Le pays de Caux

" Si l'on observe attentivement la carte, on s'aperçoit que le riche terroir du Pays de Caux a la forme d'une pointe de flèche dirigée vers la mer, vers le grand large donc. Joli symbole non ? Et qui nous aide déjà à mieux comprendre pourquoi nos ancêtres les Vikings se sont installés là en nombre. Aussi hardis marins qu'excellents agriculteurs, ils ne pouvaient que se plaire sur cette terre bénie par les dieux...

Cette forme physique, aussi symbolique qu'originale, permet également de mieux comprendre la complexité du Pays cauchois ... Pour simplifier et ne pas se perdre dans les détails, réduisons-le à trois entités, très différentes il est vrai les unes des autres :

- la façade maritime d'abord et ses superbes falaises. Et il ne faut pas se contenter du site d'Étretat, le plus connu certes, mais il faut aussi marcher sur le chemin de grande randonnée qui en longe le bord supérieur, offrant une succession de panoramas à couper le souffle. Il faut aussi descendre, tôt le matin, au pied de cette muraille, pour en apprécier tout le côté sauvage, austère même...

Ne pas oublier non plus que le Pays de Caux possède un riche passé maritime que l'on retrouve facilement dans les ports, même si Dieppe, Saint-Valéry-en-Caux et Fécamp abandonnent petit à petit, contraints et forcés, la pêche et le commerce au profit de la navigation de plaisance. Reste néanmoins, bien situé à la pointe de la flèche, le grand port du Havre et son excitant parfum d'aventure...

- Deuxième entité, la vallée de la Seine... Quoi de plus surprenant que l'apparition d'un grand cargo au milieu des prairies, des vaches normandes et des pommiers? Même si l'on peut retrouver les traces d'une importante activité fluviale désormais irrémédiablement disparue dans le Musée de Seine de Caudebec-en-Caux, le passé ici est essentiellement religieux, attesté par les magnifiques abbayes de Jumièges, Saint-Wandrille, Boscherville (ajoutons-y la Trinité de Fécamp, peut-être la plus belle de toute). Quant au présent, il est surtout économique, la Seine et ses usines représentant pour la France, et Paris dont elle est le débouché naturel, une artère ô combien vitale.

- troisième et dernière entité enfin, un peu parent pauvre sur le plan touristique, le plateau cauchois, ses molles ondulations, son openfield de polyculture associée à un élevage intensif, ses vertes et riantes vallées et surtout son paysage de clos-masures malheureusement souvent en piteux état. Raison de plus pour ouvrir l'oeil car il en reste encore de ces cours de ferme, véritables petits royaumes bien délimités par leurs talus plantés de hêtres, parsemés d'innombrables bâtiments agricoles souvent victimes des progrès d'une agriculture devenue (trop?) moderne... Il est dommage que cela soit condamné à disparaître car ce sont ces clos-masures qui symbolisent le mieux l'esprit cauchois. Heureusement, le Musée du Pays de Caux d'Yvetot se bat pour sauvegarder ce qui peut encore l'être de cet étonnant et original mode de vie...

Bienvenue donc en Pays cauchois... Et ne vous laissez surtout pas rebuter par la soi-disant méfiance, froideur du cauchois vis à vis des "horsains" (étrangers). Ce n'est bien souvent que la manifestation d'un caractère réservé, peu enclin aux grandes gesticulations aussi vaines qu'hypocrites. Et si vous savez vous accommoder de cette pudeur, vous y gagnerez une royale tranquillité et, à la longue peut-être, une amitié solide, sincère, sur laquelle on peut toujours compter..."

Pierre AUGER