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DROLEG - votation du 29 nov. 1998 (Message de M.Georges Tafelmacher, 25 novembre 98)


De la criminalisation des drogués

Il faut arrêter d'infantiliser le toxicomane, de le diaboliser en le rendant délinquant, menteur, ou irresponsable par la législation répressive.


La politique actuelle de la drogue est fait d'incompréhension et de discrimination.
Au lieu de nous aider à comprendre la genèse de l'usage des drogues, elle transforme la question drogue en problème et en fait un drame. Cette politique, dont les tenants sont caractérisés par des affirmations empiriques, des réactions épidermiques et des interdictions, mène à la culpabilisation et la criminalisation des personnes impliquées dans la prise
de drogue.
En décrétant l'illégalité des drogues psychotropes, le problème a été créé de toutes pièces par l'activisme politique de
gens cherchant le contrôle sur les marginaux, ressentis comme une menace pour la société bourgeoise et désignés

comme les responsables de l'éclatement de l'ordre social.
Dans ce contexte, il n'y aucune solution légale pour résoudre ce dilemme.
Nous ne pouvons qu'essayer de comprendre le comment et le pourquoi du problème qui a été fait de la drogue et se

garder d'affirmer des théories dans lesquelles les drogués sont disqualifiés d'office.

Mais le problème de la drogue est à l'image de la société que nous avons bâtie et si nous voulions résoudre cette

situation, nous devons commencer par étudier la société dans laquelle ce problème est inséré.
Nous vivons dans une société de consommation basée sur la satisfaction des besoins dont la drogue représente l'aboutissement suprême, dans une société dont les valeurs sont basées sur la morale du bien et du mal, les exigences d'être meilleurs et supérieurs aux autres, sur la compétition et les manifestations de pouvoir, dans une société dirigée par des hommes d'affaires à la recherche de grands profits et par des politiciens opportunistes cherchants leurs positions de force.
Seul l'élite, ces personnes fortes nanties d'un sentiment de supériorité et d'une conviction de leur ascendance sur le peuple, peut espérer accéder aux bienfaits matérialistes de cette civilisation.
Notre société occidentale, si morale quant à nos comportements mais sans foi ni loi quant au développement et au

progrès industriel et économique, nous oblige à nous soumettre aux exigences de la concurrence et du matérialisme.
Les drogués ne sont que la pointe de l'iceberg de cette masse de gens qui, pour une raison ou une autre, ne peuvent régater dans les eaux de la compétitivité.

La prise de drogues est l'expression de gens qui ne peuvent ou ne veulent plus suivre les injonctions d'une société
d'une part complètement pourrie et corrompue et d'autre part, donneuse de leçons.
D'autres personnes se sentant déficients ou affaiblis, sont prêts à avaler tout produit propre à les donner ce qui les faut pour: - y arriver ou s'intégrer, se sentir mieux, être en forme, à la hauteur, pour pouvoir régater avec les autres, être capables d'affronter la vie, d'en jouir, de trouver la joie de vie, de se donner à fond, de trouver ses limites, de renouer

avec le sentiment de vie et de communiquer avec les autres.
Ces produits que sont le café, le tabac, l'alcool, les antidépresseurs, les amphétamines, les excitants, abondent et,

pour la plupart, sont fabriqués par des grandes firmes pharmacologiques et distribués par des agents parfaitement
intégrés au système. Les drogues psychotropes naturelles, chanvre, coca, opium, etc., ne représentent qu'une petite
partie des drogues en circulation.

La prohibition, la répression, l'abstinence et la réinsertion sociale, selon les visées des dirigeants, sont vouées à l'échec

car basées sur la morale, la culpabilisation, le refoulement et la contrainte comportementale. Tant qu'on n'a pas compris
le fond de la problématique drogue, toute solution empirique et absolutiste aggravera le problème et mènera à la culpabilisation et la criminalisation des drogués.
Il ne s'agit pas de lutter contre les drogues mais de comprendre les mécanismes de la dépendance, de la dépression,

de la révolte, de l'exclusion et du rejet social. Si nous voulons aider les drogués, nous devons être capables d'assumer
les énormes angoisses derrière ce problème.
De la part des bien-pensants de cette société, il est très grave de réduire le débat "Drogue" à une opposition pour ou contre la dépénalisation et la distribution des drogues, de l'instauration de "fixerraums".
Il est encore plus grave de faire des affirmations péremptoires empêchant le raisonnement et la compréhension,

mettant dos-à-dos les différentes attitudes concernant la drogue, alimentant ainsi une guerre de religion.

Quelques questions pour terminer :

- qu'est-ce une politique de la drogue?
- Et à supposer qu'il faille une politique de la drogue, ne doit-elle pas être conçue et mise en pratique par les plus
  concernés par le problème, c'est-à-dire par les drogués eux-mêmes?
- La politique de la drogue répressive et basée sur l'interdiction peut-elle être efficace?
- Ne doit-on pas d'abord réfléchir au problème de la dépendance avant toute démarche politique autoritaire ou de
  contrainte?

©SuisseForum/M.Tafelmacher

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