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Dossiers
La violence et la peur sinstallent dans les remorques des bus lausannois
Les incidents se multiplient,
incitant les TL à envisager une présence préventive sur certaines lignes aux heures
délicates.
Vendredi dernier, 18h45 : terrifiés, les passagers du
bus N°7, qui assurent la liaison entre Lausanne et Renens, gardent les yeux rivés au
sol. Un homme dune quarantaine dannées vient de faire une entrée remarquée
dans la remorque du bus.
Hurlant, il se vante davoir passé la journée à se
" défoncer " sur la place de Saint-Laurent, lieu de rencontre
des toxicomanes à Lausanne. Il interpelle grossièrement une personne âgée et plusieurs
femmes seules, fait des gestes déplacés. Il sen prend ensuite à un jeune
Bosniaque, le traitant de " vendeur de mort ". Une bagarre
sensuit. Impuissants, plusieurs passagers quittent précipitamment le bus,
préférant continuer leur trajet à pied.
Montée de la tension
Cet incident nest pas un fait isolé. La semaine passée, plusieurs scènes de
violences se sont succédées dans les bus N°7, principalement en soirée.
Avant de prendre le bus, Maria, une Renanaise de 30 ans, a toujours une petite
appréhension : " Des individus bizarres se sont assis à plusieurs
reprises à côté de moi. Ils fument, insultent tout le monde, et sagitent. Malgré
tout je vais dans la remorque, parce quil ny a plus de places assises libres
dans le véhicule principal. Les incidents sont inévitables.
Beaucoup de marginaux empruntent la ligne 7 pour aller au centre autogéré de Prélaz ou
au Sleep-In, un centre dhébergement durgence dans le quartier de
Malley. "
Insultes et agressions ne se produisent pourtant pas uniquement sur la ligne 7.
" Nous avons constaté ces derniers mois une recrudescence générale des
incidents, une montée de la tension. Les voyageurs se disputent entre eux et sen
prennent aussi aux conducteurs, constate Klaus Schaefer, porte-parole des transports
publics de la région lausannoise(TL).
La situation est préoccupante, même si on est encore loin des difficultés des banlieues
françaises. En 1997, les conducteurs ont signalé sur lensemble des lignes une
trentaine dincidents, dont six avec violences physiques. "
Les TL ont des moyens daction limités pour lutter
contre la violence. En tant quentreprise de transport, ils ne sont pas habilités à
intervenir dans un conflit. Ils doivent appeler la police ou la gendarmerie. Dans les
faits, beaucoup de fauteurs de troubles ne sont jamais inquiétés. " Les
incidents ont presque toujours lieu dans les remorques. Le conducteur ne peut pas voir ce
qui sy passe, raconte Klaus Schaefer. Linstallation de caméras serait trop
onéreuses, et le risque de vandalisme sur ce matériel trop élevé. "
Les nouveaux bus articulés, qui remplaceront progressivement les remorques, ne sont pas
une panacée.
Les conducteurs auront certes une vision densemble sur les passagers, mais les
exigences de la conduite ne leur permettront pas de veiller au respect de lordre.
" Le nouveaux groupe de travail Agressivité et violence, qui réunit la
direction des TL et les syndicats, étudiera ce point, conclut Klaus Schaefer. Une
possibilité serait que des employés TL, assurent une présence préventive sur certaines
lignes aux heures délicates, en début et en fin de soirée. "
Un métier à risques
Les conducteurs des Transports publics de la région lausannoise (TL) sont confrontés,
eux aussi, à la violences de certains passagers. " Les clients, irrités par un
retard ou un autre petit inconvénient, nous prennent parfois comme cible, explique Johan
Pain, président de la section syndicale dexploitation des TL. Ils nous agressent
surtout verbalement. Les atteintes physiques sont rares. " Mais pas
exceptionnelles.
En 1997, un conducteur a été menacé par une arme, une conductrice a été aspergée par
un spray lacrymogène de défense.
Fini la vente dans le bus
Les vols de sacoche sont également relativement fréquents. " Ce problème sera
bientôt résolu, se réjouit Johan Pain. Un nouveau système de vente sera mis en place
dès lan prochain. Les chauffeurs ne devront plus vendre de billets dans le bus. Il
ny aura donc plus de risques de vol de sacoche. "
Le nouveau groupe de travail " Agressivité et violence ", qui réunit
direction des TL et syndicats, planchera également sur la sécurité des conducteurs.
Source: Quotidien suisse 24Heures(Mardi 20 octobre 98)
Réaction de M.Georges Tafelmacher, face à ce texte
Pourquoi chaque fois quil est question de
violence, tous les regards se tournent-ils vers certains groupes de personnes que la
société a désignés comme étant des " marginaux ", comme
sils étaient les seuls fauteurs de cette violence, comme sil ny avait
queux de violent, comme sils personnifiaient à eux seuls ce mal ?
Il est frappant de constater à quel point cette société chaque fois quelle est
confrontée à ce problème, désigne et accuse les victimes de la violence sociétale
comme étant les propagateurs de cette violence et se permet de faire de la prévention
policière précisément auprès des gens qui dénoncent les agissements agressifs de
cette société : rapport de forces entre dirigeants et peuple, compétitivité
commerciale, développement industriel tout-puissant, pouvoir abusif de largent,
promotion et spéculation immobilière, politiques répressives et préventives envers les
groupes alternatifs traités de marginaux, classification et hiérarchisation des gens et
leur intégration dans les casiers sociaux fabriqués par les nantis et les possédants
des richesses matérielles.
Larticle du 22 octobre sur la violence dans
les TL est à ce propos exemplaire :
Cette fois ci ces groupes ont été clairement désignés et nommément cités et on
laisse entendre quils sont responsables de cet état de fait. Et la seule solution
pour résoudre ce problème semble être dexiger plus de contrôles, plus de
répression, plus de force de police, toutes choses qui aggraveront la situation. Or cette
violence est le fait de la société toute entière et elle est présente dans tous ses
aspects et chez chaque individu.
LEspace Autogéré et le Sleep-In nont pas à être les boucs émissaires des
manquements de cette société, ni les coupables de létat du monde.
Au contraire, dans les deux groupes susmentionnés, la gestion de lagressivité par
les moyens pacifiques est utilisée avec succès et il ny a jamais eu de
débordements de violence lors des multiples activités organisées par ces groupes, tous
les conflits étant résolus par laction non-violente.
©SuisseForum / G.Tafelmacher
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