SuisseForum | Une Suisse Sans Armée ?
SuisseForum
---------- sommaire
---------- e-mail
---------- page précédente
Dossiers
Une Suisse Sans Armée - possible ..vraiment ?
Par Georges Tafelmacher
Depuis le milieu des années 80, nous avons la chance de pouvoir
discuter régulièrement de l'armée.
Même si cette discussion se fait au détriment du fond, et que les milieux
au pouvoir en profitent pour privilégier
la recherche d'un nouveau sens à donner à leur armée pour qu'elle puisse
perdurer au siècle prochain,
il n'est pas sans intérêt de vouloir comprendre tous les aspects du
problème et revenir aux idées de base
qui motivent l'antimilitarisme.
Nouvelles compréhensions du monde
Avec les changements sociaux en cours, les anciennes vérités révèlent leurs limites et
deviennent caduques.
Les grandes découvertes biologiques modernes démontrent que la vie n'est
pas qu'un rapport
de force où la domination des forces du pouvoir et la loi du plus fort
élimine systématiquement le
plus faible; actuellement les enseignements tendraient à montrer que tous
les aspects et
configurations de la vie s'interpénètrent et agissent entre eux d'une
manière harmonieuse pour
former des écosystèmes vivants et évolutifs, presque auto-réparateurs.
Les organismes vivants, pour assurer leur protection et survie, comptent sur
des mécanismes de défense.
Mais ces systèmes n'agissent jamais en détruisant les milieux vitaux,
l'action est menée au
niveau des vecteurs de maladies par la reconnaissance et une réduction des
menaces.
Selon les conclusions d'une récente discussion entre experts militaires,
ils ont pris
conscience que:
avec l'évolution des technologies, l'action militaire pour la défense
armée est réellement destructrice car
tout affrontement militaire promet d'infliger des dommages considérables au
territoire et à la population
au sein duquel il se déroule; même d'un point de vue défensif, la
guerre ou sa menace ne sert plus aucun but
utile car, au sein des pays industriels avancés, elle promet rien d'autre qu'un degré de
dévastation qui
insulte l'idée même de victoire militaire; la dissuasion par la force
militaire est devenue une stratégie
morte et sans recours car le monde a changé et la nature que peuvent
revêtir les menaces est devenue
non militaire.
Les nouvelles menaces et nos ennemis
La force d'une nation moderne et dynamique ne peut plus se mesurer à l'aune de ses armes
car elles sont
inutilisables pour la résolution des nouveaux conflits. Dorénavant, avant
qu'un conflit armé puisse surgir
entre deux cantons ou d'autres pays, il faudrait imaginer l'arbitrage
pacifique de la Confédération autour
d'une table de négociation, rendant possible un règlement à l'amiable du
différend.
Car on peut légitimement craindre pour son avenir, si, malgré les grands
progrès technologiques de ces dix
dernières années, et en dépit des énormes possibilités de destruction, on continue à
se parler en termes de
rapport de force et de jugement d'autrui.
Les partisans de l'effort militaire, à travers leurs déclarations passées et
présentes, nous permettent de connaître
leurs véritables motivations et intentions concernant la «nature
humaine», les nouvelles menaces et nos ennemis:
J.P. Delamuraz: «Lorsque j'étais jeune, j'avais confiance en la nature humaine.
Maintenant, lorsque j'observe ce qui se passe dans le monde, j'ai des doutes
métaphysiques.
La nature humaine peut tourner et le social peut changer de face.
On voit les limites humaines, il peut avoir de tragiques retours de manivelle. La
réalité, que l'on cache par
inconscience ou oubli, montre que le côté sadique de l'homme et sa
violence sont toujours à l'oeuvre.»
F. Jeanneret: «Le confort moderne et l'individualisme égoïste
affaiblissent notre volonté de défense...»
J. Verney: «le rejet de l'armée est le fait de gens paresseux, allergiques
aux efforts et aux exigences
de la préparation militaire, ne voulant pas faire de sacrifices pour la
crédibilité de l'armée»
J. Freymond: «La montée de la violence et le désir de destruction chez
certains,
nous renvoie à la décadence romaine.»
Dr H. Voegli: «Il y aurait des peaux qu'on peut trouer»
Mme O. Jäger: «les flux migratoires attirés par nos richesses et notre
confort, l'affluence excessive de réfugiés,
pillards, trafiquants, bandes d'hommes armés»
Commission E. Brunner: «les tentatives de déstabilisation intérieure
fomentées par des groupes luttant
contre nos choix de société, cherchant à changer la société»
«les personnes mécontentantes, aigries, faibles, marginales, propagatrices de
fausse paix»
«les trafiquants de drogues et le crime organisé»
«les terroristes qui s'en prennent à la vulnérabilité de nos sociétés»
«les dangers de la paix: le confort moderne, le pacifisme, la non-violence,
l'indifférence politique et nationale»
Notre nature humaine
Nous pouvons constater que, sous prétexte de réalité, on nous décrit le côté sadique
de notre nature
humaine d'une manière si négative, péjorative, subjective et diffamatoire
que cela devient un jugement et
une condamnation suprême, totalitaire et incontournable. Nous pouvons
retenir de toutes ces
affirmations péremptoires que la nature humaine est ressentie d'une
manière si négative (violence, terreur, mort)
qu'il faut des armes pour s'en défendre. Notre société clame que nous ne
sommes pas capables de gérer
la «nature humaine» autrement que par la logique du rapport de force, la
dissuasion par la menace (!!),
la peur et la main armée qui donne la mort
Mais le recours à la force armée n'est pas un acte de civilisation et il
est toujours le signe d'un
constat d'échec:
aucune perception de la finalité de l'homme sur cette terre et de notre amélioration
possible, la nature
humaine est toujours perçue d'une manière fortement négative;
- échec de la résolution pacifique des conflits, la domination par les armes est
une barbarie et un
déni de civilisation;
- échec des droits de l'homme, nous sommes incapables d'établir une société où
les conflits se règlent entre gens de cur, pacifiquement;
- échec du respect et l'amour de son prochain, nous employons des expédiants
mortels pour l'élimination physique de l'autre;
- échec dans l'établissement des relations interpersonnelles où l'autre est
perçu comme une menace.
Nous réglons nos différends par la mise à mort de l'autre;
- échec de la nouvelle façon de voir l'homme telle que peuvent la définir des
scientifiques tels que:
A. Jacquard, H. Reeves, F. Capra, C. Sagan, A. Einstein;
on préfère le jugement sommaire et les actes d'exclusion et de la mort.
Nous savons tous à présent que si l'homme veut continuer son cheminement sur cette
terre,
nous devons tous rentrer dans une autre logique plus proche d'une autre
réalité, celle qui mène à
l'auto-construction de l'individu, de son âme et de la création de liens
d'amour entres les gens et de
convivialité dans nos environnements construits.
En conclusion, un individu motivé autrement, une personne forte et
consciente de lui-même est
parfaitement à même de se défendre quand il le faut, avec ce qu'il faut,
sans encadrement,
sans donner la mort, c'est l'alternative non violente.
©Georges Tafelmacher & SuisseForum
Une Suisse Sans Armée, VOTER
SuisseForum
---------- sommaire
---------- e-mail
---------- page précédente