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Crise asiatique et russe : Le miracle des marchés émergents

Par Max Mabillard(réd.en chef de « Bilan ») Le Matin/Eté 98

Elles étaient trois régions portées aux nues pour leurs brillantes promesses de développement économique.Elles se sont effondrées les unes après les autres.

Sous peine de passer pour un puceau du placement, pour un père peinard de l’épargne, il fallait absolument y aller.
Il fallait, toutes affaires cessantes, investir une partie au moins de ses avoirs en actions ou en fonds de ces régions
dites émergentes. C’est-à-dire jeunes, dynamiques, prometteuses de croissance incomparable et de rendements impossibles à trouver ailleurs.
C’est là que l’avenir radieux se préparait. Plus précisément dans trois régions que les doctes décrypteurs du futur avaient, d’une commune vision, élues et délimitées : l’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est et la Russie. Les flux de capitaux,
publics et privés, vers ces improbables édens ont représenté une somme estimée à quelque 300 milliards de dollars.
Ces trois marchés de choix se sont effondrés, les uns après les autres, dans des circonstances à peu près comparable.

Tout a commencé, en 1994-1995, avec la crise mexicaine, brutale et imprévue. Les conséquences de ce choc, pour les investisseurs étrangers, n’ont été limitées que par l’injection massive de fonds publics débloqués par la Banque mondiale
et par certains gouvernements. Les séquelles, pour la population nationale, n’ont pas disparu ; le délai de rémission, après un effondrement de cette nature, est estimé, dans la meilleure des hypothèses, à six ans.

Sur un piédestal encore plus rutilant étaient placés les pays du Sud-Est asiatique. Ils symbolisaient, naguère encore, un modèle général de développement, à l’intérieur duquel la dynamique d’enrichissement conduisait à un très sage
consensus social. Ah, regrettait-on un peu partout, si seulement cette si efficace « culture asiatique » était
transposable ailleurs !

Mais le mode de croissance de ces pays était façonné par des capitaux en quête des meilleurs rendements possibles. Quand il est apparu, sur ces marchés, que l’immobilier était surinvesti, que le système bancaire était affaibli, que l’endettement extérieur avait trop grandi, alors le courant s’est inversé. Les capitaux sont repartis, encore plus vite qu’ils étaient arrivés, laissant la plupart de ces pays en proie à d’énormes difficultés dont les effets se lisent, aussi, sur les
carnets de commandes de nombreuses entreprises occidentales.

La troisième terre d'élection vient d'être placée à son tour dans le cyclone. Il est parfois cruel de relire, après coup, les prévisions des gourous patentés du moment. L'an dernier, le plus gros gestionnaire mondial de fonds sur les marchés émergents expliquait à un journaliste qui lui demandait le nom du pays favori :   « Il y en a tellement qu’il est difficile de répondre. Mais choisissez la Russie. Il y aura dans ce pays de plus en plus de grandes entreprises susceptibles
d'intéresser les investisseurs mondiaux. »

Gageons que ce très avisé gestionnaire aura entièrement révisé, depuis, sa subtile analyse. Car, au début de la semaine, une violente onde de choc s’est abattue sur la Russie, suscitant panique et chute lourde à la Bourse de Moscou.
Le gouvernement Eltsine a été contraint d’annoncer, immédiatement, une moratoire sur sa dette extérieure, une
suspension du remoursement des bons du trésor, l'abandon provisoire d’un rouble stable qui était considéré comme le principal, si ce n’est le seul succès éxonomique russe jusqu'à aujourd’hui. Ici encore , la profonde perturbation a été accentuée, pour le moins, par le retriat massif des capitaux étrangers qui abvaient permis de financer le déficit budgétaire.

Il ne reste presque plus rien, pour le moment, de la splendeur promise de ces trois marchés émergents.
Les flux de capitaux errants ont probablement trouvé refuge dans les marchés d’Amérique du Nord et d'Europe que
l'on disait vieillis, reclus, à délaisser sous peine de passer pour un plouc.

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