
Chaque jour,nous commandons la Vie.Chaque vie,nous créons l'Amour
- et l'Amour nous crée.
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Parler,bâton de chef - sceptre du roi .
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Retours
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Revenir - en soi.Rentrer - dans la caverne du dedans.Le feu est là - le feu
y est .
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Rouler la pierre,à l'entrée - se protéger des vents . De la mort du dehors,
celle des cris haineux et de l'agitation envieuse.
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S'enfermer - pour s'ouvrir, à soi.A la tribu de ses moi successifs et com-
me autant d'enfances fidèles ( qui ont grandi... )
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Et s'y chauffer - le feu est là. -
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Nuages
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Dunes du ciel, sables d'eau - nuages. Un lézard - et sa peau froide - gran-
dit sous la lune.
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La beauté,oui - avec un dieu quelque part forcément : ou pourquoi cette é-
motion à l'envers du monde ?
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Je suis d'ici - où Dieu accouche .
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Humus
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Ils nous parlent après la mort : c'est même pour ça qu'ils cessent de
vivre ! - pour enterrer les mots, leur donner racines.
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Enterre un mort - enterre un mot .
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La terre est plantée : de paroles .
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Dires
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Donner sens - naissance -
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Quelque part un dieu veille sur les mots : c'est la parole qui donne sens
- même à nommer l'absurde,ou la mort : si tu prononces,tu dépasses.
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Prêtres et sorciers sont diseurs - d'abord et les poètes,plus que les sa-
vants,donneurs de sens - naisseurs de vie -.
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Un dieu veille sur les mots : qu'il s'endorme et la langue disparaît ! - et
tout un peuple.
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Poètes sont donc veilleurs de dieu - leur chant est sacré,toujours .
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Poèmes extraits du recueil " écrits d'avant l'écriture "
( La Bartavelle éditeur )
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Merci aux Editions de La Bartavelle et à Roland Nadaus de m'avoir autorisée
à reproduire ces textes.
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Roland Nadaus : notice bio-bibliographique
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Né en 1945.
Professeur d'histoire, il a enseigné jusqu'en 1988 ( spécialités : la Préhistoire et
l'Histoire contemporaine ).
Maire de Guyancourt depuis 1977 ( réélu en 1983 ),il est devenu Président de la
Ville Nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines ( Syndicat d'Agglomération Nouvelle )
en 1989.
Ecrivain, a publié une vingtaine d'ouvrages,parmi lesquels :
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- Trois romans et des récits :
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Maison de Paroles (Mercure de France ), Journal - Vrac , Malama-
vie, Papaclodo ( Editions Rupture ).
- Des contes pour enfants, un pamphlet , et plusieurs recueils de poèmes, dont :
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39 prières pour le commun du temps ( Jacques Brémond ) ,
Ecrits d'avant l'écriture ( La Bartavelle ) , Je ne tutoie que
dieu et ma femme ( Jacques Brémond,prix Gustave Gasser ) ,
Dictionnaire initiatique de l'orant ( La Bartavelle ), Dicti-
onnaire du jargot des cibistes ( Lacour éditions ).
- Il a publié dans de nombreuses revues françaises et belges.
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- A paraître : Le regard du chien ,roman ; 365 petits quintils.
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