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Sur cette page, vous trouvez:
1. L'integralité du texte paru dans le quotidien 24Heures.
2. La lettre ouverte à M.Claude Ruey, conseiller d'Etat.(par
M.Tafelmacher)
Texte de Monsieur Claude Ruey, 24Heures du 25 novembre 98
" Assez de lironie des insolents et du mépris des arrogants "
" Accorde-nous ton appui, Seigneur. Oui, accorde-nous ton appui car nous nen pouvons plus dêtre méprisés ; nous en avons plus quassez de lironie des insolents et du mépris des arrogants. "
Le " hasard " des lectures ma fait
récemment redécouvrir cet extrait du psaume 123. Cette complainte, "nous en avons
plus quassez de lironie des insolents et du mépris des arrogants ",
pourrait être celle de nombreux membres de notre société : celle des chômeurs ou
celle des
employeurs, celle des bailleurs ou celle des locataires, celle des requérants
dasile ou celle du
délégué aux réfugiés. Mais cela pourrait encore être celle des membres de la
fonction publique
comme celle des chefs de service de ladministration.
Pour ma part, je lai reçue, cette complainte, en tant
que magistrat. Dan une période difficile pour un gouvernement et pour un homme politique,
il est des lectures particulièrement éclairantes.
Ce psaume ma été utile à lheure où lautorité, quelle quelle
soit, est exposée à prendre des décisions parfois trop dures et fait plus lobjet
de lincompréhension et de la critique que de lécoute sereine.
Cest là que la puissance dun texte, la vérité de quelques paroles vous aide
à poursuivre votre tâche
et éclaire votre devoir en une période troublée. On prend alors les choses avec un peu
plus de
distance, tentant de faire toute la place possible en son esprit pour léquité,
lécoute et le respect
de lautre.
Nous traversons sans aucun doute des difficultés
importantes, une période de déchirements sans précédent dans notre canton. Au
consensus mou, à lindifférence des années dabondance succède
la dure réalité dune période de disette tant économique que financière et
morale. Et au ronron mièvre
du "ni oui, ni non, bien au contraire ", tellement vaudois, risque de se
substituer, au moment où il
sagit de faire des choix souvent douloureux, laffrontement des discours
parallèles où chacun parle
pour ne pas écouter lautre !
De nos jours, en effet, ce nest ni le libéralisme ni
le marxisme qui dominent, mais bien une autre
idéologie dont le caractère dominant ne cesse de saffirmer : lautisme.
Chacun se meut dans ce confort du silence quand cest encore du silence
quil sagit dans une certaine facilité de la non-communication, alors
que les problèmes eux, sont de plus en plus épineux et demanderaient justement que nous
échangions plutôt que nous nous affrontions. Comme lindiquait récemment
léditorial dun des derniers numéros de La Gazette, journal de la fonction
publique, nous avons développé une maladie toute vaudoise : il sagit de cette
maladie chronique où chaque
partenaire désespère à lavance de la capacité de linterlocuteur à
lentendre. Cest une maladie qui aboutit au symptôme le plus criant, à savoir
lincapacité de négocier.
Le Vaudois ne sait pas négocier, ou difficilement, mais surtout naime pas le
conflit, ce qui finit paradoxalement par provoquer les pires conflits.
Je suis convaincu que lorsque le vent souffle et que nous
sommes plongés dans la tempête, il est indispensable de décider, mais il est tout aussi
nécessaire découter lautre. Pour cela il faut des lieux de concertation, des
lieux de dialogue, des lieux où lon sefforce de ne pas céder à
lémotionnel, des lieux où lon évite le rejet et le mépris.
Cest à lévidence ce dont tous les Vaudois auront besoin les prochaines
années pour sortir ensemble de la crise.
Car la vérité du psaume est éclatante : toutes et tous, quels quils soient,
en ont assez de lironie des insolents et du mépris des arrogants !
Lettre ouverte à Claude Ruey, conseiller dEtat (par
Georges Tafemacher)
Je suis heureux d'apprendre que les thèmes
socialo-humanistes que nous défendons depuis Mai "68"
ont finalement pu pénétrer les habitudes et ont façonné de nouvelles modes de vie.
L'idéologie bourgeoise traditionnelle est enfin rejetée au profit d'une attitude plus
saine, plus
compréhensive, des relations humaines.
Mais hélas, quelques irréductibles, pleins de regrets et d'inquiétudes, n'admettant pas
le triomphe de
cette nouvelle attitude vis-à-vis de l'être humain et de la vie, cherchent à nous
discréditer, à nous
rendre coupables de l'état de décomposition avéré de notre société, en nous accusant
dautisme,
nouvelle idéologie dominante dont les aspects la non-communication, le
" comfort du silence "
et toutes sortes dincapacités, disent long de l'attitude ironique de nos magistrats
insolents et du
mépris des dirigeants arrogants à notre égard.
Au nom du modernisme et de ses défis, de l'avance de l'histoire et des exigences de
demain,
de l'économie et de ses industries à développer, on nous oblige de suivre la voie
tracée par ces
dirigeants éclairés et ces penseurs géniaux de l'économie et de la société qui,
seuls capables
d'audace et d'imagination, inventeront les solutions aux maux inédits qui nous menacent.
Ces irréductibles manient le manichéisme adroitement, opposant les autistes et leur
refus
du développement et du modernisme et les entrepreneurs sereins et leurs défis de la
modernité.
En conséquence, nous, les Vaudois, sommes affublés de toutes les tares possibles:
aimables primitifs, rétrogrades peureux, anarchistes insidieux, mythomanes simplets et
idéalistes,
autruches rustiques sans espoir dont les seuls buts et besoins semblent être:-
d'empêcher le développement, bloquer les structures,
tourner le dos au dynamisme, refuser les "VERTUS" de l'esprit d'entreprise,
bâtir des murs d'enceinte en se cloîtrant dans des structures dépassées,
refuser de négocier les virages de la modernité. Comment peut-on oser, après un pareil
réquisitoire parler de liberté, de démocratie et d'avenir si le seul droit qu'on nous
permet est de
marcher sans états d'âme, sans sens humain, sans romantisme dans l'idéologie dominante
du capitalisme, de l'économie de marché petit-bourgeois, obnubilés par la satisfaction
de ses besoins matérialistes?
Il est infiniment regrettable que semaine après semaine, par des billets manichéens,
culpabilisants, désobligeants, les grands penseurs de nos sociétés occidentales, du
haut de leur suffisance, imbue de leur personne, sûr de leur bon droit de puissants, nous
font une morale digne du 19ième siècle et tentent de nous désigner comme étant les
responsables
de l'état déplorable dans lequel se trouve ce monde. A vrai dire, nous commençons à en
avoir
ras-le-bol d'être accusés d'être des fauteurs de troubles, des perturbateurs et des
déstabilisateurs sociaux. Et si, simplement, nous ne voulions plus subir les diktats de
ces
diplodocus diplopies que sont les tenants de l'industrialisation à l'oeuvre depuis plus
de 200 ans dans un puissant mouvement de destruction vitale. Et si, simplement, nous
en avions assez d'être quotidiennement assujettis à cette sublime idéologie totalitaire
de
l'économie, du progrès et du développement. Et si, simplement, nous souhaitions
développer la richesse humaine, améliorer la nature humaine, créer un monde d'amour,
d'entente,
de respect, ouvert aux possibilités infinies de l'homme sans être traités
péjorativement dautistes.
Nous devons dire à tous ces J:F. Cavin, Claude Ruey, Philippe Pidoux, Claude Raffestin et
consorts de nous laisser le peu de vie qui nous reste et de cesser de nous fustiger à
tout bout
de champ et de nous traiter d'autistes. Pour qui se prennent-ils ces gens? Croient-ils
avoir la
science infuse, qu'ils sont les seuls penseurs dignes de s'exprimer; que leur idéologie
est plus
valable que les autres?
Qu'on nous fiche la paix, enfin, qu'on nous laisse vivre comme on peut et si nos
autorités ne
sont pas contentes du peuple et ses modes, qu'ils s'en aillent conquérir d'autres
planètes dans
leurs fusées super-modernes, mues par les moteurs des mondes virtuels de l'électronique
ordinateurisé. Mais heureusement, l'histoire rattrapera ces gens et ils auront à
justifier leur
choix de société car ils seront jugés comme ils nous ont jugé et ils seront condamnes
à crier
du haut des toits tous leurs péchés.
Pour conclure et au risque de me répéter, il ne s'agit ni de retourner vers un ronron
mièvre
vaudois ni de retrouver un passé primitif, mais d'assurer les conditions de vie tenables
pour
toutes les générations futures en se basant non sur une dépendance puérile et
scientifique
imposée par les industriels mais sur la capacité d'une autogestion saine et consciente
de
chaque homme, de tous les individus, librement consentie dans un puissant mouvement de
respect de la vie et de l'écologie. Nous ne sommes pas des autistes où des aimables
primitifs
et nous sommes prêts à détendre la spécificité humaine contre toutes ingérences
totalitaires ourdies contre les volontés des individus.
Citoyen G. Tafelmacher
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