Le
scarabée en Egypte

En Égypte la symbolique du scarabée a connu un remarquable
développement.
Pour plus d'informations : Khépri
Un peu de biologie : Deux espèces de scarabées figuraient
en Égypte, une seule subsiste dans la vallée du Nil aujourd’hui.
Le scarabée égyptien est de taille assez grande (20-40 mm), il
est noir luisant. La deuxième espèce devait figurer en Haute Égypte,
elle est d’une couleur vert métallique à reflets dorés
et se situe de nos jours en Nubie et en Afrique Orientale. L’identité
de ces deux espèces nous est fournie par la précision, la finesse
de certaines figurations ainsi que la découverte de spécimens
«momifiés». Dés la première dynastie (3000
avant J.C) l’insecte possédait déjà une importance
culturelle. En effet l’on a retrouvé une petite boite en albâtre
d’une longueur de 4 cm façonnée à l’image du
scarabée, cette boite pouvait contenir l’insecte et être
suspendu au cou. Le scarabée est un coléoptère coprophage
qui fabrique et roule des boulettes d’excrément ; naturellement
associé aux bouses dont il vit on lui donne le nom vulgaire de «
bousier ».
Un dieu créateur : Le scarabée est un
dieu créateur pour les Egyptiens du fait de leur sens de l'observation
et de la projection faite à partir du sujet observé : le scarabée
stercoraire (Scrabeus sacer) sort d'une boule d'excrément (protégeant
l'oeuf et la larve), qu'il pousse ensuite. Cela rapelle à la fois l'insecte
(et le dieu) qui s'est lui même crée, mais aussi le dieu qui pousse
le soleil devant lui, d'où la vénération du scarabée
sous le nom de Khépri "Celui qui sort de
la Terre", nom ayant la même sonorité que le concept signifiant
"venir au monde sous une forme donnée". A noter que la couleur
noire du scarabée est celle de la terre fertile et évoque la vie
jaillissant du néant. Dieu solaire par exellence, dès l'Epoque
Archaïque, il est identifié à Atoum
à Héliopolis, et en tant que dieu solaire naissant, il est doté
d'ailes de faucon. L’action de pétrir sa boule qui donnera la vie
est un acte réalisé également par le dieu bélier
Khoum, dieu créateur de la vie, générateur des espèces
vivantes modelant sur son tour l’œuf dont toute vie doit sortir.
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Sarcophage
de calcaire pour un scarabée, la plus petite créature qui
fût embaumée (en l'honneur de Khépri) |
Le
culte du scarabée : Le culte de Khépri à toujours
était célébré, il est figuré dans la tombe
de Ramsès Ier et de Nefertari sous la forme d’un homme dont la
tête est remplacée par un scarabée tout entier. Des milliers
de scarabées de diverses tailles garnissent les vitrines des musées,
des scarabées colossaux furent édifiés dont le plus connu
aujourd’hui est celui d’Aménophis III prés du lac
sacré à Karnak. De nombreux pharaons possèdent le scarabée
dans leur deuxième nom, il exprime une manifestation : Kamosé,
les Aménophis, les Thoutmosis, Akhénaton, Toutankhamon ainsi que
des pharaons de la XXIème dynastie.
Son
nom : Les ancêtres lointains avaient nommé « kheprer
» cet insecte, or quand vint l’écriture le scarabée
fut bien utile pour noter un terme aussi abstrait et complexe que « venir
à l’existence » (= kheper). Pour les anciens « venir
à l’existence », « être » et « devenir
» furent associé aux idées de génération spontanée
et de renouvellement dont le scarabée était étroitement
associé.
La boule d'excrément : Le
scarabée est aussi un insecte volant ce qui le met en rapport avec toute
la gent volatile et comme les oiseaux il occupa une place importante dans la
mythologie égyptienne. Comme dans la plupart des traditions le vol est
en rapport avec le ciel, donc avec le séjour des dieux. La boule du scarabée
était appelée par les Égyptiens «Nehepet »
ou « Nehepou», ce mot a pour racine nehep qui signifie,
"tour de potier". Une fois la boule confectionnée celle-ci
est détachée de la bouse et l’insecte adopte une attitude
et une démarche particulière pour la pousser sur une courte distance.
Il progresse à reculons poussant la boule à l’aide de ses
pattes postérieures ayant ainsi l’arrière corps plus haut
que la tête. Les Égyptiens dessinaient la boule du bousier comme
le soleil, c’est à dire à l’aide d’un disque,
d’un cercle. L’enfouissement
en terre de la boule après creusement d’un puits oblique et d’une
chambre souterraine, donna au scarabée une nature en partie chthonienne.
Un insecte lié à l'ordre : Le cercle et la sphère
n’ont cessé de fasciner les hommes, leurs donnant toute une symbolique
lié à la vie, à la mort, à l’éternité...,
pour les anciens Égyptiens la principale peur était probablement
le retour au chaos initial. Ce chaos, d’où les dieux avaient fait
surgir le monde vivant et organisé, restait cantonné aux limites
de ce monde, pouvant à chaque instant prendre le dessus si la Maât
n’était pas respectée. Pour éviter ce retour du chaos
une seule solution : le maintien de l’ordre, de Maât.
Si le scarabée a revêtu une telle ferveur, c’est qu’une
de ses fonctions principales, était liée à l’ordre.
En effet cet insecte à partir d’une masse amorphe, la bouse, il
fabrique un objet organisé, rond, une boule régulière semblable
par sa forme au soleil.
Il est actif au petit matin, au soleil levant et la bouse séchée
sert de combustible donnant un lien avec le feu et la chaleur solaire. Tous
ces éléments ne pouvaient que faire de cet insecte un dieu solaire.
Un insecte mâle : Le
scarabée était considéré n’être que
mâle par les anciens Égyptiens et par plusieurs auteurs de l’antiquité
tardive comme Horus Apollon (Grec), Esebé de Césarée, Plutarque...
Dans le chapitre 167 du «Livre des Morts», chapitre qui est une
«Formule pour empêcher que le corps de l’homme ne périsse
dans l’empire des morts», il est écrit concernant le dieu
Amon : «... O Amon, scarabée mâle, maître des deux
yeux sacrés...» Pour les anciens cette boule pétrie était
l’œuf où l’insecte y dépose sa semence, laquelle
se transformait en jeune scarabée.
Le scarabée utilisé en médecine : La pharmacopée
égyptienne utilisait le scarabée dans le traitement des maladies
féminines ou pour aider à l’accouchement, ce qui était
en parfaite harmonie avec la connotation de (re)naissance. Le démembrement
naturel du scarabée se compose de 14 parties (Le nombre 14 est en rapport
avec les cycles lunaires, 14 est égal à une demi-lunaison, 28
évoque aussi le cycle mensuel féminin. ) : la tête, le prothoron,
le méso-métathorax, l’abdomen, les deux élytres,
les deux ailes et les six pattes.
Le signe "chen" à l'arrière du scarabée
: Après avoir enfoui la boule dans la chambre funéraire, celle
ci va avoir deux destinées : elle servira à la ponte puis deviendra
nourriture de la larve qui se transformera en scarabée. Lorsque le scarabée
mange une partie de la boule nous assistons à un phénomène
qui n’était pas passé inaperçu pour les anciens Égyptiens.
Tout en mangeant, le scarabée rejette par l’arrière une
substance noire, semblable à une cordelette. Les Égyptiens ont
quelques fois représentées à l’arrière du
scarabée le signe «chen» ou «chenou». C'est une
cordelette repliée en forme de boucle, ce signe en s’allongeant
donnera le cartouche où s’y inscriront les noms et prénoms
du roi, ou le nom des dieux.
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| Scarabée ailée, orné du disque solaire, avec le signe chen à l'arrière |
Le
scarabée en amulette : L'amulette du scarabée devient
très populaire comme source de lumière et de chaleur et accompagne
le défunt comme symbole de résurrection. Outre le scarabée
solaire, il existe d'autres types de scarabées. Les Hyskos y gravent
leur noms ou des motifs ornementaux et ils utilisent comme sceaux.
Le scarabée du coeur est proche du scarabée solaire mais, outre
le symbole de ressurection, il rapelle le coeur par sa forme et est associé
à cet organe. Du Nouvel Empire l’on connaît des scarabées
du cœur en forme de sphinx avec des pattes ou des bras humains et tête
humaine. Au Nouvel Empire également, on voit des scarabées particuliers,
en néphrite, portant sur leur face intérieure le chapitre 30B
du Livre des Morts contenant la formule par laquelle le défunt
recommande à son coeur de ne pas témoigner contre lui au cours
de la psychostasie. Par sa fonction l’objet devient ici une amulette protectrice.
On rencontre aussi le scarabée sous forme de pectoral flanqué
des ailes du faucon, il était placé sur la momie et porte généralement
le chapitre 30B du Livre des Morts.

Les scarabées commémoratifs : Des scarabées
commémoratifs font leur apparition dès la première année
du règne d'Amenhotep III, ils sont plus grands que les autres et portent
sur leur base plate un long texte retraçant des évenements particuliers.
Les premiers portent la titulaire complète du roi, suivie des noms de
son épouse Tiyi et de ses parents. La série de scarabées
célébrant l'exeptionnelle chasse aux taureaux sauvages date de
la deuxième année de règne. De la même façon,
les scarabées de la chasse au lion glorifient les actions accomplies
par le roi au cours de dix années de chasse au fauve. La dixième
année est marquée par la série de scarabées célébrant
l'arrivée en Egypte de Ghiloukhépa, princesse du Mitanni, avec
trois cent dix-sept femmes choisies dans le harem du roi du Mitanni, Sutarna.
La dernière série de scarabées commémoratifs date
de la onzième année de règne d'Amenhotep III à l'occasion
de la construction d'un grand bassin de soixante hectares destiné à
l'irrigation de terres qui appartenaient à la reine Tiye, peut-être
à Djariuka, au Nord d'Akhmîn.