SuisseForum
---------- sommaire
---------- e-mail
---------- page précédente
Dossiers
Crise asiatique et russe : Le miracle des marchés émergents
Par Max Mabillard(réd.en chef de « Bilan ») Le
Matin/Eté 98
Tout a commencé, en 1994-1995, avec la crise mexicaine,
brutale et imprévue. Les conséquences de ce choc, pour les investisseurs étrangers,
nont été limitées que par linjection massive de fonds publics débloqués
par la Banque mondiale
et par certains gouvernements. Les séquelles, pour la population nationale, nont
pas disparu ; le délai de rémission, après un effondrement de cette nature, est
estimé, dans la meilleure des hypothèses, à six ans.
Sur un piédestal encore plus rutilant étaient placés les
pays du Sud-Est asiatique. Ils symbolisaient, naguère encore, un modèle général de
développement, à lintérieur duquel la dynamique denrichissement conduisait
à un très sage
consensus social. Ah, regrettait-on un peu partout, si seulement cette si efficace
« culture asiatique » était
transposable ailleurs !
Mais le mode de croissance de ces pays était façonné par
des capitaux en quête des meilleurs rendements possibles. Quand il est apparu, sur ces
marchés, que limmobilier était surinvesti, que le système bancaire était
affaibli, que lendettement extérieur avait trop grandi, alors le courant sest
inversé. Les capitaux sont repartis, encore plus vite quils étaient arrivés,
laissant la plupart de ces pays en proie à dénormes difficultés dont les effets
se lisent, aussi, sur les
carnets de commandes de nombreuses entreprises occidentales.
La troisième terre d'élection vient d'être placée à son
tour dans le cyclone. Il est parfois cruel de relire, après coup, les prévisions des
gourous patentés du moment. L'an dernier, le plus gros gestionnaire mondial de fonds sur
les marchés émergents expliquait à un journaliste qui lui demandait le nom du pays
favori : « Il y en a tellement quil est difficile de répondre.
Mais choisissez la Russie. Il y aura dans ce pays de plus en plus de grandes entreprises
susceptibles
d'intéresser les investisseurs mondiaux. »
Gageons que ce très avisé gestionnaire aura entièrement
révisé, depuis, sa subtile analyse. Car, au début de la semaine, une violente onde de
choc sest abattue sur la Russie, suscitant panique et chute lourde à la Bourse de
Moscou.
Le gouvernement Eltsine a été contraint dannoncer, immédiatement, une moratoire
sur sa dette extérieure, une
suspension du remoursement des bons du trésor, l'abandon provisoire dun rouble
stable qui était considéré comme le principal, si ce nest le seul succès
éxonomique russe jusqu'à aujourdhui. Ici encore , la profonde perturbation a été
accentuée, pour le moins, par le retriat massif des capitaux étrangers qui abvaient
permis de financer le déficit budgétaire.
Il ne reste presque plus rien, pour le moment, de la
splendeur promise de ces trois marchés émergents.
Les flux de capitaux errants ont probablement trouvé refuge dans les marchés
dAmérique du Nord et d'Europe que
l'on disait vieillis, reclus, à délaisser sous peine de passer pour un plouc.
> Crise asiatique