Michel Le Mandat
mél : <mlemandat@multimania.com>Et si le Rolleiflex vous a déjà séduit, lisez aussi ceci : Avant d'acheter un Rolleiflex, guide d'achat et de dépannage http://www.multimania.com/mlemandat
Il y a des tas de manières de faire de la photo depuis que celle-ci a été inventée.
Pour beaucoup d'amateurs, elle reste avant tout un divertissement.
Mais avec le temps et la profusion d'automatismes, la photographie perd de son caractère divertissant. On a envie de mieux contrôler les paramètres de mise au point et d'exposition.
Parmi les voies à choisir pour lui rendre son côté divertissant, j'ai essayé le moyen format. Pourquoi ?
Le moyen format 6*6 offre par la surface du négatif un incontestable avantage par rapport au 24*36. Trois fois et demi plus grand environ il permet de grands agrandissements sans perte de netteté. Il procure en plus un meilleur modelé même avec des objectifs moins optimisés qu'en 24*36. Il oblige à se creuser un peu plus la cervelle pour cadrer.
Si vous comparez deux photos d'un même sujet sur des tirages papier, 18*24, l'une faite à partir d'un cliché 24*36 pris avec un objectif de bonne qualité, l'autre faite à partir d'un cliché 6*6 prise dans des conditions analogues en termes de qualité, la différence est minime compte tenu des aléas de la chimie et de l'optique. Mais vous vous rendrez compte sur la durée et la quantité que l'avantage est au moyen format, modelé, nuances, netteté?même si en moyen format vous disposez d'une optique moyenne comme celles des appareils que je cite plus bas.
Enfin, la taille des appareils reste acceptable lorsqu'elle n'est pas à l'avantage du moyen format. Un folding 6*6 se loge facilement dans la poche d'une parka et un rolleiflex n'est pas plus encombrant qu'un F4 ou un F5.
Quel budget y consacrer ?
Je défends l'idée que l'on peut faire du moyen format sans se super-équiper en Hasselblad avec 3 ou 4 objectifs comme en 24*36. Un appareil à objectif fixe suffit dans la plupart des cas. Les anciens se souviennent qu'ils ne disposaient pas de focales autres que l'objectif normal. Comme ce genre d'appareil n'est pratiquement plus fabriqué, il faut se rabattre sur du matériel ancien qui a l'avantage d'être bien construit et abondant.
Le marché de l'occasion et de la brocante en France ou hors de nos frontières, les foires à la photo, les enchères sur Internet offrent des possibilités intéressantes de dénicher l'appareil qui vous permettra d'aborder le moyen format sans vous ruiner. Petite parenthèse hexagonale, on a un peu trop tendance à spéculer sur l'ancien, au risque que des objets ne trouvent pas preneurs.
Un budget maximal de 2000 francs, voire en dessous, semble raisonnable même avec quelques accessoires indispensables.
Vous avez le choix entre deux catégories d'appareil
- L'appareil reflex à 2 objectifs (TLR, pour twin lenses reflex). Marques ou modèles : Rolleiflex et cord, Minolta autocord, Yashica, Semflex, Flexaret, Seagull, Royflex, Voigtlander brillant, Ikoflex, Pearl river, Lubitel... Il y a beaucoup de modèles sérieux même parmi des marques inconnues. Qui connaît le Wardflex, le Rollop?? Je ne les ai pas tous cités, les collectionneurs vont m'en vouloir !. La présence du Lubitel peut en étonner certains mais c'est un appareil correct et pédagogique pour les jeunes. Vous ne risquez rien, vu son prix, à l'emmener dans des coins " délicats ".
Le folding plus ou moins sophistiqué qui peut comporter un télémètre couplé, adox, agfa, dacora, franka, seagull, ikonta de Zeiss, balda, voigtlander bessa , construits en différents formats, 4,5*6 ; 6*6 ; 6*9 - parfois des caches sont adaptables pour réduire le format. La quantité de marques et de modèles est impressionnante. Tous en ont fabriqué des plus grands aux plus obscurs. Les japonais et les soviétiques ont produit des appareils de cette catégorie, plagiés sur les appareils allemands. Il y a aussi plusieurs bons foldings français, le Royer en particulier.
Voir plus loin au sujet du type de film car beaucoup d'appareils français ou américains, Kodak, Kinax, ne peuvent être chargés avec du film 120.
Les autres modèles genre brownie à objectif ménisque et obturateur à 2 ou 3 vitesses n'offrent pas des performances suffisantes. Mais sur le net, j'ai découvert un site consacré au brownie Kodak qui montre que l'on peut faire de bonnes photos. Les reflex mono-objectifs, Norita, Kowa, Bronica... n'entrent pas dans cette catégorie de prix. Un site sur le Photax qui relève le défi ?
Critères de performances.
Il vous faut rechercher un appareil dont l'objectif ouvre à 3,5 ou 4,5, ( les 5,6 ou 6,3 sont trop justes bien que de bonne qualité) et dont les vitesses s'étagent entre 1/15ème de seconde et 1/300ème ou 250ème de seconde. Ainsi vous pourrez utiliser du 200 ISO en plein soleil à f22. Le 500ème ? S'il est indispensable en 24*36 lors de l'utilisation de télé-objectifs vous vous en servirez assez peu en MF sauf pour photographier des sujets en mouvement rapide à 4 ou 5 mètres de distance.
Les appareils construits après guerre ont leurs objectifs traités ce qui est précieux pour la couleur. Ceux d'avant guerre ont pour résultat des images couleur non contrastées, au rendu variable. Je possède quelques appareils à l'optique non traitée dont le contraste est réel sans effet de déformation des couleurs. Un autre a un rendu genre " Hamilton " ce qui peut être intéressant.
Une prise de flash est un atout, surtout la X.
Comme je l'ai dit plus haut, l'appareil doit utiliser le film 120 qui est monté sur une bobine à gros axe ( éviter le film 620 sur bobine à petit axe, introuvable) le seul à être produit maintenant dans différentes émulsions. Quelques uns (rollei, yashica et minolta) utilisent en outre le film 220 plus rare, d'une longueur double, 24 poses. On ne peut l'utiliser que dans les appareils prévus pour lui.
Certains appareils possèdent des perfectionnements qui parfois n'apportent pas des facilités considérables, je pense à deux appareils en particulier, le semflex " otomatic " à avancement du film par manivelle, l'avancement par bouton du modèle standard est plus précis, et les télémètriques Ikonta dont le télémètre se lit dans un oculaire différent du viseur.
Comme les gammes de ces appareils comportent des modèles simples équipés de bons objectifs 4,5 ou 3,5 à trois ou quatre lentilles sur des obturateurs rapides, préférez-les si vous en avez le choix aux autres d'autant qu'ils vous seront proposés à des prix inférieurs.
Enfin, les plus récents (rollei, yashica, ikonta..) sont équipés d'une cellule couplée ou incorporée. Je ne conseille pas ces matériels au fonctionnement capricieux même les CDS, vu l'âge. Une bonne cellule à main vous évitera des erreurs dans la mesure. Pour ma part, je me sers du petit carton d'emballage du film sur lequel sont portées les indications, soleil brillant, soleil voilé, etc, c'est une question d'habitude.
Concernant le viseur, il est préférable de disposer d'indications sur la correction de la parallaxe. Les rolleis et les seagull sont les seuls modèles 6*6 TLR à ma connaissance à en être équipés grâce à un cadre mobile interne. Sur les foldings la situation est plus diversifiée.
Vous aurez parfois à faire cette correction sur les appareils les plus simples, pour les plans rapprochés, " au pif ", c'est à dire en visant un peu au dessus du champ de vision dans le cas des TLR.
3 ou 4 lentilles ?
J'ai démarré en moyen format avec un Seagull doté d'un trois lentilles que j'appréciais énormément. Lorsque je compare les photos faites avec cet appareil et celles faites avec un rollei (xenar) il y a bien un très léger déficit de netteté dans les coins des tirages 30*40, mais pas de quoi disserter pendant des heures ni déclarer que le Seagull ne vaut rien sur ce plan.
En tout état de cause, un trois lentilles en état est préférable à un quatre lentilles altéré.
Etat
Bien que la remise en état de ces appareils soit moins difficile qu'il y paraît, choisissez un appareil qui fonctionne ou qui, au pire, ne cumule pas plusieurs tares. L'aspect extérieur est trompeur. J'ai connu un photographe de talent dont l' increvable rolleicord avait perdu sa peinture et sa " peau " tant il s'en était servi. A l'opposé, j'ai acquis un Semflex presque neuf dont l'obturateur était bloqué.
Les points vitaux les plus délicats concernent l'objectif et l'obturateur.
Le premier doit être d'une transparence parfaite autorisant des images nettes. Quelques taches ne vous empêcheront pas de faire de bonnes photos. Lorsque je regarde beaucoup d' objectifs des années 50/60, je constate qu'ils sont plus ou moins altérés, de marque réputée ou non. Champignons, désagrégation du produit de collage des lentilles, picots blancs, marques sur le traitement de surface, rayures, éclats, voile blanc... Eviter les objectifs qui après nettoyage des lentilles n'ont pas cette transparence et qui restent laiteux, sinon vos images manqueront de contraste. Mais encore une fois quelques petites taches, poussières ou rayures n'affecteront pas vos clichés.
La remise en état des objectifs n'est pas à la portée de l'amateur.
L'obturateur doit fonctionner à toutes les vitesses correctement. Or, j'ai constaté sur plusieurs appareils anciens que les vitesses ne sont plus fidèles aux indications. Vitesses constantes quelle que soit la position du curseur, vitesses lentes trop lentes, obturateur bloqué, lamelles capricieuses, retardateur HS, etc. Là, un nettoyage de l'obturateur s'impose, ce qui alourdira la facture. A moins que vous ne vous lanciez dans cette remise en état, ce que j'ai fait avec des obturateurs " Orec " de semflex.
Que s'est-il passé ? L'obturateur ne supporte pas que des corps étrangers l'encombrent (poussières, graisses, limailles, sable, fils?). Avec le temps et les changements thermiques et hygrométriques, l'oxydation a produit des dépôts microscopiques qui bloquent ou freinent le mécanisme des vitesses lentes et/ou le fonctionnement des lamelles. L'inactivité de l'obturateur n'a pas permis d'éliminer ces particules qui " collent " désormais les pièces vouées au mouvement.
Cela est insidieux. Je me souviens du démontage d'un obturateur bloqué (celui d'un Semflex) qui ne montrait pas de traces majeures d'oxydation. En le nettoyant, j'ai sûrement ôté des particules qui en bloquaient le fonctionnement, puisque ensuite, il était OK. Sur un autre obturateur, j'ai dû recommencer plusieurs fois le nettoyage avant d'obtenir un résultat. N'oubliez pas ceci, si vous vous lancez dans un nettoyage, un obturateur fonctionne à sec, sans huile. Une précaution pour éviter les pannes est de faire fonctionner régulièrement l'obturateur à différentes vitesses notamment après révision.
Les appareils à soufflet présentent parfois des entrées de lumière dans les plis (les isolettes agfa sont connues pour cela).
Pour s'en rendre compte, placez-vous dans une pièce obscure après avoir introduit une petite lampe de poche dans le soufflet. On peut réparer, si l'incident est très localisé, avec du ruban noir pour électricien ou mieux, avec du cuir aminci à la lame de rasoir et collé à la colle néoprène. La fabrication d'un soufflet est toujours possible à condition de trouver des matériaux étanches à la lumière.
Bien sûr d'autres points sont à vérifier, viseur sur les TLR, hélicoïdale de mise au point, mais cela dépasse le cadre de cet article.
Accessoires essentiels
Le pare-soleil est indispensable.
Il y a quelques années, on conseillait aux photographes de faire des clichés, dos au soleil. De ce fait, l'usage du pare-soleil était-il moins répandu, d'où les difficultés actuelles à en trouver.
Les baïonnettes rollei I, II et III sont courantes (parfois chères), la I est adaptable à de nombreux TLR. Par contre, certaines dimensions, filetages et emboîtements sont rares, pour le seagull par exemple ( diamètre 34 mm ). C'est vraiment dommage pour cet appareil. Lorsque la mise au point se fait avec la lentille frontale ( Ikonta ) l'installation et l'usage d'un paresoleil n'est pas commode.
Au besoin, lancez vous dans l'adaptation ou la fabrication de cet accessoire, à partir d'une monture de filtre ou, comme je viens de le voir récemment, d'un bouchon de bouteille de lait. De toute façon, ce sera mieux que rien pour des objectifs plus sensibles aux lumières parasites que les optiques traitées multicouches.
Les filtres, avec la désaffection du noir et blanc, ont perdu de leur intérêt. J'ai gardé un faible pour le filtre orange.
Les bonnettes (pour les TLR, ce sont des ensembles de deux bonnettes visée et prise de vue) permettent d'aborder les photos rapprochées qui, en grand tirage, font leur effet.
Parfois négligé au moment de l'achat, le sac " toujours prêt " protège l'appareil. Un sac en cuir en mauvais état se répare toujours.
Nettoyage
Pour le boîtier et son revêtement une solution d'eau savonneuse ou ammoniaquée passée avec un nouet de chiffon suffit. Une vieille brosse à dent permet de nettoyer dans les coins la poussière collée ou incrustée.
Si le revêtement est décollé, enlever l'ancienne colle et recollez avec de la colle néoprène.
Dépoussiérez l'intérieur avec un pinceau un peu dur. Si la peinture noire est partie en déposer à nouveau (peinture mate " Humbrol " pour maquettes).
Pour les surfaces optiques j'utilise un nettoyant liquide de chez Chibret, " translight ". Si nécessaire, je démonte l'objectif pour nettoyer les faces internes.
Sur les TLR, les viseurs, le dépoli et le miroir sont sales. Il faut démonter. Difficulté variable, plus facile sur les Rolleis et les Yashica que sur les Semflex.
Sur les foldings, viseur à nettoyer. Parfois il est nécessaire de déposer le carter supérieur. Prudence, ne rien forcer et utiliser des outils appropriés.
Le test
La première chose à faire est de prendre des photos avec. Déjà petite difficulté, beaucoup de revendeurs n'ont pas de pellicules 120 en stock. On en trouve dans les grandes surfaces photo.
Le chargement n'appelle pas de commentaires. Parfois, il manque la bobine réceptrice. Sur certains rollei il faut glisser la pellicule sous un rouleau chromé.
Visez et déclenchez selon la formule consacrée avec les adaptations propres à chaque situation et chaque appareil. Notez les temps de pose et les diaphragmes utilisés.
La méthode la plus simple et la plus probante pour juger un appareil est celle de la diapo où seule, la chimie du développement intervient.
En effet, le tirage d'épreuves couleur papier risque de vous décevoir car le labo vous rendra des tirages standards 10*10 pour les négatifs 6*6. L'examen à la loupe de vos négatifs vous montrera que la richesse de détails n'est pas correctement rendue. Sauf si vous estimez que l'appareil est en cause, insistez et faîtes retirer les meilleurs de vos négatifs en 18*24. En principe, vous verrez la différence.
Les prix
Variables selon les sources, les circonstances, la mode, la connaissance de l'objet par le vendeur spécialiste ou non, spéculateur ou non, l'état, la rareté? En France, ces appareils sont plus chers qu'aux USA où le matériel japonais et allemand est abondant.
Schématiquement, il y a trois catégories de prix.
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Jusqu'à 700 francs |
Foldings simples (bessa, ikonta, dacora, isolette agfa, royer), TLR " basiques " (semflex standard, lubitel, seagull, pearl river, royflex, flexaret, weltaflex, yashica " D " et " C "?) |
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De 700 à 1400 francs |
TLR perfectionnés, Minolta autocord, rolleiflex et rolleicord usagés, semflex otomatic et royflex en TBE avec sac (800fr), yashica, ikoflex, foldings perfectionnés avec compur au 400ème ou 500ème . Le Seagull est disponible neuf dans cette plage de prix. |
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Rolleiflex automat et " T ", Ikonta à télémètre, rolleicord dernière génération avec sac, parfois rollei 2,8 ou 3,5. |
La « famille » SEMFLEX
Il m'est arrivé de voir un Yashica mat 124 à peine correct à 1800 francs, un Royflex usagé à 1200 francs, un Rollei déglingué à 1750 francs. La spéculation s'exerce sur la côte des rollei dont le prestige est encore très fort à l'instar du leica. Il y a rollei et rollei. Un " cord " très usagé ne peut avoir la même côte qu'un 2,8F ou qu'un Automat. Difficile à faire admettre à un vendeur qui ne voit que le nom ou qui cherche à s'y raccrocher (royflex sous marque de rolleiflex ne m'a t-on pas dit ! !).
Ne cédez pas à l'angoisse de ne pas trouver, l'offre est abondante et renouvelée. Des affaires ?, pas vraiment, disons de préférence des remises sympathiques, mais aussi des petits prix 250 francs pour une " isolette " très belle mais aux performances et aux résultats un peu justes pour un amateur exigeant.
Mon équipement actuel
Rollei automat, Rollei 2,8C, des Semflex standards et otomatics, un Ikonta 6*9, des Ikonta 6*6 et 4,5*6, des Agfa billy, des Isolettes à la pelle,
Avant
Rolleiflex et rolleicords (divers modèles), Seagull et Yashica.
Jeune photographe, j'achetais des rolleis à l'état d'épave et m'exerçais à les remettre sur pied.
Le Seagull que j'ai gardé une dizaine d'années a beaucoup travaillé. Un des axes des lamelles de l'obturateur s'est desserti. Bien que réparé, j'avais peur qu'il ne me lâche à nouveau.
Le Yashica mat, lui aussi a beaucoup travaillé. Un poil meilleur sur l'optique que le Seagull, c'est la cellule qui a rendu l'âme.
Le futur
Je suis tenté par un des appareils suivants, un autocord Minolta, un Franka, un perkeo Voigtländer et parmi les plus beaux, un Superb ou un Ikorex ? et j'oubliais l' introuvable Olympus flex 2,8 .

Eglise
de Vianne (Lot et Garonne)
Isolette Agfa 6*6 Apotar 4,5 film Fuji

Quai de la Seine, port Debilly (Paris) Agfa Billy 6*9 Apotar 4,5 film Fuji

Port
du Louvre (Paris) Isolette 4,5*6 Apotar

film
Fuji
Croix de chemin, Mandailles (Cantal) Semflex 950T
film Fuji