Histoire de l'Espagne

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Histoire de l'Espagne de l'Antiquité aux Rois Catholiques

 

L’Antiquité

L’Espagne fut habitée dès le Paléolithique comme l’attestent les nombreux gisements découverts dans tout le pays et les peintures rupestres du nord, en bordure du golfe de Gascogne et dans les monts Cantabriques. Des témoignages de la culture néolithique datant de 3000 av. J.-C. ont également été découverts à Almería, au sud-est de l’Espagne.

Venus d’Afrique du Nord, les Ibères envahirent le sud de la péninsule tandis que les Celtes, originaires de France, s’implantèrent au nord. Au IIe millénaire av. J.-C., l’Andalousie entra dans le circuit commercial méditerranéen. Des Phéniciens, probablement avant le XIe siècle av. J.-C., puis des Grecs occupèrent les côtes méditerranéennes espagnoles, à la recherche d’argent, de plomb, de cuivre et surtout d’étain, nécessaire à l’industrie du bronze. Les Phéniciens établirent une colonie sur le site de l’actuelle Cadix. À l’intérieur de la péninsule coexistaient Celtes et Ibères dont le métissage a donné le fond celtibère de la population espagnole.

Après la première guerre punique et la perte de la Sicile, Carthage décida de se lancer à la conquête de la péninsule Ibérique. Celle-ci fut menée, entre 237 et 228 av. J.-C., par le général carthaginois Hamilcar Barca qui imposa sa domination à l’est du pays jusqu’à Barcelone qu’il fonda. Son successeur, Hasdrubal, fut stoppé en 227 av. J.-C. par les Romains, sur l’Èbre. Il construisit alors la forteresse de Carthago Nova (aujourd’hui Carthagène). Hannibal, qui lui succéda en 221 av. J.-C., déclencha la seconde guerre punique par la prise de Saguntum (actuelle Sagonte), alliée de Rome, en 219 av. J.-C.

La conquête romaine, menée par les frères Scipion, fut longue. Mais en l’an 206 av. J.-C., les Carthaginois, vaincus, furent obligés de quitter la péninsule. Neuf ans plus tard, Rome divisa la péninsule en deux provinces : l’Hispania Citerior (Espagne Citérieure), au nord-est, et l’Hispania Ulterior (Espagne Ultérieure), au sud et à l’ouest. La pacification fut difficile : la bordure nord de la péninsule (Galice, Asturies, Cantabrie) ne fut définitivement pacifiée que sous Auguste en 19 av. J.-C. Celui-ci divisa l’Espagne en trois provinces romaines : la Lusitanie à l’ouest, la Bétique au sud et la Tarraconaise qui s’étendait du nord de Carthagène jusqu’au nord-ouest de la péninsule. La «paix romaine» régna quatre siècles dans la péninsule (Ier-Ve siècle apr. J.-C.). Ce fut pour l’Espagne une période de grande prospérité. L’Hispanie fut l’une des colonies les plus riches de Rome. Elle fournissait de grandes quantités de céréales et ses mines produisaient fer, cuivre, plomb, or et argent. Le christianisme fit son apparition en Espagne dès le IIe siècle et se répandit peu à peu.

 

L’Espagne wisigothique

Les grandes invasions barbares commencèrent au Ve siècle apr. J.-C. En 409, des envahisseurs, surtout des Vandales, des Alains et des Suèves, traversèrent les Pyrénées et ravagèrent la péninsule. En 412, l’empereur Honorius chargea les Wisigoths, peuple «fédéré» installé en Aquitaine, de rétablir l’autorité impériale. Ceux-ci refoulèrent les Vandales en Bétique (Andalousie), rejetèrent les Alains en Lusitanie et cantonnèrent les Suèves en Galice. En 419, le royaume wisigoth de Toulouse, vassal de Rome, fut fondé.

Sous le roi Euric (466-484), les Wisigoths occupèrent toute la péninsule Ibérique à l’exception de l’extrême Nord-Ouest où se trouvaient refoulés les Suèves. Ils établirent un royaume puissant s’étendant du détroit de Gibraltar au nord de la Loire, en France. Expulsés de la Gaule du Sud, après la victoire en 507 de Clovis sur Alaric II, successeur d’Euric, les Wisigoths réduisirent leur domination à l’Espagne, sur laquelle ils régnèrent pendant deux siècles. Toutefois, leur domination sur l’ensemble de la péninsule ne devint effective qu’après la destruction et l’annexion du royaume suève en 585. Ils établirent leur capitale à Tolède. Cependant, l’opposition religieuse entre les Wisigoths ariens et les Hispano-Romains catholiques empêcha la fusion des deux peuples. En 589, le roi Récarède Ier se convertit avec son peuple, et le catholicisme devint la religion officielle.

 

L’Espagne musulmane (VIIIe-XIIIe siècle)

En 711, des Maures musulmans d’Afrique du Nord franchirent le détroit de Gibraltar. Roderick, dernier roi wisigoth d’Espagne, fut vaincu près de Cadix. La quasi-totalité de la péninsule fut dès lors rapidement soumise à la domination des conquérants, à l’exception des régions montagneuses du Nord (monts Cantabriques, Pyrénées occidentales). Stoppés dans leur progression vers le nord par Charles Martel, à Poitiers, en 732, les Maures se replièrent en deçà des Pyrénées. Les populations rurales se convertirent à l’islam. Dans les villes, des «capitulations» garantirent le plus souvent aux chrétiens, les Mozarabes, la liberté religieuse. L’Espagne musulmane, à l’exception des Asturies et du Pays basque, devint une dépendance lointaine du califat de Damas.

En 756, le prince de la dynastie omeyade Abd al-Rahman Ier, détrôné par les Abbassides, se réfugia en Espagne. Il en fit un émirat indépendant et s’établit à Cordoue. En 929, un de ses descendants, Abd al-Rahman III, prit le titre de calife.

L’Espagne musulmane connut son apogée sous le califat de Cordoue, qui dura jusqu’en 1031. Ses institutions très élaborées (administration centralisée, législations judiciaire et financière) contrastaient alors avec le morcellement féodal des États chrétiens d’Occident et lui assurèrent une grande prospérité économique. Sa marine domina la Méditerranée. L’irrigation fut étendue, de nouvelles cultures (canne à sucre, riz, mûrier) furent introduites. Un important artisanat urbain (soie, cuir, métaux) se développa.

Le califat de Cordoue fut également un centre culturel et artistique très brillant. De nombreuses écoles et une importante bibliothèque furent fondées. Les grandes universités musulmanes y enseignaient la médecine, les mathématiques, la philosophie et la littérature. L’œuvre d’Aristote y fut étudiée bien avant que l’Europe chrétienne ne la découvrît à son tour. Cordoue devint le haut lieu de la philosophie arabe, avec Averroès, et juive, avec Maïmonide. L’art hispano-mauresque y atteignit son apogée.

Au XIe siècle, l’Espagne musulmane se fragmenta en une vingtaine de royaumes maures indépendants, les «royaumes de taifas». Les plus importants furent les royaumes de Saragosse, d’Almería, de Valence et de Séville.

 

L’expansion des États chrétiens du Nord et la Reconquista

Deux contrées espagnoles avaient réussi à échapper aux Maures du fait de leur isolement et de leur situation périphérique : le Nord-Ouest (Asturies, León) et le Nord (Pyrénées). C’est de ces refuges que partit la Reconquista. En 718 fut fondé le petit royaume des Asturies par un chef wisigoth, Pelayo (Pélage). Son gendre, Alphonse, conquit presque toute la Galice et reprit la quasi-totalité du León. Sous Alphonse III le Grand (866-911), le royaume de León et des Asturies fut étendu jusqu’au Douro et la capitale transférée à León. En 932, le comté de Castille, qui formait la partie sud-orientale du royaume, fit sécession.

Entre-temps, d’autres foyers de résistance se développèrent en Navarre, érigée en royaume en 830, et dans les hautes vallées de l’Aragon. Au XIe siècle, le roi de Navarre, Sanche le Grand (1000-1035), enleva presque tout l’Aragon aux Arabes. Il parvint ensuite à regrouper tous les royaumes chrétiens espagnols sous son autorité. À sa mort, ses possessions furent partagées entre ses fils. L’Espagne chrétienne se répartit alors entre les royaumes de León, de Castille (royaume en 1035), de Navarre et d’Aragon (royaume en 1035). Ferdinand Ier, roi de Castille, conquit le León en 1037, puis la Galice musulmane. Devenue le plus puissant des royaumes chrétiens, la Castille entama, dans la seconde moitié du XIe siècle, la Reconquête ou Reconquista, après trois siècles de domination musulmane en Espagne.

Le morcellement du califat de Cordoue, au début du XIe siècle, facilita la Reconquista, qui devint la croisade de l’Espagne chrétienne. En 1085, Alphonse VI de Castille s’empara de Tolède. En 1094, son vassal, Rodrigo Díaz (le Cid Campeador), conquit le royaume maure de Valence. Devant l’ampleur de la menace chrétienne, le roi Abbad III de Séville fit alors appel aux Almoravides, Berbères fanatiques d’Afrique du Nord. Après avoir infligé deux graves défaites à Alphonse VI , en 1086 et en 1109, ceux-ci régnèrent sur l’Espagne musulmane jusqu’en 1147.

Une nouvelle offensive chrétienne aboutit en 1118 à la prise de Saragosse et à l’occupation de toute la moyenne vallée de l’Èbre. Mais, au milieu du XIIe siècle, les souverains chrétiens, divisés, n’opposèrent qu’une faible résistance à la contre-offensive des musulmans, menés par les Almohades. Ceux-ci établirent une nouvelle fois leur domination sur l’Espagne musulmane après la terrible défaite infligée au roi de Castille, Alphonse VIII, à Alarcos, en 1195. Décidés à poursuivre la Reconquista, les souverains chrétiens coalisèrent alors leurs forces et remportèrent la victoire de Las Navas de Tolosa contre les Almohades, en juillet 1212. L’occupation de la basse Andalousie par Ferdinand III de Castille fut suivie par la prise de Séville et de Carthagène en 1248. Parallèlement, à l’est, le roi d’Aragon, Jacques le Conquérant, s’empara des Baléares (1229-1235) puis du royaume maure de Valence (1238). Après la prise de Cordoue en 1262, la présence musulmane dans la péninsule Ibérique se limita dès lors au royaume de Grenade, qui perdura jusqu’en 1492.

Les royaumes de Portugal, de Castille (englobant le León, les Asturies, Cordoue, l’Estrémadure, la Galice, Cadix et Séville) et d’Aragon (incluant Barcelone, Valence et les îles Baléares) furent les grands bénéficiaires de la Reconquista. La Navarre, passée sous domination des comtes de Champagne en 1234, fut unie à la Couronne de France sous Philippe le Bel.

Du XIIIe au XVe siècle, le royaume d’Aragon constitua un empire méditerranéen (Sardaigne, Sicile, Corse). Mais, durant cette période, les difficultés intérieures se multiplièrent dans les royaumes hispaniques : crises dynastiques en Castille, sous Alphonse X, puis entre Pierre Ier le Cruel et Henri de Trastamare, conflits entre la monarchie et l’aristocratie en Aragon, lutte contre Majorque, crise successorale de 1410, révolte de la Catalogne (1462-1472). Malgré ces déchirements, le pouvoir royal s’affermit progressivement.

 

L’Espagne des Rois Catholiques et l’unité nationale

En 1469, le mariage d’Isabelle de Castille avec Ferdinand V d’Aragon fut le premier pas vers l’unité nationale. Ensemble, ils gouvernèrent la Castille (dès 1474) et l’Aragon (à partir de 1479), chacun des deux royaumes conservant ses propres institutions. En raison de sa supériorité territoriale et démographique, la Castille acquit, toutefois, un rôle prépondérant. Leur règne, qui leur valut le surnom de «Rois Catholiques», fut celui de l’intransigeance religieuse : le tribunal de l’Inquisition, créé en 1478, fut particulièrement actif et puissant, se livrant à l’expulsion ou à la conversion forcée des juifs et des Maures et proclamant de nombreuses condamnations pour hérésie. L’Inquisition s’accompagna, dans les deux royaumes, d’un renforcement de l’autorité monarchique. En 1492, la prise de Grenade marqua la fin de la Reconquista.

La découverte de l’Amérique en 1492 par Christophe Colomb, mandaté par l’Espagne, inaugura une ère d’hégémonie espagnole. Sur le plan européen, Ferdinand V joua un rôle prépondérant. Il étendit sa souveraineté sur le royaume de Naples aux dépens des rois de France Charles VIII et Louis XII, puis sur le royaume de Navarre, après la mort de sa femme (1504). À sa mort en 1516, l’Espagne contrôlait le sud de l’Italie, la Navarre et, plus au nord, la Cerdagne et le Roussillon. C’est son petit-fils, Charles, fils de Jeanne la Folle et de Philippe le Beau, qui lui succéda.

 

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Source : L'Espagne

On y trouve également la suite de l'histoire d'Espagne, du XVIème siècle à nos jours.