LE POETE ET LA POESIE
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Dernière mise à jour : 30 Mai 1999
Etre poète...
par Guy Beyns
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Etre poète, c'est ressentir l'urgence de se rapprocher par les mots du noeud
central de toute vie. C'est vouloir, à l'aide du verbe, nouer une trame d'où sur-
gira peut-être un sentier ouvert à l'école buissonnière, qui permet de pénétrer
au plus profond de soi.
Etre poète c'est s'exposer aux regards critiques. C'est s'opposer à une trompeu-
se manipulation des êtres, c'est nier la catastrophe promise à ceux qui clopinent
en suant dans les couloirs des loisirs suggérés. C'est refuser l'étroite voie que
nous laissent encore les forbans politico-économiques.
Etre poète c'est rechercher l'essence de l'homme et l'inviter à vivre avec a-
mour ce qui l'entoure.
Etre poète, c'est se vouloir le sismographe d'un battement de cil comme d'une
secousse tellurique, c'est se poster à l'affût des vibrations intimes comme des rugis-
sements du monde.
Etre poète c'est tenter la vie pleine.
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. .Guy Beyns
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Que faire un soir de pluie , quand tout se décompose ?
Isabelle Nouvel en profite pour faire le point...et elle nous livre ici le fruit de
sa méditation...
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A Madame Silvaine Arabo
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Chère Silvaine, tu me demandes d'écrire sur la poésie. De préciser l'idée
que je m'en fais...
Ce soir, une pluie opiniâtre s'écrase au carreau ; la campagne, là derrière,
remue sa désolation, et j'imagine que je pourrais essayer. Essayer
seulement, car le poète comme le pommier reste souvent muet quand on lui
demande de parler de ses pommes. Qu'en sait-il au fond ? Et doit-il
seulement en savoir quelque chose, de cette voix qui résonne en lui, qui le
délivre et le harcèle ?
Je me pose donc, et je scrute la page intacte, espérant y trouver la réponse
à ta question. Mais tu t'en doutes, je n'y vois rien. J'appelle donc à mon
secours le maître de la Sorgue, Monsieur Char, et je l'écoute un peu,
tentant de discerner mes mots entre les siens.
« Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels
dérobés, de chambres d'harmonie, en même temps que d'éléments futurs, de
havres au soleil, de pistes captieuses et d'existants s'entr'appelant. Le
poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre. Et un ordre insurgé. »
( Sur la poésie , 1936-1974)
Des pages et des pages ainsi. Toutes justes, toutes obscures. Ce que me dit
Monsieur Char, c'est que je ne pourrais parler de la poésie qu'en un poème.
Le voici, chère Silvaine:
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Sur la poésie
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Tu n'es, entre toutes les choses, qu'une trace sur la berge, infime sursaut
de boue où palpite l'azur,
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mais songe vaguement l'espace inaltérable et ton chant,
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ô ton chant, émergeant de la glaise, tu es ce presque rien, mais c'est un
dieu errant qui t'emporte aux chaussures,
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c'est tout ce qui concentre, qui exhume, qui subsiste et qui gît
c'est le signe de l'être sur la parole triste
c'est une quintessence, un peu de nous qui dure au blanc de l'infini comme
une éclaboussure
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Bien Amicalement
Isabelle Nouvel
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Qu'est-ce que la poésie?
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A cette question ,Mylène Catel répond...par la poésie : jeu de miroirs,de trompe-
l'oeil,devant lesquels la raison même de la question perd son sens,abdique,pour re-
bondir sans cesse,et se désintégrer de nouveau.
J'ai aimé pour ma part ce texte sans concessions,que d'aucuns taxeront peut-être
d'hermétisme ( Mylène Catel est,entre autre, une passionnée de Mallarmé et elle ne s'en
cache pas...).
Texte loin du "littérairement correct",du lisible-à-tout-prix en vogue actuellement,
texte sans démagogie,texte - investigation: recherche sur le mot,la syntaxe,l'Idée poé-
tique elle -même...
Mylène Catel a voué sa vie à la poésie et elle le prouve.
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TRAHISON POETIQUE
( Par Mylène Catel )
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La signification n'est plus à la mode ou y revient-elle?Retrouver le sens premier,
"véritable",n'est-ce pas le désir de tout langagier ?
Et quand je dis retrouver,qu'entends-je sinon une faille,un retour à l'envoyeur.
L'âme du poète cherche à retrouver...et le point de rencontre se trouve entre les li-
gnes sans plus autant n'en -pêcher les autres.
Le poète n'écrit pas,il se souvient.Avec les voix antérieures,il se survient et fait
correspondre à la surprise du r'appel un retour d'âme peut-être originel.
Il y a dans la poésie un aveu,un envoi,un envol,un appel qui demandent réponse.
Souvent immédiate,la réponse est sa propre moyenne.Le poète dialogue à deux,avec
présente dans son esprit la mémoire de l'Etre.Si le travail poétique est un travail d'as-
sociations,la concordance des tempes laissera une inadéquation fortuite.Trouver l'au-
tre corps à hanter fait de l'âme poétique un corps à habiller.
Or , si l'autre est chacun ce qu'un ailleurs vit naître,la poésie alors, c'est l'autre
toujours à renouer.
Aveu souvent double d'une mémoire renouvelant l'âme du poète,mal rincée des
dégoûts du Léthée en frôlant le supplice à rencontrer l'ivresse.Elle touche bas à terre
pour rencontrer le ciel.C'est cette proximité compromettante qui témoigne le mieux
d'un bien-être irréel entre le divin et l'odieux.Cédé,l'ancrage résistera au temps et
l'aveu profond qui transe-paraît murmure entre ses temples,dans sa déliquescence,
un regret.
Il faut accepter l'évidence,le signe n'a plus pour dériver des abats dérivatifs,il dé-
rive.Le signe n'a plus pour songer des saignements divins,il devine.Le Signe est
s(c)ygne.
Sygne catastrophié en effet au vingtième de notre siècle,la bascule des ordres
linéaires a suspendu au vortex du silence un genre double playtex.Les forces incons-
cientes au travail du poème labourent la voix des anges,l'auréole.Furie poétique et
ronde céleste s'accordent : une lutte constante tourmente un idéal avili par le néant.
Néant de la définition...Qu'est-ce que la poésie?
Néant des réponses : la chandelle en fusion...La répétition suprême d'un sanglot
ancien...l'écho qui témoigne d'un tout premier désir...la pamoison du souffle virant
à l'emblème...faire illusion dans la coupure mortelle où se prolonge le doute,son pas-
sage...
La poésie illumine le flou furieux désir de savoir mais que connaître quand l'oeil
s'y croise ? Elle établit de dangereux rapports d'ombre aux frondaisons à l'effeuillage
difficile,car le point de rencontre à la rime sera toujours enjeu de comparaisons.Point
d'appui.Logique sur laquelle fonder une architecture fumeuse...Demi-regard de soi
au Tiers...Mortelle renommée...La capitulation du sens...
Le mouvement d'attrait rime l'autre à sa fin.On ne peut que s'incliner devant la poé-
sie,son désistement,sa cons-a-cration,la Création.Le débat linguistique ne peut plus rien
devant cette catastrophe car même si la mémoire est échocentriquée le temps poétique
n'est plus seulement prévu comme un r'appel à soi.Nous voyons les collations que nous
pacifions.Dorénavant nous sommes conscients de l'un-différence de l'espace-moi qui
ne revient plus au même instant.La mathématique pourra à la rigueur aimanter sa logique.
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Poème : fête ou débâcle de l'intellect ?
( Par Vincent Di Sanzo )
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Catherine-Judith Lavoie (de Montréal) me rappelait les citations apparemment cont-
radictoires de Paul Valéry " Un poème doit être une fête de l'intellect " et de Paul Eluard
"Un poème doit être une débâcle de l'intellect " en me demandant mon avis sur ces positi-
ons respectives...
D'abord qu'entend-on par intellect ? L'intellect c'est la faculté de forger (et de sai-
sir) des concepts. Si l'on regarde la définition du mot "intellectualisme", on apprend que
c'est le fait d'affirmer la prééminence de l'intelligence sur les sentiments. Intuitivement
on peut penser qu'un beau poème sera celui dans lequel on aura trouvé l'équilibre entre
les sentiments ou les idées exprimées et la richesse ou la beauté de l'expression, celui
dont la forme aura sublimé la pensée et les sentiments de l'auteur.
Mais ce n'est pas aussi simple car il y a toujours deux points de vue,celui de l'au-
teur et celui du lecteur, et tous deux n'ont pas forcément la même sensibilité ni la même
aptitude à saisir les concepts. Les mots mêmes, par lesquels nous cherchons à traduire
nos pensées les plus personnelles, ont pour nous une résonance qu'ils ne prendront pas
forcément pour les autres. Le ton, l'image sont des moyens supplémentaires mais on ne
peut être jamais certain de l'effet qu'ils produiront sur autrui.
Chateaubriand écrit dans les "Mémoires d'Outre-Tombe" :
" Supposez les bras condamnés au repos. Que ferez vous des
passions oisives en même temps que de l'intelligence ? ".
Des poèmes, répondrais-je sans hésiter. Et comme dans la vie, le bonheur serait là où
l'esprit et le coeur travaillent de conserve.
Paul Valéry a le goût d'une poésie difficile,d'une forme travaillée et impeccable. Il
a essayé de réaliser l'alchimie parfaite entre l'expression intime de sa pensée et la forme
écrite. "Il y est parvenu dans de beaux vers chargés de sens où la richesse des images
s'allie à la musicalité des mots et des rythmes"( Bordas ). Il fut inspiré par
Charles Baudelaire et, comme les Symbolistes, eut le culte de la perfection formelle.
On reste médusé par la précision extraordinaire de ses expressions comme "la grâce
tourbillonnaire " des coquillages. Mais une exigence forcenée et la contrainte d'écrire
pour gagner sa vie l'ont mené peut-être trop loin. Il écrit dans le Cimetière marin :
Oui ! Grande mer de délire douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Dans un tumulte au silence pareil...
Certes ,cette vision de la mer somptueusement colorée est belle, mais la lecture
est rendue difficile par le sens de certains mots et par la profusion d'effets littéraires.
Le poème ne devrait pas dresser entre lui-même et le lecteur une barrière de culture et
d'érudition. " Un auteur qui a trop d'esprit, et qui en veut toujours avoir, lasse et é-
puise le mien. S'il en montrait moins, il me laisserait respirer et me ferait plus de plai-
sir : il me tient trop tendu, la lecture de ses vers me devient une étude. Je demande un
poète aimable, proportionné au commun des hommes. Je veux un sublime, doux et
simple " disait Fénélon .
Théophile Gautier dans un poème de "Emaux et Camées" affirme que
"l'art est difficile" et réclame la perfection. Pour lui, un poète doit travailler le vers com-
me le sculpteur le marbre qui lui résiste. Cette volonté a même été poussée à l'extrême
avec Mallarmé qui souhaitait écarter, par des obstacles, " le profane indolent qui ne mé-
rite pas d'être initié au secret poétique ".
Non la poésie ne devrait pas être une science hermétique ni un lieu de connaissance
accessible uniquement aux élites:le poème ainsi cloîtré mourra avant même d'avoir émis
la moindre lumière. Ouvrons les yeux : autour de nous il y a la beauté d'une fleur éphé-
mère, le parfum envoûtant de la forêt, le bruissement mystérieux des feuilles et le charme
indicible d'un sourire. Pourquoi opposer culture et nature ? Autour de nous ou à l'intéri-
eur de nous-mêmes se produisent d'effroyables déchirures qu'il faut savoir extérioriser
par la diversité des perceptions que nous avons du réel ou de l'imaginaire.
Je serais personnellement plus proche de l'avis de Paul Eluard, car, comme lui qui
usait du vers libre, et tout comme les Romantiques qui ont tendance à s'abandonner à
des effusions ,certes faciles mais sincères, on voit mal comment accommoder la sponta-
néité de son imagination et de son coeur à un travail acharné pour atteindre une mise en
forme exigeante.
Le Romantisme exalte la passion et le rêve. Il met en avant la nature, le pittoresque,
l'étrange et le passé. Malheureusement ce siècle ne fait pas beaucoup de place à la poésie,
encore moins aux sentimentaux et le quotidien ne laisse qu'une faible part aux désirs et
au coeur. Certes les dérèglements de notre société font reconnaître aux scientifiques, en-
fin redescendus sur terre, que le moteur de l'action est souvent l'art, la poésie, la beauté
et l'amour (Federico Mayor, DG de l'UNESCO) et leur font rejeter ce monde technique
et déshumanisé qu'ils ont créé. Mais n'est-il pas trop tard ? On assassine la nature et on
bâillonne les poètes.
Ecoute plus souvent
les choses que les êtres.
La voix du feu s'entend
entends la voix de l'eau
écoute dans le vent
le buisson en sanglots.
C'est le souffle des ancêtres.
" Souffles " Birago Diop.
En fait pour la poésie, la distinction qui nous occupe me semble être apparue dès
le 19ème siècle lorsqu'on a perdu de vue ce côté humaniste des choses pour adopter
une réflexion plus scientifique en perdant au passage un peu de son âme. Je me méfie
aussi de cette poésie moderne trop intellectuelle, si compliquée qu'elle en devient comp-
lètement élitiste.Tout comme certaines poésies contemporaines, dites expérimentales ,et
qui restent trop souvent ésotériques.
Peut-être suis-je "vieux-jeu", peut-être que mes textes vont à contre-courant et usent
de formes d'une autre époque, mais la poésie est irréductible et intemporelle. Elle est cet
invisible que le poète s'efforce de réhabiliter. Au nom de quelle loi interdirait-on à un po-
ème d'exprimer les émotions et l'intimité du moi et au lecteur de venir à la rencontre du
poète et de s'identifier à ses sentiments? Le poème ne doit pas forcément être à l'image
du monde auquel il s'adresse, il peut être l'expression de ce qui se perd ou disparaît. On
n'ose plus exprimer ses sentiments personnels, on n'imagine plus parler de fraternité et
lorsque l'on brave ces interdits c'est pour avancer à mots couverts.
La poésie n'est pas, comme le raisonnement, une"faculté " que l'on puisse exercer
sur l'ordre de la volonté. Personne ne peut dire: je vais composer de la poésie. Le poème
naît de l'imagination, du désir, du fantasme, du rêve.
"La poésie vient chez moi d'un rêve toujours latent. Ce rêve j'aime à le diriger,
sauf les jours d'inspiration où j'ai l'impression qu'il se dirige tout seul "
écrivait Jules Supervielle.
Ce qui ne veut pas dire bien sûr que la composition d'un poème n'obéisse à aucune
loi. Le poète choisit la forme qui lui convient le mieux, suivant son inspiration ou suivant
le thème poétique abordé. La versification est une violence que l'auteur se fait à lui-même
pour sculpter son poème et le faire chanter avec ses rimes. Mais je ne me vois pas compter
les syllabes de mes vers ou me forcer à faire alterner rimes féminines et masculines, le
coeur ne peut se contraindre à une telle arithmétique, il a mieux à faire, il lui faut libérer ses
émotions.
Ce qui ne signifie pas qu'il est plus facile d'atteindre son lecteur avec de l'émotion
qu'avec de la beauté impersonnelle. Nous croyons communiquer plus facilement dans le
sentiment esthétique partagé mais le sens d'un texte est ce que le veut le lecteur. " Il dépend
de celui qui passe que je sois tombe ou trésor " reconnaît Paul Valéry. Et plus l'émotion est
profonde, plus elle est personnelle et difficilement communicable.
Théodore de Banville s'attachait surtout à "la virtuosité de la forme et se montrait intran-
sigeant sur les règles du métier poétique" ( Bordas ). Ses principaux recueils révèlent un goût
pour les poèmes minutieusement ciselés. Mais peut-on parler de métier poétique, que vaut
l'art pour l'art, comment conserver ainsi l'émotion qui fait le poète et qui nous touche. Non
décidément je ne peux me faire à l'idée qu'écrire des poèmes soit assimilé à une profession.
Comment commander à son imagination? On ne peut ordonner à son coeur de parler suivant
des schémas préétablis, on ne peut le contraindre à suivre des règles trop strictes.
Pierre Reverdy disait " Qu'est-ce qui nous intéresse davantage, la réussite d'un arran-
gement convenu, plus ou moins subtil et ingénieux, des mots, ou les échos profonds, mysté-
rieux, venus d'on ne sait d'où, qui s'animent au fond du gouffre ? La poésie n'est pas qu'un
simple jeu de l'esprit. " Ce qui l'inquiète, c'est son âme et les rapports qui la relient, malgré
tous les obstacles, au monde sensible et extérieur.
Bien sûr, le poète doit essayer de traduire sa pensée, ses sentiments, ses émotions avec
exactitude, dans une langue claire et correcte. Le vocabulaire peut être plus ou moins riche s'il
est précis. Le style doit permettre de saisir ce qu'ajoutent au sens même de chaque phrase son
mouvement, son rythme, son harmonie. Mais le poème est libre, intimiste,qu'importe qu'il
soit descriptif, allégorique ou autre pourvu qu'il trouve un écho dans le coeur de ceux à qui il
est destiné.
En fait le problème posé ici ne peut être tranché, il a constitué le conflit même qui oppo-
sait les différentes doctrines poétiques. Il y en a certains qui mettent l'accent sur l'intellectua-
lisme, l'ordre, la clarté et d'autres qui militent pour la spontanéité, l'imagination et le coeur.
J'ai exprimé ma préférence mais, tolérant ,je dirais qu'il n'y a pas une poésie plus valable
qu'une autre. A nous, poètes, de trouver le juste équilibre, le juste accord entre la forme et la
pensée afin que le poème traduise au mieux sensations, sentiments, idées, et enchante le lec-
teur. La poésie n'existe et ne peut exister que si elle reste un plaisir partagé.
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Il se peut que le texte qui suit en fasse réagir certains,c'est là le but de ce forum : expri-
mer des idées parfois opposées ou contradictoires,et , comme le dit si joliment René
Cailletaud : " le meilleur chemin n'est-il pas de frotter son cerveau,et peut-être son coeur,
au cerveau et au coeur de l'autre ? ". ( Note de Silvaine Arabo ) .
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Faut-il être illisible pour être lu ?
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( par René Cailletaud )
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" Le sable qui hurle
dans les mémoires calcinées
tourne la vis sans fin
d'un soleil incrédule "
Anonyme ( ? )
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Combien de débats jamais clos,combien d'études inachevées,combien de
définitions...dont on n'est jamais revenu ?
Il y a là un vent frisquet qui vous invite à la prudence.Et Mark TWAIN ne
renforce-t-il pas ce sentiment,lui qui affirme " ce n'est pas tant ce que les gens
ignorent qui cause les problèmes,c'est tout ce qu'ils savent et qui n'est pas vrai ".
Ce qui ne remet pas en cause le droit d'opinion.Pour élaborer un point de vue,
lui donner du tonus,le meilleur chemin n'est-il pas de frotter son cerveau,et peut-
être son coeur,au cerveau et au coeur de l'autre ?
Il y a bien longtemps que j'ai découvert la terre de poésie.Je la situais sur la
mappemonde du langage,sans l'avoir vraiment parcourue,jusqu'au jour où un
ami,auquel j'avais confié quelques "épreuves", me dit " ne reste pas sur la rive,
viens explorer les espaces intérieurs".
Toute sensibilité dehors,je me suis avancé.J'ai observé,écouté,lu,donné,reçu,
entendu,discuté.
J'ai croisé la diversité des habitants de cet espace de la création : des critiques,
des gens installés,des anciens,des modernes,des nouveaux,des " notables "...
Ma naïve et très générale vision de la poésie,ramassée au sein de l'expression
" c'est ce qui touche ", allait être confrontée à des réalités différentes.
Tout à trac,j'entends dire " la poésie n'existe pas;ce qui existe ce sont les poè-
mes.La poésie est une forme,rien d'autre ".
Les derniers mots de cette affirmation tempèrent quelque peu l'élan initial.Et
s'il est clair que c'est le POEME qui peut éventuellement " toucher ",quelle est
donc la part prise par la forme ? Cette question sur la manière dont les moyens
d'expression sont organisés en vue d'un EFFET esthétique,n'est évidemment
pas neuve.
FLAUBERT déclare haut et fort " ce que j'aime,par-dessus tout,c'est la forme,
pourvu qu'elle soit belle,et rien au-delà ".
La forme est ici opposée à la " substance ".Mais attention ! " Le formalisme
peut parvenir à se vider de plus en plus de contenu réel "... ( A. CAMUS ).
Vient inévitablement à l'esprit la formule peu amène " sois belle et tais-toi ! " .
Car enfin,le poète écrit-il pour ne rien dire ? N'est-il pas plus sage de considérer
une forme et un contenu liés ?Victor HUGO le pense,quand il dit " la forme c'est le
fond qui remonte à la surface " .
Et pourquoi ne pas accorder quelque crédit à BAUDELAIRE " tout poète contient
un penseur" et faire l'amitié à ses frères de croire que même s'ils sont sonores ils ne
sont jamais creux.
Ainsi va le poète.Il puise autour de lui ses matières premières,effectue sur le lan-
gage l'indispensable travail,qui donnera du sens à "l'épars",à l'aide de sonorités,de
rythmes, d'images...
Il s'inscrit dans ses textes et s'offre aux lecteurs pour l'échange et peut-être pour
d'autres lectures.
Certes le poème est de nature rebelle.Il ne se laisse pas saisir d'emblée.Rien par
avance n'est donné et le bonheur à savourer doit être mérité.
Mais plage de mystère n'est pas synonyme d'abscons qui n'est pas mieux qu'ab-
strus.
Il est permis de se demander quelquefois jusqu'où "l'écriture" peut aller sur la voie
de l'excès.
Cultiver pour lui-même l'expression du bizarre est-il le signe d'une bonne santé ?
Etre seulement prisonnier des modes,des "tics d'époque", ( G.MOUNIN ) peut-il
être un objet ?
Systématiser l'ésotérisme,en se réfugiant derrière le prétexte de la poésie " produit
culturel difficile d'accès",ce qu'il faut bien lire " réservé à une élite ",n'est-ce-pas cont-
ribuer à la marginaliser ?
Pour être prisé,accessoirement primé,le poème sera-t-il un montage rusé,où l'on ris-
que de se prendre les pieds dans un tapis si froid que l'âme s'y ennuiera ?
Et ne vaut-il pas mieux un puzzle de trouvailles si finement mises en place qu'elles
respirent ensemble ?
Bernard BUFFET présente une manière de choix. " Avoir l'oreille,l'appréciation
d'un public ou de deux ou trois tordus,esthètes plus ou moins autoproclamés " .
Je suis souvent resté perplexe au cours de mon cheminement dans la découverte.
J'ai entendu tout et son contraire venant de " gens-réputés-connaisseurs-au-jugement-
autorisé ".Les mêmes textes et/ou poètes encensés par les uns et pas très loin d'être
méprisés par les autres.
Il arrive même,paraît-il,que l'on attribue des prix réputés importants à des auteurs
médiocres.
Alors ? Si critères il y a, qui en décide ?
L'usage,le consensus,la mode,les coteries,l'argent...?
Dans cette immensité,j'ai localisé quelques repères,qui peuvent à l'occasion être
des points d'ancrage.
Ne pas se laisser intimider par les signes extérieurs d'une prétendue richesse.
Le poète ne peut se dérober,qui veut communiquer ce qui l'habite et le relie au
monde.Il a le zèle de l'artisan à l'état pur.
Sa singularité est peut-être/sans doute de " choisir le mot juste pour lui faire dire
ce qu'il ne dit pas " ( Eugène GUILLEVIC ).
. Au plus profond de moi,une petite voix insiste : la poésie,ou plutôt le poème,est
un acte d'amour entre l'eau du réel et le feu de l'imagination.
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30 Mai 99..
LA P A R O L E D 'A - COTE
( par Marc-Williams Debono )
A côté de la science, un univers feutré, indécrit, indéfait,en marge de devenir, et qui pourtant périclite à
chaque fin de phrase.Pourquoi ? N'y-aurait-il pas ce souffle d'Eole, une paresse insidieuse qui pousse à
finaliser là où le mystère est ? N'y aurait-il pas dans les forges de la créativité quelque ingrédient suspect,
malicieux à souhait, qui diabole, dérobe à l'investiture du sacré son fondement divin ?
L'heure est grave, mes disciples, qui altère et qui venge, qui aspire jusqu'au bout du vivre... Mais cet
à-côté, alors ? Il n'est ni dans ni hors, mais bien au seuil de. Au seuil d'une limite. Pléonasme ? Pas pour
la science qui décrypte, traduit, analyse; La limite est là où on la pose, et le seuil est atteint quand cette limi-
te est dépassée. Pas non plus pour le poète dont le seuil est l'à-côté, et la limite juste avant le seuil. L'à-côté
est réel. C'est là où se puise, se piège la forme; là où je poétise. La limite ne m'intéresse pas. Le seuil est
indicible. C'est ce champ informé où chacun peut pré-dire.
Chacun ? Non, pas ceux qui ambitionnent de pièger la molécule dans ce qu'elle n'a pas à dire. Pas ceux qui
triturent au carré l'élément de phase tertiaire d'un tierce codon en perdition. Pas ceux qui animalisent le corps
et délestent le penser de sa coque. Pas ceux, enfin, qui mécanisent l'homme, croyant échapper eux-mêmes à
la Définition.
Cela étant, l'au-delà des mots est-il cette limite à l'à-côté de Michaux ?
Est-il ce cran sensible, cette butée qui terrorise l'homme, l'empêche de créer ? Ou tout au contraire est-ce ce
terrain fécond, cette plastique qui l'engage continûment d'aller de l'avant ? Les uns penseront qu'indubitab-
lement nous sommes là dans le piège mallarméen, dans la dissertation sans fin sur un à-côté fictif et sans
lendemain.
D'autres, étrangement,verront dans ce pamphlet, un gage de sa présence. Qui croire, au demeurant, l'incré-
dule ou le croyant ? Si l'agnostique est roi, par devers nous, c'est sans doute que cette présence singulière
est dénuée de sens. Mais d'aucun diront que c'est là le sens même. Que finalement l'Asens est roi. Qui
croire ?
Ma foi va aux à-côtés, au creux de la vaguelette, mi-rêve, mi-réalité, qui nous fait scientiser là où c'est po-
ésie, et poétiser quand c'est science. Car, c'est exactement la même chose dans l'à-côté du sens. Toute sen-
sibilité commune étant perdue ou magnifiée, ce qui surgit, quand la lune paraît, c'est, délicatesse suprême,
l'essence du sens. Or, cette essence-là est assensée. Aussi nulle flèche pour l'orienter. Je vais là où elle me
guide, dans l'épaisseur ou la lumière, le creux sans lendemain, l'illusion d'être.
Oui, peut-être n'est-ce que cela l'à-côté de toute chose, cette illusion d'être qui fait qu'on est, cette propen-
sion à naître chaque fois renouvelée.
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