Avant d'acheter un Rolleiflex, guide d'achat et de dépannage

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  • Par Michel LE MANDAT rolleiflexiste invétéré

    Si après réflexion (avez-vous lu ceci : Choix d’un appareil moyen format pour ceux qui ne veulent pas se ruiner), vous envisagez l’acquisition d’un ROLLEIFLEX à deux objectifs (TLR) pour vous lancer dans le moyen format, plusieurs précautions sont à respecter avant de conclure. Certaines réparations et nettoyages sont toutefois à la portée de l’amateur habile et patient qui dispose de l’outillage courant pour opérer en micro mécanique. Je les décris à chaque rubrique.

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  • Tous les objectifs de prise de vue XENAR, TESSAR, XENOTAR et PLANAR  sont concernés par ces phénomènes, comme ceux de visée encore que là ce soit moins conséquent. Les boîtiers produits vers 1970 et les derniers 2,8 GX construits avec d’autres technologies et de meilleurs matériaux qu’en 1950 sont moins concernés. Si, après nettoyage des faces externes et internes des lentilles de l’objectif de prise de vue, (pour l’objectif de visée il vous faudra au préalable déposer le viseur et le dépoli), subsistent des taches de densité variable qui partent souvent de la périphérie votre objectif est malade. En fonction de l’importance de ces taches les conséquences sur le contraste sont variables. Un voile laiteux vous garantit des photos pâles, sans contraste. Evitez un tel achat sauf si vous voulez faire des photos dans le style d’Hamilton. Par contre, une ou deux petites taches et une légère altération du traitement de surface ne vous empêcheront pas de faire de bonnes photos. C’est le cas de mes deux Rollei qui ont presque 50 ans et qui pourtant ont été stockés et utilisés dans des conditions normales. Apparemment le phénomène s’est stabilisé. Le remède n’est pas à la portée de l’amateur. Il existe sûrement en France des ateliers qui se chargent de démonter et de recoller les lentilles avec le produit adéquat. Refusez donc les appareils dont l’objectif n’a pas une transparence suffisante quel qu’en soit le prix - sauf si vous recherchez des pièces détachées en état - sachant, je me répète, que presque tous sont altérés.

    Si vous désirez vous servir d’appareils anciens pour faire des photos, faites-le en parfaite connaissance de cause.

    De nombreux autres objectifs de cette période sont concernés par ces altérations. On en trouve cependant certains qui ont traversé les ans sans problèmes.

    Je possède un Rétina équipé d’un Xénon qui est parfait comme le sont aussi un Tessar monté sur un super Ikonta, des Berthiot 4,5 et 3,5 et un T.N. 3,5 sur Semflex. L’Angénieux 4,5 de ma Rétinette est atteint depuis 30 ans d’un phénomène de séparation des lentilles qui ressemble à la loupe à une toile d’araignée ou à des filaments de coton mais il continue à faire des photos contrastées. Logiquement, des objectifs plus anciens de formule triplet à trois éléments non collés ne sont pas atteints par l’altération du produit de collage. Mais souvent ils ne sont pas traités ; les résultats à en attendre sont particuliers. Avec le temps, les lentilles de ces triplets se sont elles aussi recouvertes d’une couche de poussière collée par la condensation y compris à proximité du diaphragme. Nettoyage obligatoire.  

    Si vous démontez un objectif photo pour en nettoyer les faces internes des lentilles ne vous y prenez pas n’importe comment. Fabriquez vous mêmes les outils pour desserrer les bagues. Utilisez des lames d’acier coupées à la bonne dimension (c’est à dire celle du diamètre de la lentille au niveau des encoches) et d’une épaisseur convenable (4/10ème). La forme convexe de la lentille vous obligera a donner une forme arrondie à votre " clé ". Il suffit d’avoir le soin d’insérer la lame correctement dans les encoches et de desserrer dans le sens contraire des aiguilles d’une montre en vous aidant d’une pince universelle de taille réduite. Le fait d’exercer une force identique aux deux extrémités de la lame facilite le dévissage.

  • - Obturateur : testez-le à toutes les vitesses. Sur certains modèles, pour une utilisation au 500ème, il convient de sélectionner cette vitesse avant d’armer l’obturateur. S’il vous semble que les vitesses ne sont plus respectées (régulièrement ou irrégulièrement), quelles sont constantes quelle que soit la position du curseur, l’obturateur a besoin d’un nettoyage, il est probablement " gommé ". On ne peut se fier à un tel appareil. Prix bas de rigueur, car vous aurez une réparation à prévoir. C’est une opération à confier à un spécialiste sérieux susceptible de garantir une révision durable. J’ai toutefois essayé avec succès une technique sur les compur anciens de chambre 6,5*9 qui consiste, une fois l’obturateur découvert de son carter et tous les éléments optiques protégés par des rondelles de carton, à envoyer un brouillard avec une bombe de produit à base de silicones utilisé pour faciliter le glissement des matériaux. Il existe plusieurs produits dans le commerce. Celui que j’utilise est destiné aux imprimeurs pour faciliter le glissement du papier dans les machines offset. Il ne doit pas être projeté abondamment. Un brouillard léger suffit à 30 cm. Mais c’est à vos risques. Cela ne vaut le coup que sur du matériel réputé irréparable ou dont le coût de la réparation vous paraît exorbitant. Je n’ai pas encore fait de tests sur les compurs des rolleis. Je ne l’ai fait que sur les Orec des Semflex. Si vous vous lancez dans ce nettoyage retenez qu’un obturateur contient des centaines de pièces fragiles qui sont autant de causes de pannes. " La panne " la plus courante est due à un gommage des mécanismes. L’inactivité prolongée et un stockage dans de mauvaises conditions y sont pour beaucoup. Il faut démonter et nettoyer au pétrole, essuyer soigneusement, vérifier que les lamelles n’ont pas été déformées par un précédent et maladroit démontage. Une fois, j’ai pesté contre un Orec dont les lamelles ne se refermaient pas complètement en dessous du 1/5ème de seconde simplement à cause d’un bout de cheveu qui bloquait une fois sur deux la couronne supportant les lamelles. Eviter de graisser l’obturateur, le remède serait pire…croyez-moi.
  • Si vous voulez vérifier l’exactitude et la synchronisation de la mise au point et de la visée fabriquez un dépoli avec une feuille de papier calque que vous mettrez à la place du film en la fixant avec du ruban adhésif. Assurez-vous de la planéité de ce " dépoli ". Ensuite, en pose " B ", vous mettez au point à différentes distances, surtout à l’infini par temps lumineux, en contrôlant à chaque fois la mesure sur le dépoli du viseur. Si vous constatez une différence, la synchronisation n’est pas bonne, signe d’une déformation du mécanisme de visée qu’il vous faudra corriger. Si la platine n’a subi aucune déformation, une solution consiste à modifier le calage du miroir. Mais attention, c’est une opération délicate qui risque de vous conduire à l’insuccès ! !
  • Importance décroissante des difficultés de réparation

    **** Platine porte objectifs faussée

    **** Objectif très altéré

    *** Obturateur déficient

    *** Miroir piqué

    ** Cellule en panne (on peut s’en passer)

    ** Dépoli cassé

    ** Entraînement du film défectueux

    * Viseur déformé

    * Aspect extérieur, peinture et gainage

  • Ces points sont à surveiller sur du matériel analogue diffusé chez nous comme les YASHICAMAT, les MINOLTA AUTOCORD , les SEMFLEX, les SEAGULL …dont les techniques de construction et la conception sont voisines. J’indique ici quelques points faibles vérifiés en ce qui les concerne : YASHICAMAT: cellule HS, poussières dans la chambre de visée ; SEMFLEX : fragilité générale (construction plus légère que les rolleis notamment le viseur), objectifs et miroirs altérés, obturateur bloqué par l’oxydation ou lymphatique aux vitesses lentes, viseur déformé ; SEAGULL: obturateur parfois défaillant (axes des lamelles desserties) desserrage des vis; MINOLTA AUTOCORD : cellule HS, levier de mise au point cassé…

    Pour les prix des ROLLEIS d’occasion, c’est la jungle étant précisé que les tarifs ne sont pas en relation avec l’apparence extérieure et le fonctionnement. Parmi mes recherches et observations chez les professionnels ayant pignon sur rue (chiffres 98/99/00), j’ai vu des

  • - rolleicords de 600 à 1800 francs,

    - standards d’avant guerre de 600 à 1600 francs,

    - automats et des T de 1400 à 3200 francs,

    - C, D ,E ,F de 2400 à 6500francs,

    - teles et des grand-angles de 4500 à 10000 francs. J’ai bien dit 10000fr.

    - des épaves irrécupérables à 700 francs, ça fait cher le dépoli

  • Pour les accessoires les plus utiles, les tarifs sont les suivants, signalant qu’ils ont plus grimpé que pour les boîtiers:

    - paresoleil (indispensable) de 200 à 600 francs (2,8),

  • - poignée (très utile et bien conçue) de 400 à 800 francs, il faut qu’elle comporte le déclencheur souple, les déclencheurs récents étant inutilisables tels que sans les modifier…

    - filtres de 100 à 350francs,

    - rolleikin (pour photographier en 24*36) de 600 à 1200 francs (il doit être complet avec le compteur de vues si votre boîtier n’en est pas équipé) Son usage est particulier ; si vous voulez faire des clichés horizontaux vous devrez orienter en conséquence votre boîtier.

  • - rolleinar I, II, III (2 bonnettes, l’une pour la visée, l’autre pour la prise de vue) de 300 à 800 francs,

    Des accessoires moins diffusés que les précédents sont encore plus difficiles à trouver, en particulier, rolleisoft, rolleimeter, cellule sur paresoleil, prisme de visée, tête panoramique, fixation rapide, dos pour plaques, dispositif pour vues stéréoscopiques et mutars (compléments optiques télé et GA)… Peut être aurez-vous la chance, comme moi, d’en trouver à bon compte et neufs en furetant chez des détaillants qui, hors des sentiers battus, les soldaient parce qu’ils n’en connaissaient pas l’usage et qu’ils restaient dans leurs tiroirs depuis des lustres. Qu’est-ce que c’est que ce truc à griffe ? ça va sur quoi ? il doit en manquer un bout. Mais attention, le goût de la collection risque de vous coûter cher…

    Le phénomène spéculatif concerne les ROLLEIS bien qu’ils soient moins mythiques que les LEICAS. Beaucoup envisagent de les vendre plus chers qu’ils ne valaient neufs en francs constants, cela va sans dire. Comme si un appareil prenait de la plus value avec son propriétaire. Je pense qu’il ne faut pas céder à l’impatience ni aux offres trop élevées, l’offre restant importante, variée, renouvelée, notamment à Paris à des prix modulés dans une fourchette qui, pour des matériels dans un état identique, varient en moyenne de 1 à 1,5. Dans un délai de 3 à 6 mois au pire vous trouverez à bon compte le ROLLEI sur lequel vous êtes fixé dans la famille de modèles qui vous convient le mieux, soit Rolleicord à avancement manuel du film avec Xénar, soit Automat ou T avec Tessar ou Xénar, soit modèles C, D, E, F, certains avec cellule incorporée ou couplée, équipés de Planars ou de Xenotar 3,5 ou 2,8. Certaines différences entre les modèles sont minimes pour l’usager par exemple, entre un Planar 2,8 et un 3,5 équivalents, ou entre un modèle à capuchon amovible et un autre à capuchon fixe, dans la mesure ou vous aurez du mal à trouver un prisme à bon compte. De même, dans la famille des Automat, les boîtiers ont de légères différences. Je laisse enfin aux spécialistes de l’optique le soin de démontrer dans la pratique, c’est à dire pour des tirages papier courants, les réelles différences entre le Xénar et le Tessar d’une part et les homologues qui ouvrent à f2,8 le Xénotar et le Planar d’autre part.

    Entre un appareil à cellule et un appareil sans cellule je préfère celui sans car celles-ci commencent à dater et je crains que leurs composants ne s’altèrent.

    Sans doute les meilleurs choix sont le rolleicord et l’automat que l’on trouve à des tarifs abordables.

    Quelques boîtiers sont rares, le Rolleimagic, à réglage automatique, d’autres sont devenus inutilisables, les ROLLEIS 4*4 en raison de l’impossibilité de trouver des pellicules 127. C’est dommage car ils sont bien jolis et compacts. Si on pouvait les utiliser en 24*36 ! ! ! On en trouve en excellent état.

    Mes préférés en ce qui me concerne, sont ceux que j’ai conservés, le 2,8 C et l’automat 4. Ils ne comportent pas le réglage par indices de lumination que je trouve inutilement contraignant. Leur seul inconvénient est pour le 500ème de sélectionner la vitesse avant d’armer.

    Je ne vous ai parlé que de ce qui n’allait pas ! ! ! N’allez pas en conclure que les ROLLEIS sont des appareils épouvantables à éviter à tout prix. J’ai vu également des boîtiers légèrement cabossés, à la triste mine, qui fonctionnaient parfaitement bien. J’en ai vu en très bon état, pas chers ou bien très chers.

    Tout au plus ai-je voulu vous faire part des points que j’ai remarqués en plusieurs années et notamment ceux qui paraissent les plus susceptibles de provoquer un mauvais fonctionnement de l’appareil. J’aime beaucoup les ROLLEIS et leur remise en état me passionne car – et c’est cela le plus important – ils contribuent à faire de bonnes photos. Cela vous aidera à obtenir de meilleures conditions d’achat si vous mettez en lumière leurs points faibles auprès des vendeurs potentiels. Pour ceux qui seraient tentés par les réparations j’ai voulu donner quelques pistes explorées ou d’autres à creuser en indiquant à chaque fois le degré de difficulté et les précautions à prendre.

    Dernière version, mise à jour du 10 octobre 2001

  • Contact : Michel LE MANDAT <mlemandat@multimania.com>